‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 67 sur 168 · Indigents à l'enchère · texte numérisé non relu

Indigents à l'enchère

Deux modes suivis. — Le meilleur ne vaut rien. — Toutefois, abus exagérés.—

Preuves.

Le mode d'adjuger au rabais les indigents à un entrepreneur n'est que d'un usage trop fréquent, en

* L'hôpital de Genève se charge de renlretien de deux ou trois enfants trouvés par année, et de vingt à vingt-cinq enfants légitimes et illégitimes dont les parents sont connus. Ces enfants sont placés en nourrice en Savoie, k 4 francs 50 centimes par mois, jusqu'à l'âge de cinq ans, époque k laquelle ils rentrent à l'hôpilal, et sont de nouveau placés chez des agriculteurs du canton de Genève, à 5 francs 50 centimes par mois. Us vont à l'école où ils apprennent à lire, à écrire, à

Suisse. Cette enchère se fait de diverses manières : on crie les indigents un à un ou en masse.

Le mode d'adjudication en masse est principalement usité dans le canton d'Appenzel. Tous les indigents de la commune y sont remis à un entrepreneur adjudicataire qui les fait travailler pour son propre compte.

Le mode d'adjudication individuelle est adopté de préférence dans les cantons de Berne et de Vaud, où il donne lieu parfois à des scènes hideuses qui ne doivent que trop souvent se répéter partout où il est en usage.

M. Naville, l'adversaire systématique de tout procédé de charité légale, décrit en ces termes l'abus qu'on fait de celui-ci, dans le canton de Vaud :

(( Chaque année, à un jour fixé, tous les indigents assistés se rassemblent dans la salle du conseil municipal, où on les crie. C'est d'ordinaire aux personnes les plus misérables, à celles qui habitent dans les endroits les plus reculés et les plus dépourvus de ressources, qu'ils tombent en partage, parce que ce sont elles qui peuvent les nourrir à moindres frais. Des vieillards, des infirmes, vont ainsi ensevelir leur misère et leurs souffrances dans des lieux ignorés, où il ne se trouve rien de ce qui pourrait les soulager, chez des gens qui souvent n'ont pas de pain pour eux-mêmes. Le sort des enfants surtout fait éprouver aux témoins de cette adjudication une pitié profonde; ces pauvres enfants, parés, comme pour une fête, sont placés sur des sièges, au milieu de la salle; il en est qu'on sépare d'un patron auquel ils étaient attachés, des bras duquel il faut

compter. A quinze ou seize ans, ils font leur première communion ; à celle époque, on leur fait un trousseau, et ils sont de nouveau placés a gages en qualilé de domestiques, soit en ville, soit à la campagne (Terme et Monltalcon, Histoire des enfants trouvés, p. 167).

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