QU'EST-CE QU'UN CHRÉTIEN? OI
Sans doute, on est libre, entre initiés, d'identifier |
les expressions « chrétien » et « baptisé » ; mais pareil vocabulaire est trop spécial, et trop inadé-
quat, pour s'imposer. Dans une sereine confrontation des idées, on ne peut échapper à l'évidence. Or, voici un fait : beaucoup de « chrétiens », au
sens moral et religieux du terme, ne sont pas ” nécessairement des « baptisés » (1). Voici un autre fait : beaucoup de nouveau-nés, baptisés avec la formule trinitaire par un prêtre authentique, sont aussi chrétiens que Voltaire, Nietzsche et Renan. J'ai entendu, en Normandie, une paysanne qui parlait de l'intelligence des chevaux ; elle concluait : « Ça n'est pas des animaux, c’est des chrétiens, » Elle ne distinguait plus entre un homme et un chrétien : ce dernier titre n’éveillait donc pour
elle, en cet instant, aucune connotation spiri-
tuelle.
Par souci de clarté, j'emploierai, au contraire,
le mot de « chrétien » en lui conférant sa pleine valeur et sa dignité divine. Jamais il ne désignera, én premier lieu, un homme qui fut marqté, du dehors, par un certain signe, qui obéit à certaines règles ecclésiastiques, et pratique certains rites.
Rien de tout cela n’est incompatible, en soi, avec.
le caractère chrétien ; et l'institution sacramentelle peut même le fortifier, ou lui fournir un point d'appui, voire un point de départ ; mais l'essentiel, pouf définir le chrétien, résidera toujours dans ce qu'il est, en son for intérieur, en ce sanctuaire
(x) Lés baptistes, par exeïnple, adtninistrent le baptême à des adultes préalablement reconnus chrétiens,
‘intime où l'esprit de l’homme rencontre l'Esprit de Dieu. | Recherchons donc les traits typiques du chrétien, ceux qui forment la physionomie commune à tous les disciples de Jésus-Christ, sans exception possible. Il ne suffirait pas d'affirmer : « Le chrétien prie », puisque tous les fidèles, de toutes les religions, prient également. Onne dira pas davantage: « Le chrétien est un homme qui croit en Dieu et - “à l’immortalité de l’âme », car les libre-penseurs
spiritualistes partagent ces convictions.
D'autre part, après avoir marqué ce qui distingue les chrétiens des non-chrétiens, il faut noter ce qui unit les chrétiens aux chrétiens. Or, si les définitions trop larges sont inadéquates, les définitions trop étroites resteraient fausses. Par exemple : « Tout chrétien affirme l’immaculée conception de la Vierge Marie. » Ou encore : « Tout chrétien affirme la prédestination éternelle des réprouvés aux peines de l'enfer. » Pareilles formules serviraient à caractériser, la physionomie d’un chrétien romain orthodoxe, ou d’un chrétien calviniste strict ; elles ne dégageraient point ce qui est l'essence du christianisme spécifique, en l’un et én l’autre, ce qui les constitue « chrétiens ». Faute de prendre au sérieux cette notion de spécificité, combien de discussions restent stériles | Oserait-on définir le chrétien romain : « Un homme qui voussoie Dieu en priant»? Ou le chrétien protestant : « Un homme qui mange de la viande, le vendredi » ? Il importe que la flèche frappe le centre de la cible, Allons droit au cœur du chris-