‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 27 sur 168 · Misère et Bienfaisance · texte numérisé non relu

Misère et Bienfaisance

A chaque mal son remède. — Formules charitables. — Toujours l'hôpital, l'hospice, l'asile, l'établissement. — Mais, aussi, secours à domicile. — Hospice royal des Innocents de Florence. — Le Bigallo. — Orfanolrofi. — Educatori. — Placement des enfants à la campagne. — Les Bons-Hommes. — Le patronage. — La confrérie de la Miséricorde. — Prodiges de charité. — Pépinière chrétienne de mendiants.

Les inspirations de la charité n'ont pas plus manqué aux Italiens de la Toscane qu'aux Italiens de Rome,

* Turchelti, uh. sup., p. 56.

« Nawlle, De la Charité légale, t. I, p. 223, 270 et 339.

de la Sardaigne et de la Lombardie. Chez ceux-là , comme chez ceux-ci, on trouve, avec les mêmes mérites d'exécution et les mêmes vices d'origine, des établissements pour toutes les souffrances, des asiles pour toutes les misères ; Hôpitaux de malades et d'in-» firmes ^, hospices de maternité et de grossesses cachées ^, hospices d'enfants trouvés et abandonnés ^, hospices d'orphelins ^, maisons de préservation et de refuge de jeunes gens et de jeunes filles en danger *, dépôts de mendicité et maisons de travail % instituts à aveugles et de sourds-muets % instituts orthopédiques ^, asiles d'aliénés ^, monts-de-piété *, etc.

A côté de ces établissements publics de bienfaisance, la charité toscane secourt aussi le pauvre à domicile, assure des dots aux jeunes filles indigentes, fonde des caisses d'épargne, institue des sociétés de prévoyance et de secours mutuels, crée des confréries de miséricorde pour la distribution de ses dons aux malheureux*, visite les prisons ^, patronne les libérés \ etc.

C'est surtout à Florence que la charité toscane brille de son plus bienfaisant éclat.

Florence, dans ses vingt-neuf paroisses, renferme dix-sept monastères d'hommes, quatorze monastères

* Voy. sur les hôpitaux des principales villes de la Toscane 0. Turçhelli, Lettere sugli Instituti di Beneficenza délia Toscana, p. 64 et suiv.

2 Voy. ibid., p. 14, 16, 28.

8 Orfanotrofi de Livourne, de Pise, de Pistoia, de Sienne, d'Arepo, dePrato, elc. Ihid., p. 38 et suiv.

* Ospizii per lepericolanti. Voy. ibid.^ p. 49. « /M., p. 52, 61,80, 88, 94.

*" Voy. ibid., p. 84 el suiv.

■^ Voy. Discours de M. Peruzzi au Congrès pénitentiaire de Bruxelles en 1847 {Revue pénitentiaire, t. IV, p. 40 et suiv.; et ci-après, p. 87j.

de femmes , et sept Conservatoires de jeunes filles (edticatori) dirigc's par des religieuses *, plus une Caisse d'épargne admirablement organisée ^.

Florence renferme en outre cinq hôpitaux pour les malades des deux sexes % et plusieurs hospices pour tous les âges *, pour toutes les faiblesses % pour toutes les infortunes ^

De ces divers asiles charitables les plus remarquables, sans contredit, sont Y Hospice royal des Innocents et le Bigallo des Orphelins.

Les pauvres enfants que leurs pères et mères inconnus exposent et abandonnent en grand nombre \ dès

* Poujoulal, Toscane et Rome, p. 169.

2 Voy. sur celle organisation, de Gérando, Bienfaisance publique , t. III, p. 219 elsuiv.

^ Les trois principaux sont : l'hôpital de Saint- Jean-de-Bieu, ouvert aux hommes seuls, et recevant environ 400 malades par an. — L'hôpital militaire ou Bonifazio, du nom de son fondateur. — L'hôpital de Sainte-Marie-Neuve, fondé en i 287, et devenu l'un des plus beaux de l'Europe. Est divisé en deux quartiers, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes. Le quartier des femmes est confié à des religieuses assistées de jeunes filles séci iières. Plus de 3,000 malades y entrent chaque année (Voy. 0. Ti rchetti, uh. sup., p. 73j.

* La Casa pia de Sainl-Philippe de Nôri, érigée en i629, pour recueillir les enfants errants dans les ruer., ou que la misère de leurs parenls laisse sans éducation et sans seins. Sa population moyenne est de 66 enfants, lesquels coulent k rétablissement 20,000 livres chaque année {Ibid., p. 36).

5 L'hospice d'Orbatello, dans lequel viennent cacher leur faute et recevoir des secours les jeunes malheureuses qui sont mères sans être épouses {Ibid., p. 17).

^ L'hospice d'Orbatello s'ouvre également aux femmes âgées qui n'ont ni abri ni pain {Ibid., p. 56).

■^ Le nombre moyen des enfants trouvés en Toscane est de 2,593, ce qui fait une proportion de 1 enfant trouvé sur 21 enfants. Mais il faut remarquer que, parmi les enfants trouvés reçus au tour de l'hospice, il se trouve un grand nombre d'enfanls légitimes (Turciielli, ub. sup., p. 24). — Voy. la noie 3 de la page ci-après.

leur naissance, trouvent, dans V Hospice royal des Innocents, fondé en 1421, les secours d'une douce pitié *. La charité ne se borne pas aux premiers soins de la vie de ces pauvres créatures; on place les enfants chez les contadini ou paysans, qui leur donnent place dans leur famille moyennant une modique pension destinée à payer leur entretien ^ . Cette pension cesse à l'âge où l'enfant peut travailler et gagner sa vie. Les garçons qui, à quatorzs^ ans, ne sont pas encore en état de gagner leur vie sont destinés à la milice ou placés dans un établissement de travail. Les filles qui, à dixhuit ans, se trouvent dans le même cas, sont également placées dans quelque maison de travail, ou employées aux services domestiques dans les hôpitaux. Les filles restent soumises à la tutelle des administrateurs de l'hospice jusqu'à vingt-cinq ans. Lorsqu'elles se marient, l'administration leur fait une petite dot de 25 écus toscans (environ 150 francs de notre monnaie).

Le père ou la mère peut, en se faisant connaître, redemander, quand il veut, son enfant, après, toutefois, le remboursement de toutes les dépenses qu'il a occasionnées ^ « Tous ces usages, tous ces règlements

*■ Des Befrotrofi moindres existent à Pise, Livourne, Sienne, Pistoia, San-Miniato. Le nombre des enfants reçus dans ces hospices et dans celui de Florence, qui était de 10,194 en 1825, était de 12,494 en 1834. Les causes de cette augmentation, qui va toujours croissant, sont indiquées par le docteur Turchetli. L'une d'elles est l'augmentation de la population, qui s'est élevée de un million à un million et demi. La mortalité des enfants trouvés est de 9 sur 100. -—La famille de l'hospice des Innocents s'élevait k 7,511 à la fin de 1840 (762^., p. 24 et 31).

* Voy. ibid.^ p. 27.

3 Règlement du 17 février 1818. — Les retraits des enfants légi-

portent le caractère de la prévoyance et de l'utilité sociale. Cette famille donnée aux malheureux orphelins, dès leurs premiers pas dans la vie; cette adoption qui les fait placer à la même table, au môme foyer que les enûints de la maison ; cette longue bienveillance d'une administration qui veille sur eux; tout cela nous semble parfaitement sage, parfaitement moral; tout cela nous semble l'œuvre du plus pur et du plus intelligent amour de l'humanité *. »

Quant au Bigallo, cet établissement, destiné aux orphelins et aux enfants abandonnés des deux sexes de toute la Toscane ^, confie ses pupilles à des gens de la campagne ou à des habitants de la ville % en prenant la précaution fort sage d'envoyer les enfants de Florence au dehors, et de retenir, autant que possible, à Florence, ceux q«i viennent de la province; mesure qui correspond à celle du déplacement adoptée récemment en France pour les enfants trouvés qui ont dépassé l'époque de l'allaitement. — A dix-huit ans, garçons et filles ne sont plus à la charge de l'établissement. Seulement îes filles restent sous sa tutelle jusqu'à ce qu'elles se marietit ou prennent le voile. Dans l'un ou l'autre cas, elles reçoivent une dot de 30 écus *.

Les ressources de tous ces établissements de charité sont diverses : des dotations en biens-fonds ; des jour-

times par leurs parents sont dans la proportion de 1 sur 16 dans tout le grand duché (Ibid.j p. 24).

* Poujoulat, ub. sup.^ p. 167.

^ Leur nombre moyen est de 700 par an.

' Ils reçoivent pour cela 2 livres 1/2 par mois jusqu'à ce que les enfants aient dix ans, et 1 livre par mois de dix a dix-huit, plus un habillement complet chaque année.

* UOrfanotrofio de la Sainte-Conception, pour les filles, est une succursale du Bigallo»

nées de malades payées par les communes, par les particuliers, ou par le gouvernement; des subsides annuels alloués par l'État; une taxe de bienfaisance prélevée sur la consommation du sel dans la ville, sur les denrées, et sur la loterie *; — tels sont les revenus qui servent à soulager les misères recueillies dans hospices florentins.

Nous avons dit que ce n'était pas seulement dans les hospices, mais à leur propre domicile, que la charité prodiguait ses secours aux indigents.

Parmi les sociétés charitables, qui se sont formées dans ce but en Toscane, on distingue surtout : la congrégation des Bons-Hommes, la société pour le Patronage des libérés et la confrérie de la Miséricorde,

Uae généreuse pensée a présidé à l'institution des Bons-Hommes de Saint- Martin, Cette confrérie, composée de douze nobles, reçoit les aumônes et les legs pieux en faveur des pauvres familles qui n'osent point descendre jusqu'à la mendicité, surtout en faveur de celles qui, ayant connu la fortune, ont été t^ut à coup précipitées dans l'indigence ^.

La même pensée a donné naissance à la société pour le Patronage des libérés qui sortent de la maison pénitentiaire de Toscane. Cette société s'est organisée en 1846 ^

* On avait levé, en outre, jusqu'en 1832, pour soutenir la Maison de travail, une taxe directe proportionnelle sur les propriétaires aisés, lesquels payaient de 5 k 100 francs, suivant la classe de fortune k laquelle ils appartenaient. Mais, l'état florissant du commerce ayant considérablement augmenté la part que les pauvres retirent du produit des douanes, on a pu supprimer celte taxe (Naville, De la Charité légale, t. I, p. 330).

* Feiiiii di Rovelo, g gio sulla mendicità, elc, t. Il, ch. II, art, 7.

* Voy.les statuts dans la Revue pénitentiaire^ t. III; p. 533.

Quant à la confrérie de la Miséncordey voici en quels ternies ]\L Poujoulat raconte ses bienfaits :

II est une confrérie admirable entre toutes, c'est la confrérie de la Miséricorde à Florence, dont l'origine remonte à l'année 1244; de zélés Florentins de la classe des artisans furent les premiers qui en conçurent la pensée; les contagions qui désolaient fréquemment Florence et laissaient la foule des malades sans secours, la foule des morts sans sépulture , entraînèrent les artisans florentins à cette belle association de charité. De riches donations, d'abondantes aumônes, ne tardèrent pas à placer la confrérie de la Miséricorde au rang des plus importantes institutions ^.

Maintenant, veut-on savoir en quoi consistent les œuvres des confrères de la Miséricorde? Ce sont eux qui transportent les malades aux hôpitaux ou d'un lieu à un autre, selon le besoin; ce sont eux qui vont trouver dans leurs maisons les infirmes, les malades indigents; ils les consolent, leur prodiguent les soins que d'ordinaire on reçoit seulement des parents les plus proches, des amis ou des serviteurs les plus dé-

*■ La direction des œuvres de charité, l'administration du patrimoine et la distribution des aumônes, sont confiées à un conseil de 72 membres de la confrérie ; ces membres sont appelés capi di guardia (chefs de garde). On y compte dO prélats, douze nobles, 20 prêtres, et 28 artisans. Sous les ordres des capi di guardia, nous voyons 280 giornanti QouTnaMers), ecclésiastiques et séculiers : 40 d'entre eux sont de service, ils accourent partout où un malheur les appelle. La cloche sonne trois coups ,- le premier a ferita (pour une blessure) ; le deuxième à ferita mortale (blessure mortelle) ; le troisième à morte (pour un mort). La confrérie compte sur ses listes plus de 1 ,200 hommes qui, de leur plein gré, se réunissent aux giornanti pour les aider dans leurs œuvres de charité ; ces frères de bonne volonté s'appellent Buonevoglie (Poujoulat, ub. sup.^ p. 170).

voués; ils passent les nuits au chevet de leur lit. En tout lieu, à toute heure, si un accident arrive, les frères de la Miséricorde sont là pour secourir les victimes, quelle que soit la religion à laquelle ces victimes puissent appartenir; leur charité embrasse tous les hommes, sans distinction d'origine ni de croyance. Parfois des malheureux sont frappés d'une mort soudaine, hors de leur propre demeure ; les frères de la Miséricorde enlèvent les cadavres et les portent eux-mêmes à la sépulture. Enfin, lorsque (chose rare dans ce pays) la tête d'un condamné tombe sous la hache du bourreau, vous retrouvez encore au pied de Téchafaud ces intrépides athlètes de la charité; ils recueillent les débris sanglants que leur laisse la justice des hommes et vont pieusement les ensevelir.

Ainsi « la confrérie de la Miséricorde se montre l'humble et infatigable servante du malheur; le vêtement noir de ces hommes de dévouement ^ vous apparaît partout où il y a des souffrances à soulager, des faiblesses à soutenir, partout où il y a de pénibles services à rendre, de douloureuses fonctions à remplir. Une telle ardeur de l'amour du prochain, une telle énergie dans l'accomphssement des bonnes œuvres, ne s'expliquerait pas, ne se comprendrait pas en dehors du christianisme; mais la charité naquit d'une goutte de sang de l'Homme-Dieu immolé , il y a dix-huit siècles, sur le Calvaire, et, depuis lors, la charité console le monde *. »

Est-ce cette charité-là qu'un homme d'esprit, qui

* On reconnaît les frères de la miséricorde à leur robe noire, k leur large chapeau monaslique, au masque noir qui cache leur figure. ^ Poujoulat, ub. sup.y p. 171. •— Une confrérie du même nom et du

n*a visité l'Italie qu'en homme d'esprit, a définie : « la vertu la plus facile de toutes et la plus insignifiante; ^-*- vertu plus funeste qu'elle n'est utile! — pépinière chrétienne de mendiants et de philanthropes, deu3^ fléaux qui se tiennent et qui se font valoir Vun l'autre * ! »

Un autre homme d'esprit, qui a aussi visité l'Italie, mais avec son cœur et sa foi , l'a bien mieux et plus noblement comprise, cette vertu divine, lorsqu'il a dit : « Le christianisme, c'est la religion de la charité, la religion du dévouement. Avant le passage du Sauveur sur la terre , il arrivait qu'on se dévouât poup son pays, mais on voyait peu que l'homme se dévouât pour l'homme. On se sacrifiait pour se faire un nom avant d'entrer au tombeau, pour laisser un souvenir glorieux; mais les immolations silencieuses et cachées étaient bien rares. Il fallait que le dévouement parût dans le monde, sous la forme d'un Dieu rédempteur du genre humain , pour qu'il devînt une vertu chez les hommes*.»

Duchés de Parme et de Modèoe.

Même eystônae charitable que dans les autres États de l'Italie. — Remarquable asile d'aliénés à Reggio.

Bien que l'Italie soit un damier dont les cases différent entre elles autant par la couleur que par l'éten-

même but rend de grands services k Livourne. Voy. détails sur son organisation dans le rapport précité sur les établissements de bienfaisance de l'Italie, p. 123.

1 J. Janin, Voyage en Italie, p. 72.

* Poujoulat, ub. mp,f p. 310.

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