‹ Du ptosis et de son traitement chirurgicalChapitre 6 sur 7 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

D'une nouvelle opération de ptosis congénital. — Procédé de M. Gillet de Grandmont.

Dans une séance du Congrès d’ophthalmologie qui s’est tenu à Paris au mois d’avril 1891, M. Gillet de Grandmont présenta un nouveau procédé qu’il décrivit dans ses détails. Les personnes présentes à la séance qui suivit purent constater elles-mêmes, sur les opérés, les merveilleux résultats dus à cette méthode. Nous ne saurions mieux faire que de citer ici la communication faite au Congrès par M. Gillet de Grandmont lui-même.

« Il est de règle en chirurgie que, dans les restaurations de la face, on ne doit jamais laisser de cicatrices qui ne puissent se dissimuler dans les rides ou plis naturels de la peau.

Il faut, en effet, ne pas perdre de vue que l’esprit, humain est plus prompt à oublier le service rendu par le chirurgien qu’à perdre le souvenir des défectuosités plus ou moins apparentes laissées pardon intervention.

Pour ma part j’ai toujours évité] de proposer une opération quand je pouvais craindre qu’on pût quelque jour me donner à entendre que le remède avait été pire que le mal.

En parlant ainsi je vise un peu toutes les opérations proposées contre le ptosis congénital. C’est là, il faut l’avouer, une affection qui constitue l’un des écueils de la chirurgie

oculaire, cl cela est d’autant plus regrettable que l’on est appelé, en général, à intervenir sur des sujets jeunes et appartenant à la clientèle délicate. — Les malheureux sont plus patients, plus résignés en face de leurs infirmités physiques.

Ayant rarement trouvé, dans les procédés opératoires, même les plus récents et les plus ingénieux, une satisfaction absolue au double point de vue de la restauration parfaite du ptosis et de l’absence de cicatrice, je me suis appliqué à chercher un mode d’opération basé sur le principe énoncé plus haut : éviter toute cicatrice verticale des paupières.

J’ai pratiqué cinq fois seulement cette opération que je vais décrire ; mais j’en ai éprouvé tant de satisfaction que, loin de redouter aujourd’hui les cas de ptosis, je les recherche actuellement avec pleine confiance.

Les deux premières opérations ont été pratiquées en novembre 1890, et les trois autres en mars et avril 1891 . On peut donc déjà se former un jugement sur les effets immédiats et les résultats définitifs du procédé.

Les instruments nécessaires sont :

1° Une pince de Snellen à plaque en ébonite ,

2° Un bistouri ;

3° Une pince à dissection ;

4° Une paire de ciseaux courbes ;

5° Trois aiguilles courbes enfilées de catgut 00 .

6° Une pince porte-aiguilles.

Le point délicat de cette opération, contre le ptosis monoculaire, est l’évaluation précise de la quantité dont doit être relevée la paupière. C’est là chose fort difficile. Si l’on

s’en rapporte à l’examen comparatif des paupières, on peut être exposé à une erreur allant jusqu’à la moitié de la valeur réelle.

Le moyen qui m’a paru donner la mesure la plus exacte est le suivant : faire fixer un objet situé à la hauteur du globe et mesurer, sur les deux yeux, la distance qni sépare le bord libre de la paupière du bord supérieur du sourcil.

Le sourcil doit être pris comme point de repère parce que le frontal, élévateur du sourcil, supplée le plus souvent à l’impotence fonctionnelle de l’élévateur palpébral.

Chez lesjeunes enfants chez lesquels le frontal n’a pu encore prendre assez de puissance pour intervenir utilement, il suffit d’évaluer la hauteur comparative des paupières, tandis que les yeux fixent un objet éloigné.

Ces précautions sur lesquelles j’insiste sont nécessaires aussi bien pour obtenir une correction suffisante que pour éviter une hypercorrection disgracieuse, surtout dans le ptosis monoculaire.

L’évaluation dans les cas que j’ai opérés variait entre 4 et 10 millimètres. Peut-être trouverait-on des ptosis plus marqués et s’étendant à 12 millimètres, peu importe; le procédé opératoire resterait le même. Voici en quoi il consiste :

1° Après avoir saisi la paupière supérieure dans la pince de Snellen, inciser la peau parallèment au bord libre de la paupière, à une distance de 3 à 4 millimètres et dans une longueur d’environ 2 centimètres 1/2 ;

2° Soulever les deux lambeaux cutanés, détacher et exciser, dans la portion correspondante, le muscle orbiculaire, de façon à mettre à nu la totalité du cartilage tarse

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