FEMMES
l'autorité d'uu mari, leur tutelle était doune'e au plus proche de leurs parents par mâles *•
La puissance du père de famille, comme mari, lui donnait le droit de vie et de mort sur sa femme. Il avait dès lors, à forliori, le droit de la répudier, et, par une conséquence naturelle, celui de la condamner à rester captive dans sa maison, ligandi ^.
Lors donc que l'épouse infidèle était traduite au tribunal domestique du mari outragé, celui-ci assemblait les parents de sa femme, et prononçait contre elle une peine arbitraire proportionnée à la gravité de l'injure ^.
La plus douce qu'il pût infliger, parce qu'elle restait ignorée comme la faute, était celle de la prison privée.
Mais lorsque la faute était publique, l'application de la peine le devenait aussi, et alors elle était laissée à la vindicte du peuple *.
Ne jamais s'appartenir 5 vivre dans un état continu de dépendance et d'incapacité, sans droits, sans biens, ou, ce qui est plus injuste encore et plus humiliant, sans jouissance aucune de ses biens; tomber au pouvoir d'un homme, et devenir sa propriété; n'être pas une personne, mais simplement une chose; une chose qui se vend % qui se donne ou se prête pour en avoir de la race ^; à la moindre fauîe, se voir faire son
* Voy. Esprit des lois, liv. Vil, ch. XII.
2 Farinacius, De delictiscarnis, quœsl. 143, n'» 205. ^ Voy. Fournel, Traité de T adultère.
* Tit.-Liv., Hist., lib. XLIX. — Val. Max., lib. VI, ch. 111. ^ Plaut., Menechmes, à la fin.
6 Slrabon rapporte que Caton (d'Ulique) céda pour un certain temps sa femme Marlia à son ami Horlensius, pour qu'il en eût des enfants, et cela conformément k l'ancienne coutume des Romains. Voy. Plut., Cat., 36 et 68. Voy. aussi Bayle, Dict, hùt., au mot Hortensius^ note N.
procès, c'est-à-dire condamner au tribunal d'un maître à la fois juge et partie; subir des peines cruelles; pour un peu de vin bu, expirer sous le bâton * ; encourir l'affront d'être répudiée ^, parce qu'on aura perdu de sa jeunesse et de sa beauté, parce que celui qui vous a ne veut plus de vous, mais en veut une autre, une plus jeune, une plus belle, une plus riche qui le mette en état de payer ses dettes ^ ; et alors, sans plus de façon, un beau jour s'entendre dire : « Femme, va-t'en ! femme, sors d'ici! Mulier, i foras*; » telle était communément à Rome la condition des femmes, telle que le vieux droit l'avait faite ^
Quand elles faisaient retour sur l'état de choses, les femmes ne pouvaient-elles pas se trouver indignement traitées, tyrannisées, asservies? Comme les esclaves, elles aussi détestaient leurs maîtres; elles aussi soupiraient après leur affranchissement. Appien, véridique historien des Guerres civiles de Rome, fait une bien grave révélation ; il dit que, quand Catilina eut formé son complot, — dont, par parenthèse, le noyau se composait de plébéiens, d'esclaves, d'étrangers, et de fils d& famille impatients de voir mourir leurs pères ^, — un de ses premiers soins, pour avoir le nerf de la guerre, fut de s'adresser aux femmes, et de ramasser auprès
* Val. Max., lib. VI, cap. III. — D'après une loi de Romulus les maris avaient droit de vie et de mort sur leurs épouses adonnées au vin. De là l'usage d'embrasser les femmes pour découvrir, à l'odeur de l'haleine, celles qui avaient goûté du vin. Ut odor indicium faceret si bibissent (Aul. Gel., X, 23).
* Montesquieu, Espr. des lois, XVI, 16. ^ Plaut.,il/ercafor, IV, se. 5.
* Plaut , Cassette, act. II, se. 2.
» Voy. Bouchaud, t. I, p. 667. —Et Le Gris, Etude sur Catulle. « Salluste,, /n Cafî7., 44.