RICHES ET PAUVRES
Richet el Pauvret.
Richesses au temps des palriarehes. — Quand naquit et s'accrut la misère. — Causes. — Polygamie et concubinage légal. — Excès de population et exposition d'enfants, etc. — Détails sur la vie privée des Israélites. — Pauperc», egeni, vagi, mendici, leprosi, etc. — Les cinq doigts de la main de la misère. — Mauvais riches — Portraits. — Antagonisme et parallèle du riche et du pauvre. — Exemples. — Causes. — Problème de la misère posé et résolu par Moïse. — « Il y aura toujours des pauvres, mais il peut, mais il doit n'y avoir ni indigents ni mendiants parmi vous. • — Distinction des livres saints entre pauvreté et misère. — Moyens proposés par Moïse pour adoucir l’une déteindre l'autre. — Le Décalogue.
La richesse et la pauvreté d’un peuple se mesurant sur l’étendue de ses ressources et de ses besoins, les Israélites ne purent qu’être universellement riches, au temps des patriarches, car, bien qu’ils connussent l’or et les bijoux l’extrême simplicité de leurs mœurs* faisait qu’ils avaient assez du produit de leurs bestiaux 3
* Voy. G«nes. XXIV, 22. — Ils connaissaient aussi les parfums et les habits précieux (voy. ibid., XXVII, 27); ainsi que l’argent monnayé (Ibid., XX, 16, et XXIII, 16).
* Les patriarches logeaient sous des tentes, et se servaient euxmémes pour les besoins ordinaires de la vie. Abraham, qui avait tant de domestiques, apporte lui-même de l’eau pour laver les pieds à ses hôtes, presse sa femme de leur faire du pain, va lui-même choisir la viande, et revient les servir debout (Gen., XVII, 4). Jacob fait un voyage de plus de deux cents lieues un bâton à la main (Gen., XXXII, 11), etc., etc.
* La richesse des patriarches consistait principalement en troupeaux. Abraham en avait de si nombreux, qu’il fut obligé de se séparer de son neveu Lot, parce que la terre ne les pouvait contenir ensemble (Gen., XIII, 6). Jacob fil h son frère Ésaü un présent de cinq cent quatre-vingt-dix pièces de bétail (Gen., XXXII, 16, etc.). Les troupeaux consistaient en chèvres, brebis, chameaux, bœufs et ânes. Il n’y avait ni porcs ni chevaux. — Voy. la p. 5, note 5.
INSTITUTIONS DE MOÏSE
et de leur travail pour satisfaire à tous les besoins de leur vie frugale 2 et heureuse’.
Mais, depuis la sortie d’Égypte jusqu’à la captivité de Babylone, — période à laquelle se rapporte la plus grande partie des livres saints, et dans laquelle nous nous renfermons, — leurs besoins s’accrurent avec l’accroissement de leur population*, et leur petit territoire 1 ,
1 La principale occupation des patriarches était le soin de leurs troupeaux (Gen., XL1H, 3). Quelque innocente que soit l’agriculture, la vie pastorale leur paraissait plus parfaite ; ils ue se considéraient sur cette terre que comme voyageurs ( Hcbr ., XI, 7, 13).
* Les lentilles qui tentèrent si fort Ésaü sont une preuve de l’extrême sobriété des patriarches. Cependant, dans le repas qu’Abraham servit autrefois aux trois anges, on voit figurer un veau, du pain frais cuit sous la cendre, du beurre et du lait (Gen., XVIII, 6, etc.). Pareillement Rebecca sert à Isaac un ragoût composé de deux chevreaux (Gen., XXVIII, 9); mais, dit Fleury, son grand âge fait excuser cette délicatesse. Ajoutons que c’est un veau tout entier, et un pain de trois mesures de farine, ou deux de nos boisseaux, cinquante-six livres de notre poids environ, qu’Abraham servit à scs hôtes. Ce qui prouve qu’ils étaient grands mangeurs {Moeurs des Israélites, IV).
s C’est ce qui les faisait vivre si longtemps et mourir si doucement. Il n’est fait nulle part mention dans l’Écriture que les patriarches fussent jamais malades. « Il défaillit et mourut dans une heureuse vieillesse, rempli de jours. «C’est ainsi que l’Écriture exprime leur mort (Gen.).
* Quand les Israélites entrèrent dans la terre promise, il y avait plus de six cents mille hommes portant les armes ( Num ., 11, 32). La seule tribu de Benjamin, la moindre de toutes, avait une armée de vingtcinq mille hommes ; le reste du peuple en avait quatre cent mille (Jud., XX, 15, 17). Saiil avait deux cent dix mille combattants quand il extermina les Amalécites (I Reg., XV, 4 ). David entretenait continuellement deux cent quatre-vingt mille hommes, et, dans le dénombrement qu’il fit du peuple, il compta un million trois cent mille combattants (I Parai., XVII, XXVII, 2. — Reg., XXIV, 9). Josaphat, qui n’avait pas le tiers du royaume de David, avait jusqu’à onze cent soixante mille hommes de bonnes troupes (II Parai., XXVII, 14, 15, etc.). Le tout, sans compter les femmes aussi nombreuses, les enfants, les vieillards, les esclaves. L'exagération de ces chiffres ne ressort-elle pas de leur énormité ?
8 La Palestine contenait en superficie quinze millions d'arpents car-