‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 41 sur 80 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Nous chercherons, avons-nous dit, les bases du pronostic général de l'épilepsie dans l'examen comparatif des opinions des meilleurs auteurs sur la durée et les terminaisons plus ou moins probables de cette maladie. En empruntant aux annales de la médecine le jugement des premiers praticiens sur ce sujet, nous n'oublierons pas que nous avons peut-être prodigué (dans une intention d'impartialité) les citations historiques au chapitre de l'aura , et nous ferons un choix restreint parmi les sources où nous avons puisé. Au reste , le pronostic est de toutes les parties de l'histoire de l'épilepsie une de celles que les auteurs ont le plus négligées.

500 avant J.-C. On trouve dans plusieurs livres d'Hippocrate, en particulier dans les Prœdicta et dans les Aphorismes s des appréciations sur la curabilité de l'épilepsie^

472 DU PBONOSTIC DE LÉPILEPSIE.

mais elles appartiennent bien plus au pronostic particulier qu'au sujet de cette section. Nous avons déjà mentionné un passage des Prœdicta sur le pronostic tiré du point de départ de l'épilepsie; nous nous bornerons ici à une citation cil il repose uniquement sur l'âge ; »

« Ex morbo sacro (quem coraitialem dicunt) segerrimè emergunt, quibus unâ è puero increscit morbus et in virilem aetatem simul adolescit; deinde quibus aetate florente ortus est, nempe post annum quintum et vigesimum, ad quadragesimura quintum usque (1). »

Celse (sous Auguste) n'a fait en général, sur notre sujet, que traduire Hippocrate; voici un passage plus original, ou plutôt emprunté à quelque autre auteur, car Celse, on le sait, ne fut probablement pas un praticien ;

« At solet quidem etiam longum esse , usque ad mortis diem et vitœ non periculosum (2). »

Scribonius (sous Tibère et Claude) : « Illud tamen non oportet ignorare , sanari hoc vitium cura cognitum est, aliquibus : Viros faciliùs mulieribus remediari : pueros vel virgines liberari post complexum et deturginationem (3). »

100 après J. C. Arétée de Cappadoce : « Morbus autem non facile rccedit, sed œtatibus melioribus, et pulchriori tempore viget. Vexât etiam pueros et adolescentes. Interdum secunda fortuna evcnit ut per succcdentem provectiorem œtatcm abigakir, qnando simul cum a'tatis flore eva-

ncscit Quod si malum hoc pcnitus iuscderit, atque

radiées altius egerit, ncquc ipsum mcdicus, neque setalis

(1 ; Prn'dicia, lib. II, cap. 21. Intcrp. Annol. Focsio Grncvcp, 16G7.

(2) De medicitiâ, lib. III, cap. 23. — De comiiiali morbo.

(3) De compositione meiHcnmeniorum liber., cnp. 2, Âd comiiialem morbum, Med. art. princip. Ed. }{. Slepli. 1567.

DU PRONOSTIC GÉNÉRAL. kl Z

mutatio submovent, sed cum œgrotante vivit atque comoritur (1). »

550. Alexandre de Traites : « Morbus comitialis, qui epilepsia Graecis dicitur, unus quidem et ipse ex longis affectibus habetur qui excellentem diligentiam, studiumque requirat : et si per initia neglectus fuerit, fréquenter ii qui 60 detinentur, commoriuntur (2). »

500 ? Aetius rapporte le pronostic suivant de Posidonms:

« Impossibile est enim eos qui cum hâc affectione

consenuerunt , humanâ ope curari , ac à morbo liberari. Quibus autem tenrjporaria est affectio, ab aliquibus occasionibus allapsa , etiam si valdè senes fuerint , ab ipsorum curatione desperandum non est (3). »

Le même : Affîciuntur etiam recens nati pueruli à morbo comitiali et difficilem curationem habent, non tamen desperatam (li) • «

Vers 1560. Crato à Krafftheim : « Utinam , ante vitae mese exitum , veram diagnosin hujus morbi atque verum remedium aliquis ostendat (5). »

1762. Morgagni : « Vous voyez assurément combien son traitement est quelquefois difficile et même au-dessus des ressources de l'art. Vous voyez en même temps combien, quand il n'est pas au-dessus de ses ressources , il doit être varié.... (6). »

(1) De causis et nolis diiitnm. affect., lib. I, cap. 4. — De morbo comil., interp. J. P. Crasso. — 31ed. art. princip., 1667.

(2) De arte j?!ediC(î, lib. I , cap. 15 , inlerpr. J. Guinterio Andernaco. — Med.art. princ, Ed. iï. Stephanus. 15G7.

(3) Contracte ex veteribus medicinœ tetrabibl. Interp. Jani Cornarii, tel. II, serm. II, cap. 20. — Curaiio valde senum corrntialinm , Posidonii. (Ead. edit.)

(4) Eodem loco., cr.p. 21. — Curaiio puerorum recens naloriim comilialium.

(5) lnEpistolarumplLilosophicariim,medicinalitim,clC.,\o\un\\ne, Laurenliî Scholzii. HanoviEE, IGIO, in-folio. — Epif^tola : 1 beodoro Zvingero,f.2i().

(6) Du siège et de la came des maladies, Irat}. de Désormeaux et Deslouet. Paris, 1821, t. II, p. 69,

M h DU PRONOSTIC DE l'ÉPILEPSIE.

1763. Sauvages: «Celle (l'épilepsie) qui dure au-delà de vingt-cinq ans est incurable. »

» Averroës et Craton ont ardemment souhaité que l'on connût la cause de l'épilepsie, aussi bien que le remède qui peut la guérir; tous les médecins font le même souhait; mais il n'a pas encore été accompli (1). »

1770. J'issot : «L'on a vu dans le pronostic général des maux de nerfs les raisons qui rendaient toutes leurs maladies difficiles à guérir, et l'on sent que l'épilepsie en général doit l'être plus qu'une autre j elle est une des plus graves; mais la croire incurable, c'est ignorer les ressources de la nature et de l'art (2).

«On le fait (le pronostic) en général trop fâcheux

Il y a, sans doute, plusieurs épilepsies incurables; mais elles ne le sont pas toutes ; j'en ai guéri un grand nombre ; plusieurs médecins peuvent en dire autant, et je suis persuadé qu'on en guérirait bien davantage , si les médecins n'étaient pas eux-mêmes trop imbus de ce préjugé , si plus d'espérance leur donnait plus d'attention, etc.... »(3).

1787. Bosquillon : « L'épilepsie se guérit quelquefois chez les jeunes gens qui n'ont pas encore atteint l'ége de vingtcinq ans; mais celle qui est héréditaire ou qui alfecte ceux qui sont d'un tempérament mélancolique est incurable Çli). »

« L'éruption des règles chez les femmes a fréquemment dissipé l'épilepsie (5). »

1803. Maisonneuve commence, par la phrase suivante, un livre qui reste la collection la plus remarquable d'his-

{l) Nosolofjie méthodique, traduction de Gouvion. Parie , J772 , t. IV, p. m, soit ciass. IV, art. Éph.rpsie.

(2) Traité de L'épilepsie , § OC.

(3) Ouv.cilé.^O^.

(4) Dans Culien. ËlémenU de médecine pratique» Paris, I7S7, t. II, p. 836, hole «.

toires d'épilepsie : « S'il est une maladie qui, par la nature de ses symptômes, le grand nombre de gens qu'elle attaque, sa résistance presque insurmontable aux moyens curatifs mérite de fixer plus particulièrement l'attention des médecins , c'est sans contredit l'épilepsie (1). »

Malgré ce pronostic défavorable on rencontre au milieu des quatre-vingts observations de Maisonneuve, trois cas de guérison spontanée (p. 60, 259, 272) et un cas de suspension naturelle des accès pendant dix-huit ans (p. 69); enfin quatre faits de guérison par des traitements divers (p. 66, 91, 130, 133). Maison se tromperait si on voulait déduire de ces différents chiffres un rapport numérique de curabi- -lité. Les faits de notre auteur ne forment pas une série naturelle ; plusieurs cas, en particulier parmi les guéris à la suite de traitements, n'ont pas été observés par l'auteur , mais lui ont été communiqués, ou ont été puisés par lui dans les collections scientifiques. Cependant les guérisons spontanées appartiennent à la Salpétrière et à Bicètre , où l'auteur a observé la grande majorité des faits contenus dans son ouvrage ; ils peuvent donc fournir sur les guérisons naturelles un rapport qui a quelque valeur approximative. Pinel: « Que de résultats variés et peu satisfaisants , ou plutôt propres à faire voir que la maladie est souvent incurable, si la méthode de traitement, dans les cas particuliers, n'est pas fondée sur la distinction des variétés de l'épilepsie ! Des essais faits dans ces derniers temps par des médecins sages observateurs n'ont guère servi qu'à prouver l'inefficacité des moyens dont on avait beaucoup trop vanté les effets heureux et infaillibles (2).

1811. Odier: «J'estime donc que le médecin n'a aucun

(1) Omi.ciié, p» 1.

(2) IVoiographie phibi&phiciae, 6* édition ^ PaHsj 1818, l, UU P> â3=

Page 1