‹ Du progrès des agglomérations urbaines et de l'émigration rurale en Europe et particulièrement en FranceChapitre 27 sur 42 · CONSÉQUENCES DIVERSES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DIVERSES

Les villes appellent, à divers points de vue, la vigilante sollicitude des gouvernements. Non seulement elles sont des centres d'agitation politique, et généralement des

foyers d'opposition, mais encore leur administration , la gestion de leurs intérêts locaux exigent iVéquemmen t l'intervention de la haute administration et des assemblées législatives. L'État est obligé de s'assurer si l'ordre , l'économie et une certaine intelligence président aux dépenses des communes ; si la portion des services publics mise à leur charge (police, culte, viabilité, instruction publique, etc.) est convenablement dotée, ou si cette dotation ne dépasse pas la mesure des véritables besoins. Il doit vérifier si les taxes locales ne sont pas excessives et ne font pas au contribuable une situation qui lui rend difficile l'acquittement des impôts généraux. De là, entre l'autorité locale et l'autorité supérieure, du moins dans les pays où l'autonomie communale n'est pas complète, des relations toujours tendues, et assez souvent des sources de conflits, les maires ayant une tendance marquée à représenter trop exclusivement les intérêts locaux, au préjudice de ceux de l'État.

Dans les pays où la nomination de ces fonctionnaires appartient, selon l'importance des communes, soit direcment au souverain, soit à ses délégués dans les provinces, leur choix est l'objet d'assez graves soucis pour le gouvernement, qui ne trouve pas très-aisément, pour des fonctions gratuites et laborieuses (au moins dans les villes), des candidats réunissant toutes les conditions qu'elles exigent. Ces candidats, une fois nommés, peuvent ensuite ne pas avoir la sympathie du Conseil municipal. De là, un refus de concours aboutissant nécessairement où à la nomination d'un nouveau maire ainsi imposé au pouvoir central, ou, ce qui arrivera plus souvent, à la dissolution du Conseil municipal et à de nouvelles élections. Mais si la majorité hostile en sort triomphante, ou la lutte s'éternisera, au grand préjudice de tous les intérêts, ou le pouvoir cédera , et, dans ce dernier cas, les fonctions

municipales seront exercées par des hommes qui, expression fidèle de l'esprit de cette majorité , en épouseront les passions et les préjugés.

Ce mauvais esprit, cette opposition instinctive des villes contre le pouvoir s'étend en dehors de leur enceinte. On sait qu'il se forme toujours à leurs portes une banlieue populeuse, qui bénéficie des avantages qu'elles peuvent offrir sans participer à leurs charges. Eh bien ! cette banlieue s'inspire de leurs sentiments politiques ; quelquefois même elle les exagère, car sa population est en grande partie ouvrière, c'est-à-dire, particulièrement accessible aux influences démagogiques. C'est ainsi que l'ordre et le gouvernement n'avaient pas de pires adversaires que les habitants des communes suburbaines annexées à Paris en

Il existe, dans les agglomérations urbaines, une sorte de température morale exceptionnelle. Les pensées , les sentiments y ont une vivacité particulière et s'y exaltent jusqu'à la passion. Les conflits entre elles et l'autorité ne se vident pas toujours sur le terrain de la légalité. Ce ne sont pas toujours les électeurs municipaux qui sont appelés à les juger. Quelquefois, elles recourent à la force pour venger leur prétendus griefs et l'histoire contemporaine a plus d'une page sanglante dans ce sens. Nous pourrions citer notamment les troubles si graves de Toulouse , de Clermont, à l'occasion delà nouvelle évaluation, en 1841, des valeurs locatives.

En temps de guerre, elles apportent, par le seul fait de leur existence, de grands obstacles à la défense du territoire. Pour les mettre à l'abri de l'ennemi , ou bien le gouvernement est obligé d'affaiblir l'armée active, dont il détache des corps nombreux destinés à y tenir garnison; ou bien le général qui commande cette armée est tenu de manœuvrer de manière à les couvrir, au grand préjudice

de la liberté de ses mouvements. Leur occupation par l'ennemi n'entraîne pas seulement la soumission immédiate d'une zone de territoire considérable, c'est-à-dire delà province, du département dont elles sont les chefs-lieux; elle met encore à sa disposition, par la voie des réquisitions forcées, des ressources importantes en vivres , argent , moyens de transport, munitions. Or, celles de l'armée nationale sont réduites d'autant. Heureux encore le pays si ces villes, sous l'influence ou de la peur ou de l'esprit de parti, ne paralysent pas, par leur mauvaise attitude, peut-être même par une insurrection, les efforts de la garnison contre l'ennemi ! . . .

Ces observations s'appliquent évidemment aux villes ouvertes de l'intérieur, les villes fortifiées des frontières étant, au contraire, des points d'appui pour la défense du territoire, et leur patriotisme bien connu secondant cette défense avec une énergie particulière.

Les agglomérations sont donc, pour les gouvernements, en temps de paix ou de guerre, une source de difficultés et d'embarras.

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