‹ Du procédé opératoire a suivre dans l'exploration des organes par la percussion médiateChapitre 20 sur 27 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

PREMIER MÉMOIRE

Résumé de quehjues expériences sur La submersion, La strangulation , V asphyxie par la vapeur du charbon ; recherches sur V absorption pulmonaire et sur la sécrétion urinaire.

56o°. Lors du concours pour l’agrégation, en 1826, on me donna pour sujet de thèse la question suivante : Existe-t-il des signes certains de la mort par submersion ? Je fis beaucoup de recherches; je multipliai les expériences; celles- ci furent le point de départ des Mémoires qui vont suivre. Je crois devoir, non pas reproduire ici ces faits en totalité, mais donner une analyse succincte des principaux résultats auxquels ils m’ont conduit. On peut consulter, pour l’état de la science avant mon travail, et pour plus de détails , ma Thèse sur la submersion , Danturne mortis, à submersione cerla signa , 1826.

56i°. Sur un assez grand nombre de chiens submergés, strangulés ou asphyxiés par les gaz, la

2()2 COLLECION DE MEMOIRES

quantité de sang que contenaient les vaisseaux de la tête et du cerveau était plutôt en rapport avec la position du sujet après la mort, qu’avec le genre de lésion à laquelle ces animaux avaient succombés. Si la tête était restée basse pendant quelque temps, on y trouvait beaucoup de sang; le contraire avait lieu dans une circonstance opposée. Si l’on ouvrait aussi les grosses veines du thorax avant le crâne , on trouvait moins de sang dans le cerveau que si l’on procédait en sens inverse.

562°. Sur treize chiens submergés dans un liquide boueux et noirâtre, l’estomac contenait une quantité notable de ce même fluide; on en rencontrait aussi dans l’oesophage et les intestins de quelques-uns d’entre eux. Dans trois cas de suspension chez les chiens, et dans un autre, où l’asphyxie avait eu lieu à la suite de l’inspiration de la vapeur du charbon, les cadavres furent plongés dans l’eau, et y séjournèrent, les premiers vingt-quatre heures, les seconds une demi-heure : on ne trouva pas de liquide , soit dans l’estomac , soit dans les intestins.

563°. Chez nos animaux submergés, le ventricule droit du cœur avait une dimension double, et quelquefois triple de celle du gauche. C’était au sang qui distendait les cavités cardiaques, ainsi que les gros vaisseaux, qu’était dû le volume de ces parties. Le ventricule gauche, dont la couleur différait peu de celle du droit, avait quelquefois contracté une telle dureté, qu’en le frappant avec le scalpel, il faisait entendre un bruit remarqua-

SLR I>A RESPIRATION. ?(jô

ble. Du reste, les mêmes phénomènes se manifestaient chez les animaux strangulés et asphyxiés. On les retrouve tout- à-fait semblables dans l’asphyxie par l’écume bronchique de l’homme.

564°- Douze chiens périrent submergés; un seul d’entre eux présenta une plus grande liquidité du sang; chez ceux qui étaient froids, et avaient séjourné dans l’eau, on trouvait des caillots dans le coeur ; ceux qui venaient de mourir, et qui furent immédiatement ouverts, présentaient un sang liquide; mais cette liquidité n’était pas plus marquée que dans toute autre asphyxie. 11 y avait des caillots dans le cœur de deux chiens qui venaient de périr par suspension, et un sang lie, uide dans les cavités cardiaques de deux autres animaux strangulés, qui avaient macéré vingtquatre heures. Dans un seul cas, lors de l’incision du péricràne, un fluide rougeâtre s’écoula des veines ; mais il s’agissait ici , non d’un cadavre de noyé, mais d’un strangulé plongé dans l’eau pendant vingt-quatre heures.

565°. La couleur du sang est noire dans l’asphyxie par strangulation et par submersion. J’ai constaté, dans trois cas, et cela d’une manière bien manifeste, que la teinte de ce liquide est d’un rouge cerise, très- vif dans la mort résultant de l’inspiration des gaz que dégage le charbon qui commence à s’allumer : tous les organes, tous les tissus ont une couleur vermeille. 11 faudrait rechercher si cette coloration serait la même dans l’asphyxie par le gaz acide carbonique formé dans

les derniers temps de la combustion du charbon.

566°. La quantité de sang, chez les chiens noyés, m’a paru être plus considérable que chez ceux qui ont succombé à d’autres genres de mort. 11 faudrait peser un animal avant et après la submersion , pour voir s’il n’augmenterait pas de poids à l’occasion de celle-ci. On pourrait peut-être déduire quelques inductions des résultats que ces expériences donneraient.

567°. JNous n’avons pas vu que le diaphragme présentât une disposition différente chez les submergés que chez les strangulés.

568°. Les organes respiratoires des chiens noyés él aient volumineux et distendus; ce gonflement existait aussi dans quelques cas chez les strangulés et les asphyxiés. O11 voit la même chose dans beaucoup de poumons d’hommes morts à la suite de l’asphyxie par l’écume bronchique. Il suffit qu’une cause quelconque oblitère le larynx, les bronches et leurs rameaux, pour que l’air ne puisse plus sortir lorsqu’on ouvre le thorax. De là vient que l’écume bronchique empêche l’affaissement du poumon, et que l’eau écumeuse, chez certains noyés, produit le même effet; dans l’asphyxie par les gaz non respirables, dans la mort par syncope, les organes pulmonaires sont affaissés contre la colonne vertébrale. C’est qu’ici aucune cause n’empêche l’air de sortir des voies respiratoires. C’est postérieurement à la publication de ces Lits, que M. Piédagnel a considéré le volume que présente le poumon des cadavres comme un

étal maladif : ma thèse a été publiée en 1826; son Mémoire est de 1 828.

569°. Huit chiens furent plongés dans l’eau, préalablement noircie, et contenant de la boue y on ne Leur permit pas de respirer depuis Leur immersion jusqu* à Leur mort. La trachée-artère était remplie d’une liqueur noirâtre, semblable à celle où la submersion avait eu lieu , et il n’y avait point d’écume dans Les voies aériennes y les vésicules seules contenaient une sérosité spumeuse et noirâtre 5 des poligones de la même* couleur, entourés par d’autres parties moins foncées, donnaient à la surface de l’organe un aspect marbré ; le poumon , à l’intérieur, avait la même apparence, et la pression des lobes faisait sortir des rameaux bronchiques, et cela par la moindre pression , un liquide 'noirâtre mêlé de quelques petites bulles d’air* tous les lobes pulmonaires présentaient cette disposition. La sérosité n’était point rouge; elle ne devenait telle que lors de la section des petits vaisseaux, et quand le sang qui s’écoulait de ceux-ci venait la teindre. Bien qu’une grande quantité de liquide fut contenue dans l’organe, celui-ci surnageait encore lorsqu’on voulait le plonger dans l’eau. Cet état des poumons se rencontra plusieurs heures après la mort comme immédiatement après elle. 11 en fut ainsi d’un chien dont on ouvrit le thorax pendant sa vie, et lorsqu’il respirait largement ; les poumons contenaient de la sérosité et de l’air; la trachée ne contenait que de l’eau. Soit que, pendant la

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submersion, on eût tenu la tête de l’animal plus élevée que le reste du corps, soit qu’elle fût restée plus basse, les caractères anatomiques 11e différaient pas.

5^0°. Sept chiens furent plongés dans l’eau; cependant, entre le moment de leur immersion et celui de leur mort, on leur permit de respirer, de sept à trente fois, l’air atlimosphérique. Chez tous on trouva de l’écume dans la trachée, et d’autant plus que l’agonie avait été plus longue.

57 1°. Sur un très-grand nombre de chiens novés, on fit sortir la tcte de l’eau, en la tenant plus élevée que le reste du corps, et toujours la trachée-artère fut trouvée pleine de liquide. Chez tous ceux qui avaient eu la tête basse au moment de leur émersion , les bronches ne contenaient pas de sérosité, mais bien des traces dè la matière noire que le chien avait inspirée. Quelle que fût la position qu’on donnât au sujet, lorsque l’agonie avait été longue, et avait permis la formation de beaucoup d’écume, celle-ci restait dans la trachée, et s’y rencontrait â la nécropsie.

57a0. Il n’y avait point d’écume dans les voies aériennes de trois chiens strangulés , et chez lesquels on n’était pas bien sûr que la corde eût été placée au-dessus du larynx. Chez trois autres, la suspension avait eu lieu au-dessus de l’os hyoïde; or, dans la trachée-artère de l’un , il y avait un peu d’écume, beaucoup dans celle du second, et beaucoup plus encore dans les conduits aériens du troisième. Ici l’agonie avait été longue; sur

tous les trois le raie avait précédé la mort ; le passage de l’air n’avait pas été complètement fermé par le lien, mais la déglutition de la salive n’avait pu avoir lieu, puisque le pharynx, comprimé par la corde, ne pouvait exécuter cette action. Le fluide salivaire devait donc s’accumuler vers la partie la plus basse; or, dans la suspension, la glotte était cette meme partie; de là l’introduction de la salive dans le larynx, la trachée; son agitation avec l’air qui entrait et sortait; la formation de l’écume; l’oblitération par celle-ci des conduits aériens, l’asphyxie et la mort. C’est précisément comme cela qu’a souvent lieu l’asphyxie des mo ura ns. Du reste, les poumons des deux derniers chiens étaient très -semblables à ceux des noyés, et l’un d’entre eux, au moment de l’ouverture, remplissait le thorax : c’est encore ce qui a lieu à la suite de l’asphyxie des agOnisa ns.

Un chien fut étranglé par une corde placée au-dessous du larynx ; sur deux autres la trachée-artère fut mise à découvert; on chercha à la lier de manière à oblitérer complètement l’entrée de T air. Le lien 11e put être assez fortement serré pour empêcher l’introduction d’un peu de gaz atmosphérique, qui entretenait la respiration; un bouchon, placé dans la trachée, servit à fixer la ligature : l’asphyxie eut promptement lieu. Dans tous ces cas, les poumons ne contenaient pas d’écume; la membrane muqueuse trachéale était moins rouge que chez les submergés; toutefois,

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lorsque ces derniers avaient séjournes dans l’eau , celte membrane était pâle.

4°* Sur trois chiens, stran gu lés, et qui, après la mort, étaient restés vingt-quatre heures sous l’eau teinte en noir, on trouva, jusque dans le poumon, une matière noire abondante.

5^5°. Dans treize cas de submersion, la vessie des chiens contenait de l’urine. Quelques-uns de ces animaux avaient été noyés sans qu’on les eût laissé respirer après leur immersion première: d’autres avaient inspiré plusieurs lois de l’air atmosphérique depuis qu’ils avaient été plongés dans l’eau, et avant de mourir. Chez les uns l’agonie avait été lente, chez d’autres courte; quelques uns étaient restés un quart-d’heure sous le liquide après leur mort, quelques autres deux heures. Or, la quantité d’urine renfermée dans la vessie, et qui toujours était très-aqueuse, variait de trois à six onces, et répondait à la capacité du réservoir urinaire. Chez un chien submergé, que l’on ouvrit le lendemain, et qui n’était pas atteint de roideur cadavérique, la vessie était pleine. Dans un autre cas, un animal périt à la suite de l’injection d’un litre d’eau dans les bronches, et de l’urine était accumulée dans son réservoir. Ainsi, dans quinze cas de submersion observés sur des chiens, la vessie contenait une notable proportion de liquide : toutes les fois que la rigidité cadavérique ne s’était pas prononcée, nous avons retrouvé le meme

fait.

076°. Dans deux cas de submersion , l’ouver-

SUR I-A RESPIRATION. '2CjC)

Un e tics chiens ne fut faite que le lendemain. La roideur des muscles abdominaux était extrême, mais la vessie n’était point contractée; il y avait à peine deux ou trois gouttes d’urine dans la vessie. Il semblerait donc que l’expulsion de l’urine aurait clé ici la conséquence de la rigidité cadavérique.

5 770. D’un autre côté, dans sept cas de mort par suspension, dans trois d’asphyxie par la vapeur du charbon, dans un grand nombre de sujets qui avaient succombé à l’hémorragie, la vessie était dure, contractée, entièrement vide. Un seul chien, mort par strangulation, présenta, dans la poche cystiquc, une go ut te de liquide: tous ces chiens avaient, pendant leur agonie, rendu les fèces et l’urine.

578°. Incertains que nous étions sur la question de savoir si les chiens submergés urinaient aussi pendant leur agonie, nous fîmes les expériences suivantes : On entoura la verge de trois de ces animaux d’une poche membraneuse , et, pendant qu’on faisait cette opération, deux d’entre eux rendirent une grande quantité d’urine. O11 les fit ensuite, et immédiatement, périr par submersion. On retrouva d’une à trois onces d’urine dons le sac lié autour de la verge, et la vessie en contenait de trois à six onces. Il était donc évident que, pendant l’agonie, il s’était formé une grande quantité de ce fluide, et que l’évacuation qui avait eu lieu avant l’immersion n’avait pas empêché que, sous l’eau, il ne s’excrétât une certaine quantité de liquide urinaire.

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579°. Il semblerait même que burine peut être formée après que la mort du cerveau a eu lieu par asphyxie; en effet, on mit à découvert la vessie d’un chien à l’instant même où il venait d’être noyé; elle était vide, tandis que, chez tous ceux qui, après leur agonie, avaient séjourné dans l’eau, la poche urinaire était distendue par du liquide.

58o°. Etait ce dans les bronches que l’absorption de l’eau avait eu lieu avec assez d’activité pour fournir à cette rapide sécrétion d’urine? Pour résoudre cette question, voici comment on s’y prit :

58 1°. Une canule de plomb courbe fut introduite dans la trachée-artère d’un chien; on l’assujétit par une ligature; l’animal respirait facilement parce tuyau, surmonté d’un tube de deux pouces de largeur, et haut de six pouces; comme la courbure que présentait la canule permettait au tube d’être dirigé verticalement, tandis que la partie du conduit engagé dans la trachée était tenue horisontaîement, on put verser de l’eau dans le tube, et le remplir. A chaque inspiration, le liquide pénétrait brusquement dans la poitrine; l’air sortait en bouillonnant dans l’expiration. Durant l’intervalle qui séparait ces deux mouvemens, on voyait peu à peu le niveau du lluide s’abaisser : c’est que de l’eau pénétrait encore dans les voies aériennes. A mesure que la mort approchait, les inspirations devenaient plus petites, et il s’introduisait à la fois une moindre quantité de liquide dans la poitrine. Il fallut remplir le tube à

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plusieurs reprises , et, bien que le chien fut de petite taille, on employa ainsi deux livres d’eau.

582°. Déjà l’urine et les fèces étaient expulsés spontanément ; la perte complète des mouvemens musculaires semblait annoncer la cessation de la vie; cependant, le cœur se contractait encore un tant soit peu ; alors on vit le liquide contenu dans le tube ne plus descendre brusquement et d’un seul coup à l’occasion de la respiration, mais lentement, successivement, et semblant faire voir la continuation de l’absorption après la mort cérébrale. Ainsi furent consommées encore trois ou quatre onces d’eau versées de nouveau dans le tube : lorsque le chien eut succombé, le niveau ne baissa plus.

583". L’animal urina abondamment pendant l’expérience, et cependant la vessie contenait encore trois onces d’urine. Les poumons, semblables à ceux des noyés, renfermaient une plus grande quantité d’eau que chez ceux-ci.

584°. Trois fois, depuis la publication de ma thèse, j’ai renouvelé cette expérience, et j’ai obtenu les mêmes résultats. Dans ces derniers cas, on ajouta un tube de verre à la canule, et, pour mieux apprécier l’abaissement du niveau en rapport, soit avec les inspirations, soit avec l’écoulement successif du liquide dans les voies aériennes, on se servit d’eau colorée.

585". Mais le liquide contenu dans l’estomac des noyés pourrait-il être la source de celui que renferme la vessie des submergés? On lia la tra-

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chée- artère d’un chien; un litre d’eau fut à l’instant injecté dans l’oesophage; l’animal urina aussitôt; il vécut ensuite deux minutes; il fut ouvert un quart-d’lieure après sa mort : la vessie était vide. Dans un autre cas, on lia l’oesophage, et l’animal fut submergé ; il urina , périt : la vessie était pleine d’urine. Le liquide contenu dans le réservoir urinaire des submergés ne vient donc pas de l’eau qu’ils auraient avalée.

586°. La peau pourrait-elle fournir les matériaux de cette absorption abondante? Le fait suivant prouve que , même dans le cas de vaste dénudation du derme, il n’en pourrait être ainsi. Un chien qui portait une large blessure au cou, et dont la trachée et l’oesophage étaient liés, fut plongé dans l’eau ; ouvert un quart- d’heure après, on ne trouva que quatre gouttes d’urine dans la vessie.

58 y0. Les faits précédens me paraissent féconds en applications physiologiques et pratiques; je ne mentionnerai que celles qui me paraissent importantes.

588°. La quantité de sang qu’on trouve dans les vaisseaux de la tête après la mort, peut dépendre, non moins d’une congestion active cérébrale, suite de l’asphyxie, que de la stase sanguine, qui est la conséquence de celle-ci. Si on ouvre la tête d’un cadavre avant le thorax, on y trouvera plus de sang que si l’on incise les jugulaires avant de mettre le cerveau à découvert (56 1).

589°. Le développement des cavités droites du

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coeur est la conséquence de toutes les asphyxies j il varie en raison de beaucoup de circonstances : des qualités de sang du sujet, de la longueur de l’agonie , de la disposition organique du cœur, etc. L’espèce d’asphyxie influe peu sur les degrés de ce développement (563).

590°. La fluidité du sang n’est pas plus marquée chez les chiens noyés que chez les strangulés, mais la macération d’un cadavre dans l’eau rend le sang liquide (564).

5910. Dans l’asphyxie par la vapeur du charbon qui s’allume, le sang, et tous les tissus, sont d’un beau rouge cerise. Si donc un individu, retire de leau, présentait cette nuance rouge éclatante de ses organes et des liquides, tout porterait a croire que le sujet, avant d’être plongé dans l’eau , aurait été asphyxié par le charbon (565).

692". Dans toutes les espèces de mort où la trachée-artère, les bronches et les vésicules sont vides (syncope, asphyxie par les gaz, destruction instantanée de l’action nerveuse), les poumons, à l ouverture, sont affaissés contre la colonne vertébrale. Dans toutes celles où des obstacles à l’entrée de l’air ont amené la cessation de la vie (strangulation avec écume, asphyxie par l’écume bronchique), les organes pulmonaires occupent, après que les parois sont ouvertes, la plus grande partie de la capacité de la poitrine (568).

i>930. Chez les chiens noyés, l’eau pénètre, pendant la vie, jusque dans les dernières ramifications bronchiques, et dans les vésicules aériennes : le

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liquide contenu dans les bronches est pâle, et non

coloré par le sang (56g),

5g4°. La quantité d’écume trouvée dans la trachée-artère et les bronches d’un noyé, est subordonnée à la lenteur de l’agonie. S’il n’y a pas d’écume, mais seulement de l’eau dans les voies aériennes, l’absorption aura continué depuis le premier moment de la submersion jusqu’à la mort. S’il y a beaucoup d’écume , c’est que le sujet a respiré plusieurs fois pendant son agonie. M. le professeur Orfila a aussi constaté, par des expériences, la vérité de cette proposition, que j’avais avancée (5^o, 571).

595°. De ce qu’011 11e trouve pas d’eau dans la trachée-artère d’un noyé, on ne doit pas dire qu’il soit mort par syncope. Lorsqu’on n’en rencontre pas, c’est que le sujet a été retiré de l’eau de telle sorte que la tête était plus basse que le reste du corps, ou, qu’a près l’émersion , il a été placé dans cette même position. E11 effet, lorsque l’agonie aura eu peu de durée, lorsque le sujet, après avoir inspiré de l’eau , n’aura pas respiré d’air, on ne trouvera pas d’écume, et pour peu que le larynx soit inférieurement placé, par rapport à la trachée, le liquide s’écoulera de celle-ci. La formation de l’écume s’oppose à la sortie facile de l’eau introduite dans les voies aériennes.

5g6°. De la facilité avec laquelle le liquide non écumeux sort de la trachée, lorsque le submergé n’a point respiré entre le moment de son immersion et celui de son asphyxie j de la difficulté avec

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laquelle l’écume, dans une longue agonie chez les noyés, s’écoule des voies aériennes, résulte que l’espoir de rendre la vie est bien plus fondé dans le premier cas que dans le second; il y a donc lieu de penser qu’un homme asphyxié, qui ne se serait pas débattu, qui n’aurait pas nagé, ou qui, après avoir plongé, ne serait pas revenu sur l’eau, serait plus facilement rétabli que celui qui aurait été dans des circonstances contraires. Peut-être même que, dans les cas où une abondante écume est formée, le retour à la vie est impossible.

597°. Sans doute il est inutile et dangereux de tenir long-temps au submergé la tête basse; mais il est bon, au moment où il vient d’être tiré de l’eau, de coucher l’asphyxié sur le ventre, et de placer, pendant quelques secondes, le larynx et la bouche sur un plan déclive, par rapport à celui des bronches et des poumons. Cela est surtout vrai quand le noyé n’a pas nagé, et n’est pas revenu, après son immersion, à la surface de l’eau (n° 569).

598^. Les poumons des strangulés contiennent souvent de l’écume; celle-ci est due à la difficulté ou à l’impossibilité de la déglutition, à la pénétration de la salive dans les conduits aériens, et à ce que son agitation avec l’air la rend mousseuse ; c’est encore ce qui a lieu chez un grand nombre de mourans. [Mémoire sur l} asphyxie par V écume bronchique'). A la suite de la ligature de la trachée, et de l’étranglement proprement dit, il n’y a pas d’écume dans les voies aériennes (n° 5^3).

/>99°. La trachée-artère, les bronches, les radi-

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cules bronchiques des animaux macérés dans l’eau après leur mort peuvent contenir des portions du liquide dans lequel ils ont été plongés ( n° 5j^).

6oo°. L’accumulation de l’urine dans la vessie des submergés est donc manifestement le résultat de l’absorption qui a eu lieu dans les bronches. Gardane, Goodwin, Varnier, Gohier, Dupuy, avaient injecté de l’eau dans les voies aériennes; ils en introduisirent une grande quantité sans que la mort s’en suivît, et iis démontrèrent ainsi la rapidité extrême de l’absorption pulmonaire. M. Ségalas a aussi fait des expériences qui prouvent que l’absorption se fait dans les voies respiratoires avec une grande promptitude.

601°. Il résulte de toutes nos expériences sur la vessie chez les submergés , que, dans tous les cas que nous avons observés, si ce n’est dans deux faits où la rigidité cadavérique s’était manifestée, la poche urinaire contient toujours une notable quantité d’urine, tandis que, chez un très-grand nombre d’animaux qui avaient succombé à une mort violente, autre que la submersion, la vessie était vide.

6020. Les mêmes phénomènes se manifesteraient-ils chez l’homme dans des circonstances semblables? Dans un très-grand nombre de syncopes graves, on voit souvent les malades rendre spontanément et abondamment l’urine et les fèces. 11 n’est peut-être pas de médecin qui n’ait observé le même fait chez les apoplectiques ; presque dans tous les genres de mort, soit lente, soit

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rapide, les agonisans ont des excrétions abondantes par le rectum et par l’urètre. Cela a lieu dans l’asphyxie par l’écume bronchique, qui, d’ailleurs, ne diffère pas de celle des submergés chez lesquels l’agonie s’est prolongée. Ces évacuations spontanées, soit qu’elles fassent perdre une énorme quantité de liquide, et, par suite, de sang à des sujets déjà très-affaiblis, soit qu’elles permettent aux vaisseaux abdominaux de se distendre par plus de sang, sont promptement suivies de la mort. Ce fait est très-connu dans le monde, et on dit alors que les malades se vident. Tout porte à penserqu’après l’excrétion urinaire spontanée, il se forme encore, chez les agonisans, une certaine quantité de ce liquide. De là vient que, dans les cadavres de ceux qui ont succombé à une mort lente, on trouve si souvent de l’urine dans son réservoir.

6o3°. M. le professeur Orfila, qui est du petit nombre des hommes qui encouragent le travail, parce qu’il a travaillé lui-même, après avoir été témoin de q uelques-unes des ex pér iences précéden tes, a recueilli plusieurs observations chez l’homme, desquelles il résulte que, dans la plupart des cas de submersion où les cadavres avaient séjourné plusieurs heures ou plusieurs jours dans l’eau, il n’y avait qu’une très-petite quantité de liquide dans la vessie, et même que, dans quelques cas, il n’y en avait pas. Mais tous les sujets avaient été atteints de rigidité cadavérique. Cela est complètement d’accord avec les expériences précédentes. Dans un cas, le sujet fut retiré de l’eau vingt mi-

3o8 COLLECTION DE MÉMOIRES

nutes après y être tombé (VIe Observ.); la vessie contenait unecuillerée et demie d’une urine opaline et trouble. Mais, ici, il y avait peu de liquide dans les voies aeriennes: des alimens étaient mélangés avec lui. Ce cas est trop compliqué pour qu’on puisse en tirer des inductions certaines. Dans la quatrième Observation, où le sujet avait été retiré de l’eau deux heures après la mort, il y avait dans la vessie huit onces d’une urin eaqueuse, d’un blanc légèrement jaunâtre. Il est évident que ces faits viennent plutôt à l’appui de nos expériences, qu’ils ne donnent des résultats inverses. D’un autre côté, une observation remarquable est consignée dans Pouteau (Œuvres posthumes, t. h, p. 180). Une jeune fille de dix-huit ans fut retirée de l’eau ; aussitôt qu’elle fut rappelée à la vie, l’urine s’écoula si abondamment, que le lit en fut rempli, et les matelas traversés.

6o4°- Je suis loin de penser que ce petit nombre de faits observés chez l’homme puisse résoudre entièrement la question ; je crois que les applications du chien à l’espèce humaine ne sont à faire que lorsque les observations sont multipliées, et plus encore à l’occasion de la vessie que de tout autre organe; le réservoir urinaire est, en effet, pi us contractile chez cet animal que dans l’homme. Je dis seulement qu’il faut tenir note, en médecine légale, de l’état de la vessie, et qu’on en pourra quelquefois tirer des inductions utiles. Du reste, il résulte évidemment des recherches de JVL Orfila et des miennes, que ce n’est qu’avant

l’apparition de la rigidité cadavérique, qu’on peut tirer parti du fait delà plénitudede lavessie, comme signe de submersion pendant la vie.

6o5°. Il y aurait encore des recherches à faire sur ce sujet j il faudrait placer un sac membraneux autour de la verge d’un homme récemment tiré de l’eau , pour voir si la rigidité cadavérique ferait sortir l’urine; il serait bon d’en sonder d’autres dans les memes circonstances, pour savoir quelle est la quantité de liquide que la vessie contient, etc., etc.

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IIe MÉMOIRE.

Nouvelles expériences sur les effets de V insufflation de l*air dans les poumons (1829).

6o6°. Les expériences physiologiques sont variables en importance; il en est de plus curieuses qu’utiles, mais il en est aussi dont l’utilité ne peut être contestée; ce sont celles actuellement applicables à la connaissance et au traitement des lésions de nos organes et de nos liquides. Les recherches de MM. Leroy d’Etioles, et Picdagnel sont dans cette dernière catégorie; reste à savoir si les résultats auxquels elles ont conduit, se reproduisent lorsqu’ils sont recherchés par d’autres expérimentateurs.

60 70. J’ai fait, conjointement avecM. Bosc, sur les poumons de lapins vivans, de moutons, et de cadavres, d’assez nombreuses expériences; j’en soumettrai seulement les principaux résultats au lecteur.

6o8°. Il est difficile d’enlever les poumons d’un cadavre, d’un lapin, d’un mouton, sans déchirer quelques-uns des points de la surface de ces organes. Si on insuffle sous l’eau les organes pulmonaires levés sans précaution, on court les risques de confondre les déchirures antérieures à l’insuffflation, avec celles qui en seraient le résultat. Cela

SUR LA RESPIRATION. 3l l

a surtout lieu pour les poumons qu’on se procure chez les bouchers. Pour éviter cet inconvénient sur nos lapins, nous avons insufflé les organes respiratoires sans les détacher de la poitrine; pour mieux, juger du passage de l’air à la surface pulmonaire, c’est sous l’eau que la plupart de nos expériences ont été faites.

609°. Si l’on insuffle la trachée-artère d’un lapin après avoir mis celle-ci à découvert, ainsi que l’a fait M. Leroy, voici* ce qu’on observe : lorsque l’insufflation n’est pas portée très-loin , la mort n’a pas lieu tantque l’opération dure; mais, comme l’a vu encore M. Leroy, elle survient quelques minutes après que cette opération a été achevée. Lors- \ qu’on cesse l’insufflation, du sang pénètre par la plaie dans la trachée-artère ouverte; cependant la respiration se fait toujours; ce sang entre et sort en se mêlant à Pair, il devient écumeux, pénètre jusque dans les dernières ramifications des bronches, les oblitère, empêche l’introduction de l’air, et l’asphyxie survient. Ce n’est donc pas l’insufflation qui dans ces cas nous a paru faire périr. Nous avons introduit en effet une sonde dans la narine d’un lapin; l’autre narine et la bouche ont été exactement fermées; l’insufflation a été portée trèsloin; elle a duré à plusieurs reprises pendant cinq à six minutes; le thorax et l’abdomen devinrent très- sai llans; l’animal en fut peu incommodé, et se portait très-bien cinq à six jours après.

6io°. Lorsqu’une forte insufflation sur les lapins estcontinuéesansinterruption pendant une minute

de suite, la mort ne tarde pas à survenir. Les yeux deviennent saillans, l’animal parait être asphyxié. Ceci a lieu, soit que l’insufflation ait été faite par la narine, soit qu’elle ait eu lieu par la trachée.

61 1°. L’insufflation parla narine, chez les lapins, produit la dilatation de l’estomac, des intestins, par de l’air. Les animaux deviennent prodigieusement enflés; cette tympanite n’est mortelle qu’autant qu’elle est portée très-loin. Dans une expérience il y a eu rupture de l’estomac, pénétration de l’air dans le péritoine, et mort; à peine trouva- t-on quelques bulles d’air dans le thorax; les poumons étaient affaissés, le diaphragme refoulé de bas en haut par les gaz accumulés dans le péritoine.

6 12°. La distension de l’abdomen par des gaz détermine seule une asphyxie aussi prompte que l’insufflation de la trachée; l’expérience suivante le prouve : sur un lapin, insufflation très-forte par une canule introduite dans le rectum, saillie du ventre très-prononcée, mort en moins d’une demi-minute; à l’ouverture, déchirure des intestins, pénétration de gaz dans le péritoine.

6i3°. Dans un autre cas d’insufflation par les narines, nous avons trouvé des gaz dans le péritoine sans que le tube intestinal rempli d’air et placé sous l’eau nous parût avoir été intéressé.

6i4°- L’insufflation des poumons, soit par la narine, soit par la trachée, n’est accompagnée de pneu mo- thorax qu’autant qu’elle est très -forte. Il faut ici se rappeler la fragilité des poumons et

des intestins de lapin, comparée à la consistance de ceux de l’homme. On ne peut toucher les premiers avec le doigt sans s’exposer à les rompre. Il faut encore tenir compte de l’énergie des puissances expiratrices chez l’homme et de la petite dimension des voies aériennes des lapins. Cinq de ces animaux insufflés, asphyxiés, le thorax étant ensuite ouvert sous l’eau, ont donné pour résultats : dans un cas, un peu d’air dans la plèvre; dans un autre cas, de fortes bulles d’air dans les deux côtés du thorax; sur trois autres lapins, absence de pneumo-thorax. Il est à remarquer que chez ces derniers animaux les insufflations avaient été très- fortes et continues. Les poumons de lapins qui ne présentaient pas de pneumo-thorax, furent insufflés sous l’eau , il n’en sortit pas de bulles d’air; mais une insufflation très énergique et continue finit par les rompre en plusieurs endroits, et par faire sortir de l’air des déchirures. Ceci rappelle la rupture de l’intestin et de l’estomac, observée chez deux autres de nos animaux.

6i5°. Dans tous les cas d insufflation des poumons de lapin pendant la vie, le cœur contenait du sang mélangé à beaucoup d’air.

6i6°. Les poumons de tous les lapins insufflés par les narines ne crépitaient pas; aussitôt qu’on cessait l’opération, ils revenaient sur eux-mêmes, et expulsaient l’air qu’ils contenaient. Donc il n’y avait pas d emphysème interlobulaire ou cellulaire ; nous avons insufflé alors alternativement de l’air et de l’eau, la crépitation survint; les pou-

mous prirent un grand volume, et s’affaissèrent incomplètement lorsque l’insufflation fut suspendue. A l’ouverture des bronches, leurs divisions et les vésicules pulmonaires contenaient une sérosité écumeuse.

617°. Tous les lapins insufflés par les narines, n avaient pas d’écume dans les vaisseaux aériens ; sur les deux qui furent insufflés par la trachée, une sérosité sanguinolente, écumeuse, se rencontrait dans les bronches et les vésicules - il nous a paru évident que celte écume avait été formée par la pénétration du sang dans la trachée. On sait que peu de sang agité avec l’air donne beaucoup d’écume. Ici, comme dans les cas d’injection alternative d’eau et d’air, lespoumonsétaient crèpitans.

6180. Le cerveau et les vaisseaux du crâne de deux lapins ne présentaient rien de remarquable, seulement on y trouvait beaucoup de sang noir.

619°. Les poumons de trois moutons ont été insufflés dans l’eau. Examinés avec soin avant l’insufflation, ils ont présenté des déchirures. Par cellesci se sont échappées des bulles d’air; 011 a lié les bronches qui apportaient l’air à ces portions de poumon; alors on a insufflé, tantôt avec la bouche, tantôt avec un fort soufflet sur la canule duquel la trachée-artère avait été liée, et on 11’a pas vu l’air sortir à la surface des poumons. La plèvre même 11’a pas été détachée de la surface du poumon par l’air. M. Bosc et moi avons déployé toute l’énergie de nos puissances expiratrices sans pouvoir produire cet effet.

620°. Alors pressant entre nos mains l’air contenu dans une portion de poumon, et le poussant toujours au-devant de nos doigts , l’exprimant pour ainsi dire vers les vésicules pulmonaires, tandis que la constriction exercée avec notre main, s’opposait à ce que cet air pût reüuer par les bronches, il a bien fallu que le poumon se rompît; mais pour cela la plèvre ne s’est pas déchirée; alors pressant encore sur la vésicule pleine d’air qu’elle formait, et insufflant en meme temps, nous sommes parvenus à la décoller sur une grande surface. Ce moyen nous paraît être avantageux pour isoler la plèvre pulmonaire et l’étudier. Ce n’est qu’en pressant avec beaucoup de force sur des vésicules semblables que nous sommes parvenus à les rompre. Nous avons fait voir à l’Académie une pièce sur laquelle la plèvre a été détachée par ce procédé dans une grande étendue de la surface pulmonaire.

621°. Il s’est manifesté aussi par les pressions dont il s’agit un emphysème cellulaire, ou interlobulaire; les vésicules oui contenaient l’air avaient ' «

pour caractère de se déplacer, par la pression, avec facilité; de suivre les intersections des lobules ou des lobellules du poumon, et elles ne se manifestaient pas vers les parties moyennes des espaces occupés par les vésicules pulmonaires, espaces circonscrits par les intersections sus-énoncées. Cet emphysème différait infiniment de l’aspect que présente le poumon crépitant des cadavres.

3l6 COELECTION DE MÉMOIRES

622°. L’insufflation seule sur les poumons de mouton ne produisait pas cette altération. Cependant il en a été quelquefois ainsi sur les poumons de lapin ; mais alors les insufflations avaient été très- énergiques.

62.3°. Les poumons de mouton étaient non crépitans avant les expériences; ils restèrent tels, quelque énergique que fût l’insufflation ; ils revenaient sur eux-mêmes, se vidaient d’air comme à l’ordinaire; les vésicules pulmonaires, vues à la loupe ou à l’œil nu , n’offraient pas de changement. Si on empêchait l’air de sortir en oblitérant la trachée, et si l’on pressait sur le poumon, il était évident que l’air ne passait pas d’une vésicule dans la vésicule voisine , mais qu’il refluait par un tronc bronchique, et allait distendre des vésicules éloignées : l’air était donc contenu dans les poumons et non dans le tissu cellulaire de cet organe. Dans ce dernier cas, en effet, il se serait glissé de proche en proche. Nous avons encore observé le même fait après avoir rendu le poumon crépitant, à l’aide du procédé suivant :

624°. De l’air et de l’eau furent successivement insufflés, à plusieurs reprises, dans les poumons de mouton. Les insufflations furent faibles; la crépitation devint sensible au doigt. Le stéthoscope, appliqué sur l’organe, donna lieu à des râles variables, en raison du degré de l’insufflation. Lorsque celle-ci était faible, on entendait, suivant un des témoins de l’expérience, le cliquetis de l’emphysème, que, d’ailleurs, cette personne avouait en

SUR LA RESPIRATION. 3l^

môme temps n’avoir observé qu’une fois, suivant nous, le râle de l’oedème ou de la pneumonie; seulement, ce râle était plus marqué que dans ces derniers cas, parce que le stéthoscope était appliqué à nu. Si l’on souillait fort, on entendait le râle muqueux. Des recherches de ce genre sur l’auscultation ont été portées plus tard beaucoup plus loin (nos 126, i36, 3 /j (3).

625°. Les poumons, ainsi devenus crépitans, ne se vidaient plus d’air, et les divisions des bronches, ainsi que les vésicules, contenaient une sérosité écumeuse abondante.

62 6°. On chercha à retirer celle-ci de la trachée-artère avec un corps de pompe. L’expérience, mal faite, ne conduisit à aucun résultat.

627°. Les poumons de plusieurs cadavres furent soumis à des expériences semblables. Les résultats furent complètement identiques aux précédens ; il ne s’échappa de l’air, à la surface de la plèvre, que par des déchirures qui avaient été faites lors de l’ouverture du thorax. Lorsqu’il n’j avait pas de crépitation, les poumons étaient affaissés, et les vésicules ne contenaient pas d’écume; lorsqu’il y avait de la crépitation, toutes les parties contenaient de la sérosité spumeuse. Quand la crépitation n’avait pas lieu, on la produisait en insufflant alternativement de l’air et de l’eau; quand on pressait sur les vésicules dilatées par l’air, on voyait celui-ci se transporter au loin, et non dans les vésicules voisines. Le poumon crépitant présentait-il des vésicules dilatées, si on ouvrait celles-ci avec

3 i S COLLECTION DE MÉMOIRES

soin, on en faisait sortir (le l’écume, que l'on distinguait même quelquefois à travers le tissu du poumon .

6280. Jamais, dans ces cas, nous n’avons trouvé de traces d’emphysème interlobulaire ou inter- vésiculaire.

6290. Lorsque les poumons étaient partout crépitans, ils remplissaient la poitrine, et ne se vidaient pas lorsqu’on ouvrait cette cavité; ils contenaient de l’écume ; celle-ci refluait par la trachée ou par les rameaux bronchiques, à l’occasion de la pression du poumon ou de ses lobes.

63o°. Sur plusieurs malades à l’agonie, nous avons entendu manifestement, à l’aide du stéthoscope , des bruits parfaitement semblables à ceux auxquels avait donné lieu l’insufflation de l’air et de l’eau dans les poumons d’homme et de mouton. Lors de la nécropsie, les bronches, leurs divisions et les vésicules, contenaient une grande quantité d’écume qui devenait évidente, soit par l’ouverture et la dissection des bronches, soit par la simple incision et l’expression des poumons. Chez une agonisante, l’écume était tellement abondante, qu’elle rem plissait la bouche; nous cherchâmes înulement à l’aspirer avec une seringue : à 1 ouverture, cette écume remplissait les bronches et la trachée.

63 1°. Presque tous les cadavres ont le poumon crépitant ; presque tous succombent après avoir présenté, pendant plusieurs heures, un râle manifeste â l’oreille nue.

632°. Si l’on vide, par la pression, les poumons

SUR LA RESPIRATION. OJf)

crépitansde l’écume qu’ils contiennent, la crépitation cesse; si l’on insuffle alors de l’air, et si la plus grande partie de l’écume est sortie, ils sont beaucoup moins crépitans. 1 1 y a un rapport à peu près constant entre la quantité d’écume et le degré de la crépitation.

633°. Tant que le poumon insufflé contient beaucoup d’écume, il ne revient pas, ou revient peu sur lui- meme; mais, lorsque l’écume est sortie et qu’on insuffle le poumon, celui-ci s’affaisse aussitôt que l’opération cesse.

634°. Dans plusieurs cas ou les poumons contenaient une grande quantité d’écume, et où l’agonie avait été très-longue, la trachée-artère et les bronches étaient très-rouges. Cette rougeur ne nous a pas paru être le résultat d’inflammation, mais de l’asphyxie.

Ces faits nous conduisent aux conclusions suivantes :

(53<j>°. L insufflation ne détermine la rupture des poumons qu’autant qu’elle est continue et portée très-loin ; dans ce cas, la mort est subite.

636°. Il faut, pour bien juger des effets de cette insufflation, avoir bien soin de ne pas laisser pénétrer de sang dans la trachée-artère ouverte. La mort, qui est le résultat de la pénétration du sang dans les voies aériennes, n’a lieu qu’après plusieurs minutes. 11 faut aussi prendre garde que l’ou verture de la trachée artère ne soit pas bouchée par les lèvres de la plaie, ce qui pourrait bien être arrivé dans quelques-unes des expériences que l’on a faites.

637°. L’insufflation du tube digestif est presque aussi promptement mortelle que celle des poumons, portée très-loin; dans ce cas, le diaphragme ne peut s’abaisser, et de là, la mort. L’application de ce fait à la tympanite et à l’ascite nous paraît utile en pratique.

638°. L’insufflation peut produire la mort de plusieurs manières, soit par le mélange de l’air et du sang dans le cœur, soit par un double pneumo-thorax, soit par les gaz qui distendent l’abdomen. 11 nous paraît utile de tenir compte de ce dernier fait dans l’insufflation chez les nouveau-nés. L’asphyxie est surtout très-prompte, lorsqu’après avoir largement distendu les poumons par l’air, on bouche un instant la canule; tout porte à croire que c’est l’introduction de l’air dans le cœur par les vei nés, qui , dans ce cas, cause la mort.

639°. L’insufflation du poumon peut bien causer, sur des lapins, et quelquefois aussi chez l’homme, l’emphysème sous-pleural, mais jamais l’emphysème inter- vésiculaire du poumon.

64o°. La crépitation des poumons n’est pas le résultat de l’emphysème inter - vésiculaire ; elle constitue un état maladif, et, dans ce sens, la science doit quelque chose à M. Piédagnel. Seulement, ce médecin nous paraît n’avoir pas reconnu la cause de cette lésion.

64 io. C’est l’écume formée dans les bronches qui détermine la crépitation; cette écume peut avoir pour matériaux, de la salive, du mucus, du sang, de l’eau, ou tout autre liquide mélangé avec

l’air. C’est elle qui donne lieu au râle de la pneumonie, de la bronchite, de l’oedème et de l’agonie; elle s’oppose mécaniquement à l’entrée de l’air ; cette écume est la cause de la mort de la plupart des hommes, qui périssent ainsi asphyxiés par elle, et, pour ainsi dire, noyés dans les liquides qui pénètrent dans les voies aériennes. C’était ce que j’avais déjà observé sur plusieurs chiens strangulés, lors de mes expériences sur la submersion, en 1 826 ( n° 5^ 2) .

642°. Le degré du danger de la pénétration des liquides dans la trachée-artère et les bronches est subordonné , i°. à la difficulté de l’expectoration; de là vient qu’ils causent facilement la mort des sujets dont les muscles pectoraux sont faibles, et chez lesquels la respiration est gênée par la douleur; 20. à la difficulté de leur absorption; c’est ainsi que, dans les expériences de MM. Gohier et Dupuis, l’eau non écumeuse était promptement absorbée, et qu’elle arrivait avec vitesse, dans les miennes, jusqu’à la vessie; c’est ainsi que des substances visqueuses tendront, à séjourner dans les voies aériennes; 3°. à la disposition plus ou moins facile qu’ont les liquides introduits dans la trachée à se convertir en écume; le sang, la salive, auront, sous ce rapport, plus d’inconvéniens que l’eau pure.

643 ’. Une conséquence pratique de ces faits est d’éviter, avec le plus grand soin , de faire boire des liquides visqueux aux agonisans dont la déglutition est difficile.

644°* Dans beaucoup de cas, ou la cause de la mort a été inconnue, il est probable que la présence de Técume dans les bronches a fait périr les sujets asphyxiés.

6450 • La distinction de l’asphyxie par submersion en lente et prompte, avec ou sans agonie, avec ou sans écume , nous paraît utile et pratique. L’eau seule se rencontre dans la trachée lors d’une seule immersion ; l’écume est abondante quand l’animal a, pendant plusieurs minutes, alternativement respiré de l’air et de l’eau. C’est ce que j’avais établi sur des faits et dans ma thèse, lors du concours de l’agrégation, et ce que M. Leroy vient de reproduire.

6460. Dans la submersion sans écume, on ramènera plus facilement le noyé à la vie que dans les cas où l’écume aura pénétré dans les divisions bronchiques. Le point capital, lorsqu’il y a de l’écume, est de chercher à la faire sortir, et l’insufîlation ménagée nous paraît un bon moyen pour y parvenir; mais il serait à désirer qu’elle pût être combinée avec l’aspiration ; nous tenterons sur des animaux noyés d’ouvrir un côté du thorax, en même temps que nous chercherons à aspirer l’écume bronchique.

647°. La présence de l’écume, chez les agonisans, nous paraît être une source importante d’indications médicales.

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IIIe MÉMOIRE.

T)a râle et de V asphyxie par l’écume bronchique.

6480. Mes recherches sur la strangulation chez les animaux m’avaient fait souvent trouver de l’écume dans les voies aériennes. Le râle qui, dansce cas , avait précédé la mort, me paraissait ne pasdifférer de celui des agonisans; les poumons de ces animaux étaient, sous le rapport des mucosités écumeuses et du volume, semblables à ceux des chiens qui avaient été noyés d’une manière lente, et auxquels on avait permis, pendant leur agonie, de respirer à plusieurs reprises; dans cetle asphyxie par strangulation, le lien n’avait pas oblitéré complètement le passage de l’air, mais ce passage avait été insuffisant, et la salive où les mucosités bronchiques, agitées avec le gaz atmosphérique, étaient devenues écumeuses et avaient été les véritables causes de la cessation de l’abord de l’air et par suite de l’asphyxie (572).

649°. D’un autre côté, presque tous les malades que j’ai vus périr avaient offert, pendant leurs derniers momens, un râle variable en force, en timbre et en profondeur. Dans ces cas, comme chez les chiens submergés lentement et stran gulés avec râle, les poumons volumineux remplissaient en trèsgrande partie la cavité des plèvres; ils étaient cré-

pitans, et la trachée-artère, les bronches, et surtout les dernières ramifications aériennes, contenaient

une écume plus ou moins abondante. C’était à cetteécume qu’était due la crépi tation, long-temps regardée comme l’indice d’un état sain du poumon, crépitation queM. Piédagnel considère avec raison comme une disposition pathologique, mais qu’il me paraît avoir rapportée à tort à l’emphysème pulmonaire. J’ai cherché à prouver que cette crépitation est produite par l’écume bronchique et trachéale. M. Bosc et moi, nous avons fait de nombreuses expériences à ce sujet. Depuis j’ai constaté un nombre infini de fois ma proposition première; j’ai étudié la formation de ce phénomène avec le plus grand soin , et ce sont les résultats de mes observations que je vais présenter ici sous le nom d’asphyxie par l’écume bronchique.

65o°. Je ne m’explique pas comment il se fait qu’on n’ait pas mentionné cette espèce d’asphyxie, la plus commune, la plus importante à connaître, et en même temps la plus grave. Son histoire me paraît utile, car, dans une infinité de cas, elle peut modifier le traitement.

jo. .Anatomie pathologique des poumons dans V asphyxie par V écume bronchique.

65i°. Dans l’asphyxie par l’écume bronchique, la coloration des poumons varie. Elleesten général foncée, et cela plus ou moins, en raison des quan-

tités de sang du sujet et de la lenteur de la maladie. La surface pulmonaire, examinée à l’oeil nu ou à la loupe, présente l’apparence de vésicules nombreuses juxtaposées, et plus grosses que dans les poumons des individus morts par syncope. La grosseur de ces vacuoles est proportion née à la longueur de l’agonie. Elles sont quelquefois arrondies, et cela a lieu quand les vésicules pulmonaires dilatées contiennent beaucoup de liquide; d’autres fois elles offrent des polygones qui représentent assez bien la forme de petites bulles de savon que l’on aurait fait mousser en grand nombre dans un vase, et qui se trouveraient aplaties sur les cotés ou elles se touchent. Si l’on incise et si l’on comprime le tissu des poumons, on voit sortir de celui-ci une écume ténue dont les globules ont des dimensions analogues à celles que la surface pulmonaire avait offertes avant qu’on l’incisât.

652o. Le volume du poumon est considérable. A l’ouverture du thorax, l’organe revient peu sur lui-même et s’éloigne à peine des parois costales ; toutefois il ne remplit presque jamais complètement la cavité de la poitrine. Comment, en effet, les côtes a liraient -elles pu s’élever encore dans les derniers momens delà vie, si les poumons avaient été dans des conditions telles qu’ils ne pussent recevoir et expulser les moindres quantités d’air? La dimension de ces organes ainsi altérés varie en raison de l’étendue de cette altération et du temps depuis lequel elle dure.

3a6 COLLECTION DE MEMOIRES

653°. Dans Faspbyxie par l’écume bronchique, la pesanteur des poumons est quelquefois à peine plus considérable que dans l’état normal, mais le plus souvent elle est bien plus marquée. Le poids est d’autant plus grand que les vésicules contiennent plus d’écume, que celle-ci présente des proportions d’eau plus considérables, et que la maladie date de plus de temps. La pesanteur est plus considérable sur les parties du poumon qui ont été les plus déclives.

654°. Si la maladie est récente, si le sujet est promptement ouvert, et si la température n’est pas élevée, la consistance est peu altérée; dans les circonstances opposées, le tissu ramolli cède facilement sous le doigt et se déchire avec facilité. Une pression légère ne fait pas sortir l’air contenu dans les vésicules pulmonaires; mais si l’on emploie un peu plus de force, ce fluide, mélangé de mucosité, reflue sous forme d’écume dans les ramifications bronchiques et va souvent distendre les vésicules pulmonaires qui reçoivent des divisions de ces bronches ramifiées. Ceci a surtout lieu quand les troncs aériens sont remplis de mucus écuineux.

655°. Si l’on percute le poumon à nu et sur le plessimètre, on lui trouve un son clair presque aussi pur que dans l’état normal. Le doigt n’éprouve un sentiment de résistance qu’autant que la proportion d’eau contenue dans la mucosité est considérable. Cette résistance est, dans ce cas, inférieure au premier degré de la pneumonie, et

so rapproche de la sensation que donne un épanchement pleurétique.

656°. La pression du poumon est accompagnée d’une sensation à laquelle on a donné le nom de crépitation; celle-ci ne se rencontre pas chez les individus morts de syncope. Vient-on à insuffler de l’écume dans les bronchesde ces derniers, la crépitation se déclare dans les vésicules qui correspondent aux conduits injectés ( i).

607°. Si, dans cette asphyxie, on ouvre la trachée-artère, tantôt on la trouve pleine de mucosités, tantôt on ne rencontre pasdécumedans ce conduit , ou dans les deux grandes divisions bronchiques; mais si Ton vient à presser sur les poumons avant de les inciser, on voit le plus souvent des mucosités écumeuses refluer des ramifications bronchiques dans les troncs et des troncs dans la trachée. Cette écume est plus abondante dans les Irèspetites bronches que dans toute autre; c’est dans les ramuscules que la pression des vésicules la fait le plus facilement pénétrer, et c’est dans ces vésicules que les bulles paraissent être les plus abondantes. Quand 011 a fait sortir l’écume que contenaient les dernières cavités de l’organe, le poumon n’est plus crépitant, même lorsqu’on vient à l’insuffler. On le rend tel aussitôt qu’on y injecte de nouvelle écume. L’intensité de la crépitation cor-

(1) On entend un bruit assez semblable à la crépitation de la pneumonie, en auscultant le murmure que produit l’écume de la bière qu’on vient de verser dans un verre.

respond aux quantités de fluide écumeux contenu dans les vésicules. Ce n’est donc pas l’empliysème qui cause la crépitation.

658°. La coloration des bronches varie, leur membrane interne présente un brun noirâtre vers les parties déclives, surtout lorsque les vaisseaux contiennent beaucoup de sang. Elle est d’autant plus molle que les fluides y ont davantage séjourné avant et après la mort, etc.

609°. L’écume, hors les cas d’hémorragie, est ordinairement blanche; c’est exclusivement au sang qui s’échappe de la section du poumon qu’il faut attribuer la couleur rouge qu’on serait porté à lui attribuer. Du reste, elle participe sans doute aux états pathologiques que la sérosité du sang peut présenter, et je l’ai vue fortement colorée en jaune dans deux cas d’obstacles mécaniques au cours de la bile. Elle contient probablement une substance plastique, lorsque le sérum du sang en présente lui-même. Un blessé reçut, le 29 juillet, une balle dans le poumon droit; il était dans un état assez satisfaisant. Une hémorragie , à la chute de l’escarre, se déclare dans cet organe : l’expectoration se fait mal; à peine quelques crachats sanglans sont-ils expectorés; le sang pénètre dans la bronche opposée, devient écumeux, et cause une mort prompte.

66 •. La consistance de la mucosité spumeuse varie. Tantôt celle-ci est semblable à de l’eau contenant très-peu d’albumine et qu’on aurait fait mousser, tantôt elle est visiblement plus épaisse. Il

y a le plus souvent un mélange de sérosité sans écume et de sérosité écumeuse, et les proportions de 1 une par rapport à l’autre sont variées. 11 est des cas ou l on rencontre beaiicoup plus de sérosité pure que d’écume : ce sont ceux qui correspondent à l’oedème pulmonaire de Laënnec; dans d autres cas on ne trouve que des mucosités spumeuses. Dans l’une et l’autre circonstance, c’est dans les vésicules et non dans le tissu cellulaire interlobulaire que le fluide est accumulé.

bGj°. Les vaisseaux du poumon sont, en général, dans l’asphyxie par l’écume bronchique, distendus par de grandes quantités de sang noir, et qui sont proportionnées à la masse de ce fluide qu’on rencontre chez l’individu qu’on explore.

662°. lantot, et le plus souvent les poumons présentent partout l’altération dont il s’agit; d’auties fois la maladie est bornée à des portions plus ou moins considérables de chacun d’entre eux. Les degrés de la lésion sont aussi très- variables dans les difïerens points ou elle existe. On la rencontre alors que le poumon est exempt de toute autre altération organique, et dans les cas 011 existent des pneumonies, des tubercules, etc.

663°. Ainsi que dans les autres asphyxies, le cœur droit, les grosses veines, le foie, le système veineux cérébral sont gorgés de sang noir qui colore aussi les membranes muqueuses correspondantes aux parties déclives.

2°. Causes de l’ asphyxie par V écume bronchique.

664°. L’étude de ces causes me paraît des plus importantes. 11 ne s’agit pas ici de placer une de ces formules banales qu’il est si facile d’établir en tète d’une description de maladie, mais de rechercher les circonstances d’organisation qui peuvent occasioner l’asphyxie dont il s’agit ; entrons à ce sujet dans des détails , et ne craignons pas de les étendre.

(365°. Les fluides qui sont physiologiquement déposés dans les bronches doivent être repris par l’absorption et évaporés par l’air; c’est en elïet ce qui a lieu. De là dans l’état normal absence complète de crachats.

66G°. S’il survient une exhalation plus abondante qu’à l’ordinaire, si la gêne de la circulation pulmonaire rend l’absorption plusdiftîcile, bientôt des mucosités s’accumulent, et dans la supposition de leur séjour et de leur accumulation successive, elles deviennent écumeuses par suite du passage continuel de l’air; mais les bronches se contractent pour leur expulsion, de là l’utilité des fibres musculaires admises par Reissessen , et qui remplissent peut-être, par rapport aux mucosités, l’office des fibres des intestins relativement aux fèces. Or, si l’action de ces fibres est anéantie, bien que les muscles des parois continuent à se contracter, les mucosités séjourneront, deviendront écumeuses, et, mettant un obstacle a len-

trce de l’air, détermineront l’asphyxie par l’écume bronchique. C’est de cette manière que périssent les animaux chez lesquels, des deux côtés, on a lié la huitième paire; ainsi meurent quelques malades atteints de graves lésions des centres nerveux.

667°. 11 est non moins indispensable que les muscles expirateurs aient assez d’énergie pour forcer la masse d’air contenue dans les poumons à déterminer l’expectoration de ces fluides; sanscela leséjour de ceux-ci dans la trachée serait suivi de la formation de l’écume, et par suite de la mort. Aussi dans les derniers momens de la vie, lorsque les muscles, excités par moins de sang, animés par moins d’influence nerveuse, amaigris faute de réparation, cessent d’être aussi actifs, les mucosités s’accumulent, deviennent écumeuses, et l’asphyxie survient.

668°. Mais les puissances de l’expectoration, les muscles expirateurs et ceux du larynx doivent combiner leur action pour que les mucosités soient expulsées; et, s’il arrive que cette admirable synergie 11e puisse se manifester, l’écume va s’accumuler et la mort en suivra promptement la formation. C’est ainsi , dans les congestions ou dans les hémorragies cérébrales, que meurent le plus souvent les malades, qui succombent moins à la lésion nerveuse elle-même, qu’aux accidens ultérieurs qui ont lieu vers la respiration.

869°. 11 faut, pour que la respiration continue a avoir lieu, qu’il y ait un rapport entre la largeur du conduit aérien, la capacité des poumons, l’air qui s’échappe et les mucosités qui doivent être ex-

pulsées; faute de cela, gêne dans la respiration, par suite excitation de la membrane bronchique, formation de liquides, difficulté de leur expulsion, passage de l’air de plus en plus rapide, formation d’écume, et mort. C’est ainsi que périt l’enfant que le crowp a frappé, dont la trachée-artère livre encore un étroit passage à l’air et dont les poumons sont évidemment atteints de l’asphyxie par l’écume bronchique. C’est ainsi que mourut dans nos salles une femme assez robuste, qui n’avait qu’un raie léger, et qu’on était loin de regarder comme devant incessamment périr; des boissons abondantes lui furent administrées; le râle augmenta, elle mourut suffoquée. A sa mort, on trouva que , par suite d’une disposition congénitale, la trachée-artèreétait tellement étroite qu’elle pouvait admettre à peine le petit doigt; les poumons étaient exempts de pneumonie, mais ils présentaient, au plus haut point, les caractères de l’asphyxie par l’écume bronchique. Ici les fluides formés n’avaient pas eu de voie d’expectoration assez spacieuse pour éviter ce grave accident.

6^ o°. Il faut encore que des causes hors du poumon ou même extérieures au thorax n’empêchent pas l’expectoration de s’accomplir : soit, par exemple, un poumon dans les vaisseaux aériens duquel les mucosités s’accumulent; s’il arrive qu’un épanchement pleurétique rende l’expectoration difficile, évidemment l’asphyxie pourra survenir; soit un poumon dans les mêmes conditions, des muscles ex pirateurs qui agissent incomplète-

ment par suite d’une douleur dont ils seront le siège, ou d’une vive souffrance abdominale, ou encore par suite de l’ascite ou du météorisme, est-ce que le fluide bronchique ne va pas s’accumuler, devenir écumeux , empêcher l’abord de l’air et causer ainsi la mort?

671°. S’il arrivait que la glotte perdît la sensibilité qui rend si douloureux l’abord des boissons à l’entrée du conduit aérien, ou si, par suite de l’imperfection de la déglutition et d’une paralysie des muscles laryngiens et pharyngiens, la salive ou les liquides ingérés pénétraient largement et continuellement dans les bronches, ces fluides deviendraient bientôt écumeux et produiraient les accidensdont il s’agit dans ce Mémoire. C’est ainsi sans doute qu’il en arrive chez certains apoplectiques; de là le danger des boissons administrées dans de semblables circonstances.

3°. Marche et symptômes de V asphyxie par V écume bronchique .

672°. Le plus souvent c’est à la suite d’une maladie grave que se manifestent les premiers symptômes de cette asphyxie; un bruit profond, un râle plus ou moins pénible se fait entendre; il n’est d’abord sensible que très-près du thorax et ne tarde pas à devenir plus fort. Le malade tousse et cherche à expectorer ; mais on n’entend ' pas , après cet effort, le bruit particulier qui accompagne la sortie des crachats du tube aérien.

La toux détache bien des mucosités, mais elle n’est ni assez forte, ni assez bien conduite, pour déterminer l’utile expulsion des liquides bronchiques. Ceux-ci s’accumulent etdeviennentde plus en plus écumeux en même temps que le râle est de plus en plus bruyant. L’inspiration se précipite, et les muscles, élevant avec énergie les parois costales, déploient une force considérable pour surmonter la résistanceque le mucus bronehiquemet à l’entrée de r air* celle-ci devient cependant de plus en plus gênée, parce que la cause mécanique qui s’y oppose devient de plus en plus grande; alors le malade éprouve un sentiment d’anxiété extrême, il multiplie les efforts d’inspiration et de toux sans obtenir de résultatspîus heureux; les puissances de la respiration ralentissent leur action; car, d’une part, elles se fatiguent par un exercice répété, et, de l’autre, elles sont elles-mêmes moins excitées par un sang moins complètement hématosé. Bientôt, en elfet, le poumon ne reçoit pas assez d’air pour convertir tout le sang fioir en sang rouge, et un liquide artériel excite moins et le cerveau et les nerfs, efc les muscles qu’ils influencent. Le cœur lui-même se contracte avec moins d’énerde:

de là une stagnation du sang dans les cavités droites, dans le poumon, le foie, et dans tout l’arbre veineux; de là une nouvelle cause venant encore gêner l’action pulmonaire qui s’embarrasse de plus en plus. D’abord quelques bronches, quelques vésicules sont les seules voies oblitérées par l’écume, et le passage de l’air a lieu ailleurs; alors la respi-

ration n’est que gênée, mais la lésion envahit une plus grande étendue du poumon, et à mesure que les voies aériennes sont plus largement impropres à l’action dont elles sont chargées, cette respiration devient plus laborieuse. Elle s’arrête enfin lorsque la plus grande partie des conduits aériens est oblitérée. Quelques inspirations plus grandes, quelques soupirs profonds annoncent les derniers efforts de la vie, et le repos auquel les muscles se livrent ensuite est le repos de la mort.

67 3°. Tant que l’asphyxie par l’écume bronchique n’a pas commencé, la circulation s’est ordinairement assez bien conservée, le cœur a battu avec énergie, et surtout avec régularité; le pouls a soulevé encore, avec un certain degré de force, le doigt qui pressait l’artère; dans les premiers momens même de la respiration râlante, la circulation peut encore être assez peu troublée; mais à mesure qu’une portion de poumon plus étendue est affectée, les contractions du cœur perdent de leur vigueur, elles cessent d’être régulières; moins excité par un sang mal oxigéné, l’organe semble oublier quelques-uns de ses mouvemens; les intermittences deviennent de plus en plus nombreuses et le pouls dépressible, parce que le cœur agit avec faiblesse et parce que les quantités de sang qui s’arrêtent dans le poumon diminuent la proportion de celui qui circule encore dans les artères. Le pouls cesse de se faire sentir d’abord dans les branches éloignées de la brachiale, puis dans ce tronc lui-même, puis enfin dans les plus gros

vaisseaux. Cependant la gêne de la circulation veineuse, rendant l’absorption de plus en plus difficile, la plèvre , le péricarde, le péritoine sont quelquefois le siège d’épaneliemensde sérosité, et la peau se couvre d’une sueur froide, parce que les faibles colonnes de sang que portent les artères ont moins de peine à traverser les pores de la peau qu’à surmonter la résistance de la masse du sang veineux. Cependant la colorification baisse, caria respiration diminue, et la nutrition languit faute de fluide réparateur; les pieds, les mains, la face sont glacés; les capillaires apparens sous les muqueuses prennent une teinte pale et violacée, et la physionomie, tout-à-coup décomposée, lesy eux ternes, les paupières e ntr’ou vertes ? les lèvres tirées, les ailes du nez écartées forment le hideux tableau de l’homme qui lutte contre la mort, et qui cherche encore, par des inspirations profondes, à écarter l’insurmontable obstacle qui s’oppose à l’entrée de l’air dans les poumons.

674°. Le cerveau, moins excité par le sang mal hématosé, semble s’engourdir, les sensations deviennent moins vives, les facultés intellectuelles baissent en meme temps , et cet affaiblissement moral rend peut-être moins pénibles les derniers momens de la vie; quelquefois, au contraire, il semble qu’une sorte de surexcitation vitale se concentre vers l’encéphale; de là une énergie extraordinaire, dans l’exercice et dans l’expression de la pensée; de là cet état d’exaltation de certains organes, ce mélange de grandeur et de terrible dont

SUR LA RESPIRATION. ÔÔr]

leurs actions sont quelquefois accompagnées; de là ces regards sinistres et frappés d’épouvante qu’on se rappelle mieux qu’on ne peut les dépeindre.

675°. Les mouvemens s’affaiblissent de plus en plus comme dans les autres asphyxies. Quelques évacuations spontanées surviennent, et la perte de liquide qu’elles occasionent jettent le malade dans un état de prostration dont il ne peut se relever, et qui bientôt est suivi de la mort.

676°. Telle est l’histoire abrégée de l’asphyxie par l’écume bronchique, dont la durée, depuis son invasion jusqu’à la terminaison fatale, est trèsvariable; quelquefois elle fait périr en quelques minutes. C’est ce qui a lieu dans certains cas de graves lésions du système nerveux; d’autres fois le malade n’y succombe qu’après plusieurs jours et meme plusieurs semaines. Cette durée varie en raison de l’espece de maladie qu elle est venue compliquer, de l’état antérieur du poumon, de la largeur du conduit trachéal, de l’énergie musculaire du malade, etc. La quantité d’écume formée ou pénétrée dans les voies aériennes influe encore sur la rapidité que cette asphyxie met à parcourir ses périodes; et il est des cas où l’écume est si abondante qu’elle remonte de la trachée-artère jusque dans le pharynx et la bouche, en donnant lieu, par suite du passage de l’air, à un bruit de râle vraiment horrible.

4°. Diagnostic de V asphyxie par V écume bronchique.

677°. C’est surtout dès le début qu’il importe de reconnaître cette grave lésion. Aussitôt que le médecin peut soupçonner son existence, il doit écouter la respiration avec soin et en approchant l’oreille très-près du malade. S’il entend un bruit de râle éloigné et profond, son attention doit être éveillée. Si ce bruit persiste après la toux, si les efforts de celle-ci ne sont pas accompagnés d’expectoration, qu’il craigne pour la vie du malade; le danger deviendra plus grand à mesure que les quintes de toux se multiplieront sans déterminer l’expulsion des mucosités écumeuseset que le râle persistera après elles. Ce râle avec toux sans expectoration est un des meilleurs moyens de diagnostic du terrible accident dont je traite. Si les mucosités restent après les efforts de toux répétés, le malade est en danger : dans le crowp, cette considération est toute pratique; elle décide du traitement. Un enfant a de la toux, il râle, mais il expectore; ne vous inquiétez pas, la respiration continuera â s’exécuter, il ne s’agit que d’un simple rhume; mais il râle, tousse et n’expectore pas; c’est d’un crowp dont il s’agit, ou de l’asphyxie par l’écume bronchique, qui 11’est pas moins grave. Ne vous en rapportez pas à l’examen du coeur, du pouls, à l’aspect de la face; quelque tranquillité que vous en puissiez concevoir, rappelez-vous que cinq mi-

SUR LA RESPIRATION. 33f)

nutes de respiration incomplète vont faire tomber les mouvemens du cœur, rendre le pouls imperceptible, et étendre les voiles de la mort là où tout à l’heure brillait l’apparence de la santé.

G78 Le râle petit, profond et qui persiste, est aussi grave que le râle trachéal, parce qu’il annonce que 1 ccume oblitère des rameaux bronchiques petits et nombreux. Des bulles abondantes et très-petites, existant dans des crachats expectorés avec peine, peuvent faire juger de la dillir eu lté du passage de l’air dans les voies aériennes.

G7C)0. L’auscultation fait entendre un râle muqueux , variable en raison de la dimension des tuyaux bronchiques, où les mucosités gênent la respiration. Ce râle diffère aussi en raison de la grosseur des bulles contenues dans les crachats peu nombreux qui sont expectorés. On l’entend sur une surface plus ou moins spacieuse, suivant l’extension de l’altération dont il s’agit, à une étendue plus ou moins grande du poumon. Ce râle, d’abord sous- crépitant ou muqueux, quelquefois crépitant, devient d’autant plus gros que des rameaux plus volumineux sont envahis par la maladie. A la fin l’on n’entend plus que le ronchus trachéal, qui semble obscurcir tous lesautres bruits que donne la respiration. Toutefois, une oreille exercée distingue quelquefois encore le râle muqueux plus petit qui a lieu dans les vésicules bronchiques ou dans leur voisinage.

68o°. La respiration auscultée diminue à mesure que le râle fait des progrès 5 elle est puérile là

34ü COLLECTION DE MÉMOIRES

o ii l’écume u’est pas encore parvenue. Elle cesse d’avoir lieu lorsque le rpnchus est devenu trèsfort ; on n’entend ni respiration ni râle au dernier degré de la maladie. Si le souffle respiratoire cesse sur une grande surface, la mort est prochaine.

68i°. Le plessimètre donne un son clair en rapport avec la grande quantité' d’air que les poumons contiennent. Dans les derniers temps, les parties déclives présentent une légère matité; lorsque la sérosité est très-abondante dans l’écume, cette matité est plus marquée. Le doigt éprouve alors une impression qui se rapproche de celle à laquelle donne lieu un épanchement pleurétique peu considérable. C’est par cette sensation que nous avons pu reconnaître, dans un cas, qu’il existait une abondante quantité de liquide dans le poumon d’un cadavre; c’est vers les parties déclives que la matité se prononce, parce que la pesanteur y rend les proportions de sérosité plus considérables dans l’écume.

682°. De la clarté dans le son, un râle muqueux petit et un râle trachéal, diminution puis abolition du bruit respiratoire, mouvemens étendus du thorax qui ne sont plus en rapport avec l’intensité du souffle de la respiration, tels sont les meilleurs caractères que donnent les signes physiques fournis par l’oreille dans l’asphyxie par l’écume bronchique.

683°. La dimension plus grande que prennent alors les cavités droites du coeur doit surtout mériter l’attention du médecin observateur. Le pies-

simètre fait promptement reconnaître, par une légère matité existant à droite du cœur gauche accompagnée d’une faible résistance au doigt qui percute, que les cavités droites ont augmenté d’un ou de deux pouces de volume dans tous les sens. (n° i83).

5°. Pronostic de l’asphyxie par l’ écume bronchique.

G84°. Cette lésion est le plus souvent suivie d’une mort prompte ; mais quand la maladie est récente, quand il n’y a pas un trop grand nombre de vésicules oblitérées par l’écume, quand la cause qui tend à produire cette asphyxie n’est pas audessus des ressources de l’art, il ne faut pas désespérer du salut du malade, et nous allons bientôt voir qu’on peut agir avec vigueur et espérance de succès.

6°. Nature de la maladie et de sa place dans un ca dre n oso graphique .

685°. Il est évident que le plus souvent le raie n’est qu’un symptôme ; mais n’en est-il pas ainsi de toutes les maladies? Est-ce que la pneumonie n’est pas fréquemment symptomatique des affections du cœur, des altérations du sang? Est-ce que l’hydro thorax ne se manifeste pas comme symptôme €d’une lésion du centre circulatoire, et l’ascite d’une maladie du foie? Est-ce que l’hémoptysie n’est pas dans beaucoup de cas l’épiphéno-

mène de tubercules, l’hématémèse du cancer de l’estomac, l’entérite cl’ une lésion des voies biliaires, les calculs vésicaux, d’une souffrance du rein? et ne place-t-on pas tous ces symptômes secondaires parmi les maladies? Pourquoi n’en ferait-on pas autant de l’asphyxie par l’écume bronchique? Serait-ce parce qu’elle est la plus grave de toutes? parce qu’elle est la cause de mort la plus fréquente? Oui, le râle est souvent symptomatique; mais ce symptôme est si important; mais il est si fâcheux , que, dès qu’il paraît, il constitue l’affection capitale, celle que le médecin doit constamment avoir en vue (1).

686°. Réservons donc en nosologie une place à l’affection que je décris, et plaçons-la tout à côté de l’asphyxie par submersion, dont elle diffère si peu, qu’il n’est qu’un seul caractère anatomique qui puisse dans certains cas l’en distinguer; c’est l’abondance proportionnelle du fluide qui se trouve dans l’écume des noyés. Avouons meme que, dans

(1) Que si on allait dire qu’en traitant du râle comme d'une maladie, on serait conduit à étudier ainsi tous les autres symptômes, je répondrais que la plupart de ceux-ci sont loin d’avoir l’importance de l’asphyxie par l’écume bronchique; que l’on serait fort embarrassé de considérer comme une maladie la faiblesse du pouls, la difficulté à respirer, la douleur, etc., parce que ces accidens sont simples et que leurs suites sont variables, tandis que l’asphyxie que détermine le râle est suivie d’une série de phénomènes aussi compliqués que graves, et que son effet inévitable et constant, si elle persiste, est la cessation de l’existence.

SUR LA RESPIRATION. u/|0

les cas ou le subfhërgé respire de l’air un grand nombre de fois pendant une longue agonie, son poumon ne dilïëre pas de celui de l’asphyxié par le râle.

687°. On se demande le plus souvent quelle a été la cause immédiate de la mort d’un sujet qu’on observe. Certes, dit-on avec raison , ce n’est pas une gastrite, une pneumonie partielle, une péritonite légère, etc., qui causent actuellement la mort; il y a quelque chose qui échappe, et l’on ne peut, dans une foule de cas, expliquer ce qui a fait mourir un malade. Or, examinez avec soin les poumons, et vous y verrez souvent la cause matérielle et évidente de la mort.

688°. Point de respiration, point de vie; et peuton respirer quand les extrémités des conduits aériens ne livrent plus passage à l’air ? Ainsi, dans ces cas, la gastrite, la pneumonie partielle, etc. , ont causé l’asphyxie par l’écume bronchique, et celle-ci a déterminé la mort.

689°. Mais, dira-t-on, les poumons pouvaient le plus souvent recevoir encore de petites quantités d’air, car ils s’affaissent un peu quand 011 ouvre le thorax. Mais l’alimentation insuffisante n’amène-t-elle pas une faiblesse mortelle? l’hématose incomplète ne causera-t-elle pas la mort? Que la petite portion de poumon qui peut respirer suffise pour artérialiser le sang d’un animal peu volumineux, je le conçois; maiscombien d’heures pourra-telle fournir à l’entretien de l’existence d’un homme? On mourra lentement quand le poumon sera in-

complètement atteint, mais il faudra périr; la cause de la mort sera toujours évidente; là où le cerveau n’est pas stimulé par le sang artériel, là cessera la vie. La mort sera prompte si l’hématose s’arrête vite et complètement. La mort sera lente si l’hématose persiste incomplètement; mais il n’en faudra pas moins périr.

7°. Traitement de lJ asphyxie par V écume bronchique.

690°. Dans toute maladie, soit du poumon, soit d’un autre organe, dès que l’expectoration s’arrête et que les mucosités bronchiques deviennent écumeuses, une indication nouvelle se présente; c’est de débarrasser les voies aériennes du fluide qui les obstrue. Sans doute il ne faut pas perdre de vue l’affection qui a été la cause première de l’état pathologique que je signale; mais, quelle qu’elle soit, il faut, dès que le raie survient, chercher à y remédier par les moyens les plus énergiques.

691°. La position du malade n’est pas à négliger; l’expectoration se fait quelquefois beaucoup mieux dans l’attitude assise et la tête penchée en avant , que dans toute autre position ; cela tient probablement à ce que la flexion de la tête eu avant rend moins difficile le passage des mucosités à travers le larynx. Si la faiblesse du malade s’oppose à ce qu’il soit placé dans cette altitude, il faut se borner à élever légèrement la tête du sujet, d’ailleurs couché sur le dos.

692°. Les moyens que Ton peut mettre en usage se rapportent à deux classes:

693°. i°. Les uns sont destinés à combattre la maladie dont le râle est un symptôme. Traiter de ces moyens, ce serait passer en revue la thérapeutique entière. Je dirai seulement que, dans les cas où la maladie primitive est tellement grave et accompagnée d’une lésion si profonde que tout espoir de conserver la vie est anéanti, il serait superflu de tenter une médication active contre le râle. Il faut alors se borner à des moyens palliatifs. Certes, personne ne tentera de faire dissiper le râle d’un phthisique â l’agonie; mais il est des cas où une maladie aiguë pourrait peut-être guérir, si l’asphyxie par l’écume bronchique ne se déclarait pas. Tels sont, probablement, certains épanchemens cérébraux. C’est alors que le médecin doit combattre ce grave symptôme par tous les moyens possibles.

694 • 20. Les autres sont dirigés contre l’asphyxie elle-même. Ces derniers vont spécialement nous occuper.

695°. A. Certains moyens thérapeutiques peuvent modifier directement les liquides contenus dans les voies aériennes.

696 . Les boissons aqueuses, les injections d’eau dans le rectum ont l’avantage d’étendre les fluides bronchiques; mais il est une foule de cas où ce moyen serait dangereux. Sur la malade précédemment citée, les liquides furent exhalés en abondance dans des bronches surmontées d’une

traclice-artère trop petite, et la mort en fût promptement résultée (n° 669). Quand l’expectoration est complètement suspendue, et loïsqu’en même temps le râle existe, je crois qu’on doit être très-circonspect sur les proportions d’eau que l’on fait boire à un malade. L’avantage qu’on trouverait à rendre les crachats moins visqueux est compensé par l’énorme inconvénient de les rendre plus abondans, et quelquefois plus propres à former de l’écume. Je conseillerais les boissons aqueuses avant le râle, et je les proscrirais lorsqu’il a lieu.

697°. Est-il quelque médicament qui ait une action spéciale sur les mucosités bronchiques? Quelques essais infructueux ne me permettent point d’avoir sur ce sujet d’idées bien arrêtées \ je reviendrai bientôt sur celte question.

698°. Les injections d’eau dans les bronches sont innocentes chez le cheval sain, ainsi que l’ont constaté MM. Goliier et Dupuis. N’y aurait-il pas des cas ou, après la trachéotomie, dont nous parlerons bientôt, elles pourraient avoir de l’avantage? Elles devraient être combinées avec l’aspiration, à l’aide d’un tube, des fluides injectés, et avec la pression des parois costales, faite comme l’a proposé M. Leroy d’Etioles, dans l’asphyxie des noyés. Il faudrait d’abord faire, sur ce sujet, des expériences sur les animaux vi vans. Il y aurait à craindre que l’introduction et l’aspiration successives de l’eau ne favorisassent la formation d’une écume abondante.

699». L’injection d’un air très-sec et légère-

ment échauffe pourrait-elle, après la trachéotomie, avoir de l’utilité? C'est encore là un nouveau sujet d’expériences à faire.

'ÿoo0. Il faut surtout craindre d’augmenter la quantité d’écume trachéale, en faisant prendre des boissons aux malades lorsque la déglutition est gravement altérée. Les fluides qui pénétreraient dans le larynx pourraient hâter une terminaison funeste.

yoi”. B. Quelques moyens thérapeutiques peuvent agir sur les poumons et sur le conduit aerien.

02°. Dans certains cas, les saignées générales pourront faciliter l’action pulmonaire, en diminuant la masse de l’organe ou le sang s’accumule, en rendant moins fréquent le besoin de l’hématose, en diminuant peut-être aussi la proportion des mucosités formées dans un temps donné, en dégorgeant, enfin, le coeur distendu par suite de l’asphyxie qui commence. De quelque manière qu’agisse ce moyen, je l’ai vu quelquefois réussir d’une manière aussi prompte qu’inespérée. Tels étaient les cas de plusieurs vieilles femmes anévrys-

matiquesqui paraissaient désespérées, chez lesquelles

un râle bruyantsurvenait, qui paraissaient promptement guéries après une copieuse saignée, et vivaient encore plusieurs semaines. Jamais je n’ai vu la phlébotomie faire dissiper plus vite le râle que chez un homme de cinquante ans, qui , à la suite de contestations dans son ménage, et sans éprouver d’autres symptômes, fut tout-à-coup pris d’un râle effrayant, qui s’étendait sur tous les points du

thorax; la lace, les lèvres, la langue étaient livides : plus de quarante inspirations avaient lieu par minute. Cet homme était robuste, et atteint d’une dilatation du cœur. Deux saignées de deux livres chacune lui furent pratiquées à trois heures de distance l’une de l’autre ; le râle diminua à la suite delà première, disparut à la seconde; la respiration revint à l’état normal, et la vie cessa d’être en danger.

7o3°. Ce n’est que chez des sujets dont l’appareil circulatoire contient beaucoup de sang, qu’il faut avoir recours à ce moyen; il faudrait s’en abstenir chez les sujets exsangues. Chez eux, elle hâterait certainement la mort. C’est au médecin à être assez instruit et assez au niveau de la science pour savoir constater d priori , et approximativement, quelles sont les quantités de sang que conserve le malade (nos 465, 466).

704°. Si l’on jugeait les saignées utiles, il faudrait ne pas se hâter d’administrer promptement des boissons aqueuses, qui remplaceraient le sang qu’on a fait perdre, et pourraient augmenter la proportion des fluides exhalés.

70 5°. Est-il certains médicamens qui exerceraient une action spéciale sur les ramifications bronchiques, et qui détermineraient une contraction si utile dans l’asphyxie avec râle? Les considérations suivantes me portent à admettre théoriquement ce fait : i°. les fibres musculaires de telle portion du tube intestinal ont des stimulans spéciaux; la digitale agit principalement sur

SLR LA RESPIRATION. -349

le cœur : pourquoi certaines substances ne provoqueraient-elles pas aussi les mouvemens des rameaux bronchiques? 2°. les purgatifs, l’émétique, ont des effets aussi marqués, lorsqu’ils sont injectés dans les veines, que s’ils sont portés sur les organes qu’ils influencent ; on peut donc ne pas désespérer d’agir sur les rameaux bronchiques par des médicamens introduits dans le sang. Serait-ce de cette manière qu’agirait le tartre stibié dans certains cas d’asphyxie par l’écume bronchique? Je ne puis répondre à cette question que par un fait. Une vieille femme de la Salpêtrière, qui portait une pneumonie, avait été largement saignée; un râle, avant-coureur de la mort, se déclarait ; le docteur Blaquière, qui me faisait l’honneur de suivre ma visite, me proposa l’emploi du tartrite antimoine de potasse. La malade en prit quatre grains par jour, puis six grains par doses fractionnées et répétées; beaucoup de crachats formés par une écume à très - petites bulles furent rendus ; le râle disparut. Je quittai le service le surlendemain : cette femme était dans un état infiniment meilleur.

'joô0. L’émétique, le kermès, l’oximel scillitique, ripécacuanha , etc., ont peut-être le mode d’action que je suppose. Ce n’est plus ici qu’il s’agit de redouter l’effet de ces médicamens sur le tube intestinal. Que craindriez-vous d’une gastroentérite, alors qu’il s’agit du râle qui va causer la mort? Est-ce que la fumée de tabac, qu’on dit avoir été administrée avec succès aux noyés, aurait

35o COLLECTION DE MEMOIRES

une action spéciale sur les ramuscules bronchiques?

70 70. Du reste, la plupart des moyens dont nous parlons ici agissent aussi bien sur les muscles de l’expiration, et principalement sur le diaphragme, et c’est encore sous ce point de vue que je les con seillerais dans l’asphyxie par l’écume bronchique.

708°. 11 est un moyen plus direct , plus puissant et que, sans doute, on n’emploie ni assez fréquemment, ni assez à temps 5 je veux parler de la trachéotomie. Elle me paraît ctre indiquée, i°. quand la cause du râle peut être rapportée à l’infiltration du rebord de la glotte; lorsqu’en effet les scarifications employées avec succès par M. Lisfranc dans l’oedème de la glotte, ont été tentées sans succès, je ne vois pas pourquoi on hésiterait à avoir recours à l’ouverture de la trachée; 20. lorsque de fausses membranes diminuent le diamètre de l’orifice glottique. Si la trachéotomie est si fréquemment inutile dans le crowp, c’est qu’on attend trop tard pour la pratiquer. Quand l’asphyxie par l’écume est déjà arrivée à un tel degré que la plus grande partie des vésicules bronchiques est imperméable à l’air; quand la face est devenue livide, le pouls misérable, le coeur sans force, qu’attendrait -on d’une opération qui n’enleverait pas l’obstacle qui existe, plus encore dans les dernières divisions bronchiques, que dans le larynx ou la trachée? Mais si, dès les premiers temps du râle, on rend à l’air un passage facile, la cause mécanique qui déterminait

la formation de l’écume bronchique sera en partie détruite, et l’asphyxie pourra être prévenue. D’après l’état des poumons des enfans qui succombent au crowp, il me paraît en effet évident que ce n’est pas la fausse membrane, mais l’écume bronchique, qui est la cause actuelle de la mort; 3°. lorsque les muscles de la glotte ou du larynx sont paralysés, ou accomplissent mal leurs fonctions. 11 me paraît en être ainsi chez quelques apoplectiques; certains épanchemens pourraient guérir, si l’asphyxie par l’écume bronchique ne causait pas une mort prompte, et donnait le temps à la nature de remédier au désordre. Mais comment l’exhalation irait-elle, dans le peu d’heures quecetteasphyxie laissera vivre, diminuer la masse de sang épanchée? Comment l’absorption s’opérerait-elle, quand, par suite de l’obstacle à la respiration , le poumon, le coeur, les veines et les sinus du cerveau seront gorgés de sang? Vous retireriez la plus grande partie du sang d’un apoplectique qui râle, et dont la respiration se fait mal, que la gêne de la circulation tendrait encore à rendre l’épanchement plus abondant. La trachéotomie, dans ce cas, rendra l’expectoration beaucoup plus facile, car le conduit trachéal sera plus court, et l’action du larynx, qui coûte tant d’elforts inutiles à l’apoplectique, cette action, qui doit être combinée avec celle des muscles expirateurs pour que l’expectoration puisse s’accomplir, cessera de devenir indispensable.

7°9°- La trachéotomie présenterait un grave

inconvénient clans l’asphyxie par l’écume bronchique; ce serait sans cloute d’abord du sang dans le conduit aérien ; le fluide ne manquerait pas d’y devenir écumeux', et de là les suites qu’on prévoit. Mais il est facile de prévenir ce grave accident. 11 suffira , à l’imitation de M. le professeur Roux, de n’inciser la trachée ou le larynx que lorsque la plaie des tégumens ne donne plus de sang. L’histoire de l’asphyxie par l’écume bronchique prouve l’excellence de ce procédé, et combien il faut éviter avec soin l’artériole qui rampe sur la membrane crico-thyroïdienne.

<-j io°. C. 11 est, enfin, des moyens thérapeutiques qu’on peut diriger vers des organes autres que ceux de la respiration.

'ÿi i°. Chercher à rétablir les sécrétions supprimées, ou à détourner vers les divers appareils d’exhalation les fluides qui tendent à s’accumuler dans les voies bronchiques, c’est sans doute une des principales indications qui se présentent dans le traitement de l’asphyxie par l’écume bronchique.

r-j i2°. Les frictions sur la peau, les ventouses sèches, et surtout les vésicatoires, peuvent être utiles. J’ai vu quelquefois le râle se dissiper immédiatement après que la phlyctène, déterminée par l’application d’un large vésicatoire sur la poitrine, était formée. Ce dernier moyen a une action si marquée sur l’hydro-thorax , qu’il doit aussi en avoir une sur la proportion des mucosités déposées dans les bronches. Je ne pense pas que l’on puisse beaucoup compter sur les médicamens que

l’on regarde comme sudorifiques, et je n’ai pas observé que les diurétiques eussent, sur les mucosités bronchiques, une action marquée.

71 3 ’. Les purgatifs pourront agir quelquefois avec avantage dans l’asphyxie par l’écume bronchique. Il faut, toutefois, se rappeler que les évacuations al vines abondantes affaiblissent plus encore que les saignées, et que, chez les agonisans, elles sont fréquemment suivies de la mort.

7i4°* Telles sont, je crois, les principales idées sur lesquelles peut se fonder le traitement de l’asphyxie par l’écume bronchique. Je dois me borner à ces seules généralités, car ce traitement doit varier infiniment, suivant les causes nombreuses qui peuvent occasioner l’asphyxie dont je m’occupe. Que si l’on me reprochait encore, en achevant la lecture de ce Mémoire, d’avoir considéré un symptôme comme une maladie, je répondrais qu il vaut mieux étudier un symptôme comme une maladie, que de négliger l’histoire d’une lésion qui cause la mort.

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