INTRODUCTION
Parmi les nombreuses affections qui se développent dans l’intérieur de la bouche, celle qu’on a désignée sous le nom de psoriasis de la muqueuse buccale est une des plus intéressantes et des plus dignes, à tous les points de vue, d’être sérieusement étudiée.
■* Son histoire jusqu’ici n’a été qu’ébauchée, et cela tient sans doute à ce qu’elle n’est pas facile à faire d’uné façon complète et satisfaisante. Sa pathogénie, en effet, est complexe et fort obscure. Son diagnostic présente parfois des difficultés qui déjouent la sagacité des praticiens les plus expérimentés. Son pronostic est incertain. Quant à son traitement, il n’a donné que des résultats nuis ou insignifiants, bien qu’on ait employé tous les substitutifs, tous les fondants et résolutifs, etc., de la matière médicale.
Les lésions qui constituent le psoriasis buccal se rattachent à des états généraux ou locaux essentiellement différents. Dans la grande majorité des cas, ces lésions ont un caractère de bénignité qui persiste jusqu’aux phases les plus avancées du processus. Mais il arrive parfois que la prolifération superficielle des éléments épithéliaux devient profonde, envahissante, destructive, et dégénère en une affection épithéliomateuse des plus graves.
Cette affection n’est pas frequente, et pourtant, de toutes les régions de l’économie, la bouche est une des plus constamment stimulées par les causes excitantes normales ou anormales, capables de faire naître les processus organo-pathologiques variés qui procèdent de l’inflammation.
11 était donc naturel qu’on fît jouer un rôle considérable, dans la pathogénie du psoriasis buccal, à tous les agents qui, mis en contact avec la muqueuse, ou éliminés par elle, sont aptes à produire une irritation morbide dépassant les bornes de l’excitation physiologique inhérente aux fonctions de la mastication et de l’insalivation.
Ce rôle est-il de premier ou seulement de second ordre? Eh bien, dans cette affection, comme dans presque toutes les autres de même nature, si localisées qu’elles soient, l’influence étiologique vraiment active et prépondérante, paraît avoir sa source dans une disposition morbide générale de l’organisme. Sans doute, il n’est pas toujours facile de découvrir cette disposition morbide générale, ni pos-
sible de la préciser et de la définir ; mais, d’autres fois, elle se manifeste avec une telle évidence qu’elle s’impose aux esprits les plus prévenus.
Le psoriasis de la muqueuse buccale n’est donc pas une affection simple procédant des mêmes causes, suivant la même marche, présentant les mêmes terminaisons, exigeant les mêmes indications dans tous les cas, etc. Il est le plus souvent un mode pathologique par lequel se traduit, suivant un processus anatomo-pathologique à peu près toujours semblable à lui-même, l’action nocive de plusieurs maladies .constitutionnelles sur la muqueuse buccale.
Il en résulte que cette sorte de psoriasis, sc rattachant quelquefois par des liens de causalité plus ou moins visibles, à quelques-unes des grandes maladies constitutionnelles, chacune d’elles lui imprimera une qualité spécifique, et la classera dans son cadre nosologique le plus naturel.
Cette affection ne devra être considérée comme idiopathique et purement locale que quand il aura été impossible, malgré les investigations les plus suivies, de découvrir chez le malade aucune trace de maladie constitutionnelle.
Dans cette espèce de psoriasis se rangent ceux qui surviennent spontanément et ceux qui sont provoqués et entretenus par une irritation exagérée et anormale de la muqueuse buccale.
Enfin le psoriasis, précurseur de l’épithélioma, formera une espèce spéciale aussi digne d’intérêt que les autres, et plus importante qu’elles au point de vue du pronostic.
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