DE L'UNION DES CHRÉTIENS DANS UN MÊME CULTE
L'intérêt dont la religion recommence à s'entourer pour s un grand nombre de cœurs, ce réveil des âmes sur leur avenir éternel, qui est un des traits caractéristiques du temps où nous vivons, se manifeste, dans notre pays et dans notre communion, par deux sortes dephénomènes, qui frappent aujourd'hui tous les yeux. Le premier, c'est le zèle avec lequel on s'occupe de tout l'extérieur du culte et des établissements religieux. Quand a-t-on vu plus d'empressement à construire des temples, à faire des sacrifices, quelquefois coûteux et pénibles, pour les ériger et les embellir? De toutes parts, s'élèvent des lieux de réunion pour les chrétiens, des maisons de culte et de prière, où les amis du christianisme comptent venir s'édifier ensemble d'un commun accord, et s'entretenir en paix de leurs sentiments et de leurs espérances. Sous un règne de tolérance et d'humanité, se relèvent les ruines qu'avait accumulées un règne de persécution et de terreur.
L'autre phénomène qui caractérise notre temps, c'est une tendance bien prononcée à s'occuper du fonds de la religion , à en faire l'objet, en même temps, et des méditations de son esprit , et des affections de son cœur. Le temps n'est plus où parler de religion, méditer sur le christianisme, réfléchir avec intérêt sur les destinées futures de l'homme, était traité de superstition et de
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fanatisme. On a tellement senti le besoin de la religion, et les âmes qui s'en étaient éloignées, ont éprouvé un si grapd vide ! Mais les anciennes traditions sont rompues ; un abîme d'ignorance et d'incrédulité sépare la vie religieuse, qui se manifeste, de celle qui l'avait précédée. Tout avait été ébranlé. Chacun cherche à reconstruire ; mais il reconstruit avec d'autres lumières, d'autres fondements, d'autres besoins, que ceux par qui fut élevé l'édifice qui n'existe plus ; et même qu'un grand nombre de contemporains. Le résultat sensible du réveil de cette vie intérieure est donc une très-grande divergence dans les vues, dans les sentiments , dans les besoins moraux des individus , qui composent la grande société chrétienne, et dont le cœur met de l'intérêt à sa prospérité. Cette diversité de vues se remarque :
1° Par rapport aux dogmes et aux croyances que chacun embrasse, et à l'importance qu'il leur assigne dans l'ensemble du système évangélique. Les progrès dans l'interprétation des livres saints , et dans la philosophie; les attaques dont plusieurs dogmes furent l'objet dans des ouvrages très-répandus ; la diverse portée des esprits; les lumières acquises infiniment variées; les besoins intimes des âmes; la nature de l'esprit humain pour qui certains sujets religieux demeurent toujours un abîme insondable, et mille circonstances fugitives, qu'il est impossible d'analyser, ont rendu très-diverses au milieu de nous , les opinions que des hommes, également respectables et jugeant avec la plus parfaite bonne foi, se font d'un grand nombre de sujets religieux, et de leur importance dans le christianisme. Cette divergence est palpable ; on la sent à l'inquiétude secrète qu'elle commence d'exciter partout , et peu de protestants sans doute sont encore à l'ignorer. — Cette différence dans les idées que l'on se fait, par rapport à certains dogmes, doit nécessairement en entraîner après elle un autre non moins sensible;
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2° Par rapport aux formes à donner au culte extérieur, et aux choses qu'il convient d'y faire entrer. Le culte extérieur riant fait pour nourrir les âmes dans la piété et dans la vie chrétienne, les idées que chacun se fait de la manière dont il doit être dirigé, ne peuvent que varier heaucoup suivant les besoins intellectuels et moraux de son âme, et les sentiments religieux qui y exercent le plus d'empire. Les uns voudront faire entrer, dans les actes du culte extérieur, dans les prières, dans les exhortations, dans les instructions, dans les hymnes, des expressions et des pensées dont les autres seront choqués , peut-être même affligés. Les uns, pour nourrir leur cœur des idées qui leur sont chères , formeront entre eux des réunions particulières, que les autres se hâteront de blâmer comme un commencement de fanatisme, ou comme une menace de séparation. Ces vues différentes et quelquefois opposées, tenant à des actes ostensibles, à la forme et à la matière du culte, quoique n'occupant que le second rang dans l'ordre de l'importance réelle et du développement dans l'esprit , sont ordinairement les premières qui se montrent au dehors; et ce sont celles qui excitent toujours le plus de trouble et d'inquiétude.
Enfin , dans ce mouvement général des esprits , dans cette fermentation des idées , il ne peut manquer de se manifester aussi une grande divergence dans les opinions que l'on se forme ;
3° Par rapport à certains devoirs de la morale. Ici la conscience est un guide si sûr, et l'Évangile parle d'une manière si claire, qu'il n'est pas possible que cette divergence porte jamais sur ces grands et éternels devoirs, qui ont leur base dans la nature même des choses, et dans l'essence divine. C'est là le centre inébranlable autour duquel les hommes seront à jamais réunis. Mais, à côté de ces grands devoirs que l'homme trouvera profondément gravés dans son cœur, toutes les fois
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qu'il prendra la peine d'y descendre, il en est un grand nombre d'autres , qui ne tiennent pas à l'essence de la morale, et que l'on peut appeler arbitraires, comme l'observation du dimanche ; ou dans lesquels la moralité ne consiste que dans la mesure ou dans la tendance ; de ce genre sont presque tous les plaisirs que la société nous offre. Quand on les considère en eux-mêmes, et, pour ainsi dire, dans la matière qui les fournit, on aurait peine à dire ce qu'ils peuvent avoir de coupable. Quand on les considère dans leur tendance, dans les habitudes qu'ils font naître, dans les besoins qu'ils créent , dans les distractions qu'ils causent , dans les passions qu'ils excitent; quand on compare toutes ces choses avec la direction que l'Évangile marque à la vie du chrétien , il est possible que l'on regarde ces plaisirs , sinon comme criminels, puisqu'ils ne le sont pas, et qu'un grand nombre d'exemples prouvent qu'on peut résister à leur influence indirecte, du moins comme très-dangereux. Aussitôt donc que les hommes commenceront à réfléchir sur les besoins de leur âme et sur leur éternelle destination, il naîtra nécessairement entre eux, suivant l'état de leur esprit et le point de départ qu'ils auront choisi, une très-grande diversité, dans les idées qu'ils professeront sur ces plaisirs et dans l'usage qu'ils en feront.
Toutes ces observations sont d'une vérité palpable , et des faits nombreux se présentent déjà de toutes parts pour les soutenir.
Mais, alors; n'y a-t-il pas contradiction entre ces deux ordres de faits, par lesquels se manifeste le réveil de l'intérêt religieux parmi nous? D'un côté, nous fondons des établissements, nous bâtissons des temples spacieux, en un mot , nous faisons tout ce qu'il faut pour exister en masse et réunis; de l'autre, la diversité des opinions et des vues tend à nous diviser en une multitude de petits corps, dont chacun aura des dogmes, des formes
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de culte et des usages qui lui seront propres. Et, après avoir bâti des temples, faits pour contenir une population entière, si nous n'écoutons pas la voix de là modération et de la sagesse, ces temples deviendront inutiles et déserts, parce qu'il n'y aura plus, dans une même ville, vingt personnes qui puissent se réunir d'un commun accord, dans un même lieu, pour s'occuper de religion, el s'entretenir de leurs intérêts éternels.
S'il est de nos jours une question importante à traiter, c'est celle de savoir comment, dans notre pays et dans notre siècle, on peut prévenir un pareil malheur. Je n'ai pas la prétention de la résoudre d'une manière inattaquable. Si je l'aborde, c'est avec une extrême défiance, et dans l'espoir d'attirer sur elle les réflexions d'hommes beaucoup mieux en état que moi de la traiter.
Pour approcher de la solution d'un problème aussi délicat, je me demande d'où vient, pour les membres d'une grande Église, la difficulté de se réunir dans un culte commun; et je crois pouvoir affirmer qu'elle vient, ou de ce qu'on ne s'attache pas assez à l'Écriture sainte, comme à la seule base de la croyance religieuse ; ou de ce que l'on s'attache trop à des opinions et à des dogmes, qui seront éternellement au-dessus de la raison humaine, et qui ne sont tirés de l'Écriture sainte que par voie de raisonnement et de conséquence; ou enfin , de ce qu'on ne sait pas couvrir des nuances ou même des divergences inévitables du voile de la charité.
C'est dans le soin que prendront les chrétiens d'affaiblir ou d'éloigner ces trois ^causes, que je crois exister pour eux le moyen de s'associer dans un même culte, au sein des nuances diverses qu'affectent partout aujourd'hui les opinions individuelles. Mes réflexions sont d'une application générale, quoique je parle plus souvent de notre Église. Voilà pourquoi je les ai placées
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dans ces chapitres préliminaires , où il est question du protestantisme en général.
I. Au milieu des nuances très-diverses, que le sentiment religieux , en se réveillant , a prises dans notre sein, il est cependant un point qui demeure commun à tous les réformés : c'est leur profond respect pour l'Écriture sai/ite ; c'est la conviction que ce livre sacré contient l'histoire et les documents des révélations que Dieu a données aux hommes, et surtout de celle qui est le complément et la fin de toutes : la révélation par Jésus. Eh bien ! faisons de ce point commun notre grand centre de réunion; et celui-là, admis et reconnu, en amènera bientôt beaucoup d'autres.
Et n'est-ce pas aux documents où sont renfermées les seules sources authentiques d'une révélation regardée par eux comme divine, que les chrétiens doivent toujours en appeler? Auprès de cette autorité, que sont toutes les autorités humaines? Ont-elles le droit d'ajouter ou de retrancher à ce que la Bible, bien comprise, enseigne au chrétien qui la lit avec confiance et avec simplicité de cœur? La Bible est une; elle est donnée; elle existe comme monument; elle fournit donc un point de contact toujours le même aux chrétiens, qui la regardent comme le 'dépôt des révélations. Ne doivent-ils pas se rapprocher les uns des autres avec intérêt, et se traiter comme frères, lorsqu'ils reçoivent avec le même respect et suivent avec la même obéissance, cette règle de leur foi?
S'en tenir uniquement à la Bible peut donc être un lien capable de réunir les chrétiens en un même corps, tandis qu'évidemment tout ce qu'on y ajoute, soit d'après des autorités humaines, soit d'après les vues des individus, ne peut tendre qu'à diviser. Les autorités et les pensées humaines ne sont pas une: elles varient avec le temps, avec les circonstances, avec les indivi-
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dus, avec leurs intérêts, leurs besoins, leurs lumières, leurs passions. En face d'une autorité purement humaine, dans tout ce qui tient au sentiment et à la croyance, chacun se sent parfaitement libre de rejeter ou d'admettre, de défendre ou de combattre; tandis qu'avec une autorité, qui a son premier fondement en Dieu, chacun sent bien qu'il ne l'est pas. — Les déterminations anciennes ont perdu leur influence, et ne peuvent plus la recouvrer; on compte les hommes qui déclarent en admettre tout le contenu, lequel n'est pas toujours constant à lui-même. D'autres déterminations ne réuniraient pas davantage ; car il en sortirait de plusieurs endroits, très-peu semblables entre elles. Mais la Bible nous réunit; nous la regardons tous comme une autorité dirimante et légitime ; et , si nous différons dans l'interprétation de quelques passages, du moins sommes-nous d'accord en ce point , que nous la regardons tous comme une loi. Et c'est déjà beaucoup, pour s'entendre, que d'admettre la même loi, et de ne différer que dans l'interprétation de quelques articles.
Sans doute, un grand nombre de passages de la Bible peuvent recevoir des interprétations diverses, et plusieurs sont entourés de nuages et d'obscurités. C'est ainsi qu'elle nous fut donnée; et les siècles, en s'écoulant, ont dû multiplier et élargir encore les points ténébreux. Mais ces difficultés et les diversités qu'elles engendrent deviennent moins considérables et moins nombreuses, lorsqu'on interroge la Bible avec simplicité, pour savoir ce qu'elle enseigne, et nor* pour soutenir un système tracé d'avance; lorsqu'on cherche avec franchise à connaître ce qui s'y trouvfe, et non pas à y trouver ce qu'on veut. Alors, on a des chances trèsnombreuses de s'entendre, car, alors, c'est vraiment l'Écriture sainte qui fait la loi aux opinions, et non pas les opinions qui font la loi à l'Écriture sainte.
Les difficultés et les obscurités que Ton rencontre
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souvent dans ce travail sont, pour la plupart, entièrement étrangères au sentiment religieux, aux fondements de la vraie piété, à la direction que le chrétien doit donner à sa vie , à la nature de ses plus belles espérances, et aux moyens par lesquels il peut parvenir à les réaliser. Et, par cela même que ces difficultés ne touchent point à ces grands intérêts , elles ne doivent point troubler l'âme du chrétien ; encore moins doivent-elles jeter la division dans l'Église, et faire à la charité de douloureuses blessures. Par cela même qu'elles ne tiennent point aux grands intérêts de la religion et du christianisme , pourquoi s'en inquiéteraiton davantage que de tant d'autres obscurités , qui se trouvent encore dans l'histoire ancienne du genre humain? ou, du moins, pourquoi se diviserait-on à cause d'elles? Et s'il y a dans l'Écriture sainte des difficultés et des obscurités qui tiennent à des points plus prochainement liés avec les bases de la vie chrétienne , le seul moyen de s'entendre n'est-il pas de traiter ces points obscurs comme étant obscurs , de ne pas vouloir les rendre plus palpables et plus clairs qu'ils ne le sont en effet, par des déterminations détaillées au delà de ce qui est écrit; et, par conséquent , de permettre, de voir et de supporter sans* peine , que , dans des choses reconnues pour difficiles et obscures , nos voisins , nos amis, nos frères ne soient point arrivés aux mêmes déterminations que nous? C'est quand ils sauront se résoudre à laisser obscur ce qui est obscur, douteux ce qui est douteux, indéterminé ce qui est indéterminé, que les chrétiens verront avec surprise, au-dessus de ces rochers arides et de ces abîmes sans fond, où ils ont si souvent épuisé vainement leurs forces , se développer à leurs yeux une vaste plaine, où leurs pieds s'arrêteront enfin sur un terrain ferme , et où ils s'embrasseront les uns les autres, dans l'abondance, dans la confiance et dans la paix. Un Dieu unique, immense,
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bon , juste et sage, créateur et gouverneur suprême de l'univers, père et ami du genre humain; la destination de l'homme à l'éternité; la sainteté de la loi morale, que Dieu grava dans nos cœurs comme l'expression de son éternelle volonté; la rémunération impartiale qui doit en suivre l'observation ou le mépris ; l'existence et ' l'horreur du péché , que l'Évangile ne proclame pas avec plus de force que notre conscience ; la dispensation mystérieuse par laquelle Dieu a rendu possible le pardon du pécheur repentant, sans effacer la distinction entre le vice et la vertu , qui est dans sa propre nature et dans celle de l'homme , son ouvrage ; voilà les grandes, les éternelles vérités que l'Évangile proclame à chaque page, avec une clarté qui ne permet pas le moindre doute; voilà ce qui fait de Jésus bien autre chose qu'un sage , et du christianisme une religion digne de Dieu , un acte extraordinaire et admirable de la Providence divine. Voilà ce qui satisfait à tous les besoins de l'homme. Et quand on est d'accord sur ces- grandes bases , que l'esprit le plus commun trouve sans peine dans l'Évangile, n'est-ce point assez pour se réunir dans un même culte et pour s'édifier en commun? Heureux, si l'on se contente de les poser avec cette simplicité, et si l'on ne veut pas y faire entrer les systèmes abstrus , que la raison humaine tire de l'Écriture sainte ou d'ailleurs, par voie de déduction ou de conséquence !
II. La religion (et par conséquent le christianisme), ayant pour objet Dieu , l'homme et l'éternité , doit nécessairement, dans plusieurs de ses points, participer à à l'obscuril^ qui enveloppe encore pour l'homme ces graves sujets. L'Écriture sainte n'a pas entièrement dissipé cette obscurité ; probablement parce que la véritable source en était dans la nature même de ces objets et dans les bornes de l'esprit humain , que l'Écriture
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sainte n'a point changées. Si, des choses simples et claires , qui nous sont données par l'Évangile ou par la raison, nous voulons, par voie de conséquence, déduire des théories qui pénètrent dans ces régions obscures, où l'esprit humain, avec ses facultés actuelles, est incapable de pénétrer, devons-nous nous étonner que chacune de ces tentatives , quand on la considère autrement que comme une simple tentative , quand on veut la donner et l'imposer comme l'éternelle vérité, devienne un brandon de discorde, qui jette le trouble dans les âmes, le désorde dans l'Église, et oppose aux progrès du. christianisme les plus déplorables obstacles? Vouloir, par voie de conséquence et à force de subtilités , établir des théories abstruses et compliquées sur la nature intime et l'essence même de l'être insondable, sur les rapports qui lient son action à celle de ses créatures intelligentes et libres , et sur tous les détails de la rémunération par laquelle il sera satisfait à la sainteté de la loi morale; ne regarder comme chrétiens et comme frères que ceux qui , des mêmes principes , tirent les mêmes conséquences, c'est donc méconnaître la nature des choses et celle de l'esprit humain ; c'est , en quelque sorte, vouloir que Dieu ait attaché le salut de l'homme à des choses qui sont hors de sa portée , et qui, peut-être, seront à jamais pour lui enveloppées de mystères : c'est surtout, dans la situation actuelle des esprits et des cœurs , rendre impossible la réunion des chrétiens dans un même cuite , et tendre à morceler en corpuscules impalpables la grande société chrétienne. Faire , de ces opinions abstruses , non-seulement une partie , mais l'essence de la religion ; faire tourner tout autour d'elles; les poser ep première ligne ; les enchâsser et les tisser en quelque sorte dans toutes les formes du culte public , au point d'en faire un objet d'affliction, si ce n'est de dégoût, pour ceux qui ne peuvent pas les admettre; laisser dans l'ombre,
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pour elles, les vérités éternellement claires, importantes et salutaires, que l'Évangile enseigne sans le plus léger nuage, que la raison admet sans le moindre doute, parce que l'homme les sent dans son propre cœur; c'est consommer la division et la rendre irrémédiable.
Décrire le mal qui est venu de cette source est une chose impossible dans un écrit du genre de celui-ci. Mais aujourd'hui que les cœurs sentent bien plus le besoin de s'édifier que de disputer ; aujourd'hui que l'on juge avec plus de calme les doctrines religieuses et leurs rapports avec la paix et le perfectionnement des âmes, on voit ce mal surgir de toutes parts, dans les annales du christianisme. Les esprits sages, les amis éclairés de la religion de Jésus, attribuent plus de fâcheux résultats à cette seule cause de dissension et de malheur, qu'à toutes les autres ensemble (E).
III. Si, après avoir écouté ces conseils puisés dans la nature des choses et dans l'essence du christianisme, il reste encore quelque divergence sensible, quelques nuances plus ou moins fortes, qu'il n'ait pas été possible d'effacer, que reste-t-il à faire au chrétien ami de la paix et respectueux envers les droits sacrés de l'humanité ; que reste-t-il à faire à l'Église , ou plutôt à ses conducteurs, que de les couvrir du voile de ta charité? La charité est le baume que Jésus voulut appliquer aux plaies de son Église, comme aux douleurs de l'humanité. Il est descendu du ciel pour la montrer à la terre. Son vrai disciple, celui à qui beaucoup sera pardonné, ce n'est pas celui qui aura beaucoup discuté, mais celui qui aura beaucoup aimé. C'est la charité seule qui aplanit les difficultés, et qui rapproche encore les cœurs, lorsque les esprits seraient prêts à se diviser. C'est elle qui nous fait préférer la paix et l'édification des âmes, au frivole avantage de voir triompher notre amourpropre. C'est elle qui éloigne de nos conseils, de nos
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instructions, cette amertume qui leur ferme si souvent le chemin des cœurs. C'est elle cjui nous fait désirer d'éclairer nos frères, de les gagner par les moyens légitimes et doux de la persuasion et de la vérité, bien plus que de leur imposer nos opinions par le dogmatisme et l'inflexibilité. C'est elle qui nous les fait supporter sans aigreur et sans rancune, lorsque nous n'avons pu réussir à les amener à nous. C'est elle qui nous apprend à nous défier de nous-mêmes, à respecter ce qui se passe dans la conscience de nos frères, à laisser inviolables les droits sacrés de l'humanité , dont la violation fut toujours accompagnée de l'avilissement , du vice , de la persécution et du* malheur. C'est elle, autant que les miracles , qui fraya le chemin par où le christianisme parvint à de si étonnants succès. C'était la vertu des apôtres ; c'était celle de saint Paul , qui s'avait se faire tout à tous pour en gagner quelques-uns. C'est par elle et par elle seule , qu'au milieu de ces diversités de croyance , qui intéressent si peu le fonds de la vie religieuse et les vrais intérêts du corps et du cœur, nous pourrons tous et toujours nous réunir ensemble d'un commun accord , dans les temples que nos mains bâtissent, ou jouir en paix de ces établissements d'instruction et de bienfaisance, qui se forment de toutes parts et qui nous supposent accordés et réunis.
Et pourquoi la charité ne couvrirait-elle pas de son voile bienfaisant ces nuances diverses des opinions spéculatives, que l'esprit de l'homme recèle dans son sein, puisqu'elle doit couvrir ces nuances plus marquées, qui se manifestent au dehors, et qui procèdent de la manière différente dont on envisage certains devoirs sociaux? C'est la charité qui doit mettre à leur véritable place ces objets, sur lesquels la pratique des chrétiens se divise. C'est elle qui doit enseigner à ceux que leurs vues conduisent à une plus grande rigueur, que chez ceux qui ne partagent point encore cette rigueur et ces
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vues, la jouissance de certains plaisirs de société, l'indulgence pour quelques distractions passagères, peut s'accorder avec la pureté de l'âme, avec l'élévation des sentiments, avec l'attachement au christianisme, avec la vie religieuse et la tendance à l'éternité, avec une piété noble, profonde et sincère. C'est d'elle que ceux qui se permettent ces plaisirs doivent apprendre aussi qu'on peut se les refuser par un motif de conscience. Ils ne doivent pas avoir trop vite à la bouche le reproche d'hypocrisie.
Si nous devons continuer à former un corps ; si les temple* que nous bâtissons doivent nous être bons à quelque chose ; si l'intérêt religieux qui se ranime , et la fermentation qu'il excite au milieu d'une génération fortement imbue du principe de la liberté de conscience, ne doivent point nous diviser en une multitude de petites sociétés rivales, c'est, je le pense du moins, par le sage emploi de ces moyens, qui me paraissent également conformes à l'esprit du christianisme , à la nature de l'âme humaine, aux vrais intérêts de l'Église et à ce qu'exige l'édification des chrétiens.
Voilà quelques idées que nous soumettons avec timidité aux amis de la religion et de la paix. C'est là, nous osons le dire , l'affaire capitale du protestantisme moderne. Elle l'est pour le moins autant que la détermination des dogmes à substituer à ceux du catholicisme l'étàil aux jours de la réformation. C'est elle qui travaille aujourd'hui les esprits. Je l'ai peut-être envisagée le premier (F). Si j'ai mal vu, ou pas assez vu, ce n'est pas faute d'avoir senti tout l'intérêt de la question. Mais quand on ouvre une carrière , est-il ordinaire que, du