‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 54 sur 80 · SECTION I. — EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE L'OXYDE DE ZINC · texte numérisé non relu

SECTION I. — EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE L'OXYDE DE ZINC

De notre temps on attache , et avec raison , de l'importance à l'étude des effets physiologiques des médicaments, et l'on demande aux thérapeutistes de les faire connaître avant d'exposer leurs propriétés curatives. C'est le plus souvent pour diriger le médecin praticien dans le choix des traitements, ou pour expliquer les effets utiles des remèdes, qu'on étudie leur influence sur l'homme en santé. Nous avons déjà dit que, jusqu'à présent du moins, les effets physiologiques des médicaments n'avaient été à l'ordinaire qu'un guide trompeur dont les indications avaient fait bien souvent fourvoyer et l'art et la science. Nous persistons , jusqu'à nouvelles lumières, dans cette conviction, mais nous n'en mettons pas moins du prix à l'étude qui fait le sujet de cette section. Les résultats physiologiques des remèdes ne sont en réalité que le diminutif de leurs effets toxiques. La connaissance de ces résultats est donc indispensable au médecin pour lui indiquer les limites des doses à employer, en même temps qu'elle lui fournit le moyen de distinguer, au moins en partie , ce qui dans les symptômes d'une maladie en traitement peut tenir au remède ou dépendre de l'affection elle-même. Nous ajouterons que les incommodités que procure un médicament, surtout dans les maladies chroniques, pouvant être, de la part des malades, un obstacle à ce qu'on en prolonge l'emploi, il y a de l'importance à ce qu'on connaisse bien les doses oii ces effets se manifestent, afin d'en avertir le malade ou de prévenir les malaises, soit par une progression fort graduée, soit par

l'emploi de quelque correctif, quand la pharmacologie en fournit. La longue durée des cures dans l'épilepsie rend nécessaire , pour cette affection plus que pour beaucoup d'autres, d'éviter tout ce qui peut lasser ou dégoûter le patient. Aussi nous sommes-nous attaché à étudier les doses auxquelles, dans les différents âges, se sont produits les effets physiologiques de nos remèdes, surtout pour l'oxyde de zinc, qui a été jusqu'ici la base principale de nos recherches sur le traitement de l'épilepsie.

C'est ici le lieu de faire remarquer que si, dans la mention des doses, on a rencontré dans nos observations, et si l'on retrouve encore des nombres qui ne paraissent pas ronds dans le système décimal, cela tient à ce que nous avons prescrit en anciens poids, selon l'usage légal à Genève, et que nous les avons convertis dans le nouveau système. Quand il s'agira des règles définitives , nous ferons abstraction des rompus et nous formulerons dans les deux modes.

Sur dQ malades auxquels le zinc a été administré, il y en a eu 5 (obs. 8, 10, 21, 53, 56) chez qui les effets physiologiques n'ont pu être notés; restent 41 individus.

L'âge a sur les doses où se produisent les effets physiologiques une influence réelle; nous avons du y avoir égard j celui de dix ans nous a paru , d'après les faits , être une bonne limite pour diviser, à ce point de vue , nos malades en deux catégories.

Des 41 épileptiques chez qui les effets physiologiques du zinc ont pu être étudiés,

9 étaient âgés de moins de dix ans,

32 étaient plus âgés.

§ I. — Au-dessous de dix ans.

Dans les 9 cas de cette catégorie , l'oxyde a été ad-

ministre sept fois en poudre, mélangé avec du sucre; une fois en pilules, associé à l'extrait de valériane. Le remède donné sous le nom d'oxyde de zinc a du être, presque toujours , l'oxyde préparé par combustion, ou fleurs de zincj cependant il a pu être aussi la même substance obtenue par précipitation; car nous savons que, dans l'une de nos pharmacies, on donne, sur la prescription d'oxyde, cette dernière préparation; mais cette pharmacie donne toutes garanties d'une pureté parfaite du médicament.

La dose journalière, la seule que nous mentionnions ici, a été ordinairement partagée en trois prises, quelquefois en quatre, une seule fois en six ou huit.

Les effets observés ont été les suivants :

Le remède a passé inaperçu chez deux malades : l'un , âgé de huit ans, n'en a pris que 0,0/i. grammes par jour en pilules; l'autre, âgé de six ans , en a pris de 0,15 à 0,60 par jour, en poudre.

Chez deux enfants , l'un âgé de cinq mois , l'autre de deux ans, il y eut plus ou moins fréquemment de la nausée après les poudres. Chez aucun des cinq autres on n'observa ce malaise ; il est vrai que c'est un symptôme dont il n'est pas facile de constater l'existence chez les jeunes enfants, mais aucun de ceux-ci ne s'en est plaint, quoiqu'il se soit trouvé dans cette catégorie un enfant de neuf ans.

Deux seulement ont vomi, et l'un d'eux une seule fois; ce dernier, âgé de cinq mois , prenait alors 0,40 par jour; le vomissement eut lieu une demi-heure après un repas, une heure et demie après l'ingestion d'une poudre de 0,075. Chez l'autre , âgé de deux ans , le vomissement survint à des doses plus élevées.

Mais dans les 7 cas on a observé des effets sur les selles. Ainsi , un enfant de cinq mois eut , pendant une certaine

période, une selle après chaque poudre de 0,0755 plus tard, le remède passa inaperçu.

Un autre, âgé de cinq ans, qui n'avait éprouvé aucune incommodité du zinc porté depuis 0,30 à 0,80, arrivé à 1,00, eut une selle liquide un quart d'heure ou une demiheure après la poudre du matin seulement. Plus tard le remède put être poussé, sans effet sensible, jusqu'à 1,50.

La diarrhée fut très rare chez un enfant de deux ans qui prit jusqu'à 1,70 par jour.

Dans les quatre autres cas. Un épileptique de cinq mois, à 0,075 , eut plusieurs selles par jour au début de cette dose. Un autre, âgé de sept mois, à 0,15 et 0,20, vit cesser d'abord la diarrhée qui existait avant le traitement j mais plus tard apparurent des selles vertes. Un enfant de seize mois, à 0,30, eut des alternatives de constipation et de selles vertes ou sanguinolentes ; mais il y était sujet. Enfin le dernier, âgé de neuf ans, à 0,30, eut quelquefois des coliques et de la diarrhée.

Ainsi, l'effet le plus constant de l'oxyde de zinc chez les enfants est de procurer de la diarrhée pendant quelques jours; mais elle persiste fort peu, lors même qu'on continue le remède à la même dose.

On peut juger, par le tableau suivant, des rapports qui existent entre l'âge et les doses qui procurent d'abord de la diarrhée.

A 5 mois, de 0,035 à 0,075. Nausées et diarrhée, mais bientôt tolérance.

A 5 mois, de 0,30 àO,ZtO Id. id.

A 7 mois, de 0,15 à 0,20. Constipation ; plus tard selles vertes.

A 16 mois, à 0,30. Allern. de const. et de diarrliée; lolér. à 0,15.

A 2 ans, de 0,20 à 1,70. Quelques nausées dès le début; très rarement diarrhée ou vomissement.

A 5 ans, de 0,30 à 0,80. Aucun effet. A 1,00, une selle après la poudre du malin. A 1,50, tolérance.

A 9 ans, à 0,30. . . . Quelquefois colique et diarrhée, mais bientôt tolérance.

Ainsi on peut débuter chez les enfants de cinq mois par 0,30 par jour; mais mieux serait de commencer par 0,05 (un grain); la dose journalière sera portée ensuite jusqu'à 0,40 et au delà.

Chez les enfants de deux à dix ans , la dose initiale peut être de 0,15 par jour; nous préférons 0,10. Dans ces âges, on peut sans inconvénient aller jusqu'à 1,50 et au delà.

Nous avons recherché si l'époque de l'administration , relativement aux repas, avait quelque influence sur les effets signalés. Voici ce que nous avons observé : l'enfant, qui a toléré sans aucun malaise la dose portée à 0,80, prenait ses poudres une heure après les repas (tous les autres les prenaient avant). Plus tard, à 1,00, ce fut seulement la poudre du matin qui procura une selle; elle était prise après le plus léger des repas; l'évacuation avait lieu un quart d'heure ou une demi-heure après l'ingestion du médicament. Chez un autre enfant (le second du tableau), la selle survenait une heure et demie après les poudres, demiheure après le dîner.

Ainsi, le remède pris après le repas serait mieux toléré que quand il est pris avant.

La forme pilulaire serait aussi favorable , car le seul enfant qui ait pris le remède en pilules, n'a éprouvé aucun malaise.

Quant aux effets consécutifs de l'oxyde de zinc, c'est-àdire à son influence sur l'état ultérieur de la santé générale, elle a toujours été nulle : jamais nous n'avons remarqué que nos jeunes malades en aient ressenti une fâcheuse influence , quoique le remède ait été continué quelquefois très longtemps et à dose assez élevée , témoin le sujet de l'observation 50, âgé de deux ans , qui en prit 195 grammes en six mois.

§ II. — Dix ans et au-dessus.

Chez les 32 sujets âgés de dix ans et plus à qui l'oxyde de zinc a été administré , ce remède a été donné , comme chez les enfants plus jeunes , presque toujours en poudre avec du sucre ; quelquefois sous forme piiulaire, associé avec l'extrait de valériane. La dose de chaque jour était aussi partagée en trois ou quatre prises, le plus souvent en quatre.

Sur ces 32 cas, il n'y en a eu que 5 oii le zinc n'ait procuré aucune incommodité ; chez quelques uns le remède a été porté pendant longtemps à 2,50 par jour.

Dans les 27 autres faits nous avons noté les influences suivantes :

Dans un cas : simple amertume de la bouche.

Dans un autre : peu d'appétit au déjeuner pris une demiheure après la poudre.

Chez 16 sujets ; nausées, d'intensité et de fréquence très variables j chez un malade, c'était plutôt une légère sensation de langueur après chaque poudre- chez un aptre, la nausée était remplacée quelquefois par une sorte de vertige qui l'obligeait à s'asseoir et qui survenait une demi-heure ou une heure après l'ingestion de la poudre. Plusieurs n'éprouvaient ce malaise qu'après la dose du matin. Le plus souvent les nausées étaient courtes et légères , quelquefois prolongées et très fatigantes.

Chez II autres malades les nausées sont allées parfois, mais très rarement, jusqu'au vomissement.

Dans 2 cas, les nausées se sont accompagnées, mais très rarement aussi, de douleurs gastriques.

Dans 5 cas il y a eu quelquefois de la diarrhée, ou plutôt des selles relâchées; mais l'un de ces malades était phthisique, et chez lui la diarrhée a pu tenir à cette dernière

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cause ; dans un autre cas, la diarrhée n'a paru que quand l'effet nauséeux a cessé.

Enfin 2 malades ont éprouvé à plusieurs reprises une sorte d'embarras gastrique : inappétence , nausées avec ou sans vomissements, courbature ; cependant la langue était nette.

Ainsi , chez les sujets de dix ans et au-dessus , il n'y en a eu qu'un sixième à peine qui n'ait ressenti aucun malaise sous l'influence du zinc; tous les autres ont éprouvé des symptômes gastriques dont le plus fréquent a été la nausée, le plus souvent rare et courte, survenant un quart d'heure ou une demi-heure après l'ingestion de la poudre. L'état nauséeux a été presque toujours temporaire j l'habitude l'a le plus souvent fait cesser, malgré l'accroissement graduel des doses; et il n'a reparu que rarement et momentanément dans le cours de la cure. Les autres indispositions, comme vomissements, diarrhée et embarras gastrique , ont été fort rares, et toujours plus fugitifs encore que les nausées. En un mot, si ces symptômes divers ont pu ralentir l'accroissement graduel des doses, ils n'ont jamais été, pour les malades placés sous notre main, un obstacle à la continuation du traitement.

Au-dessus comme au-dessous de dix ans , nous n'avons pas remarqué que les cures les plus prolongées de zinc aient eu une influence fâcheuse sur la santé ultérieure. Une jeune fille, il est vrai, est devenue chlorotique au milieu d'une cure; mais elle l'avait été déjà auparavant, et à la fin de la seconde période du traitement elle était brillante de santé et de fraîcheur. Une autre jeune fille fut prise de pâles couleurs dans l'année qui a suivi le traitement; mais cette maladie ne commença que quelques mois après la cessation du zinc. Nous croyons donc que, dans ces deux cas, il n'y a eu qu'une fortuite coïncidence.

Dans l'étude des doses qui ont produit les effets que nous venons d'énumérer, le premier point à examiner c'est l'influence des doses initiales.

Cette influence est facile à apprécier au moyen du tableau suivant^ qui comprend 35 cas.

Malades

Nombre

Dose

des cures.

initiale.

n'ayant éprouvé aucun malaise.

Ayant éprouvé des malaises.

io

Les malades qui n'ont pas toléré l'oxyde de zinc à la dose initiale de 0,15 et 0,20, étaient âgés de onze, treize et quatorze ans. Ainsi , à cet âge , il faudrait peut-être commencer par la plus faible de ces deux doses, 0,15. Nous voyons qu'à 0,40, près des deux tiers des patients éprouvent des incommodités ; il conviendrait donc de commencer par OjoOj cependant, la tolérance s'étabiissant en général assez vite , on ne doit pas craindre de débuter par 0,ilO, surtout au-dessus de quatorze ans. A cette dose initiale, les malaises cessent assez prompteraent pour que , dès la semaine suivante, on puisse augmenter, d'un quart en sus, la dose journalière.

L'examen des doses ultérieures sous l'influence desquelles les malaises se sont reproduits de temps en temps dans le cours de la cure ne donne lieu à aucune règle générale , si ce n'est la suivante : Pourvu qu'on ne change la dose journalière que toutes les semaines, et que l'augmentation hebdomadaire ne soit, pour chaque jour, que de 0,15 à 0,20, il est bien rare que les incommodités se renouvellent à un degré qui arrête la progression , et à plus

forte raison oblige à rétrograder. Nous ne croyons pas qu'il nous soit arrivé plus de quatre fois d'être obligé ainsi de retourner en arrière, et très rarement nous avons dû persister deux semaines de suite à la même dose , à moins que nous ne fussions arrivé à la quantité que nous regardions comme devant être le maximum pour le cas donné.

Les doses journalières maximum qui , sauf dans les anciens cas de notre série , ont été presque toujours aussi les doses terminales, ont beaucoup varié de 0,30 jusqu'à 6,00.

Dans 8 cas, ce maximum a élé de 0,30 à 0,50.

La tolérance s'est aussi bien établie et soutenue, en général, dans les doses extrêmes que dans les moyennes. Un jeune garçon de dix ans était arrivé à bien tolérer la dose journalière de 2,60, en trois prises. La malade n° 38 supporta sans incommodité la quantité de 6,00 au moins, donnée chaque jour.

L'innocuité du zinc à ces doses élevées a déjà été constatée par plusieurs observateurs, en particulier par de la Roche (1) , qui a écrit un des meilleurs mémoires qui aient été publiés sur l'administration de l'oxyde de zinc. 11 restait à j)rouver que le remède peut être continué sans inconvénient pendant un temps un peu long à des doses élevées; nos faits ne peuvent laisser aucun doute à cet égard : on peut en juger par les quantités totales prises par quelques uns de nos malades.

(1) Journal de médecine, chirurgie el pharmacie. Paris, décembre 1779, t. LU, p. 5(8.

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Obs. 52. . . 250,00 en cinq mois.

— 51. . . 258,00 en six mois et demi.

— 11. . . 312,00 en un an.

— bli. . , 312,00 en sept mois.

— 60. . . A^5,00 en dix mois et demi (1).

La forme pilulaire a été en général mieux supportée que les poudres; il est vrai que le plus souvent nous avons eu recours de préférence à la forme pulvérulente quand nous avons voulu porter la dose du remède un peu loin. Nous avons rencontré cependant six cas oii des nausées fatigantes, procurées par les poudres, ont cessé quand nous avons, à la même dose, substitué des pilules aux poudres. ,

Le remède, pris une heure après les repas, a toujours été mieux toléré que quand il était donné une heure avant; dans ce dernier cas, la dose prise le matin était presque toujours celle qui fatiguait le plus, et souvent la seule qui donnât du malaise. Reste à savoir si le remède pris après les repas est aussi avantageux que quand il est pris avant. Rien dans nos observations ne semble établir que le choix des heures ait quelque influence sur les effets curatifs du remède ; aussi avons-nous fini par donner toujours l'oxyde après les repas.

Pour nous résumer sur les influences physiologiques de l'oxyde de zinc à tous les âges, nous dirons ;

Qu'il constitue un remède parfaitement innocent, qui peut être donné jusquà 6 grammes par jour sans autre inconvénient que des malaises passagers, et qui peut être continué impunément pendant un temps en quelque sorte illimité.

Que ses effets physiologiques se bornent toujours à

(0 Depuis la clôture de nos observations , le numéro 63 est arrivé à la quantité totale de 672 grammes en seize mois ; sa sanlé était parfaite à la fin de la cure et s'est bien maintenue dès lors.

une action légère sur le tube digestif, consistant le plus souvent chez les adultes en nausées qui peuvent aller jusqu'au vomissement, chez les enfants en un peu de diarrhée.

Qa'o?i le fait facilement tolérer sans malaises en débutant chez les adultes par la dose journalière de 0,30 àO,{iO,en trois ou quatre prises, et par 0,05 à 0,15 chez les enfants; puis en augmentant chaque semaine la dose journalière de 0,15 à 0,20 chez les premiers, ^e0,05 à 0,15 chez les seconds.

Que la forme pilulaire est quelquefois un moyen de le faire mieux supporter.

Enfin, que les malaises sont plus rares quand le remède est pris une heure après les repas que quand il est pris avant, et que la première dose du matin est toujours celle qui incommode le plus.

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