FAITS INCOMPLETS
Première observation.
Le 22 mai 1838, D. J..., âgée de trente et un ans, fille d'un agriculteur, demeurant au village de C..., à quelques lieues de Genève , se présente à ma consultation.
Elle est épileptique depuis treize ans. Tous les mois , avant et après ses époques , elle a des attaques qui offrent tous les caractères de l'épilepsie. Elle sent une aura qui part des jambes, monte à la tête, est accompagnée de palpitations et amène l'accès. A la dernière période menstruelle elle n'a point eu d'attaque. Prenez : Oxyde de zinc, extrait de valériane , extrait de jusquiame noire , aa grarn. 260 : en '^k pilules; trois par jour.
Cette fille n'étant pas revenue, je n'ai pas su si elle avait continué le traitement prescrit.
Le 22 juin 1850, douze ans après cette unique consultalion , un protecteur de la fille D... me l'adresse de nouveau.
Les attaques sont devenues bien plus fréquentes : il y en a une tous les matins, vers huit ou neuf heures. Si l'attaque manque, elle est remplacée dans la journée par deux
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OU trois vertiges accompagnés de tremblement ou secousses; dans ce dernier genre d'accès elle a le temps de s'asseoir. Les attaques proprement dites viennent maintenant d'une manière inopinée. Après chaque accès il y a, pendant une demi-heure , du sommeil ou du délire. Les facultés intellectuelles de la fille D... sont fort affaiblies. Je prescris un traitement de belladone ; mais la malade n'est pas revenue.
A l'époque oii je pris les premières notes de cette histoire, je n'attachais pas une grande importance à recueillir toujours par écrit tous les détails des attaques. N'ayant en vue que mon instruction thérapeutique personnelle, il me semblait suffisant, après m'ètre fait raconter les symptômes des accès , de noter qu'ils offraient avec évidence les caractères de l'épilepsie , et d'indiquer quelques circonstances saillantes s'ils en présentaient. Bientôt je compris que si l'on voulait arriver à préciser l'indication des remèdes et obtenir quelques données sur le pronostic individuel, il était nécessaire de tenir compte de toutes les circonstances de la maladie et de recueillir des faits aussi complets que possible. Je regrette surtout ici l'absence des détails , à cause de l'existence de Vaura dont j'ai très certainement constaté la réalité, mais sur la nature de laquelle j'aimerais aujourd'hui avoir conservé quelques données.
On retrouvera des lacunes semblables dans un petit nombre de nos faits, parmi les plus anciens ; mais il ne faut point en conclure que le malade ou ses parents n'aient pas été interrogés avec soin ; ce qui a manqué , ce sont des notes écrites, mais non pas une sérieuse investigation.
Je ne me rappelle plus maintenant pourquoi je n'observai point dans ce cas ma règle de la simplicité du traite-
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ment, en donnant les pilules de Méglin (doublées) au lieu du zinc seul. Au reste, comme on le sait , je ne tirerai des faits de ce chapitre aucune conclusion thérapeutique.
]Deuxîèine observation.
Le 26 avril 18/i3, une jeunefille de quinze ans, MarieF. .. , vient , accompagnée de sa mère , réclamer mes conseils pour une maladie convulsive. Elle est sans profession.
La mère a souffert d'entéralgie pendant qu'elle était enceinte de Marie.
Celle-ci n'a eu , me dit-on, d'autres maladies de quelque gravité que des fièvres éruptives et la coqueluche. Elle a été sujette à l'eczéma du cuir chevelu et n'a pas eu d'ophthalmie. Elle n'est point encore réglée et souffre quelquefois de constipation et d'hémorrhoïdes.
La première attaque d'épilepsie a eu lieu , sans cause connue, à la fin de juillet 18/t2j la seconde deuK mois après • les suivantes tous les mois au moins , sauf en janvier et février derniers. Il y en a eu trois en mars (dans la première quinzaine). La plus récente est survenue le 13 avril. La mère de Marie croit qu'elle en a eu, en tout, une dizaine.
Il y a en outre de fréquents vertiges.
Voici la description des attaques. Marie est avertie de leur approche par de la nausée et de la céphalalgie ; puis, cri ; chute (au premier accès , plaie du front et hémorrhagie); mouvements convulsifs de la face, des yeux, des bras, des jambes , etc. ; menace d'asphyxie ; perte complète des sens et de l'intelligence j gargouillement au cou j écume à la bouche. Elle reprend connaissance sans intermédiaire de coma j mais il reste beaucoup d'angoisse et do la céj)halalgie. A la suite des premiers accès il y avait des vomissements;
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ils ne se sont pas reproduits depuis quelques mois. La céphalalgie dure encore quand , au bout d'une demi-heure environ, la malade s'endort d'un profond sommeil.
Tous les accès ont eu lieu de jour. La mère prétend avoir remarqué qu'ils surviennent surtout dans les moments de constipation. Depuis quelques jours il y a inappétence et céphalalgie frontale. Je trouve la langue blanche et le pouls à 112.
Marie a pris la poudre de taupe grillée pendant quatre semaines à la dose d'un dé par jour, mais peu régulièrement. C'était entre la dernière crise de mars et celle d'avril.
Je prescris comme traitement préparatoire : Calomel , gram. 0,60 : en 2 doses; à prendre l'une le soir même, l'autre IjS lendemain matin.
Je n'ai jamais revu ni la mère ni la fille, et n'ayant malheureusement pas pris leur adresse, je n'ai pas pu les retrouver.
Ce fait, moins incomplet que le précédent, quant à la description des accès, laisse encore à désirer quelques détails principalement au point de vue de l'étiologie. Mais, dans une affection chronique , chez une personne qu'on voit pour la première fois , il est difficile de recueillir en une seule séance, surtout par écrit, toutes les circonstances commémoratives et actuelles de la maladie. Pour ne pas trop prolonger l'attente des personnes qui se succèdent à ma consultation , j'ai pris l'habitude de renvoyer les détails les moins importants à une seconde et à une troisième séance où je contrôle en même temps , par de nouvelles questions , les premières réponses qui m'ont été faites. Ainsi, les cas tronqués sous le rapport du traitement se trouvent l'être aussi à d'autres points de vue.
Au reste, ce fait, comme le précédent, ne figure ici que pour mëmozVe, selon l'expression des financiers.
Troisième observation.
Le 11 août 1840, dans une visite que je faisais à quelque distance de Genève, on me pria de voir, en passant et dans la maison même , un enfant malade. Cet enfant, du nom de Joseph-Marie F..., était âgé de six mois. L'affection dont il était atteint avait commencé un mois auparavant. Elle consistait en des accès revenant trois ou quatre fois par jour et offrant les caractères suivants : Convulsions de tout le corps; yeux renversés en haut ou agités de mouvements; larmes et rougeur de la face. Les convulsions terminées , l'enfant soupirait, mais paraissait encore sans connaissance et ne voulait pas prendre le sein. Il s'assoupissait ensuite et était bien au réveil. Prenez : Oxyde de zinc,gram. 1,30; sucre , 8,00 : en ''IJxpoudres ; quatre par jour. Je demandai qu'on apportât toutes les semaines cet enfant à ma consultation ; mais on n'en fit rien.
Ayant eu l'occasion d'aller dans le voisinage, le 21 du même mois, je me rendis auprès de Joseph , et j'appris qu'il n'avait eu que deux ou trois attaques par jour, deux seulement la veille et une seule le jour même (je le vis dans la soirée). On n'avait achevé les poudres que la veille. Réitérer . y\i\s\iQ\ de nouveau les parents à l'apporter chez moi ; mais je ne les revis pas.
Au commencement de 1847, en extrayant de mes carnets de poche mes histoires d'épilej)sie , je tombai sur ce fragment d'observation , et je me mis en quête de la famille F — Je la retrouvai , non sans peine , le 2/| mars. Joseph , dont je constate bientôt l'identité, est devenu un grand et