‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 20 sur 75 · ENFANTS · texte numérisé non relu

ENFANTS

reurs jusqu'à Valentînien, Valens et Gratien ', était en harmonie parfaite avec les croyances populaires, les mœurs publiques, les traditious religieuses, et l'opinion des poètes et des philosophes de l'antiquité ^. Un des articles du livre de Plutarque sur les opinions des philosophes porte ce titre : « Si l'enfant, étant encore au ventre de sa mère, est animal ou non. » Le divin Platon tient qu'il est animal % et Sénèque décide que les enfants trouvés sont nés esclaves et peuvent être tués *, D'accord avec les stoïciens, les jurisconsultes pensaient qu'un embryon et même un enfant nouveau-né étaient une portion des entrailles de la mère, conséquemment qu'il n'était alors qu'une plante, et non un animal, encore moins un homme ^

Pourquoi donc se fût-on arrêté devant la pensée de détruire ce vil fruit dans son germe?

Du reste, quel que fût l'âge de l'enfant, le père avait toujours le droit absolu de le détruire , et fût-il devenu adulte, devenu majeur, il n'en restait pas moins puer pour le père ^.

A vrai dire, tout fils de famille n'était qu'un esclave; il était même pis qu'un esclave : jamais de liberté, point d'affranchissement; son père pouvait le vendre jusqu'à trois fois; il pouvait le tenir en prison, l'user au travail des champs, le battre de verges, et même le

* Bouchaiid, ub. sup.

» Voy. Philon, De vitâMosis^ lib. I, p. 604.

5 Plut., Deplacitisphilosoph.y lib, V, cap. 15 et 26.

* Senec, Epist. ult.

« Voy. Digest., \.2,De mortuo inferendo, etl. 9, ad legem Falcid.

" Ce droit était enlevé au père sur ses enfants dans la république de Platon, par cette bonne raison que, les femmes y étant toutes à tous, les pères n'y connaissaient pas plus leurs enfants que les enfants leurs pères (Rép., 1. V).

punir du dernier supplice, ayant sur lui, comme le maître sur l'esclave, droit de vie et de mort *.

Pas un fils ne possédait quoi que ce fût en propre; pas un ne pouvait acquérir quoi que ce fût , à aucun titre, si ce n'est, tout au plus, un misérable pécule, et sous le bon plaisir du père.

Quoi d'étonnant, après cela , que, las , à la fin , de ce joug insupportable, les fils de famille exaspérés recourussent aux moyens les plus extrêmes pour s'en affranchir? Dans la conjuration de Catilina, que de fils enrôlés pour tuer leurs pères ! Dans les massacres du triumvirat, que de pères égorgés par leurs fils '^l

La misère se fît payer l'arriéré de la haine !

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