‹ Du pronostic et du traitement curatif de l'épilepsieChapitre 7 sur 80 · Bien. Réitérer et prendre h pilules par jour · texte numérisé non relu

Bien. Réitérer et prendre h pilules par jour

Avril 29. — Aucun ressentiment; il est toujours gai et bien portant. Il a un peu de nausées après la pilule du matin , la seule qu'il prenne avant le repas. Il fait son traitement avec exactitude. Réitérer; 5 pilules par jour.

Mai 31. — Toujours très bien; la pilule prise avant le déjeuner ne lui donne plus de nausées , mais lui ôte l'appétit pour ce repas. En prendre k au lieu de 5.

Juin 30. — Très bien. Pendant les trois premiers jours du mois il a encore pris 5 pihdes par jour ; dès lors k seulement. Les réduire à 3.

Juillet 27. — Très bien. Réduire les pilules à 2 à dater du l*'" août.

Septembre 28. • — Très bien. 1 pihde par jour pendant deux mois.

Décembre 26. — Madame S , qui a été très fortement

ébranlée par la crainte que son fils ne se guérît pas , et qui a dirigé le traitement avec une admirable exactitude , a eu hier une émotion très vive qui ne m'a pas paru justifiée. Son fils n'avait pas éprouvé le plus léger malaise jusqu'à hier jour de Noël. Mais, avec son appétit furibond, notre jeune homme a abusé des largesses gastronomiques de la fête. Sa gloutonnerie dans cette occasion a été presque incroyable. A huit heures, à la fin d'un souper copieux (il avait, comme il l'a dit plus tard, mal au cœur depuis un moment); il a pâli, a fermé les yeux et, comme on craignait un évanouissement, on l'a soutenu sur sa chaise; il n'a pas fait le moindre mouvement ni de la face ni des membres; ceux-ci étaient dans l'état de relâchement : on en peut croire sa mère qui le suivait du regard avec anxiété. 11 n'a nullement perdu connaissance, il en a le sentiment bien net. D'ailleurs, quelqu'un s'étant écrié: Desserrez ses habits , il a commencé lui-môme à déboulonner son

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gilet. Un autre ayant demandé de l'eau de Cologne, il a fait de la tête un signe négatif^ il n'en aime pas l'odeur. Cet état de demi-évanouissement a duré une minute et demie. Jean a demandé à se coucher et s'est rendu lui-même sur un lit où on lui a donné une tasse de thé. Se trouvant mieux, il s'est relevé au bout de deux minutes; il n'avait point de somnolence et a été fort gai toute la soirée , bien différent en cela de ce qu'il était après ses absences. Est-ce que ce fut une indigestion commençant ou un diminutif de ses crises ? Sa mère a remarqué entre autres que cette fois il n'y avait pas eu, comme dans les accès précédents , de rougeur avant la pâleur. Il n'a point uriné non plus ni pendant ni après le malaise. Quoi qu'il en soit, je ne prescris

aucun traitement. Madame S ne s'était point contentée

des 60 pilules à prendre en deuoo mois , que j'avais prèscrites le 28 septembre; elle lui en avait fait prendre 12 de plus. Elle en a donné i hier et 2 aujourd'hui.

1850 , septembre 30. — - Jean n'a éprouvé aucune atteinte de sa maladie.

Résumé, — Aïeule maternelle aliénée, aïeul de la même branche mort d'apoplexie , tante maternelle aliénée j père et oncle paternel phthisiques j appétit glouton , ébranlement par un coup de canon inattendu. Début à treize ans. Trois accès incomplets en dix-sept mois. 2 grammes et demi de zinc en une semaine. Guérison pendant deux ans et demi. Rechute : un accès incomplet. 122 grammes de zinc en dix mois j aucun accès pendant le traitement 5 un vertige douteux à la fin. Guérison, sauf ce vertige, soutenue depuis six ans et demi.

A ceux qui ne voudraient voir dans les accès de Jean que

des évanouissements , nous rappellerons : Un soupir plaintif au début d'une des crises, la coloration rouge de la face, les yeux fixes ou renversés , deux fois des mouvements forcés d'extension des membres, des urines une fois involontaires , d'autres fois abondantes et claires , et rendues immédiatement après l'accès j enfin le long sommeil qui suivait les crises.

Malgré la rechute , je ne pense pas qu'on soit disposé à considérer ce fait comme un cas de simple amélioration.

Quatorzième observation.

Le il juin 18/1.5, Adrienne P.... est apportée à ma consultation par sa grand'mère. Elle est âgée de sept mois, petite , blonde , maigre , mais avec toutes les apparences d'une bonne santé. Elle n'a encore offert aucun indice de travail dentaire.

Son aïeul paternel a succombé à l'âge de quarante-cinq ans à une fièvre chaude (est-ce que ce fut une fièvre typhoïde , une méningite ou un delirium tremens ?) 1/ aïeule de la même branche est morte en couches j le père est bien portant. L'aïeul maternel a succombé à un mélsena : c'était un homme morose. L'aïeule maternelle est affectée d'une maladie organique de l'estomac. L'oncle maternel est d'une humeur mélancolique et insociable ; il n'est pas cependant aliéné, car il est employé dans une administration. La mère est petite , vive, très sensible, éminemment nerveuse.

Les accès conviilsifs d'Adriennc P ont débuté sans

cause connue. Elle a eu, le 8 de ce mois, cinq ou six crises légères; le 9, sept ou huit dont trois plus fortes; le 10, trois dont une légère, les deux autres plus fortes encore que

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les précédentes. Aujourd'hui 11 juin , elle en a déjà eu deux dans la matinée.

Ges crises consistent en des mouvements subits de convulsions (de tremblement, dit sa grand'mère) , principalement à la face et aux membres j les paupières se ferment et restent closes. Adrienne a eu de la tristesse le 9, mais les autres jours elle n'a pas cessé d'être gaie, soit avant, soit après les accès.

Elle a eu un peu de diarrhée depuis hier, mais elle est sans fièvre et n'offre aucun autre signe morbide. Oxyde de zinc, 1,30 grammes; sucre , /|.,00 : en 24 poudres; 3 par jour.

13. — La mère , sur ma demande et dirigée par mes questions, a beaucoup mieux observé les accès, et je puis obtenir d'elle des détails plus circonstanciés et plus exacts que ceux fournis par la grand'mère.

Pour les accès forts : Début par des cris ou des pleurs fort courts, mais sans larmes; l'enfant se roidit de tous les membres, ferme les poings, s'étend, puis tout son corps est agité de secousses ; sa tête se tourne à droite et à gauche ; les yeux d'abord fermés s'ouvrent très grandement et restent fixes sans se renverser j la face rougit d'abord, puis devient pâle j la décoloration est extrême après l'accès ; il n'y a ni gargouillement ni écume 3 pendant l'attaque sa mère s'est assurée positivement qu'elle n'entendait rien. Les battements du cœur sont très forts pendant les convulsions. Après les accès intenses, elle reste abattue et triste.

Pour les accès légers, ils ne sont pas précédés de cris ; elle ne paraît pas perdre entièrement connaissance et elle reprend très vite sa gaieté.

Elle a eu, depuis la consultation du 11, deux forts accès et une vingtaine de légers, savoir : le 11, plusieurs accès

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légers dans l'après-midi et un assez fort à huit heures du soir ; !e 12, dix à douze légers (plus légers qu'à l'ordinaire) et un seul fort, mais le plus intense qu'elle ait jamais eu: il aurait duré environ dix minutes; les convulsions s'arrêtaient pendant quelques secondes et reprenaient ensuite. Aujourd'hui elle n'a encore eu qu'un seul accès fort léger. Elle a peu d'appétit, deux selles naturelles par jour et beaucoup plus d'agitation qu'à l'ordinaire. Continuer les poudres : Il au lieu dé 3.

17. — Dix-sept accès en quatre jours: le 13, dans l'après-midi, trois 5 le l/t, cinq; le 15, quatre; le 16, trois; le 17 avant midi, deux. Sauf l'un des accès d'hier, ils ont été légers, et cela toujours de plus en plus. Ceux du 16 ont été presque imperceptibles. En général , cela s'est borné à fermer les poings , à tendre les bras avec secousses et à serrer les mâchoires sans grimaces et sans fermer les yeux. Dans l'un des accès d'aujourd'hui, les yeux ont été fermés, puis largement ouverts , et il y a eu de fortes convulsions de la face ; mais il a été plus court que les accès primitifs. L'enfant a de fréquentes insomnies et des réveils en sursaut avec cris. Elle est bien du reste et fort gaie. Elle prend difficilement ses poudres. // en reste trois. Continuer et réitérer.

26. — Du 17 au 23 , elle a eu deux ou trois accès par jour, mais très légers; point le 2A.. Le 23, dans des moments de contrariété, elle a serré les poings et fait des grimaces : c'étaient , dit la mère , des mouvements de violence et non pas des accès. Aujourd'hui elle n'a rien eu de semblable. L'insomnie est presque com])lèle , cl, chaque fois qu'elle se réveille, elle pousse des cris comme un enfant, épouvanté. Les selles sont souvent vertes. On a réitéré les poudres le 'iS; cette dose a été achevée le 25 au matin; on

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ne l'a pas renouvelée. Réitérer et continuer à (i poudres par jour.

Le 18 novembre I8/16. — On me ramène Adrienne pour un lichen dont elle est atteinte. A cette occasion , j'apprends par la mère que , depuis la dernière consultation , sa fille n'a plus eu un seul ressentiment de ses accès, pas même ce qu'on appelait ses impatiences. Après avoir donné deux doses de poudres à dater du 26 juin 1845, on les avait cessées définitivement.

Adrienne a continué de jouir dès lors d'une très bonne santé (octobre 1851).

Résumé. — Aïeul paternel mort de fièvre chaude ; aïeule maternelle atteinte d'une affection organique de l'estomac j oncle maternel mélancolique j mère très nerveuse. Début à sept mois. Environ vingt-quatre accès en quatre jours , dont huit forts et seize légers. Un peu plus de 5 grammes de zinc en un mois. Encore quarante et quelques accès pendant la première quinzaine du traitement, mais de moins en moins fréquents et de plus en plus légers. Guérison soutenue depuis plus de cinq ans.

J'étudierai bientôt, à l'occasion d'un autre fait , le diagnostic différentiel de i'épilepsic et de l'éclampsie des enfants 3 mais je puis dire ici par anticipation , que si l'âge d'Adrienne peut faire naître quelques doutes sur la nature de la maladie, tous les autres caractères, tels que le nombre des accès, leur fréquence , leur marche, ainsi que la durée de l'affection, ne permettent pas de voir dans ce cas autre chose qu'une épilepsie. J'ajouterai que les accès ont paru et continué au milieu d'un bon état de santé , ce qui pour moi éloigne toute idée d'éclampsie.

Quinzième observation.

Dans les premiers jours d'octobre 18/|-5 , je reçus la visite d'un père de famille de ma clientèle, dont le Gis était domicilié à Berne. Il venait de recevoir de la personne chez qui demeurait ce jeune homme une lettre où on lui racontait, en détail, deux indispositions subites éprouvées par son fils. M. X... s'adressait à moi pour connaître mon opinion sur la nature de la maladie d'après la lettre dont il me donna lecture. Je n'hésitai pas , après avoir préparé le père à cette fâcheuse nouvelle, à lui déclarer que les crises , quoique décrites par un homme qui n'était point médecin , me paraissaient avoir tous les caractères d'accès incomplets d'épilepsie. La lettre annonçait en même temps que , outre le médecin ordinaire de la maison , on avait fait demander en consultation l'un des professeurs les plus distingués de l'Université de Berne. J'engageai le père à avoir complète confiance dans les praticiens qui dirigeaient le traitement et lui offris une lettre pour l'un d'eux que j'avais l'honneur de connaître. M. X..., après quelque hésitation , se décida à rappeler son fils auprès de lui.

Le jeune homme se présente, en effet, à ma consultation le 20 octobre. 11 s'est reposé pendant quelques jours chez lui avant de venir me voir. Il est porteur d'une lettre de M. le professeur Fueter, en date du 10 octobre , dont j'extrais les passages suivants :

«M. X... a été pris, il y a à peu près quinze jours , «d'une syncope survenue très subitement; il n'avait res- » senti aucun malaise préalable; il fut jeté assez rudement » à la renverse sur le plancher. Il doit avoir été très pâle et «n'avoir montré aucune contraction spasmodique. Après

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» quelques minutes tout avait cessé, et le lendemain il n'y » avait plus de trace de santé dérangée. Ma jDremière idée » fut qu'une indigestion, qu'un gonflement par des fruits » crus mangés à dîner, avaient occasionné l'accident en » question. Cependant cinq à six jours après , il survint un » vertige j du moins, dans un second accès, il ne perdit pas » connaissance, ni même l'usage de ses membres, devint » très pâle tout en sentant des palpitations dans les oreilles, » fut pris de vertige et d'une certaine anxiété qui le pous- » sèrent à se sauver dans sa chambre et à se mettre au lit. >; En un moment tout fut passé. 11 était assez clair que » j'avais à faire à quelque chose de plus qu'à un accident » purement symptomatique, et plusieurs circonstances que » j'appris par un examen un peu plus détaillé de ce cas M paraissent venir à l'appui de cette idée.

» Je crus avant tout devoir obvier à une cause ou com- » plication gastrique. Après l'avoir purgé légèrement avec » la rhubarbe et la crème de tartre, je lui prescrivis: » Poudre et extrait de valériane, aa gramme 0,10 pour » une pilule ; Q pilules par jour. En môme temps je lui avais » ordonnné des promenades régulières, etc., etc. »

Cette lettre est, quant aux détails des accès, moins explicite que la lettre du correspondant de M. X... Si M. le professeur Fueter ne s'explique pas plus clairement (il ne faut pas oublier que le jeune homme était porteur de la lettrej, il en dit assez pour qu'on devine quel est le jugement qu'il porte sur le cas. Malheureusement ne croyant pas, lors de la visite du père, que je serais appelé à soigner le jeune homme, je ne pris pas de notes sur la lettre du correspondant; cette lettre, que je redemandai ensuite, n'avait point été conservée, et je ne pourrais pas aujourd'hui donner de mémoire les détails

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additionnels qu'elle contenait. Ce dont je suis certain , c'est que sa lecture, comme je l'ai déjà dit, ne me laissa aucun doute sur la nature épileptique des accès.

Le malade lui-même me raconte que , le jour où il a eu son premier malaise , il était occupé à pointer des livres au comptoir ; il fut pris subitement d'un sentiment de nausées et de légères coliques ; il se leva pour aller aux lieux d'aisances j mais, pendant qu'il faisait quelques pas dans le bureau même , il s'aperçut bientôt que , quoiqu'il eût les yeux ouverts , il ne voyait pas; il percevait dans les oreilles un bruit comme celui d'un bouillonnement de sang dans la tête; il s'appuya sur un meuble, et ayant voulu faire un pas, il perdit complètement connaissance. Il la retrouva incomplètement dans l'escalier, pendant qu'on le transportait à un étage supérieur; on le fit entrer en passant au cabinet d'aisances , et de là il fut conduit dans son lit ; ses vêtements étaient souillés; il croit qu'il s'était sali sur le siège du cabinet. 11 put se mettre au lit lui-même, et très vite il s'y endormit jusqu'au lendemain matin. Dans le second accès, il eut un vertige analogue , sans cause appréciable , mais qui ne fut point précédé de nausées ni de coliques ; il put gagner son lit au milieu du vertige. C'était dans la soirée; il s'endormit encore jusqu'au lendemain.

Le jeune homme, depuis le 11 qu'il a quitté Berne, n'a point eu d'accès j)areils aux précédents ; seulement il a éprouvé une sensation légère de faiblesse dans la tête , deux fois en descendant de voiture et une fois sur le bateau à vapeur.

Notre malade est âgé de dix-neuf ans , de petite taille , mais bien conformé, brun , et d'un embonpoint médiocre. Son intelligence est ordinaire et son caractère doux ; il est très sensible et ordinairement un peu triste. Il est sujet à

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la céphalalgie et a eu, comme ses frères, quelques légères affections de nature strumeuse.

, L'aïeul paternel a été enlevé par une pneumonie j l'aïeule de la même branche est morte septuagénaire, avec tous les signes d'une affection organique du cerveau (probablement un ramollissement cérébral) ; un grand-oncle paternel a été aliéné; une cousine germaine du côté paternel a succombé à une méningite tuberculeuse ; le père est sujet à une affection dartreuse. L'aïeule maternelle est morte d'un cancer du sein ; la mère a beaucoup souffert de migraines et a été atteinte d'hypochondrie.

A Berne , le jeune homme était constamment occupé à un travail de cabinet; il prenait fort peu d'exercice. Ses mœurs étaient parfaitement régulières.

Depuis le début du traitement Un a guère pris que !i pilules par jour. En prendre 6.

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