‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 12 sur 75 · COLONS · texte numérisé non relu

COLONS

les latifundia qui s'établirent en dépit de la loi licinienne \

Le fermage avait lieu à prix d'argent, ou moyennant une redevance fixe annuelle en nature.

Fermiers ou métayers , les colons libres étaient de véritables serfs de la glèbe; la loi avait fini par les identifier aux esclaves ^.

Comme une distance prodigieuse les séparait de leurs maîtres, qu'ils relevaient immédiatement de quelque esclave favori ou de quelque affranchi , que leurs plaintes n'étaient point écoutées et que les lois ne leur donnaient aucune garantie, leur condition était devenue toujours plus dure, les redevances qu'on exigeait d'eux toujours plus ruineuses^. Que si, dans l'accablement de leur misère, ils prenaient le parti de s'enfuir, abandonnant leur champ, leur maison, leur famille, s'ils allaient demander un refuge à quelque autre propriétaire , les constitutions des empereurs avaient établi des procédures sommaires par lesquelles on pouvait les réclamer et les saisir partout où on les trouverait, le colon étant pour toujours adhérent à la terre comme l'ouvrier pour toujours à son métier *.

Par contre, si les colons étaient attachés au sol et n'en pouvaient sortir, on ne pouvait non plus les en tirer, les constitutions des empereurs défendant de vendre la terre sans eux ^

Ainsi, les mêmes lois qui faisaient la servitude des coJoni censili faisaient aussi leur garantie.

* Voy. Du droit à V oisiveté, p. 260.

* Voy. Cod. Justin., titre 47 et 51 ; et le Cours de M. Guizot, IV. ^ De Sismondi, Hist. de la chute de Vemp. rom., I, p. 31.

* Voy. Du droit à V oisiveté, p. 273 et suiv. » Voy. Ibid.

Les colons esclaves, coloni adscriptùn , formaient deux classes : ceux qui étaient ne's sur la propriété du maître, et qui, n'ayant par conséquent point d'autre domicile, point d'autre patrie, inspiraient un peu plus de confiance; et ceux qu'on avait achetés.

Les premiers vivaient dans des corps de ferme ou dans des cases bâties tout autour, sous les yeux de leur commandeur, à peu près comme les nègres des colonies; toutefois, les mauvais traitements, l'avarice de leurs supérieurs, la misère, le désespoir diminuaient sans cesse leur nombre; aussi un commerce très actif s'occupait, dans tout l'empire romain, de recruter sans cesse leurs ateliers par des captifs faits à la guerre * .

Les seconds travaillaient presque constamment avec des chaînes aux pieds; on les excédait de fatigues pour ainsi dompter leur ressentiment et leur vigueirr ; puis on les enfermait, la nuit, dans des ergastules souterrains. C'était le ferraille gemis dont nous avons parlé dans notre précédent ouvrage ^.

C'est sur les colons que les propriétaires faisaient retomber toutes les vexations qu'exerçaient contre eux les agents du fisc. Leur misère, surtout, fut au comble sous l'empereur Dioclétien, époque funeste dont Lactance nous a laissé, et dont nous retracerons plus bas l'efiFroyable tableau ^.

Cet état de choses amena la dépopulation des campagnes. Dans la meilleure province de l'empire, la Campanie, cent vingt-huit mille arpents de terre

* De Sismondi, Hiit. de la chute de l'Emp. rom., p. 33.

* Voy. Du droit à Voisiveté, p. 252 et 261.

* Voy. ci-après, chap. III, § 5.

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