‹ Du psoriasis de la langue et de la muqueuse buccaleChapitre 19 sur 26 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

M. ACTON a vu plusieurs affections de la langue dans ces trente dernières années ; mais il ignorait quil existât une affection telle que l’iclithyosis de cet organe. Il a examiné le malade que M. Clarke a présenté à la Société, et il a trouvé qu’il était atteint de ce que lui, M. Acton, avait toujours regardé comme un psoriasis de la langue, conséquence ordinaire de la syphilis. La syphilis, cependant, n’en est pas la seule cause. Cette affection peut provenir d’une irritation causée par les dents, ou de l’habitude de fumer des pipes en terre. Il croit qu’une affection à peu près semblable de la langue se rencontre quelquefois dans l’Inde. Quant au diagnostic, il est aisé dans quelques cas ; mais quelquefois il est difficile de distinguer le psoriasis des gommes ulcérées et do l’épitliélioma. Il ne pense pas que le traitement soit aussi difficile

que le dit 1 auteur. Peut-être cela tient-il à ce qu’il a vu des cas dans leur première période. Il a trouvé que la maladie cédait à l’application du nitrate acide de mercure et de l’alun, et que, s il existait des gommes, l’iodure de potassium, à la dose de 15 à 20 gr., était très-utile. Il est nécessaire aussi de porter son attention sur le régime et le traitement général. Le malade dévia s abstenir de tabac et préserver la langue de l’irritation que pourraient lui causer les dents.

M. Hülke a présenté à la Société, il y a deux ans, un cas d’ichthyosis de la langue, qu’il croyait être le premier relaté. Il n’a pas été publié dans les Transactions de la Société. Plus lard, il a eu l’occasion de le communiquer, sous une forme plus complète, à la Société clinique. Le patient était un homme vigoureux et sain, qui n’était point né de parents syphilitiques, et qui n’avait jamais eu cette maladie.

Dans plusieurs autres cas, également observés à MiUdlesex Hospital, il n’existait aucune trace de syphilis. M. Clarke et M. Morris ont publié des cas arrivés à une période plus avancée que celui de M. Hulke, qui fut recueilli quatorze ans après le commencement de l’ichthyosis et six ans après l’apparition de l’épi tbélioma. Dans le cas de M. Morris, publié récemment (voyez British medical Journal, 21 février), il paraissait y avoir beaucoup de tissu affecté audessous de l’épithélium. Sur son propre malade, M. Hulke enleva les plaques malades. Il le perdit de vue jusqu’à l’époque où, six ans après, l’épitiiélioma fit son apparition ; était-ce sur le siège précis de l’ichthyosis ? C’est ce qu’il ne pourrait pas dire. Il n’était pas possible de voir dans cette maladie une affection de nature inflammatoire. Il n’y avait rien, dans les parties placées au-dessous de la muqueuse, qui indiquât un processus inflammatoire subaigu, tel qu’on l’observe, par exemple, dans l’eczéma chronique. Autant que son expérience personnelle lui permet de le dire, tout traitement a été inutile. L’épithélioma est survenu après l’ichthyosis dans tous les cas qu’il a observés.

Le docteur Fayrer dit que les cas de cette nature étaient très-fréquents dans l’Inde. Il avait regardé cette maladie comme un psoriasis ; mais il ne voit aucune objection à la désigner sous le terme d’ichtbyosis. Les cas ne laissaient en général aucun espoir; mais, lorsqu’il existait en même temps une affection semblable de la peau, si cette affection cédait à l’arsenic, la maladie de la langue était également guérie.

Le docteur Drysdale demande si M. Clarke voudrait abolir le terme psoriasis de la langue et lui substituer celui d’iclithyosis. Ce qu’on appelait psoriasis de la langue était, dans beaucoup de cas, d’origine syphilitique. Mais l’affection peut provenir aussi de l’abus du tabac à fumer, de l’irritation causée par une dent, etc., etc. Il demande si l’iodure de potassium, à la dose de 20 grains trois fois par jour et les applications locales de nitrate de mercure ou d’acide chromique ne seraient pas utiles.

Le docteur A. P. Stewart est un de ceux qui ont regretté que le cas de M. Hulke n ait pas été publié dans les Transactions. Son attention a été dirigée sur ce sujet en recevant du docteur Neligan l’iiistoirc du cas qui lui appartient et dont a parlé M. Clarke. M. Neligan a envoyé une copie de ce mémoire aux médecins des Compagnies d’assurance.

Un homme se présenta de lui-même au docteur Neligan pour être examiné; il avait une langue dont l’aspect était de mauvais augure. Le docteur Neligan conseilla à la Société d’as-

surance de ne pas le recevoir; mais elle passa outre, et peu de temps après survint un épithélioma qui emporta le malade.

Peu de semaines après avoir reçu le mémoire du docteur Neligan, le docteur Stewart vit un monsieur dont la muqueuse buccale était recouverte d’un enduit blanc, épais, mais dont la langue n’était pas très-affectée. Il avait eu la syphilis; on avait poussé le traitement jusqu’à la salivation, et, depuis, sa bouche n’était jamais revenue à son état normal. En 1857 et en 1863, lorsque le docteur Stewart le vit, il ne s’était jamais débarrassé de l’enduit de la membrane buccale. Il était en parfaite santé; mais le moindre irritant causait le plus grand malaise. Le docteur Stewart a vu aussi un cas, chez un officier de marine bien connu, dans lequel la langue était enveloppée, en bas et en haut, comme dans un sac de cuir à laver. Cet état durait depuis longtemps sans causer beaucoup d’incommodité. Le malade n’avait pas eu la syphilis. Étant goutteux, il prit une grande quantité de citrons, pensant qu’ils lui feraient du bien. La langue devint irritable, et il se produisit une glossite très-douloureuse. Le docteur Stewart rapporte aussi un cas que Ricord a opéré pour un épithélioma auquel Nélaton avait refusé de toucher. La mort survint, quelque temps après, par le fait de l’épithélioma.

M. Savory observe actuellement deux cas. Le premier est celui d’un homme, âgé de 73 ans, dont la langue, sur sa face dorsale, et dans un espace correspondant aux papilles composées, était recouverte d’une substance semblable à du cuir à laver. Le second appartient à un homme âgé de 28 ou 30 ans, dont la langue n’était pas affectée, mais qui avait, sur la face interne de chaque joue, des dépôts perlés, en éventail. Ces cas différèrent du psoriasis en ce sens qu’ils furent moins chroniques et cédèrent plus facilement au traitement.

M. le Président dit qu’il serait très-désirable de définir le caractère de la maladie, afin de savoir si c’est un ichthyosis ou si, dès le commencement, l’affection est essentiellement épilhéliomateuse.

M. Naylor pense que l’ichthyosis est plutôt une difformité de la peau, qu’une maladie acquise.

M. H. Arnott croit que le terme psoriasis vaut mieux que celui d’ichthyosis. Le psoriasis et 1 ichthyosis tantôt étaient, tantôt n’étaient pas syphilitiques. Les cas les plus invétérés ne dépendaient pas de la syphilis. Dans l’ichthyosis de la langue, il y avait une abondante prolifération de l’épithélium de la muqueuse linguale; mais cette lésion ne plongeait pas profondément. Lorsque le tissu sous-jacent devenait affecté, il y avait alors épithélioma. Il a vu un cas

d ichthyosis de la langue devenir épithélioraateux chez un homme dont le frère avait un ichthyosis ordinaire.

^ M. Fairlie Clarke dit que les termes ichthyosis et psoriasis sont tous les deux passibles d objection, et il pense que l’usage du terme tylosis de la langue, employé par un auteur allemand, est préférable. On a proposé aussi les mots kératosis et papillomæ; mais il ne faudrait pas introduire à la légère de nouveaux termes. Il dit que la maladie paraissait appartenir à la classe de l’inflammation chronique. Le cas de M. Savory, avec ses plaques symétriques sur chaque joue, était remarquable. Il n’en connaît pas do semblable.

Ichlhyosis de la langue suivi de rEptthclIoma de la langue

Par Henry Morris, M. A. Lond., F. R. G. S.,

Professeur d’anatomie et assistant chirurgien de l’hôpital de Middlesex (I).

Depuis la publication de mon mémoire sur ce sujet, dans le British medical Journal du 21 février 1874, j’ai eu la bonne fortune d’entendre la communication de cas désignés sou* le nom i'ichtfujosis de la langue, faite par M. Fairlie Clarke à la Société royale médicochirurgicale.

La brièveté de la discussion qui eut lieu parmi les membres de la Société ne permit pas aux assistants d’y prendre part. M. Clarke et moi, nous différons cependant sur quelques points dont j’aurais désiré vous dire quelques mots.

Il croit que la nature essentielle de la maladie consiste en une inflammation chronique accompagnée d'une excroissance des papilles; mais lorsque la maladie atteint la phase du cancer épithélial (ce qui, tôt OU tard, nous dit-il, arrive toujours), le réseau muqueux augmente excessivement aux dépens des papilles, les réduisant, en plusieurs places, à de simples filaments, et plongeant entre elles sous la forme de grosses masses ovoïdes. Il nous eût semblé que, à mesure que l’ichthyosis progresse, les papilles hypertrophiées qui constituent son principal caractère, d’après M. Clarke, auraient dû nécessairement revenir à leur volume normal avant d’arriver graduellement à l’état d’atrophie. La conclusion à en tirer, c’est qu’il y a une phase dans le processus de la maladie pendant laquelle son élément essentiel, c’est-à-dire l’hypertrophie des papilles, n’existe plus; en d’autres termes, à mesure que la maladie empire, cette lésion diminue graduellement.

L’importance attachée par M. Clarke à l’hypertrophie des papilles le conduit à suggérer que le nom de papiUoma est plus approprié à la nature de raffeclion que celui à'ichthyosis, et il considère que ses lésions, dans les premières phases, ont de l’analogie avec les verrues, les cors et les tumeurs papillaires des gencives décrites par M. Salter. Il dit pourtant qu’elles se distinguent de ces dernières affections de deux manières: 1° l’ichthyosis de la langue n’attaque que la langue et l’intérieur de la bouche, mais nulle aulre membrane muqueuse ; 2“ elle s’étend lentement et ne cause que peu de gêne et nulle souffrance. Mais aucun de ces deux caractères ne servira à distinguer réellement l’ichthyosis de la langue de la tumeur papillaire des gencives : d’abord, celte dernière est assurément une maladie de la muqueuse buccale, et nulle autre membrane muqueuse n’est, j’imagine, susceptible do celle affection ; d’un aulre côté, M. Salter nous dit que son cas de tumeur papillaire de la gencive no causait aucune

(1) Dritiih medical Journal, 14 mars 1874, p. 343.

souffrance et s’étendait progressivement. Dans le cas de sir William Fergusson, il n’existait pas non plus de douleur, et l’excroissance augmentait et récidivait fréquemment.

En dépit de quelque similitude dans les caractères microscopiques de l’excroissance de ces deux cas, d’une part, et, d’autre part, de l’ichthyosis de la langue, il y a cette grande différence que les excroissances des gencives étaient des tumeurs réelles, avec des surfaces rugueuses, villeuses, et qu’elles apparaissaient dans une région où , à l’état normal, il y a un grand nombre de papilles; tandis que Tichthyosis de la langue et de la muqueuse buccale n’a pas l’apparence d’une tumeur, mais consiste en un simple épaississement du tissu normal, surtout de l’épithélium, s’étendant superficiellement sur une large surface, et pouvant apparaître même sur une cicatrice où il n’y a point traces de papilles, comme on l’a vu dans le cas n° 1.

Pour ces raisons, le terme de papilloma ne me parait pas être convenable.

Les papilles, dans plusieurs cas d’icbthyosis de la langue, deviennent certainement hypertrophiées en raison de l’immense accroissement que prend leur revêtement épithélial ; et il y a quelquefois aussi une hypertrophie considérable de la couche fibreuse subépithéliale de la membrane muqueuse, ainsi que l’indique l’admirable dessin du docteur Goodhart. Dans ces deux cas particuliers, nous trouvons une grande analogie avec ce que l’on voit souvent dans l’ichthyosis de la peau.

Je ne puis attribuer, comme M, Clarke, les modifications de la membrane muqueuse de la bouche à une inflammation chronique produite par l’irritation. Pour des raisons que j’ai données ailleurs, l’irritation devrait être nettement déterminée avant qu’un changement dans la langue pût lui être attribué. L’irritation résultant de l’abus du tabac à fumer compte pour peu de chose, car nous trouvons que l’ichlhyosis de la langue se produit chez des individus qui n’ont jamais été de grands fumeurs ; rappelons-nous, du reste, que des centaines de fumeurs de pipes courtes et de bouts de cigares aspirent de la fumée très-chaude sans souffrir de cette affection. Elle survient, incontestablement, chez des personnes dont la langue n’a jamais été exposée à une irritation excessive et insolite, soit par l’abus du tabac, soit par le raclage de la langue, ou le soufflage du verre ou autre chose. Au surplus, le cas cité par M. Clarke, où une maladie de l’oreille précéda l’ichthyosis de la langue, n’est pas plus favorable à la théorie de l’inflammation irritative qu’à celle d’une simple altération nutritive.

Je ne sais pas si M. Clarke pourrait nous prouver que les personnes atteintes d’ichthyosis de la langue ont une grande aptitude congénitale au développement des excroissances verruqueuses; et je ne vois pas comment le traitement dirigé sur les organes digestifs pourrait être favorable (comme il parait l’être dans l’idilhyosis de la langue) si cette maladie n’était due qu’à la .seule irritation, avec ou sans celle dernière prédisposition aux verrues. Il est admis que l’ichlhyosis de la langue ne cède jamais au traitement. S’il procédait de l’irritation ne devrait-il pas disparaître avec elle? Ne pourrail-on pas lui appliquer l’axiome : Sublatâ causâ. toihlur effeclus, qui est si souvent erroné, mais qui, du moins, se vérifierait dans ce cas?

Quant au traitement opératoire, l’opportunité de l’excision des tissus affectés dépend du egré et de 1 étendue de 1 affection. Lorsque le mal est localisé et d’une forme sévère, l’cxcision semble indiquée, que le malade soit à la première ou à la seconde période ; mais si elle est largement diffuse sur la surface de la langue ou sur la membrane muqueuse de la bouche.

serait-il sage, à n’importe quelle période, d’essayer de couper le tout ? Je ne le pense pas. Quand l’épitliélioraa est survenu, le chirurgien doit être guidé dans son traitement par le traiement de cette double affection, comme il le serait si l’épithélioma était isolé.

Les cas que j’ai observés viennent à l’appui des conclusions de M. Clarke, à savoir : 1° Que l’ichthyosis de la langue est plus fréquent chez les hommes; 2° que c’est une maladie de l’ûge mûr ; 3“ qu’il n’est pas nécessairement accompagné de la syphilis ; qu’il dégénère quelquefois en épithélioma.

Quelques-uns des cas indiqués par ceux qui ont pris part à la discussion prouvent l’association, chez la même personne et aussi chez les personnes de la même famille, de l’ichthyosis de la langue et de l’ichlhyosis de la peau, de telle sorte que, au point de vue clinique aussi bien qu’anatomique, le nom choisi par M. Hulke, il y a dix ans, a été heureusement choisi.

L’objection que l’ichthyosis de la peau constitue une difformité congénitale est sans force. Quoique souvent congénital, l’ichlhyosis de la peau n’atteint quelquefois son plus grand développement que vers la puberté , et il y a des médecins autorisés qui ont démontré qu’il apparaissait quelquefois dans un âge avancé.

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