‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 34 sur 75 · SERVITUS · texte numérisé non relu

SERVITUS

rerum cognoscere causas. Ces causes sont, pour ainsi dire, tangibles au doigt et à l'œil, tant leurs effets sont palpables et leurs caractères saillants. Il nous sera donc facile de les préciser.

Hœc exposmmiis, ut possibile sit summo digito et quasi per indicem ea tetigisse * . . .

Ces causes sont énamérëes et développées sous les dix paragraphes suivants : Servilus, — Familia, — Latifundia, — Usura, — Vectigalia, — Diviiiœj Luxus, — Lihidines, — Flagitia, crimes et délits, — Religio, — Olium, Lahor,

Servituft.

Caractères généraux. — Lèpre immense. — Foyer de dépravation, de dépopulation et de misère. — Guerre entre l'hérililé et l'esclavage. — Conséquences. — Complots, empoisonnements, brigandages. — Le souffle de l'esclavage stérilise l'homme et la terre. — La nation entière disparaît par l'effet de ce régime affreux.

La république romaine avait au cœur un mal dont toute l'antiquité païenne était infectée et dont elle devait mourir : — c'était l'esclavage.

L'esclavage, comme une lèpre immense , enveloppait et dévorait le corps social tout entier.

Admis dans les mœurs comme une nécessité, les mœurs ne pouvaient pas plus se passer d'esclaves, que l'âme humaine ne put se passer de bras pour agir, de tête pour réfléchir, d'organes pour fonctionner'^.

D'abord confiné dans l'exercice des métiers profes-

* Instit., \ih. IV, tit.48, §12.

* Voy. Du droit à l'oisiveté, p. 132 et 133.

sioniiels et daîis la domesticité servile, l'esclavage s'insinua peu à peu dans les services publics, s'empara des beaux-arts, fit le ne'goce, se répandit dans les affaires, dirigea l'éducation, sillonna les mers, couvrit les campagnes, et finit par envahir l'armée et la cité^

Ce n'était plus par individus, ni même par catégories, c'était par cohortes, c'était par légions, que les esclaves se com[)taient, dans les champs, dans les ateliers, dans les familles ^.

Reléguée dans les rangs de l'animalité, étrangère à tous les grands intérêts qui relèvent l'homme à ses propres yeux, aux droits de la cité, de la propriété, de la famille ; chargée de mépris j jouet de toutes les passions brutales ; usée par les privations ; minée par la fatigue d'un travail sans fruit; abrutie par les mauvais traitements ; démoralisée par sa propre nature % cette masse d'hommes sans dieux, sans patrie, sans existence légale , ne pouvait que former, au sein de la société romaine, un foyer de corruption, de dépopulation et de misère où tous les éléments de la prospérité publique devaient venir tour à tour s'engloutir et se perdre.

Nous avons vu que la servitude frappait d'interdit le travail libre de l'atelier*. Nous verrons qu'elle frappait de stérilité les campagnes^ ; comment, avec ces prhicipes de mort, et l'éducation de ses enfants confiée à des instituteurs esclaves % Rome eût-elle pu résistera la décomposition intestine qui la travaillait ?

» Voy . ibid., p. 144 et suiv. , 159, 203 et suiv., 21 1 . El ci-dessus, p. 30.

* Voy. ibid., p. 152 et suiv.

3 Voy. ibid., p. 139, 150, 161 et suiv., 213 et suiv., 218.

* Voy. ci-dessus, p. Ci.

* Voy. ci-après, p. 149 et suiv.

* Voy. Du droit à l'oisiveté, p. 25.

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