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FORTIFIER L'ESPRIT

Deuxième tâche qui, elle, relève nettement du

spiritualisme ; car il va de soi que, par cette expres-

‘sion, nous ne désignons rien qui ressemble à la

- doctrine philosophique de l’Idéalisme transcen-

-dantal, négateur du monde externe. Le spiritualisme s'affirme par l’attitude’suivante : étant

donné le complexe âme-corps (âme personnelle,

* corps vivant) la mission essentielle du moi est

d'employer, au service de l'esprit, les instruments

fournis à l'être conscient dans le microcosme humaïn.

Le spiritualisme implique un dualisme. Alors

. que l'idéalisme philosophique, et le matérialisme ”

métaphysique, forment thèse et antithèse, le

spiritualisme est une synthèse. Il est aux prises

avec ce problème pratique : assurer la victoire de

«notre véritable personnalité dans le duel qui semble .

opposer, en nous-mêmes, deux #01. Ce langage, il est vrai, semblé inadéquat. D'une part, l’apôtre Paul, décrivant l'esclavage d'un homme qui

approuve l'idéal sans parvenir à le réaliser, disait :

«Ce n’est pas moi qui pèche, mais le péché qui.

‘habite en moi. » Le péché deviendrait alors quelque

chose d'extérieur à nous, comme l'univers luimême, qui se retrouve en nos hérédités ; le dualisme ne serait pas réellement interne, D'autre part, quand l’homme consent au péché, librement,

le péché cesse de rester extérieur à lui; étant voulu, il est assimilé par une personnalité ; plus de dualisme intérieur. Toutefois, et c'est ici que

le spiritualisme éclate, le moi persiste à manifester,

= dans l’un et l’autre cas, sa tenace indépendance, Se

rx

déclarétil victime d’une fatalité atavique?

Bien que déterminé, il s’accuse et revendique héroïquement sa responsabilité. S'avoue-t-il metteur en œuvre ou inventeur du mal ? Il refuse de reconnaître son véritable moi: dans ce moi inférieur, puisqu'il ‘ose le condamner. -

On vise donc à décrire une expérience profonde

quand, sous forme imagée, on ajoute au dualisme psychologique un duel éthique. Celui-ci fut pris

au sérieux par ces deux puissants moralismes de T%

. l'antiquité : le stoïcisme et le mosaïsme. Quels

étais pour la conscience ! Quels rédresseurs. de

la volonté ! Quelle apothéose de l'esprit ! L'œuvre originale de Moïse ne fut pas le Tabernacle, mais

le Décalogue. Les cérémonies cultuelles étaient vieilles comme l’humanité, puisqu'elles remon- -

taient à la sorcellerie préhistorique ; mais les. Dix commandements, même avec une interprétation grossière, marquaient une orientation nouvelle dans les annales religieuses du genre humain. Ce fut l'apparition de l'idéal du prophète : le vrai Dieu n’est pas un renifleur de graisses brû- Jées, il réclame de ses adorateurs une conduite juste. | Et pourtant, Moïse ordonna son frère Aaron

pour le sacerdoce. En effet, le prophète consacra =.

le prêtre, ce qui marque entre eux la hiérarchie

des pouvoirs. Avec une vision géniale de la réalités

le prophète inspiré mit le symbolisme cultuel au : service du Sommaire de la Loi : « Aime Dieu, aime ton prochain. » C’est pour fortifier la Parole que

Moïse institua le Rite. La parole s'adresse aux

FORTIRIER L'ESPRIT | SRE Pet va Le rite s'adresse aux yeux ; chaque fois, c’est l'âme qu'on vise, l'esprit dans us cOnS- FcClencesr ir: " : ; Fe Mais dès que ie rite s ’émancipe à l'égard de la Pone dès que le culte étoufte la conscience, dès - que le prêtre commande au prophète, d'est “le . signal d'un affreux désordre ; le cléricalisme ainsi compris est une forme de l'anarchie, car la vraie 3 hiérarchie des grandeurs se trouve renversée ; le règne de l'esprit est en péril. CHER __ 3. Pour assurer le triomphe de celui- ci, di faut | décidément fortifier, non seulement la conscience bloque et la conscience morale, mais la conscience religieuse.

La conscience psychologique s'affirme en face du non-moi : la conscience morale s'affirme en face sde: notre #01 inférieur ; la conscience religieuse s'affirme en présence d'un swper-mor.

A certains égards, celui-ci est encore un « non- moi », puisqu'il est autre que nous-mêmes. À . * d'autres égards, il est encore une partie de notre personnalité, puisqu'il s'identifie, pratiquement, sur le terrain moral, avec notre « moi supérieur ». Me, en réalité, il est un super-moi, et cela de deux manières. D’ abord, parce qu'il déborde nos propres limites ; c'est par le contact avec le pro- - chain, C'est dans la communion avec les frères, . que l'Esprit se révèle alors à notre esprit. Et non seulement il nous déborde, sur le plan social, mais il nous dépasse, il est plus haut que nous, sur le plan. religieux : : les frères impliquent le. Père.

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; ‘trop étroit pour contenir le sens qu’on y presse ; “4 ou plutôt, si on l’ emploie encore, c’est à la condition

qu'il exprime, avec plénitude, une manière d'être,

un état d'âme, une réalité vraiment spirituelle.

Le spiritualisme intégral est une spiritualité.

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