DU PRONOSTIC DE L'ÉPILEPSIE
Tout médecin qui réfléchit est entraîné à se demander, lorsqu'il assiste à la guérison d'une maladie , quelle a pu être, sur cette heureuse issue , la part d'influence du traitement qu'il a prescrit. La réponse , sauf pour un petit nombre d'affections, doit être empreinte de quelque doute, pour peu que le praticien ait un esprit philosophique. Ce doute entache conséquemment jusqu'à un certain point tous les préceptes qui dirigent la médecine pratique. Quel est le moyen de faire disparaître cette cause d'incertitude, et d'amener la thérapeutique à la hauteur d'une véritable science ? Nous l'avons déjà dit : quel que soit le nombre des succès qu'un moyen quelconque vous ait procurés dans le traitement d'une maladie, vous ne pouvez affirmer l'utilité de votre médication , et encore moins l'évaluer , qu'autant que vous êtes en mesure d'établir que cette maladie, abandonnée à elle-même, offre des terminaisons différentes et beaucoup moins favorables. En théorie , le terme de comparaison ne pourrait être fourni que par une série naturelle et complète de faits oii l'affection ait été laissée'aux seuls efforts de la nature. Or , il est bien peu de cas oîi cette observation purement passive soit licite et possible. Force est donc d'avoir recours à un moyen moins direct : au milieu des agents indéfiniment variés et souvent contradictoires entre eux , qu'on emploie dans le§ maladies, n'est^^l
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pas présumable que , s'il en est d'efficaces, i! en est d'inertes, il en est de nuisibles? Dès lors ne peut-on pas en conclure qu'une série très nombreuse et recueillie sans égard à la nature des traitements, donnerait des résultats qui , en les admettant comme un peu plus favorables que ceux de la simple expectation, n'en différeraient cependant pas d'une manière notable ? En conséquence , n'est-il pas permis d'espérer que nous pourrons avoir un jour , pour chaque espèce morbide , un étalon qui serve de mesure commune à tous les travaux de thérapeutique sur la même maladie ? Pour nous , nous ne douions pas que cet espoir ne se réalise dans un avenir peu éloigné 5 car la science possède déjà les éléments de ce travail pour un certain nombre d'affections.
En attendant, rien ne se rapproche plus de ce critère désirable que l'examen comparatif des opinions émises, sur le pronostic d'une maladie , par un certain nombre de praticiens auteurs, choisis dans différents lieux et dans différents temps parmi les plus habiles et ceux réputés les plus consciencieux.
L'absence complète de renseignements statistiques sur le pronostic de l'épilepsie nous oblige à recourir à ce dernier moyen ; heureusement cette affection est de celles dont la gravité, quand elle est abandonnée à elle-même, est assez généralement reconnue pour qu'il ne soit pas besoin ici d'appréciations bien rigoureuses.
Le pronostic est général ou particulier. Il est général quand il se borne à évaluer les chances moyennes de durée, de guérison et de mortalité d'une maladie. Ou obtient le pronostic général d'une affection en résumant les résultats d'une suite plus ou moins nombreuse de faits. Ces résultats , surtout s'ils sont exprimés en rap-
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prts numériques, servent à apprécier le mérite d'un traitement employé dans toute autre série; mais, pour un fait particulier, ils ne donnent qu'un chiffre de probabilité moyenne dont la connaissance est d'un assez médiocre intérêt.
Le i>Tonostk particulier s'applique, non plus à la maladie en général, mais à un malade donné; il apprécie les chances auxquelles ce malade est exposé, d'après certaines circonstances offertes par le cas particulier, circonstances que l'observation a appris être favorables ou défavorables au point de vue de la durée du mal, de sa guérison ou de son issue fatale.
Nous commencerons par le pronostic général.