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De V abstinence et du régime dans les maladies du cœur

762°. Sous l’influence de l’abstinence, le cœur, comme tous les autres muscles, diminue de volume ; c’est sur ce fait qu’est fondée la méthode de Yalsalva. Celle-ci paraît principalement indiquée dans l’hypertrophie des ventricules 5 mais encore faut-il pour cela qu’elle ne soit pas compliquée du rétrécissement des orifices. La diminution des alimens ne fera pas disparaître un rétrécissement squirrheux ou des ossifications ; peut-être même aura-t-elle, dans quelques-uns de ces cas, des effets très-nuisibles.

763°. Ce 11’est pas inutilement que les fibres musculaires s’hypertrophient dans les cas d’obstacles matériels au cours du sang. C’est une puissance qui devient d’autant plus active qu’elle a plus de résistance à surmonter. Certes, l’obstacle

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ne sera pas complètement vaincu par elle, mais il le sera en partie; c’est-à-dire qu’un coeur gros et fort fera passer du sang à travers une ouverture resserrée , mais jusqu’à un certain point élastique, tandis qu’un coeur petit et faible n’aura pas assez d’énergie pour produire un semblable elfet. Ce ne sont pas les mouvemens du cœur qui sont le plus souvent dangereux : c’est l’altération organique qui les cause. Diminuer le cœur ne serait pas l’indication capitale; mais il faudrait pouvoir proportionner le diamètre des artères, les ouvertures du cœur à la quantité de sang qui doit les traverser, et au besoin des organes dont il entretient l’action. Or, l’art ne connaît pas de moyens pour dilater ces orifices ou ces artères; on est donc réduit à diminuer la masse du sang, et à condamner le malade au repos. En agissant ainsi, on fait en sorte que moins de sang ait à traverser les orifices, et que l’économie en général ait besoin d’une moins grande quantité de ce lluide réparateur. Faire perdre rapidement un certain volume de sang , peut donc être une chose utile, et en ce sens les boissons aqueuses ne doivent pas être données en abondance; mais diminuer la quantité défibriné qu’il contient, mais l’appauvrir, pour me servir d’une vieille expression qui rend mieux que toute autre l’idée que je veux exprimer, voilà ce qui ne me paraît pas rationnel. Le défaut de nutrition, la faiblesse générale en seraient les résultats inévitables, et hâteraient une terminaison funeste.

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C'est mécaniquement que les saignées générales sont utiles dans des cas pareils; aussi sont-elles de beaucoup préférables aux évacuations sanguines lentes et graduées, telles que le sont celles qui suivent les morsures de sangsues, et ne peuventelles être remplacées par une dicte rigoureuse qui prive le sang de ses principes réparateurs, qui 11e diminue sa masse que très- lentement, et qui exerce sur le tube digestif la plus fâcheuse influence.

764°. Remarquons encore que l’hypertrophie se présente sous deux états bien différens. Tantôt le muscle est dur, résiste sous le doigt; c’est ce qui arrive chez les jeunes sujets et chez les hommes robustes. Un coeur semblable est susceptible de se contracter avec énergie; mais d’autres fois il est mou, le doigt le traverse avec facilité; c’est ce qu’on remarque chez les vieillards et chez les individus affaiblis, et à la suite des maladies de long cours; là, le coeur agit mollement (1). Or, le traitement hygiénique devra infiniment différer dans ces deux cas; et, s’il est vrai que, dans le premier, en supposant qu’il n’y ait pas d’obstacles mécaniques, un régime sévère et une alimentation insu Disante peuvent être utiles; dans le second, du vin, des excitans, peuvent avoir le plus grand avantage.

76 5°. Malheureusement, le diagnostic n’est pas encore porté assez loin pour qu’on puisse recon-

(1) A la Salpêtrière, les cœurs hypertrophiés sont trèspeu consistons.

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naître pendant la vie avec assurance ces différens états du cœur. L'auscultation avait promis ici plus qu elle n’a tenu • les bruits du cœur sont décevans, la percussion insuffisante, et les symptômes fonctionnels trompeurs. Mais, du moins, les probabilités sont nombreuses, et la médecine de l’homme sage, l’expérimentation de tous les jours, un tâtonnement prudent et judicieux, pourront éclairer la marche du médecin qui s’égare en suivant une méthode banale de traitement, et en indiquant toujours, pour remédier aux maladies du cœur, un régime sévère et des antiphlogistiques.

766°. La dilatation simple du cœur, soit à droite, soit à gauche, ne réclame pas la privation complète d’alimens. Ce ne serait pas un bon moyen de faire resserrer le cœur, que de le rendre moins ponsistant. La diète absolue, l’alimentation insuffisante et continuée, produisent cependant cet effet pour les muscles des fonctions nutritives comme pour ceux des fonctions locomotrices. Il ne serait pas avantageux non plus de diminuer le volume des viscères abdominaux pour remédier à l’augmentation du cœur. Le diaphragme, moins soutenu, résisterait peut-être moins alors à la tendancedu cœurâse dilaterdeplusen plus. Or, l’abstinence atrophie les organes de l’abdomen , et réduit à rien la quantité des substances qu’ils contiennent. Peut-être dira-t-on qu’alors les muscles des parois se contractent à proportion de la diminution qui a lieu dans la masse intestinale;

mais se contracteront-ils avec énergie alors que l’abstinence continuée les aura affaiblis? L’expérience est d’accord avec ce raisonnement. Je n’ai pas vu, sur de très-nombreux cas de dilatation, observés a la Salpêtrière, que les alimens aient eu des inconvéniens, et je dirai même, avec M. Mérat, que je les ai vus soulager souvent la souffrance des anévrysmatiques.

767°. Loin de penser que la dilatation du cœur réclame l’abstinence, il me semble qu’en général, ce sont, dans un pareil cas, de bons alimens qui conviennent , et si 1 organe est en meme temps ramolli et aminci, les viandes les plus nutritives seront les plus convenables. Des muscles, les organes gastriques tireront plus de fibrine que de la gomme ou des végétaux aqueux, et c’est de la fibrine qu’il faut pour donner de la consistance à un muscle ramolli. Je crois à l’action styp tique du carbonate de fer, aux effets d’une eau ferrugineuse, a la médication tonique du quinquina* mais j’avoue qu’à mes yeux, les meilleurs de tous les toniques, sont les alimens succulens et le vin d’une bonne qualité. Traitez un convalescent émacié avec des médicamens toniques, mais avec peu d’aliraens, et un autre tout aussi faible avec des alimens en quantité suffisante, mais sans toniques, et voyez quel est celui des deux dont les muscles reviendront plus promptement à leur volume et à leur énergie première.

768°. Je ne sais pas même si, dans un anévrysme des gros vaisseaux, le régime végétal, la

diète absolue, ou du moins l’alimentation insuffisante,sont les meilleurs moyens hygiéniques. L’utilité des saignées est, dans ces cas, incontestable; mais, s'il est utile d’alFaiblir l’impulsion du sang, et par conséquent de diminuer la masse de ce fluide, croirait-on qu’il fût bon de le rendre peu consistant, peu coloré, peu riche en fibrine, et par suite moins plastique? iN’est-ce pas sur cette plasticité qu’est fondé l’espoir de prolonger lesjours, etdeguérir dans des cas rares? Les moyens capables d’augmenter cette consistance ne paraissent-ils pas plutôt indiqués, et lesquels, du régime végétal et de l’eau de gomme, ou d’un régime substantiel et de l’alcool étendu, seront le plus capables de produire cet effet?

769°. Dans le nombre des malades qui m’ont consulté pour des palpitations, pour de la gêne dans la respiration, etc., et qui se croyaient atteints d’affections organiques du coeur, la plupart 11’avaient point d’hypertrophie ou de dilatation; aucun bruit stéthoscopique , aucun symptôme fonctionnel ne pouvait faire soupçonner une coarctation des orifices; plusieurs d’entre eux, et notamment des médecins, s’étaient soumis à un régime végétal, et prenaient de très-petites quantités d’ali mens; cependant, ce régime sévère ne les soulageait pas; ils étaient essoufflés au moindre exercice; ils montaient un escalier avec peine, et les symptômes toujours croissans leur causaient les plus vives alarmes. ISTc trouvant pas les signes de lésions organiques, je crus souvent devoir coin-

plètement changer le traitement. Je comparais en effet l’état du convalescent d’une maladie longue à celui que présentaient ces malades. Je voyais, dans un cas comme dans l’autre, pour peu que l’on se livrât à la marche, une respiration accélérée et pénible, les palpitations se prononcer avec force à la moindre impression morale, ou lorsqu’on gravissait sur un plan ascendant; je comparais le mieux être rapide qui suivait la convalescence dans les maladies aiguës, aussitôt qu’on nourrit abondamment, à la langueur toujours croissante des personnes qui me consultaient, et, m’appuyant sur ces données, je prescrivais des alimens substantiels et abondans, dont l’emploi était suivi d’une amélioration notable. L’abstinence ne remédie pas aux palpitations nerveuses; souvent elle les exaspère et les rend intolérables. Je choisis le fait suivant parmi beaucoup d’autres que je possède :

77 o°. Une dame de cinquante ans vit. périr subitement son mari, assis à ses côtés; la terreur qu’elle en éprouva passe toute croyance; elle s’imagine à chaque instant qu’elle va être frappée d’apoplexie; elle croit aussi être atteinte d’une maladie organique du coeur. Des palpitations violentes, des congestions sanguines fréquentes vers la face, et qu’elle compare à des coups de piston, présentent à son imagination malade une mort prompte et terrible. Quatre années d’un régime sévère, des saignées multipliées n’ont d’autres résultats que de l’affaiblir au plus haut point. Ap-

pelé en consultation au commencement de l’hiver dernier, je la trouve presque exsangue, son pouls est dépressible et misérable, on sent à peine les battemens du cœur. Toutefois, le plessimètre ne lui trouve que le diamètre de l’état normal, point de bruits insolites, et de la régularité dans les battemens; les tissus sont pâles et mous, les lèvres décolorées, la langue à peine rose, les yeux sans éclat, et la peau sans chaleur. La respiration est facile, mais elle s’accélère au moindre exercice ; des syncopes ont lieu plusieurs fois par jour, et aussitôt que la malade se lève. Quelle était la cause de ces symptômes? La malade, toujours poursuivie par ses craintes, prenait à peine deux échaudés par jour dans une très-petite quantité de lait, et exigeait des saignées aussitôt qu’il y avait la moindre apparence d’une congestion sanguine vers la tête.

77 1°. Ce fut avec une peine infinie que le médecin ordinaire et moi nous parvînmes à lui faire entendre qu’il fallait suivre un régime plus substantiel; toutefois, elle finit par se rendre à nos avis, en augmentant tous les jours son alimentation. Elle est arrivée à réparer, en grande partie, le sang qu’elle a perdu. Ses terreurs ne sont pas dissipées, mais les palpitations sont moins vives, l’exercice ne les provoque plus, la syncope a cessé de se reproduire, les tissus sont colorés , et tout Eût croire que les accidens n’ont jamais été le résultat d’une lésion organique.

3°. Des dangers de l’ abstinence dans les maladies

des poumons.

77 2°. Dans les phlegmasies aigues du poumon , lorsqu’il s’agit d’une véritable inflammation de cet organe, développée sur un jeune sujet, se manifestant avec des symptômes tranchés, coexistant avec la couenne inflammatoire du sang, l’abstinence est indispensable; elle remédie à la plasticité du fluide qui traverse l’organe, elle en diminue le volume, et, par suite, peut servir, concurremment avec les pertes de sang, à favoriser la résolution. Mais en est-il ainsi dans ces congestions pulmonaires évidemment par causes mécaniques, par défaut d’action veineuse; dans ces stases de sang noir qui se font dans les vaisseaux du poumon, consécutivement aux maladies du cœur ; chez les vieillards et chez les sujets affaiblis par les maladies chroniques? Je ne le pense pas, et les faits ont modifié mes opinions premières.

773°. Diminuer promptement la quantité du sang contenu dans le cœur et les poumons, chercher à stimuler ces organes pour leur donner de l’énergie, telles sont, chez les vieillards et dans les pneumonies, suites d’un obstacle mécanique à la circulation, les deux indications principales qui se présentent. Ce n’est pas, quoi qu’on en puisse dire , l’irritation qui fixe alors le sang dans le poumon ; ce n’est pas elle qui le retient à la partie déclive ; ce n’est pas elle qui met cette prétendue

plileginasie tellement sous les lois cle la pesanteur, que les points où la maladie cesse, et ceux où le tissu encore sain se retrouve, sont disposéssur une ligne de niveau. C’est le poids du sang qui cause ce phénomène 5 c’est la lenteur de sa circulation, la faiblesse du moteur, le peu d’énergie des vaisseaux ; c’est, en un mot, la faiblesse des solides qui n’est pas en rapport avec la masse du fluide à mouvoir. Otez du sang pour chercher à proportionner les forces des organes avec la quantité des liquides; mais, loin de mettre à la diète, donnez des stimulans, des alimens substantiels en petite quantité à la fois , dans quelque cas, de l’alcool étendu, et vous n’aurez peut-être pas lieu de vous en repentir.

774°. Ce n’est pas sans avoir long-temps réfléchi, que, dans des cas pareils, je me suis décidé a employer un semblable traitement. Mais cette théorie reposait sur les faits du plus grand poids. Je trouvais dans les poumons des cadavres de vieillards débiles, souvent affaiblis par d’anciennes lésions organiques, de grandes quantités de sang ; cet engorgement avait toujours lieu à la partie la plus basse , je me rappelais mes expériences sur les lois de la pesanteur; ces animaux qui avaient perdu du sang, et que je faisais vivre ou mourir en abaissant ou en élevant leur tête ; je trouvais, pendant la vie, des contractions très-faibles du cœur, qui, après la mort, était manifestement ramolli; le poumon, ayant perdu sa consistance , me paraissait macéré par les liquides qui le pénétraient, et

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je ne trouvais pas toujours, du vivant des malades, la couenne inflammatoire du sang qu’on rencontre dans les pneumonies franches. Quelques pneumoniques guérissaient qui avaient commis des écarts de régime, pris des bouillons et du vin. Il en périssait beaucoup de ceux qui étaient soumis à une rigoureuse abstinence.

770°. Un assez grand nombre de pneumonies, liées avec un état pathologique du cœur, furent traitées chez les vieillards, à l’infirmerie de la Salpêtrière, par des saignées; mais, dès le lendemain, ou le jour même, des bouillons, des potages légers, du vin même, furent administrés. Je 11e possède pas de relevé statistique, soit du nombre des individus traités de cette manière, soit de la quantité de ceux que j’avais précédemment soignés par la diète et les boissons aqueuses, soit, enfin, de la proportion des succès et des revers dans l’un et l’autre cas. Mais ma mémoire ne peut-être ici infidèle, parce que je me suis appliqué à bien constater les effets de ce double régime. Or, je crois pouvoir affirmer que, depuis bien des mois, je n’ai pas vu les alimens ou le vin avoir déterminé d’accidens chez mes malades, et qu’il m’a paru évident que les pneumoniques alimentés guérissaient mieux et plus vite que ceux qui ne l’étaient pas.

776°. Je prévois déjà qu’on va me parler du chyle qui viendra exciter les vaisseaux pulmonaires; eh bien, j’accepte cette hypothèse; chez un vieillard affaibli, cette excitation des vaisseaux du poumon, je suis loin de la redouter.

7770. Je sais bien qu’on ajoutera que l’estomac sera le siège d’un mouvement fluxionnaire qui sur-excitera le cœur. Je ne redouterai pas toujours cette sur-excitation j je voudrais même quelquefois en donner un peu plus au ventricule gauche, lorsqu’il s’agit de dégorger les poumons engoués de sang; et admettant, en effet, ce mouvement fluxionnaire vers l’estomac, je vois peut-être en lui une dérivation physiologique plus utile que la stimulation douloureuse déterminée par des synapismes ou des vésicatoires appliqués aux cuisses.

778°. Le régime, dans la phthisie pulmonaire, mérite la plus sérieuse attention. Des tubercules ramollis ne se guériront pas par l’abstinence ; des tubercules crus ne seront pas absorbés par suite de la diète; les crachats ne seront pas mieux expectorés parce qu’on privera le malade d’alimens; les funestes effets de la résorption des mucosités puri formes altérées par l’air ne seront pas prévenues par le vide qui suivra l’insuffisance de la nourriture ; les pneumonies partielles qui entourent les tubercules ne seront point arrêtées, parce que l’appétit du malade ne sera pas satisfait. Ainsi, l’abstinence ôtant du sang, favorisant les absorptions dangereuses, n’étendant pas les substances putrides résorbées d’un chyle réparateur qui puisse en contrebalancer les terribles effets; minant les forces, irritant l’estomac, 11e remédiant à rien, sera un mal de plus ajouté à une affreuse maladie.

7790. 11 est peu de médecins de nos jours qui proposent une abstinence rigoureuse au phthisi-

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que; mais, en général, ils la remplacent par une alimentation végétale insuffisante, et quelquefois pernicieuse. L’anatomie pathologique apprend que les ulcérations tuberculeuses des intestins sont une des causes les plus fréquentes de l’affaiblissement des phthisiques et de leur mort. Ces ulcérations ont le plus fréquemment leur siège sur un point du tube éloigné de l’estomac. D’un autre côté, les expériences sur les animaux vivans, quelques faits d’anus contre nature , recueillis sur l’homme, prouvent que les substances végétales incomplètement digérées dans l’estomac, qu’elles traversent avec rapidité, séjournent long-temps dans l’intestin qu’elles irritent. Faudra- t-il donc donner du lait pour remédier aux tubercules de l’intestin? des végétaux pour éviter X entérite? Faudra-t-il priver le phthisique des substances animales, quand les symptômes annonceront que l’estomac sera sain? Donnera-t-on une nourriture végétale au phthisique, quand les animaux herbivores sont les plus exposés aux tubercules, et leur refusera-t-on des bouillons et des viandes, quand il est vrai que ces tubercules sont rares chez les carnivores?

780°. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que, dans une foule de cas, on pourrait tirer plus de parti qu’on ne le fait de la diète essentiellement animale. Certain médicament empirique, donné dans la dernière période de la syphilis, compte des succès; mais il faut se rappeler qu’il est administré souvent à des individus af-

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faiblis par de longs traitemens, par une alimentation insuffisante, et qu'on fait coïncider avec l’usage de ce moyen le régime essentiellement animal. Lequel, du remède ou du régime, réussit le mieux dans des cas pareils? Peut-être que beaucoup de malades, frappés d’une affection incurable, se trouveraient bien d’une semblable alimentation- peut-être en serait-il ainsi des phthisiques et des cancérés, qui ne meurent pas toujours de phlegmasies intercurrentes, mais qui succombent souvent par l’effet de syncopes, résultant elles-mêmes des pertes de sang.

4°. T)e V abstinence dans les maladies du tube

digestif.

781°. Il n’est pas, je crois, de praticien qui, dans l’état actuel de la science, proposerait d’alimenter un malade qui présenterait les symptômes d’une gastrite aiguë et récente; mais s’il est alors facile de déterminer que l’abstinence est utile, il n’en est pas ainsi dans les derniers temps de la maladie, lorsque les symptômes aigus paraissent dissipés. L’appétit du malade est un indice qui doit souvent enhardir à proposer les alimens, et le dégoût qu’ils inspirent est quelquefois l’un des symptômes dont il faut le plus tenir compte, pour les proscrire. Toutefois, on pourrait être facilement induit en erreur en suivant exclusivement ces données.

782°. Il est trop de cas où l’appétit ne se fait

pas sentir, bien que l’estomac paraisse revenu à ses fonctions; et si l’on attendait qu’il se manifestât, le malade pourrait périr d’inanition avant qu’il éprouvât le besoin d’alimens. J’ai vu un assez grand nombre de malades qui, pour une gastrite, avaient etc soumis quinze jours à l’abstinence la plus rigoureuse. Tous les symptômes avaient disparu; seulement, l’appétit ne reparaissait pas. Cet état durait plusieurs jours, et cessait seulement lorsque I on tentait une alimentation légère, qui ramenait bien mieux le désir des alimens que 11e le faisaient les infusions amères.

783°. Quant au dégoût pour les alimens, il est bien souvent le résultat de la présence d’un enduit épais sur la langue. J’ai cherché à prouver ailleurs (n° 725) que celui-ci n’était que l’effet de la dessiccation des fluides qui se trouvent dans la bouche; cet enduit s’altère, s’acidifie, se putréfie meme, par suite de son contact avec l’air, et communique aux alimens son odeur et sa saveur. Tant qu’il existe, tant qu’il est adhérent, point d’appétit, mais dégoût pour les alimens, et il est des cas où il adhère avec assez de force pour 11e se détacher que très-lentement. Les bouillons, les potages ne l’enlèvent pas; il n’y a que la mastication de quelque aliment solide qui le détache, et souvent il suffit de la plus petite quantité de pain triturée long-temps dans la bouche, pour ramener à l’état ordinaire le goût des malades qui l’avaient perverti.

784°. Il suit de là que le défaut d’appétit , le

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dégoût, les enduits de la langue ne sont pas toujours des symptômés suffisans pour engager à priver le malade d’alimens; mais ce ne sont pas là les seules causes qui peuvent induire le médecin en erreur.

785°. La douleur épigastrique, persistant depuis long-temps, malgré l’abstinence, a, dans quelques cas que j’ai observés, cessé subitement lorsque je faisais prendre quelques aiimens aux malades. La chaleur de la région précordiale, dans les mêmes circonstances, m’a paru quelquefois céder au même moyen. Très-souvent le malade vomit les boissons aqueuses; les tisanes, quelles qu’elles soient, les sirops, l’eau sucrée ne peuvent être supportées par l’estomac, et cependant quelques bouillons, quelques crèmes légères, loin d’être vomies, font cesser subitement des nausées qui avaient résisté à l’opium, à l’oxide de zinc et à toutes les potions antispasmodiques possibles.

786°. Dans des cas aussi embarrassans, que fera le praticien? D’abord, il se rappellera que la rougeur ou la pâleur de la langue 11e lui présenteront pas le miroir fidèle de l’état de l’estomac ; que la fréquence et la petitesse du pouls seront souvent plutôt le résultat des pertes de sang, et par conséquent de l’abstinence, que de l’irritation de l’estomac ; et enfin, il pensera qu’une expérimentation prudente, qu’un tâtonnement judicieux, seront plus utiles que toutes les opinions préconçues, que toutes les exagérations des doctrines, même les plus raisonnables ; il croira que

des potages maigres, que des crèmes, que des bouillons pris par cuillerées ne seront pas des stimulans très-dangereux ; il pensera que, si ces doses faillies soulagent au lieu d’augmenter les symptômes, elles pourront être portées plus loin. Il ne s’effraiera pas d’une légère réaction, qui pourrait accompagner la première impression des alimens, et qui ne tarde pas à cesser; s’il survenait une légère indigestion, elle ne serait pas bien dangereuse, parce que la quantité d’alimens ingérés d’abord serait très-petite. Ce n’est pas une faible quantité de matière alimentaire qui cause ces terribles accidens, qui suivent souvent les indigestions observées chez les convaîescens des hôpitaux et de la ville , ce sont des écarts de régime portés souvent très-loin. On est souvent surpris de voir les malades résister à ces graves excès, et, dans plus d’un cas, on a attribué à des indigestions des rechutes qui provenaient de toute autre cause.

787°. 11 n’est pas douteux que les fluides sécrétés par l’estomac, que la salive qui y abonde et qui s’y acidifie, que la bile qui y remonte, que l’air qui y est ingéré par les mouvemens de déglutition des malades, ne finissent par irriter l’estomac, lorsqu’ils y séjournent. Le remarquable Mémoire de M. Carswell prouve, comme l’avait déjà cru M. Chaussier, qu’ils peuvent exercer une sorte de dissolution des parois de l’estomac. Le médecin dont il s’agit les a même vus perforer ce viscère après la mort, et assure produire ce phénomène à volonté, en tuant les animaux pendant leur di-

gestion. La nature irritante de ces lluides ne peut être révoquée en doute. Outre les faits cités par Chaussier, et celui plus remarquable observé par M. le professeur Orfila , le pyrosis en offre une preuve convaincante. Un homme de trente-cinq ans éprouvait, depuis quinze jours, une douleur brûlante à l’estomac; des vomissemens d’une matière claire, visqueuse, très-acide, surviennent; cette matière laisse dans l’arrière-bouche un sentiment douloureux, semblable à celui que l’estomac faisait d’abord sentir : dès ce moment la douleur cesse, et ne reparaît plus; la santé est parfaite.

788°. La diète sera-t-elle indiquée dans des cas semblables ? Les fluides isolés qui séjournent dans l’estomac 11e seront-ils pas plus stimulans que les alimens qui s’y trouveraient mélangés? car, parmi ces derniers, il en est plusieurs dont on se servi-rait comme cataplasmes émolliens dans les pldegmasies externes. Bien qu’ils soient des excitans naturels de l’estomac, il faut avouer que la stimulation physiologique qu’ils exercent est moins dangereuse que celle qui est déterminée par les fluides altérés quej’ai cités. Quant aux boissons aqueuses destinées à étendre ces humeurs, elles ont moins d’avantages qu’on ne pourrait le penser, car l’eau qu elles contiennent est absorbée dans l’estomac, et les substances qui irritaient l’organe se rapprochent, et ne cessent pas d’exercer leur action.

789°. Les rainoliissemens observés dans la membrane muqueuse gastrique à la suite des maladies

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de long coui>, sont peut-être souvent le résultat de l’abstinence rigoureuse, qu’on a fait subir aux. malades. Ne croyons plus aussi fermement aux hypothèses vitalistes exclusives* lesorganesvivanssont aussi soumis à une sorte de macération; la peau s’humecte et se ramollit par l’action d’un cataplasme. Dans ce qu’on appelle oedème du poumon, le tissu de l’organe est plus mou que d’ordinaire; les viscères, plongés long-temps dans la sérosité péritonéale, perdent de leur consistance, et l’action dissolvante de l’eau agit, pendant la vie, sur les solides comme scs molécules sur le vivant encore, étendent et fluidifient davantage les fluides des corps organisés. Si l’eau pure, et surtout l’eau à 32° de température, a de semblables effets, à plus forte raison doit-il en être ainsi des liquides acides ou alcalins que l’estomac peut contenir.

7900. La diète rigoureuse continuée est unecause de gastrite. Les symptômes qu’ont éprouvés les individus qui sont morts d’inanition, les altérations organiques qu’ils ont présentées à la mort, en fournissent la preuve. C’est le plus souvent d’une manière chronique que les symptômes ont lieu ; l’appétit fait promptement place à la faim, mais l’un et 1 autre cessent après plusieurs jours, et souvent à peine éprouve-t-on alors le besoin de prendre des almiens, qui sont rejetés s’ils sont pris en quantité trop grande. O11 sait avec quelle précaution il a fallu nourrir les hommes qui ont été long-temps soumis a la privation des alimens : l’épigastre devient douloureux, des nausées, des vomissemens

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surviennent, et la mort a lieu après un dépérissement plus ou moins considérable. Faudra-t-il donc soumettre à un régime tout-à-fait sévère l’homme atteint d’une gastrite chronique? Quand les symptômes qui suivent l’inanition ressemblent si bien aux accidens de l’inflammation lente, cette inanition sera-t-elle considérée comme un moyen de guérison?

79 1°. Le régime, du reste, dans la souffrance de l’estomac, doit être infiniment modifié par l’idiosyncrasie du sujet. La faim, pour certains hommes, est promptement suivie de la migraine, et une partie des accidens de cette bizarre affection tient à une altération dans l’action nerveuse de l’estomac. Ne soumettez pas trop long-temps à l’abstinence de semblables hommes, ils pourraient s’en mal trouver.

792°. Les considérations que j’ai établies sur la diarrhée des phthisiques trouvent en partie ici leur application. La diète la plus sévère convient sans doute dans l’entérite franche et aiguë : s’il est vrai, comme des nécropsies ne me permettent pas d’en douter, que la bile puisse anormalement s’accumuler dans les premiers intestins grêles et les irriter, la théorie porte à penser que, dans des cas pareils, les alimens seraient plutôt avantageux que nuisibles. Dans la diarrhée, qui épuise, soumettre une rigoureuse abstinence, c’est ôter à l’économie les moyens de réparer le sang qui diminue chaque jour. L’hépatite chronique 11e me parait pas exiger la diète : certes, ce ne serait pas en privant les

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intestins de la présence des alimens qu’on y ferait couler plus facilement le fluide biliaire. Dans les lésions organiques du tube digestif, lorsqu’il s’agit d’un cancer, par exemple, mettra-t-on à la diète absolue? Je crois qu’il faudra la redouter infiniment. Si les symptômes portent à croire qu’il y ait un obstacle encore incomplet au passage du chyme, n’y aurait-il pas à craindre de favoriser le rétrécissement en empêchant les alimens de traverser l’ouverture rendue trop petite? Chez de semblables sujets, il faut surtout redouter de tirer du sang, car il ne peut pas être réparé. En général, on peut ne pas craindre les pertes de liquides quand le tube alimentaire peut faire du chyle, mais il faut ne les prod ui re qu’a vec une extrême circonspection quand il existe des obstacles à la formation de ce fluide réparateur.

5°. De ly abstinence dans les maladies de l’ encéphale et de ses annexes.

793°. Ce n’est pas sans doute d’une seule manière quesouffre le système nerveux. Ce n’est pas dans tous les cas parce qu’il reçoit trop de sangqu’ildonnelieu à des symptômes. Je crois avoir démontré ailleurs (n° 444? Diagnostic de la syncope et de la congestion cérébrale) que le défaut de sang détermine des accidens cérébraux fort analogues à ceux de la congestion et de l’irritation encéphalique. Dans un Mémoire qui portait ce dernier titre, et lorsque l’on s’occupait beaucoup de l’arachnitis, j’avais

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cherché à établir que dans beaucoup de cas on pouvait bien déterminer que le cerveau souffrait, sans qu'il fût possible desavoir d’une manière certaine si cette souffrance était idiopathique ou sympathique, si elle était le résultat d’une stimulation de la pulpe cérébrale à l’occasion d’une lésion des membranes, ou d’une excitation de la substance nerveuse par suite d’une phlegmasie viscérale. Les faits que j’ai recueillis depuis ont été complètement d’accord avec ces premières opinions, et j’ai vu la douleur de tête, le délire, les convulsions, les symptômes dits ataxiques, se manifester dans des cas de gastro-entérite sans méningite; dans l’hystérie, dans la méningite proprement dite, dans une simple excitation nerveuse chez des sujets irritables; à la suite d’hémorragies et de grandes pertes de liquides, et lorsque l’excitation habituelle du cerveau par le sang était insuffisante; je les ai vus se manifester enfin à l’occasion de l’abstinence, et ces derniers faits rentrent seuls dans le cadre de ce travail.

794°. L’abstinence prolongée peut troubler l’action cérébrale de deux manières, ou bien parce que l’estomac souffre de la faim , et réagit sur le système nerveux, ou bien parce que ne permettant pas de réparer le sang qui se consomme, les matériaux de ce fluide s’étendent dans plus de sérosité, et que la masse totale en diminue. De l’une ou de l’autre manière, les accidens les plus graves peuvent survenir, et, si leur cause n’est pas reconnue, amener une terminaison funeste.

795°. La privation complète d’alimens pendant quelques heures suffît, chez certains sujets, pour causer la bizarre lésion à laquelle on a donné le noin d’ hémicranie ou de migraine. Je ne pense pas que le siège de cette maladie, essentiellement névralgique, soit ordinairement dans le cerveau; je crois pouvoir assurer que l’œil en est le plus souvent le point de départ ; mais il est certaimqu’il se manifeste une série d’accidens consécutifs qui annoncent une soulïrance de l’encéphale et de ses dépendances. Douleur atroce dans un organe des sens, et s’étendant vers le crâne; liallucinationsde la vue, qui est troublée, vomissemens consécutifs, quelquefois sorte d’oscillation douloureuse qui s’étend dans une moitié du corps, et qui remonte des doigts ou des orteils jusque vers le tronc, tels sont les principaux symptômes qui ont lieu, et qui ne permettent pas de méconnaître la soulïrance du système nerveux; cependant des accidens aussi graves sont quelquefois produits par un retard de quelques instans à l’heure ou l’on a l’habitude de prendre des alimens.

796°. Il est un assez grand nombre d’individus qui délirent lorsqu’ils sont soumis à une diète prolongée. Cette proposition est si vraie, qu’elle est devenue un proverbe populaire. Il a la tète vide, dit-on dans le monde, en parlant d’un malade soumis à la diète, qui dans un demi-sommeil parle haut, rêve, déraisonne et conserve encore au réveil quelque chose de ce trouble intellectuel. Ce vieux dicton est peut-être l’expression d’un fait

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physique. Sans doute le cerveau n’est pas vide, mais il est vrai qu’une moindre quantité d’un sang moins excitant, peut être la cause de ces accidens.

797°. Dans plusieurs cas où les malades soumis à une abstinence rigoureuse déliraient, j’ai vu les symptômes cérébraux se calmer d’une manière instantanée par l’emploi de quelques alimens. De tous les faits que je pourrais citer, le suivant est peut-être le plus remarquable :

798°. Un homme de trente ans est sujet à la migraine lorsqu’il souffre pendant quelque temps de la faim; naturellement irritable, et présentant les conditions d’organisation que l’on a assignées au tempérament nerveux, il a été long -temps soumis à des affections morales vives, à des contrariétés, et il s’est livré à des travaux de cabinet très-suivis. Il fut atteint d’accidens gastro-intestinaux qui ne tardèrent point à se compliquer des accidens cérébraux les plus graves : céphalalgie atroce, rêves affreux, délire furieux, roideur tétanique des membres, etc. , tout portait à croire qu’il s’agissait d’une méningite qui très-probablement existait. Les soins aussi affectueux qu’éclairés de plusieurs médecins triomphèrent en peu de jours de cette terrible affection ; les saignées générales et locales, les révulsifs, les affusions froides eurent les plus grands avantages. Les jours suivans devinrent meilleurs, le délire existait à peine pendant la veille complète ; mais dès que les yeux se fermaient , lorsque le malade , fatigué de ses souffrances, voulaient prendre quelque repos, les

SUR LES ORGANES DIGESTIFS. /[0l

plus terribles hallucinations venaient frapper son imagination, qu’exaltaient de vives souffrances. Il y avait déjà huit jours que la maladie avait commencé; depuis trois les accidens s’étaient calmés, mais depuis trois aussi ces hallucinations devenaient de plus en plus terribles. La diète la plus absolue était prescrite. Cependant le malade, réduit à unt état d’extrême faiblesse, éprouvait une faim insupportable; et, à l’occasion de la vue du jour, deux fois la migraine, à laquelle il était sujet, se manifesta avec tous les symptômes ordinaires. Dès-lors il ne douta plus que l’abstinence entretînt le délire de la nuit. Il prit pour la première fois une verrée de lait coupé avec du sirop d’orgeat; un sommeil tranquille eut lieu pendant quatre heures ; il n’y eut plus de trouble dans les idées, les ali mens lurent bientôt augmentés, le délire ne reparut pas, et la convalescence fut rapide.

799 • 1 d une fois, dans les maladies appelées lièvres typhoïdes, les accidens cérébraux ont pu être le résultat d’une diète absolue; et quant aux symptômes nerveux qui suivent les grandes opérations, il faut, dans le traitement hygiénique, ne pas oubliei que les malades ont souvent perdu beaucoup de sang, qu’ils sont fréquemment affaiblis par de longues souffrances, et débilités par des privations de toute espèce.

8oo°. C’est surtout chez les jeunes enfans qu’il faut se défier de l’abstinence. Cette vérité, dont la connaissance remonte à Hippocrate, est d’une grande application pratique. Les accidens céré-

braux les plus graves sont quelquefois chez eux le résultat d’une diète prolongée, et la plupart des symptômes de l’inflammation des méninges peuvent se manifester à la suite de la privation complète des alimens.

8oi°. Un enfant de trois ans fut atteint d’une diarrhée intense qui dura plusieurs jours et ne céda qu’à l’application de plusieurs sangsues et à la diète absolue. Celle-ci fut continuée, môme après la cessation des accidens qui l’avaient fait prescrire ; la fièvre avait disparu , tout paraissait terminé, et il y avait dix jours que le jeune malade n’avait pris pour nourriture que la plus faible dissolution de sirop de gomme. Quelques mouvemens convulsifs surviennent; un délire les précède, la tête est douloureuse, les yeux se dirigent spasmodiquement en haut, un coma profond se déclare; tous les quarts d’heure, l’enfant se réveille en jetant des cris perçans.

8o2°. Cet état dure deux jours, et l’on ne donne pas d’alimens dans la crainte d’augmenter les accidens cérébraux; la peau se refroidit, la face est pale, bien que par intervalle les pommettes rougissent; les accidens ne cèdent pas au quinquina administré en lavemens; la mort paraît imminente. C’est après douze jours d’abstinence, et lorsque tout paraît désespéré, qu’on tente le lait coupé par cuillerées toutes les demi-heures. Les cris et les convulsions s’éloignent; on augmente la quantité de lait et on en donne plus souvent; les symptômes cérébraux cessent. Le lendemain matin l’enfant se

réveille et paraît plus gai. Le lait est donné pur, il ne produit aucun accident. Il n’y a plus de coma, plus de délire, plus de céphalalgie. On augmente graduellement la dose des alimens, et la guérison est aussi prompte qu’inespérée.

8o3°.Peu de jours après, un enfant de quatre ans a présenté des accidens absolument semblables, et qui ont cédé de la même manière à l’alimentation.

804.0. C’est surtout lorsque les symptômes cérébraux chez les jeunes enfans suivent de grandes évacuations, qu’il faut se mettre en garde contre les accidens qui tiennent plutôt au défaut de sang qu’à la congestion sanguine. J’ai vu dans des cas pareils les convulsions se déclarer toutes les fois que l’on élevait la tête, et cesser aussitôt qu’elle était de niveau avec le tronc. Cela était surtout sensible chez un enfant de cinq ans qui périt, et à la nécropsie duquel on ne trouva pasde traces d’arachnitis ou de lésions inflammatoires; les vaisseaux contenaient fort peu de sang. Ces convulsions ét aien t se m b 1 a blés à ce 1 les q ui son t le résu 1 ta t de l’inflammation des membranes, et elles ne différaient pas non plus des mouvemens convulsifs qui suivent immédiatement la saignée chez les adultes.

8o5°. Tels sont les principaux faits qui depuis long temps m’ont frappé, et les considérations pratiques qui en sont pour moi la conséquence. La pratique d’un grand hôpital consacré h la vieillesse m’a confirmé dans ces idées. Je suis beaucoup moins sévère sur le régime qu’on ne l’est d’ordinaire; je ne crois pas être plus malheureux que

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d’autres. Je vois chez des vieillards les pertes de sang ne produire qu’une faiblesse momentanée lorsqu’on a soin de promptement nourrir; je vois la diète prolongée entraîner un affaiblissement plus grave et plus durable; je ne blâme la conduite de personne, mais je défends la mienne; et si je m’occupe avec tant de soin du régime, c’est que je pense qu’il est le plus grand moyen de guérison, qu’il doit varier suivant les cas, et qu’il est tout autant de circonstances où des alimens abondans peuvent réussir, qu’il en est d’autres où on ne peut guérir qu’en diminuant la nourriture ou en la supprimant tout-à-fait.

8o6°. Me demandera -l-on de préciser les cas où il faut nourrir et ceux où il ne faut pas le faire? Je dirai que l’expérience individuelle de chaque médecin répondra seule à cette question, mais qu’il faut toujours se rappeler une grande vérité, c’est qu’un malade, comme un autre homme, ne peut long- temps vivre sans une alimentation suffisante.

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