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CHAPITRE PREMIER

Le triple problème posé à l'Esprit

L'homme est la créature centaure, l'être sphinx À dégagé par le torse de l’animalité, il redresse le front et rêve. Sur sa rétine se reflètent les astres, comme dans l'œil des bêtes ; mais alors que celles-ci n’en éprouvent aucune stupeur, l’homme pense, et par là il atteste la réalité de l’esprit.,

Cependant, l'esprit, en lui, est quelque chose de plus que l'intelligence ou même la raison ; c'est une énergie personnelle, inséparable du senti-

ment de l'obligation morale, et qui met au service d’un Devoir mystérieux le double instrument d’un mystérieux Devenir : un organisme physique et.

une armature intellectuelle.

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. 16 LE SPIRITUALISME DANS L’AME Far te UR

selon quelle hiérarchie intime il doit classer les

cultés ne sont pas médiocres. Dans le premier

électrique par l'interruption de courant. Simple

an esprit, ainsi défini, est aux x prises, Ribes avec de graves problèmes. D'abord, il s’agit pour lui L. d'affirmer, non pas son indépendance, mais sa #4 distinction, d’avec l’univers matériel, dont l’im-

mensité l’é écrase, dont les lois l’enserrent ; sa dis-

tinction, en dernière analyse, d’avec le cerveau. “C’est un problème de psycho- -physiologie, puis de psychologie pure et de métaphysique. TE … Ensuite, il s’agit, pour l'esprit, de LEE

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‘instincts et les virtualités du microcosme individuel ; il faut reconnaître « l’ordre des grandeurs ‘a "x et situer le centre de gravité qui préside à l’équi- M libre de l’ensemble. Problème de morale.

Enfin, il s’agit d'obtenir et de mettre en œuvre 1 une énergie suffisante pour appliquer la méthode, une fois dégagée, et réaliser le programme ainsi. 4

arrêté. Problème religieux. 7 Dans les trois directions indiquées, les diffi- …

. domaine, les relations de la conscience psychologique avec l'organisme semblent dominées par le fait brutal de la mort ; en apparence, l'esprit est Eine par l'arrêt du cœur, comme la lumière

apparence, en effet ; disparaître, se taire, émigrer, acquérir, sur un autre plan, de nouveaux moyens … d'expression, serait-ce l’annihilation ? Ici-bas déjà, quand on assiste à l’éclosion de l'esprit dans . ‘3 l'enfant, on n’a point l'impression que l'orga- 2: nisme l’exude, mais bien plutôt que l'esprit utilise et accapare l'organisme, comme le musicien s'em-

pare Au “évistre. des. PR orgues. Ta mise en œuvré des mots du langage, et des lois logiques te de l’entendement, est un prodige ; les intuitions, Es innées, courent sur le clavier des RER pese RER tinées à servir l'esprit. :

Celui-ci est tellement conscient de sa person be: nalité, qu’il en vient à ne plus s “étonner de-sa a propre présence ; il s’installe, avec une aisance, un aplomb et une foi merveilleux ; il se comporte comme si, de son poste d'obsérvation, il explorait l'univers au périscope ; si bien qu’au lieu de réflé- : A chir sur lui-même, il réfléchit sur les choses où il se Fe E : ‘disperse. Pareille attitude, peu favorable à la vie spirituelle, est due, en partie, à l’avance considérable que prénd la. matière sur l’âme dans * l'évolution prénatale. Elle s expliquerait, aussi te = par le fait que l'enfant, une fois sorti du sein mater-

nel, quitte une ambiance étroite, mais strictement

a humaine, et par là supérieure au mécanisme astro- F- nomique, pour être introduit dans le milieu cosmo- : logique, illimité, l'univers sidéral ; on lui « donne N16] jour », c’est-à-dire l’astre solaire. Celui-ci, après. É ‘avoir ébloui l’œil, aveugle en quelque sorte l'esprit. à ‘En nous se creuse une question toujours ouverte, béantesur le gouffre stellaire : d’où vient le monde ? L. Or, le problème de l’Être, ainsi formulé, représente . probablement une interrogation pseudo-philosophique ; elle nous aïguillerait sur une fausse voie, où l’esprit s'éloigne de la seule réalité immédiate- ts ment connaïssable ue l'esprit, la réalité pie e tulle. 1 . Dans le Hntisroe domaine examiné, le domaine.

| Protestantiane. FES ce | 2

Fes moral s'affirment l'obligation. dé conscience, le # . sentiment d’une effective liberté de choix, et la - conviction indéfectible de la responsabilité individuelle. Ici, la pérsonnalité, quand elle essaÿe de -hiérarchiser les éléments constitutifs du moi,

est aux prises avec l'expérience la plus déconcer-

tante. Elle perçoit, en effet, lé véritable ordre des valeurs, tel qu’il s’imposerait à une conduite harmonieuse ; mais de nouveau, sous une autre forme, elle à été gagnée de vitesse par les événements et se trouve devant un fait accompli. Elle éprouve

le sentiment amer, humiliant, que la partie est ë

. déjà engagée, et mal engagée, à son insu ; et même À son détriment, si l’on juge au nom dé. l’Idéal. Mais d’autre part, la personnalité consent à cette

- déchéancé ; entraînée par un poids mott, une hérédité atavique, elle s'accommode à une situation dégradante, et l'aggrave même délibérément. Son intelligence obnubilée, sa volonté intoxiquée, obéissent à un vertige tentateur ; Sans que la

__ personnalité parvienne, d’ailleurs, à obtenir la paix en suivant la pente. C’est, au contraire, dans la voie opposée, en remontant laborieusement le courant, qu’elle a conscience de se trouver -ellemême ou de se retrouver.

“D À Ici, Les religions imterviennent. Aux consciences troublées, elles offrent les moyens d'échapper à l’étau du remords: il se desserre avec l’assurancé d'un pardon divin, d'uné rentrée en grâce auprès du Législateur souverain. Les ! théologies du salut, avec les doctrines d’expiation, de rachat, de propitiation, apportent un message

k —. re LE TRIPLE PROBLÈME ‘ 19

Edérapteur. orienté vers un passé qu ils agit de . régler.

. Dans le Froidièie domaine, le problème qui

s'impose à l'esprit est celui-ci : comment recevoir l'inspiration dans sa plénitude, comment parvenir

à la régénération ? Sans l’ inspiration, qui donne à … l'esprit le sentiment de son indépendance à à l'égard des choses, il demeure accablé sous l’univers et le :

- problème insoluble de la création. D’autre part, sans la nouvelle naissance, qui le libère des fata-

lités ancestrales et d’un déterminisme archaïque

ployé vers le péché, l'esprit reste esclave de la

peur; soit qu'il redoute la tyrannie de ses tendances … innées, soit qu’il craigne des sanctions posthumes

res à la créature par le Créateur.

…L'inspiration et la régénération marquent le ;

. royaume, non plus des religions, mais de la Religion. Celle-ci ne méconnaît, ni la question métaphysique de l’Être, ni l'expérience morale du remords, mais Pine est moins tournée vers le passé que vers l’ave-

- nir. On accuse, parfois, les clergés organisés d’avoir .

exploité le double et tragique aveu de l’infirmité : Que sais-je ? Que puis-je ? La vérité, c'est que les

religions historiques ont souvent oublié qu’elles É n’existaient point pour elles-mêmes ; elles ne - doivent être que des moyens au service du but: suprême : le règne de l'Esprit, la Réligion. Et.

celle-ci, précisément, parce qu ’elle veut, avant tout, fortifier le pouvoir de l'Esprit, spiritualiser re Jui enseigne à formuler la demande souveraine : Qui suis-je ? Amener la créature S RTE à se découvrir en tant que telle, et la

révéler à elle-même pour qu'elle commence à vivre, ici-bas, de la vie éternelle, voilà l’œuvre de la Religion. Au dessus de la question métaphysique, et à côté de la question morale, elle pose, hardiment, la question spirituelle.

ser L : CHAPITRE I | Comment fortifier en nous l'Esprit É | La controverse entre les religions ne devrait

porter que sur un seul point : quels sont les moyens les plus efficaces de réaliser la Religion, lamaîtrise de l'Esprit dans l’homme ? Pts = La première tâche est d’affermir la conscience : psychologique du moi. Comme J'oiseau : fasciné. par la gueule d’un serpent, l’âme se penche, saisie de vertige, sur le gouffre du panthéisme. L'im- - mensité glaciale des espaces, ou l’exubérante prolifération de la vie sur notre planète, nous frappent d’hébétude. Instincts, souffrances, besoins, volup- . tés, nous enserrent ; la personnalité risque de sombrer. Une des formes notoires de cet abandon est la débauche délirante, quasi extatique, liée à certaines cérémonies cultuelles, ou la prostitution sacrée dans les sanctuaires ; tel un plongeur __ quise jette aux rapides pour les braver, l’'hômme - tourbillonnait dans les remous de l'être. À l’autre extrême, il manifestait son dégoût de la matière, son mépris de la souffrance physique, par l'ascé- | tisme, libérateur des servitudes corporelles. Entré

; / Ir, Lies

ces deux pôles antithétiques de la moralité païenne, k

stagnaient les brumes de l’occultisme ; le magi- cien prétendait connaître les ressorts cachés de la nature ; il en pressait les boutons de commande ;

par la secrète vertu des choses, il s’imposait aux

éléments, aux êtres, aux esprits, aux dieux. Plus

tard, avec les Mystères orientaux, accompagnés

de sacrements purificateurs (lustrations) ou roboratifs (manducations), on ensemença les initiés

d'un germe matériel d’immortalité; véritable .

métamorphose invisible de l'organisme transsubstantié,

Est-ce que le terme de spiritualisme- convient

pour désigner l’ensemble de ces efforts, souvent pathétiques, où S’affirme le moi conscient devant

le moi inconscient ? Non; ces entreprises, en.

général, sont trop dépourvues de toute vibration authentiquement morale, Puisqu’on retrouve le

mot esprit dans le terme « spiritisme », celui-ci

paraîtrait plus adéquat, en TPSÉRRER IE que le terme « spiritualisme » ; non que nous songions à identifier la philosophie spirite avec le magisme ; toutefois, le spiritisme touche, d’une part, à l’occultisme, à l’animisme; d'autre part, à l’idéalisme antimatérialiste ; et ces deux traits fondamentaux suffisent à justifier le choix du mot spiritisme, pré-

féré au terme spiritualisme, pour caractériser en -

gros les tentatives millénaires de la créature humaine contre le joug écrasant de l'univers. 2. D'ailleurs, pour manifester la maîtrise de

l'esprit, il ne suffit point de fortifier la conscience . psychologique, il faut affermir la conscience morale,

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