‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 3 sur 3 · RICHES ET PAUVRES · texte numérisé non relu

RICHES ET PAUVRES

malgré sa fertilité son exemption d’impôts 3 et l’inaliénabilité de son sol *, finit par ne plus se trouver assez grand pour qu’en l’absence de tout commerce et de toute industrie*, et malgré leur vie simple 5 et laborieuse 6 , tous ses enfants’ y vécussent également libres *, également riches * ; aussi, à côté de ses grandes

rés de cent perches, ou quarante mille pieds carrés chacun ; — dont un million sept cent mille arpents de terre labourable seulement. Or, comment un territoire si petit pouvait-il nourrir un si grand nombre d’hommes? (Voy. Fleury, Mœurs des Israélites, § VII).

1 Voy., sur la fertilité de la Terre sainte, Fleury, «6. sup., p. 30.

* Avant les rois, les terres n’étaient chargées d’aucune autre redevance que des dîmes et des prémices ordonnées par Dieu même. Sous les rois, elles furent frappées de divers tributs. Salomon écrasa son peuple d’impôts. Leur énormité souleva le peuple sous Roboam, son fils, et occasionna le démembrement du royaume.

s Voy. ci-après, S V.

* Voy. ci-après, § II.

■ Le lait, l’eau, le vinaigre, le miel, le pain cuit sous la cendre, et, dans les grandes occasions, quelques viandes rôties, telle était leur nourriture (voy. ci-après, p. 13). — Rien n’égalait la simpliciléde leurs meubles, de leurs habits (voy. Fleury, ub. sup., X, XI et XII). — Les ânes étaient la monture ordinaire, même des ricbes{/6., VIII). Salomon est le premier qui se soit donné le luxe des chevaux ( lb ., XXVII).

* Voy. ci-après, § II.

7 Les douze tribus d’Israël formaient comme douze parties d’une môme famille dont tous les membres s’appelaient enfants. On disait les enfants d’Edom, les enfants de Moab, etc. Chez les anciens, d’ailleurs, le nom d 'enfants se prenait pour une nation ou pour une certaine espèce de gens. Homère dit souvent les enfants des Grecs. Les enfants des hommes ou d’Adam, c’est le genre humain. Dans l'Évangile on voit souvent les enfants du siècle, les enfants des ténèbres, do la lumière, etc.

* Voy. ci-après, § VI.

* La principale richesse des Israélites consistait en terres et en bestiaux. Ils appelaient trésors toutes sortes d’amas de choses utiles ou précieuses, et sous le nom de richesses ils entendaient non-seulement l’or et l’argent, mais encore les fruits de la terre, le vin, l’buile, le bétail. Les rois de Judée avaient des intendants de leurs trésors, c’est-àdire de leurs greniers, de leurs celliers, etc.

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richesses* y eut-il toujours de grandes misères®, et, après les années d’abondance, les années de famine * et de peste *.

En ces temps-là, en effet, il n’y avait pas seulement que des pauvres, c’est-à-dire des individus privés des commodités de la vie, pauperes 5 ; il y avait encore et surtout des indigents, egenos 6 , c’est-à-dire des pauvres manquant des nécessités de la vie \ Il y avait aussi des vagabonds, vagos * , et des mendiants, mendi-

1 Citons pour exemple les immenses fortunes de David et de Salomon. David pourvut de ses deniers k la construction du temple de Jérusalem, dont la dépense monta à cent huit mille talents d’or, et un million dix mille talents d’argent (I Parai., 29, 7). Ce qui fait environ douze milliards de notre monnaie (Fleury, ub. sup., XXVIII). Les richesses prodigieuses de David étaient le produit amoncelé de ses conquêtes, des épargnes de quarante années de règoe, et peut-être aussi des rois ses prédécesseurs. Du temps de Salomon, on ne faisait plus aucun cas de l’argent, tant il était abondant. Toute sa vaisselle et les meubles de sa maison du Liban étaient de pur or, sans compter deux cents pavois d’or, et trois cents boucliers d'or, etc., etc. ( Reg ., V,4, etc,). N’avons-nous pas vu, de nos jours, un chef de pirates, le dey d’Alger, avoir dans son trésor près de cent millions, en or et en argent ?

1 Voy. ce qui suit.

5 Voy. famine du temps d’Abraham (Gen., XII, 10). ld. du temps d’isaac (Gen., XXVI, 1). ld. de Jacob (lb., il et suiv.). ld. de Ruth (Ruth, 1, 1). Id. de David (H Rois, XXI, 1). ld. de Néhémie(il Esdras, V). Menacesde famineconlre ceuxqui n’observeront pas la loi ( Deut . XXVIII, 53 ; XXXII, 24. — Jer., XIV. — XXIX, 17. — Ezech., V, 12. — Joil, I. —Amos, IV. — II Rois, XXIV, 13).

• Exemple: le peuple frappé de peste b cause du péché de David (II Rois, XXIV, 15).

» Deut., XV, 11.

• Isaïe, LVIII, 7.

7 D’après Y Ecclésiastique, les principales choses nécessaires k la vie de l’homme sont: aqua, partis, vestimentum et domus (XXIX, 28). Plus loin il est dit : lnitium neces tance rei vitæ hominum : aqua, ignis, ferrant (outil, soc), sal, lac, panis, met, uvœ, olcum et vestimentum (XXXIX, 31).

• Isaïe, LVill, 7. — Eccli., XXIX, 25.

riches et pauvres.

cos‘, c’est-à-dire des indigents quêtant par les chemins ou par les rues un asile et un morceau de pain* .

II y avait aussi des malheureux sans vêtements, nudi e - a fiâmes, esurientes 1 ; défigurés par le chagrin et la misère, sgual/entes calamiiale et miseriâ * ; desséchés par l'indigence et par la faim, egestate et famé stériles ’ ; mangeant de l’herbe et des écorces d’arbres, mandebant herbaset arborum cor lices *; se nourrissant de racines de genévrier, radix juniperorum cibus eorum 3 ; cherchant dans les déserts, m deserlis , tout ce qu’ils pouvaient trouver à ronger, r odebanl*-, et se précipitant avec des cris de joie sur tout ce qu’ils pouvaient dévorer, ad ea cum clamore currebanl *.

Il y avait aussi, et eu grand nombre, une autre classe d’infortunés appartenant spécialement aux temps bibliques, et qui n’étaient pas rongés que de misère; c’étaient les lépreux, les impurs, les brebis galeuses chassées du troupeau , et mourant , isolées , de honte, de maladie, et de besoin *.

Il y avait aussi des familles pauvres que la polygamie légale rendait trop nombreuses* et que la misère

« Pro v., XXIX, 19.

* Isaïe, LVII1. 7, 10. — Voy. peinture du sort du vagabond dans Y Ecclésiastique, XXIX, 23 et suiv.

a Job, XXX, 3, 4, 3, 6.

» Voy. le Levit., XIII et XIV.

9 Outre la polygamie légale qui permettait h un seul mari d’avoir plusieurs femmes, il y avait le concubinage légal qui permettait au même mari d’avoir plusieurs femmes illégitimes. C’est ainsi que Jacob eut, à la fois, deux femmes, Rachel et Lia, et deux concubines, Bala et Zelpha, ses servantes, dont il eut plusieurs enfants (Gen., XXX, 1 et suiv.). C’est ainsi que Roboam eut dix-huit femmes et soixante concubines qui lui donnèrent vingt-huit fils et soixante filles, et qu’Abia, son fils, eut de plusieurs femmes vingt-deux fils et seize filles (II Rar. XI, 2, 21,23. — Id. XIII, 1). David eut dix-neuf fils de ses femmes,

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forçait à exposer leurs enfants comme Moïse ou à les tuer pour n’avoir point la charge de les nourrir 2 ; ou à les vendre pour payer leurs créanciers’ ; ou à se vendre elles-mêmes pour un morceau de pain 4 .

Il y avait, enfin, des veuves, des orphelins, des esclaves, des étrangers, des déshérités de toute famille et de tout bien lesquels formaient comme les cinq doigts de la main de la misère, et pour lesquels l’Écriture frappe sans cesse à la porte des riches.

En ces temps-là, aussi, il n’y avait pas seulement que des riches, diviles , c’est-à-dire des heureux du siècle dépensant leur fortune en bonnes œuvres* quand ils ne la dépensaient pas en luxe et en plaisirs T . Il y avait encore et surtout des opulents égoïstes, fermant l’oreille au cri du pauvre 8 et mangeant leurs

sans compter ceux de ses concubines. L’Écriture parle de deux juges d’Israël dont l’un axait trente fils et l’autre quarante, avec trente petits-fils ( Jud ., X, 4, 12, 14). — Le concubinage n’était pas une immoralité, comme de nos jours. C’était simplement un mariage moins solennel. Les épouses légitimes n’avaient sur les concubines que l’avantage de rendre leurs enfants héritiers. — Ce croisement et cette multiplicité de femmes et d’enfants, sous un même toit, ne pouvaient qu’engendrer des querelles, des rivalités et des guerres domestiques qui devaient en chasser le bien-être, même dans les familles riches. Qu’était-ce donc dans les familles pauvres !

1 Exod., U, 1 et suiv.

* Voy. Fleury, Mœurs des Israélites, XXIV.

* Ibid.

* Voy. ci-après, § VI.

‘ Souvent même des riches ruinés pour avoir répondu de dettes qui n’étaient pas les leurs. Eccli., XXIX, 24 et 25.

« Prov., XXil, 9.

1 Par exemple, en achats d’ornements, de bois précieux, de tapis, de pierreries, de lits d’ivoire, de parfums, etc. (voy. Fleury, ub.sup . ,Xct XI), ou dans les plaisirs de la musique, de la danse, etc. (Ibid., XVII).

* Prov., XXI, 13.

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