LEGES AGRA.RI
Quoi qu'il en soit, les esclaves affranchis, les étrangers dépossédés de leurs terres, les gens de métier, les colons ruinés, les débiteurs insolvables, les citoyens dégradés par les censeurs, tous les misérables, tous les prolétaires enfin, formaient à Rome la classe progressivement croissante des inopes \
C'était là un grand danger pour la république romaine. Pour le diminuer, il n'était qu'un moyen : c'était de diminuer le nombre des prolétaires, en augmentant celui des propriétaires foncieisj c'était de convertir en citoyens utiles, pour le forum et les légions, ces capite censi qui en étaient exclus, en les enracinant dans le sol et en les appelant à le défendre.
Telle fut la pensée patriotique d'où, à part quelques écarts d'ambition, sont sorties presque toutes les lois agraires.
Les idées de communauté ne pouvaient germer, au sein des masses, dans une société ainsi organisée; aussi le droit de propriété ne fut-il jamais attaqué en lui-môme dans les agitations du forum. Les prolétaires de Rome luttaient , non pour abolir ce droit, mais pour y participer; car, avoir de la terre, c'était devenir véritablement citoyen; c'était avoir la vraie richesse, la seule honorable, la seule durable, la seule, d'ailleurs, que Rome, sans industrie et sans commerce, connût et respectât. C'est pourquoi les prolétaires protestèrent avec tant de persévérance contre l'usurpation des terres domaniales par les nobles et les chevaliers, et réclamère'Jt avec tant d^énergie leur part de ces dépouilles, conquises sur l'ennemi au prix du sang plébéien.
* Voy. ci-dessus, p. 44, 46, 77 et suiv.
âô6 SOLUTION DU PROBLÈME DE LA. MISÈRE.
Tel fut Fobjet spécial des lois agraires, sous la re'publique.
Dans le langage législatif des Romains, une loi agraire était toute espèce de loi qui était relative aux terres, n'importe dans quel but. Une loi sur le bornage était une loi agraire aussi bien qu'une loi sur le partage des propriétés. C'est dans ce sens que Louis Blanc a pu dire que la loi agraire existe dans notre Gode civil, en ce que ce Code, en divisant la propriété à l'infini, en donne une part à tout le monde ^
Mais, dans le langage politique, une loi agraire était spécialement celle qui avait pour objet de faire participer les citoyens pauvres à la propriété ou à la possession des terres conquises et de faire réintégrer, dans ce but, la république dans celles de ces terres qui avaient été usurpées par les patriciens.
C'est sous ce dernier point de vue que nous allons étudier les lois agraires des Romains.