‹ Du protestantismeChapitre 28 sur 85 · LAN EE · texte numérisé non relu

LAN EE

| tianisme, et formulons cet axiome : Le chrétien …

croit en Jésus-Christ. Tel est son signalement,

dans la mêlée des religions. |

Encore faut-il creuser cet aphorisme. Croire en Jésus-Christ, est-ce refuser de mettre en doute son

existence historique ? Alors, Montaigne était

chrétien. Combien de musulmans, ou même

‘d’athées, sont persuadés qu’Artaxercès . Longue-

main, Jésus de Nazareth, et Napoléon Ier, appartiennent à l’histoire ! :

: Quelqu'un dira : Croire en Jésus-Christ, c’est.

réciter les symboles dogmatiques traditionnels sur la réalité du Fils consubstantiel au Père ; c’est répéter la doctrine officielle sur l’engendre- . ment éternel de la seconde Hypostase de la Trinité, et sur la naissance parthénogénique à Bethléem. — Dans ce cas-là, puisque le pape Alexandre Borgia n’a pas été condamné pour hérésie, il faut con- clure que ce monstre de luxure et de cruauté fut un chrétien., s

Or, on n’imagine pas un clergé d'église capable de souscrire à l’aphorisme suivant : « Pour posséder la vraie foi au Sauveur, il suffit de croire en Lui, comme un Chinois croit à Confucius où un

Persan à Zoroastre. » Non; si un chrétien n'est pas. ‘animé des sentiments qui inspiraient le Messie,

il n'existe plus aucune différence radicale (sur le

Æ plan psychologique et moral), entre lui et un

musulman qui enseignerait : « Mahomet est né d'une vierge », ou un Hindou qui proclamerait : -« Bouddha est ressuscité le troisième jour. »

Quelqu'un dira : « Evidemment | Croire en

QU'EST-CE QU'UN CHRÉTIEN? … 93 r Fi . h VE H 4

oÀ LE SPIRITUALISME DANS L'ÉGLISE

Jésus-Christ, ce n'est pas, avant tout, affirmer

quelque chose sur lui, c’est répéter quelque chose

après lui, recueillir sa doctrine et réciter ses paroles. Croire en Lui, c’est croire comme Lui.» — Formule décevante. Elle Obligerait à refuser le titre de

chrétien à tout disciple de Jésus qui ne conser-.

verait plus les idées que le Messie partageait, avec son époque, sur les diménsions de la Voie lactée, la forme et la position de la Terre, les crises - de possession démoniaque, la fin du monde. À ce compte-là, combien resterait-il de chrétiens en Occident ? La vérité, c'est que des divergences mentales, dans le domainé scientifique, entre le Maître des évangiles et Ses disciples passionnés d'aujourd'hui, sont incapables d'entamer la ferveur morale ou la sincérité religieuse d'une foi authentique 6% Jésus-Christ. | . Quand on examine cette expression énigmatique dans le texte original, on s aperçoit que la formule appartient, non au domaine statique, mais au

‘domaine dynamique. Le terme que les traducteurs

expriment, tant bien que mal, par en (1) exprime une direction suivie, un mouvement vers, un élan pour atteindre un but, ou pour se rapprocher d’une personne qui est objet d'amour, de confiance, d’admiration, d'enthousiasme, de consécration sans réserve et même d’adoration. La foi, c’est tout cela dans une chaude synthèse. En résumé, croire en Jésus-Christ ne consiste pas à croire quelque chose sur lui, ni à répéter quelque chose

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5 QU'EST-CÉ QU'UN CHRÊTIEN ? 95 après lui ; c’est prendre quelque chose de lui, s'unir à lui, communier avec lui, dans un élan de consé- cration intérieure, en réponse à l’appel qui rayonne de l'Esprit que Jésus incarnait, que Jésus était. On pourrait dire, paradoxalement : Croire en Jésus-Christ, ce n'est pas « avoir Ja foi », c’est « donner sa foi ». C’est faire crédit, sans mesure. au - Héros des évangiles, absolument, pour le temps et pour l'éternité. La foi, ainsi comprise, aboutit à une identification morale entré deux personnalités prédestinées à se rencontrer, à se confondre. Elle est comparée, par l'apôtre Paul, au mystère du mariage qui réunit deux individualités en une seule. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moil » déclarait l’ancien pharisien. Et encore : « Si quelqu'un n’a pas l'esprit de Christ, il ne lui appartient pas. »

Ces déclarations fournissent la clé d’une serrure secrète. Elles prouvent que la présence du Seigneur, dans l'âme humaine, est une réalité morale ; elle correspond, à une initiation personnelle et mystique, à une expérience d'ordre spirituel. L'Église est née de cette expérience ineffable. Nous voilà au centre du mystère chrétien. Nous entrons au sanctuaire. |

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