‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 10 sur 75 · SOLDATS-LABOUREURS · texte numérisé non relu

SOLDATS-LABOUREURS

dta, comme on les appelait, couvrirent et perdirent l'Italie*.

C'est dire enfin que, ruiné par la guerre qui l'avait détourné de son champ, ruiné pour s'être trop fidèlement restreint à ses sept jugera de terre, ruiné par les emprunts, par l'impôt, ruiné par les lois mêmes qui voulaient le relever de sa misère, le plébéien des campagnes, après la tentative des Gracques, comme avant, resta pauvre et obéré, à la merci de son créancier et du besoin, jusqu'à la fin de la république.

Heureux si quelque patricien , à l'exemple du décemvir Appius Claudius, ne déshonorait pas son foyer après avoir usurpé son bien ! Heureux si, comme Virginius, sa main paternelle n'était pas condamnée, au retour, à plonger, dans le sein de sa fille innocente, le couteau sauveur qui, en la préservant de l'outrage, était impuissant à punir son lâche et riche suborneur !

Donc, la personne et la terre du pauvre ayant fini par s'absorber complètement dans la personnalité et dans la propriété du riche, cette absorption dut nécessairement amener celle de l'individualité du travail libre dans Texploitation commune du travail servile agricole, les domaines étant devenus trop considérables en étendue et trop agglomérés en peu de mains, de morcelés à l'infini qu'ils étaient primitivement, pour pouvoir être cultivés autrement que par des armées d'esclaves.

Alors le petit propriétaire dépossédé, qui ne voulait pas se ravaler jusqu'à chercher un refuge dans l'oisiveté des tribus urbaines, en tendant la main aux dis-

* Voy. ci-api'ès, cliap. III, § 3,

tributions de l'annône, n'eut plus qu'une ressource, celle de rester sur sa terre à titre de colon, ou de prendre part, comme mercenaire à gages, aux travîiux rustiques des esclaves, sous la domination du grand propriétaire nouveau.

De là, l'institution du colonat, dans laquelle vint s'éteindre la plèbe rustique libre.

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