‹ Du psoriasis de la langue et de la muqueuse buccaleChapitre 18 sur 26 · SOCIÉTÉ ROYALE MÉDICALE ET CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ ROYALE MÉDICALE ET CHIRURGICALE

Mardi 21 février 1874

Présidence de C. J. B. Williams , M.D., F. R. S. (1)

Cas de l’affcctton appelée Ichthyosts de la langue

Par M. Fairlie Clarke, M. A., F. R. C. S.

Le terme ichthyosis fut appliqué, pour la première fois, à un état morbide de la langue par M. Ilulke, en 186Zi.

Dans ses premières périodes, la maladie a quelque chose de commun avec les verrues et les cors, et avec les tumeurs papillaires des gencives; mais, au point de vue pathologique et clinique, elle diffère de ces affections sur deux points : 1° elle n’attaque que la langue et la surface interne de la bouche : aucune autre membrane muqueuse n’y est sujette ; 2° elle s’étend lentement, ne produit que peu de gène et aucune douleur. Dans cet état, elle peut persister plusieurs années; mais, tôt ou tard, elle prend le caractère du cancer épithélial.

L’iclitliyosis de la langue consiste en une excroissance des papilles et des éléments épithéliaux de la membrane muqueuse, et c’est le dos de la langue qui est affecté dans la majorité des cas. Quelquefois, les papilles hypertrophiées s’élèvent sous forme de petits groupes; d’autres fois, toute la surface affectée est unie, dure, et presque cartilagineuse. Elle présente une couleur argentée ou d’un blanc de neige, entièrement distincte des enduits qui couvrent habituellement la langue. Une fois que l’affection s’est produite, elle est très-persistante. Quoiqu’elle cède quelquefois un peu au traitement, elle n’abandonne jamais tout à fait un point qu’elle a une fois attaqué.

La nature essentielle de la maladie paraît être une inflammation chronique, accompagnée d’une hypertrophie des papilles et d’une impuissance de se débarrasser de l’épithélium usé. L’irritation qui donne lieu à cette inflammation agit quelquefois sur la périphérie des nerfs, et d’autres fois entre leurs extrémités et les centres. Il semble que l’irritation persistante et souvent répétée des branches linguales de la cinquième paire est capable de produire la maladie chez les personnes qui ont une grande tendance originelle au développement des excroissances verruqueuses, sous l’action des causes les plus légères.

Si on examine au microscope un fragment de plaque ichthyosique, on constate l’augmentation d’épaisseur de la couche épithéliale, l’hypertrophie des papilles et un développement considérable du corps muqueux. Autour des bases des papilles, et dans le tissu sous-muqueux et musculaire, il y a une abondante prolifération nucléaire. Il existe aussi une notable auguien-

(1) Briciih medical /oMrnal, année 1874, 14 mars, n° 689, pages 34C-47.

tatioD, sur tous ces points, dans le nombre et le diamètre des vaisseaux sanguins. Lorsque l’afTection est arrivée à la phase du cancer épithélial, son caractère le plus frappant consiste dans le développement du réseau muqueux.

Il augmente énormément aux dépens des papilles, les réduisant sur quelques points à de minces filaments, et plongeant entre elles sous forme de larges massues. Vers la terminaison de ces massues, on peut constater que les cellules affectent un groupement circulaire et forment des capsules laminées ou nids de cellules, qui sont si caractéristiques de l’épithélioma. Des sections microscopiques et des dessins mettent cette disposition en évidence.

Neuf cas d’ichthyosis de la langue ont été relatés dans toute leur étendue. Quelques-uns ont été soignés par l’auteur lui-même, d’autres lui ont été communiqués par des amis ou empruntés à des recueils. Dans un appendice, huit cas en plus ont été brièvement notés. Plusieurs cas sont enrichis de dessins.

Le mémoire se termine par quelques remarques générales sur la maladie et son traitement :

1° Elle est beaucoup plus commune chez les hommes que chez les femmes : sur 16 cas (l’un étant mis de côté pour des raisons particulières), un seul appartenait à une femme ;

2° Elle ne se manifeste jamais avant la puberté; c’est une affection de la jeunesse ou de l’âge moyen de la vie ;

3° Quoique une ulcération vénérienne puisse en être le départ occasionnel, il n’y a aucune raison de penser qu’elle soit toujours associée à la syphilis ; au contraire, elle se distingue nettement des manifestations de cette maladie ;

£i° Quant au traitement, si la maladie est à ses premières phases, il faut l’exciser promptement et radicalement.

D’un autre côté, lorsqu’elle devient épithéliomateuse, il ne faut pas ajourner l’opération. Mais, dans la période moyenne, le mieux à faire pour le patient, c’est d’étudier sa santé générale. S’il est nécessaire de recourir à quelque médication locale, il ne faudra pas qu’elle soit d’une nature irritante. Existe-t-il des dents ébréchées, on les extirpera.

En même temps, on avertira le malade de préserver sa langue de toute irritation et de surveiller ses digestions. Sous l’influence de ce traitement , la surface ichthyosique subit d’heureuses modifications, mais elle ne disparaît jamais entièrement.

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