‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 40 sur 75 · Vénalité; Concussion; Péculat · texte numérisé non relu

Vénalité; Concussion; Péculat

Triple source d'iniquités et de misère. — Les juges suivent l'exemple du législateur, et les gouverneurs l'exemple du sénat. — Traits monstrueux de vénalité et de corruption. — La probité est bannie de Rome. — Arrêts qu'on rendait dans ce temps-là.

A Rome, la vénalité et la partialité des magistrats étaient une double source d'iniquités dont le peuple eut souvent à se plaindre et dont le résultat inévitable fut, en cela comme toujours, de sacrifier le plébéien au patricien, le pauvre au riche, le faible au fort.

Ce n'étaient pas des arrêts, c'étaient des services que la justice rendait, ou plutôt vendait, en ce temps-là.

Les auteurs contemporains constatent, en effet, que la justice se vendait ostensiblement dans les tribunaux , et que la concussion dont l'administration était envahie avait pénétré j usque dans le sanctuaire de Thémis . On tra-

* Voy. Du droit à Voisiveté, etc., p. 39 et suiv. — Et ci-après, eh. VII, § 3.

* Péculat, peculatus (de pecus, troupeau, principale richesse des temps primitifs) s'entendait de tout vol des deniers publics. — Concussion, repetundœ, sous-entendu pecwmcp, se disait lorsqu'un magistrat abusait de son autorité pour lever de l'argent.*— Voy. ci-après, ch. VII, §3.

fîquait des audiences des juges, comme de toute autre chose vénale et le législateur n'avait, pour réprimer ce scandaleux abus, que de vagues et inutiles menaces : « Arrière ces mains rapaces des officiers de justice ! Arrière, dis-je; et si, prévenues, elles ne se retirent, qu'on les coupe * ! »

Non-seulement la justice se vendait à prix d'argent, mais il n'était pas rare de voir des plaideurs gagner leur procès, non en donnant de l'or, mais en procurant à leurs juges les faveurs de quelques femmes, ou de quelques jeunes gens d'une grande beauté^.

En cela, d'ailleurs, les juges suivaient l'exemple du législateur et du peuple souverain.

Jugurtha, roi de Numidie, ayant indisposé le sénat par ses crimes, et le voyant prêt à sévir contre lui, se sauva en corrompant la majorité des sénateurs : «Ville à vendre ! il ne lui manque plus qu'un acheteur » , dit-il en sortant de Rome et en jetant un dernier regard de dédain vers ses murs; puis, à deux reprises différentes, il évita la guerre en achetant les consuls et l'armée romaine envoyée contre lui ^

Ptolémée, roi d'Egypte, chassé de son royaume par ses sujets, parvhit à se faire rétablir sur le trône, à l'aide de l'armée romaine et de Gabinius, son chef, qu'il acheta à prix d'argent. Gabinius, accusé à Rome pour ce fait, corrompit ses juges et fut absous *.

Un commissaire du sénat, en lllyrie, se laissa acheter

* Cod. Théod. lib. 1, lit. VIL De offîcio recf. 'provinciœ, lib. I.— Voy. ci-après, cl». VU, § 3.

^ Cic, AdAttic. I, 16. — Senec, Ep. 97.

» Sali., Jugurt., 13, IG, 28, 29. — Flor., Ill, 1.

* Dion.XXXlX, p. 129el130,--Cic.,m Piso.,2\.-^lH\it., Anton, 4>.

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