‹ Du ptosis et de son traitement chirurgicalChapitre 7 sur 7 · GG · texte numérisé non relu

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presque depuis le bord ciliaire, jusque, et y compris le muscle orbilo- palpébral de Sappey, vulgairement désigné sous le nom de tendon de l’élévateur ;

3° Inciser toute l’épaisseur du cartilage tarse dans une étendue de 2 centimètres environ, parallèlement au bord libre de la paupière, à une distance de 2 à 4 millimètres de ce bord ;

4° Décrire une incision curviligne à concavité inférieure allant d’une extrémité de la première incision du cartilage à l’autre extrémité. Cette incision doit occuper toute l’épaisseur des téguments, de telle façon que, le lambeau doit être égal à l’estimation faite de la valeur du ptosis ;

5° Suturer, à l’aide de trois points du catgut 00, le lambeau supérieur ou orbito-palpébral avec le lambeau inférieur ou tarsal, sans toucher à la peau. Il est entendu que la ligature des fils n’est faite que lorsqu’on a relâché la pression de la pince de Snellen.

De la peau on n’a pas à s’occuper, le rapprochement est tel, qu’immédiatement après l’opération on n’aperçoit qu’un pli cutané correspondant au pli palpébral naturel.

Les suites de cette opération sont nulles.

Arrosée de liquide antiseptique la plaie se cicatrise en 24 ou 48 heures. L’excision des fils de catgut est inutile. Un peu d’œdème palpébral se manifeste pendant un ou deux septenains, et masque en partie le résultat obtenu; mais peu à peu l’ouverture palpébrale s’accentue et prend la forme si recherchée des yeux fendus en amande ; en même temps le sourcil qui s’élevait disgracieusement recouvre peu à peu sa position symétrique.

Telle est la description de cette opération que l’on pour*

rait désigner sous le nom de « résection tarso-musculaire ».

C’est l’insuccès des différents procédés opératoires dont nous avons déjà parlé qui a amené M. Gillet de Grandmont à chercher une nouvelle voie, el nous pensons qu’après l’avoir trouvée, notre maître a enfin atteint le but que l’on doit se proposer avant de tenter la cure d’une affection dont le moindre défaut est de donner à la physionomie un aspect fort disgracieux.

En effet, quels sont les résultats obtenus par les procédés employés jusqu’ici?

Beer se contentait d’exciser un pli de la peau : qu’arrivait-il? le releveur, parésié ou trop long ne pouvait pas davantage remplir ses fonctions, les autres parties de la paupière étant restées intactes.

Hunf, en mettant sous la dépendance de l’occipito-frontal les mouvements d’élévation de la paupière, forçait ce muscle à une action qui avait pour résultat de soulever le sourcil, donnant ainsi à la physionomie un aspect aussi disgracieux que possible.

Desmarres, en pratiquant des incisions verticales, laisse après son opération des cicatrices que l’on doit éviter à tout prix.

En parlant du procédé de Græfe, nous avons dit que les forces de l’orbiculaire amoindries, étaient encore suffisantes pour maintenir la paupière dans un état permanent de ptose quand la paralysie du releveur est complète.

Au premier procédé de M. Panas etau procédé de M. Galezowski , on pourrait reprocher l’ablation du lambeau cutané. Que remarque-t-on en effet, à la paupière atteinte du ptosis ? la peau est lisse, sans plis, sans rides. Si l’on

enlève, dans l’opération, une portion de cetle peau, il en résulte que, après comme avant l’opération, la paupière est privée de ces plis que possède sa congénère, et la physionomie, par suite, présente un défaut d’harmonie.

Le procédé de Dransart est sans doute fort ingénieux : mais nous avons déjà donné notre opinion sur la suppléance de l’occipito-frontalau releveur. Et de plus, nous reprocherons à ce procédé les tractus cicatriciels verticaux qu’il laisse après lui.

Même critique à faire du procédé de Wecker et d’Everbuscli.

M. le professeur Panas a fait bénéficier la chirurgie d’un procédé tout aussi ingénieux que celui de Dransart. Il a su éviter les tractus cicatriciels verticaux, mais le muscle frontal supplée encore à l’insuffisance du releveur et nous croyons que, autant que possible on doit éviter les mouvements d’élévation du sourcil.

Bowmann, dans un premier procédé a renversé la paupière et a excisé une portion du tarse et une portion du tendon du releveur. Nous ne pensons pas que cette opération soit d’un manuel bien facile. La dissection du cartilage tarse et du releveur nous paraissent offrir de réelles difficultés. Mêmes difficultés pour calculer bien exactement la portion des tissus que l’on doit réséquer.

M. Abadie a cherché à raccourcir le tendon du releveur en le plissant sur lui-même. On comprend qu’il soit bien difficile, dans cette opération, d’évaluer la quantité du muscle qui doit être ainsi plissée.

En somme, le procédé que nous présentons ici, a pour but :

1° L’évaluation de la différence de hauteur qui existe entre les paupières supérieures.

2° La conservation des plis de la peau palbébrale, et, quand ces plis ont disparu, leur réapparition.

3° D’éviter toute cicatrice verticale.

4° D’obtenir les mouvements d’élévation de la paupière sans faire entrer en jeu le muscle occipito-frontal.

5° Le raccourcissement du muscle releveur.

M. Gillet deGrandmont a intitulé son procédé : traitement du ptosis congénital. Cela ne veut pas dire qu’il ne soit applicable à des blépharoptoses paralytiques acquises. Mais notre maître a voulu par cette dénomination, répondre à certaines objections qu’on pouvait lui adresser : en effet, beaucoup de ptosis paralytiques peuvent céder à tout autre traitement. Au début de l’ataxie locomotrice, nous l’avons vu, il n’est pas rare de constater une blépharoptose qui, même sans traitement, peut disparaître. La syphilis amène des ptosis qui cèdent aux traitements spécifiques. 11 n’en est pas de même du ptosis congénital qui lui, ne disparaît qu’après l’intervention du chirurgien.

Une autre critique pourrait être adressée à ce procédé : Quand on a enlevé une portion considérable du tarse et du muscle orbito-palbébral, peut-on s’attendre à voir la paupière s’abaisser convenablement? Nous répondrons que, le muscle ayant été suffisamment raccourci, la paupière aura une tendance à se tenir habituellement élevée. D’un autre côté, le muscle orbiculaire conservant assez de force, n’aura qu’à en faire usage pour abaisser la paupière.

M. Gillet de Grandmont a eu l’occasion d’opérer une blépharoptose de 12 millimètres : la malade, à la suite de

l’opération, fermait parfaitement son œil, non seulement à l’état de veille, par les contractions volontaires de l’orbiculaire, mais encore pendant le sommeil.

Nous avons vu, en exposant le procédé de notre maître, qu’on excisait une portion du muscle orbiculaire. Pensant que ce muscle, affaibli de la sorte, devait entrer pour une part considérable dans la cure du ptosis, M. Gillet de Grandmont n’osa pas, lors desa première opération, enlever toute la portion du cartilage] tarse qui correspondait au degré exact de ptose. L’expérience lui démontra que le ptosis ne fut guéri que dans la mesure exacte de ce qu’il avait enlevé du tarse et de son élévateur. Nous verrons en effet la relation de ce petit incident dans l’une des observations qui vont suivre (observation I). Ceci prouve que l’on n’a pas trop à s’inquiéter de la portion excisée de l’orbiculaire.

Le point important est donc de bien apprécier le degré de ptosis dont le malade est atteint et de suivre exactement pour lil conducteur, dans les manœuvres opératoires, les indications fournies parla mensuration. En d’autres termes, si l’on a un ptosis de 7 millimètres par exemple, il faudra enlever un segment de cartilage tarse et de muscle orbito-palpébral, de 7 millimètres de hauteur.

On va voir maintenant, par les observations que nous présentons, les résultats obtenus par le procédé qui fait le sujet de notre travail.

Observation I (que notre maître a bien voulu nous communiquer de vive voix).

Mlle C... âgée de 19 ans, se présente le 7 septembre 1884 chez M. Gillet de Grandmont. Elle présente un léger ptosis de l’œil gauche, sans strabisme.

11 y a deux ans seulement, les parents de Mlle C... se sont aperçus de cette déformation, et ne voyant pas l’affection disparaître, ils se sont décidés à prendre les conseils de l’oculiste. L’interrogatoire apprend que la jeune fdle a eu, plusieurs années auparavant, la diphtérie, puis une blépharite ciliaire.

Les antécédents héréditaires sont nuis.

Le diagnostic restant jusqu’à un certain point indéterminé, M. Gillet de Grandmont pense d’abord à une blépharoptose paralytique de cause diphtérique. Mais, pour éclaircir le diagnostic, il prie les parents de la jeune fille de regarder attentivement les photographies que Ton avait dû faire de l’enfant. Le conseil est suivi, et l’on n’a pas de peine à se convaincre que ce plosis ne date pas seulement de deux ans, mais est bien un ptosis congénital.

Sachant les inconvénients des opérations tentées jusqu’à ce jour, et, d’un autre côté, se trouvant en présence d’une jeune fille appartenant à une clientèle qui ne pardonne pas aux cicatrices défectueuses laissées par le chirurgien, et en présence de parents qui étaient bien décidés à une opération, {M. Gillet de Grandmont expose les inconvénients des méthodes opératoires, et prie la famille d’attendre qu'il ait trouvé un procédé dont les résultats soient plus satisfaisants. Ce à quoi la famille accède très volontiers.

La voie est découverte, une opération pratiquée chez un homme qui s’était présenté au dispensaire de notre maître prouve que le but était atteint.

Le 10 novembre 1890, la jeune fille revient, et cette fois l’opération que le chirurgien redoutait d’abord, est proposée par lui, et acceptée d’emblée.

Le degré de ptosis est évalué à 4 millimètres.

La patiente est endormie sous le chloroforme, et l’on procède à l’opération.

L’incision horizontale est pratiquée à 3 ou 4 millimètres du bord cilaire, parallèlement à ce bord, et sur une étendue de 2 centimètres 1/2. Le muscle orbiculaire qui apparaît entre les lèvres de la plaie est détaché et excisé ; alors apparaît le cartilage tarse.

On fait à ce dernier une incision parallèle à l’incision cutanée, et

longue de 2 centimètres 4/2 environ. L’incision curviligne est pratiquée de telle sorte que la portion enlevée n’a, de hauteur, que 2 millimètres 4/2.

Le lut la prudence qui conseilla à l’opérateur de ne pas enlever une plus grande portion des tissus. Il craignit en effet que le muscle orbiculaire excisé, n’offrant pas une tonicité suffisante, il y eut de l’hypercorreclion si le segment enlevé était égal au degré de ptose.

Les ligatures sont faites au moyen de trois fils de soie que l’on noue et dont les chefs sont assez longs pour traverser la plaie cutanée qui vient d’elle-même se refermer.

Le pansement est fait avec des compresses imbibées dans la liqueur de Van Swieten, coupée de moitié.

Aussitôt après l’opération, la malade, réveillée, meut assez librement la paupière qui se relève du reste d’une manière très satisfaisante.

Les jours suivants on constate un léger œdème, qui persiste pendant cinq ou six jours.

Le 4e jour, les fils de soie sont enlevés de la manière suivante : la paupière est renversée, l’anse des fils est coupée à l’aide de ciseaux bien fins, et, en opérant une légère traction sur les chefs, les fils sont retirés très facilement.

Au bout de 4 S jours les résultats paraissent excellents.

Quelques semaines après il ne reste plus trace de l’opération.

Cependant, un an plus tard, les parents viennent de nouveau consulter M. de Grandmont : « Docteur, disent-ils, votre jeune opérée est dans un état excellent sans doute, et notre entourage est très satisfait, mais il y a encore quelque chose : oh ! si peu ! mais, si l’on pouvait encore y remédier? Cette paupière se relève parfaitement, la vision est on ne peut plus excellente, mais, voyez, il semble qu’elle ne se relève pas tout aussi bien que l’autre, et nous serions si contents si nous arrivions à un résultat encore meilleur ! »

M. Gillet de Grandmont n’hésita pas à proposer une nouvelle opération. Il se rendit compte qu’en enlevant une portion des tissus inférieurs au degré constaté de plosis, il n’avait remédié qu’imparfaitement à cette affection. On choisit donc aussitôt le jour de la

nouvelle opération, et celle-ci est effectuée de la même manière que la précédente. On enlève 1 millimètre 4/2 de tarse, les ligatures sont faites comme les précédentes et les suites ainsi que les résultats sont les mêmes à cette différence près que celte fois opérée et parents sont complètement ravis, et que la correction est complète.

Observation II.

Le 27 avril 1894, en l’absence de M. Gillet de Grandmont, nous avions l’occasion d’examiner à la clinique de notre maître un jeune enfant de 6 ans, Charles H...

Notre attention fut tout d’abord attirée par un léger degré de parésie des muscles de la face du côté gauche et une certaine atrophie de ces muscles qui, jointe à un plosis du même côté, donnait à la physionomie un aspect des plus singuliers.

Dans un premier interrogatoire nous apprîmes que la mère avait été opérée à 13 ans d’un strabisme.

L’affection, au dire des parents, était de naissance.

Notre maître, M. Gillet de Grandmont, dont nous n’avons mis que trop souvent la bienveillance à l’épreuve, a bien voulu venir en aide à notre mémoire et nous donner les détails qui vont suivre :

En outre de la parésie des muscles de la face du côté gauche, on constate la présence d’un strabisme divergent.

Ce ptosis, cette parésie du droit interne font penser qu’il s’agit là d’une opluhalmoplégie congénitale due, soit à une altération des noyaux, soit à un accident se rapportant aux manœuvres obstétricales. Il nous a été impossible d’éclaircir le fait auprès des parents.

Les efforts que fait le petit malade pour élever la paupière ne sont suivis d’aucune contraction du muscle élévateur ; au contraire, si l’on persiste à commander à l’enfant d’ouvrir son œil, la paupière s’abaisse davantage.

Si l’on fait porter le regard de l’enfant sur un point éloigné dans le plan horizontal, passant par le centre des pupilles, et si l’on mesure dans ces conditions la distance qui sépare, dans chaque œil, le bord libre de la paupière du bord supérieur du sourcil, on constate qu’il

existe, en faveur de l’œil gauche, un allongement de la paupière égala 10 millimètres.

Ainsi, c’est donc de 10 millimètres qu’il faudra raccourcir l’élévateur de la paupière. Ces dix millimètres seront pris en partie 4 à 5 millimètres environ sur le tarse, et 5à6 millimètres sur le tendon du releveur (muscle orbito-palpébral de Sappey).

L’opération a lieu le mercredi 29 avril, par le procédé de M. Gillet de Grandmont.

L’incision horizontale passant à 4 millimètres du bord libre de la paupière et le point culminant de l’incision courbe passant à 10 millimètres au-dessus de cette ligne horizontale, les sutures sont faites au catgut 00.

L’œil est pansé avec des tampons d’ouate et des compresses imbibées dans la liqueur de Van Swieten coupée de moitié.

Le 6e jour, le petit opéré est présenté au Congrès d’ophtalmologie. L’œdème a disparu, l’œil jouit d’une ouverture palpébrale égale à celle du côté sain. L’occlusion des paupières se fait parfaitement.

Nous avons revu plusieurs fois cet enfant depuis cette époque. La guérison s’est maintenue parfaite, et de plus, le petit malade a acquis le pouvoir de grandir à volonté l’ouverture palpébrale, c’est-àdire ce que l’on appelle communément faire les gros yeux, chose qui était absolument impossible auparavant, puisque sous l’influence des efforts prolongés pour relever le voile palpébral, le ptosis s’accusait davantage.

Observation III (personnelle).

Mlle L... 18 ans, se présente à la clinique de M. Gillet de Grandmont le 10 octobre 1891.

Elle est atteinte d’un ptosis congénital de la paupière supérieure droite. A l’œil gauche on constate la présence d’une taie ancienne.

A l’âge de 7 ans elle a été atteinte d’une kératite parenchymateuse double qui s’est prolongée jusqu’à l’âge de 14 ans. Pendant cette période la vision a été nulle. Elle n’a pas d’autres antécédents personnels.

Son frère est affecté de strabisme. Le père et la mère n’ont aucune affection oculaire. Le père est très violent, il est porté à la colère pour le moindre motif: il ne boit pas.

La jeune malade est fort gênée par cette blépharoptose qui. nous avons à peine besoin de le dire, donne à sa physionomie un aspect assez disgracieux.

L’examen du champ périphérique donne au périmètre de M. Gillet de Grandmont les résultats suivants.

Quand la malade regarde le point central :

En faisant élever les paupières successivement, on constate les résultats suivants :

OD : h — 60» OG : h — 65°

La hauteur du sourcil au bord libre de la paupière supérieure droite mesure “26 millimètres. A gauche on ne mesure que 21 millimètres. La ptose est donc de 5 millimètres. Ces mesures sont prises quand la patiente regarde en face, suivant un axe horizontal.

Quand les paupières sont baissées, on a la relation de 29 à 24.

Enfin, quand les yeux sont dirigés tout à fait en haut, on a la différence de 20 à 14 1/2.

On ne constate aucune parésie des muscles de l’œil. Tous les mouvements sont normaux.

L’opération est décidée. On fait une injection hypodermique d’une solution de chlorhydrate de cocaïne à 10 pour 100, sur le trajet même que doit parcourir l’incision cutanée, c’est-à-dire à environ 4 millimètres du bord ciliaire.

Quelques minutes après on procède à l’opération. On lave la région palpébrale au moyen de tampons d’ouate imbibés d’une solution de liqueur de Yan Swieten au tiers, puis on applique la pince deSnellen.

L’incision est pratiquée parallèlement au bord libre de la paupière, à 4 millimètres environ au-dessus de ce bord, et elle est prolongée sur une longueur de 2 centimètres 4/2.

Les deux lambeaux cutanés sont soulevés, et le muscle orbiculaire, détaché et excisé, met à nu le cartilage tarse jusqu’au muscle orbilo-palpébral.

Une incision parallèle à l’incision cutanée intéresse le cartilage tarse sur une longueur de 2 centimètres environ et dans toute son épaisseur. Une autre incision curviligne, à concavité inférieure, et intéressant à la fois toute l’épaisseur du tarse et la partie inférieure du muscle orbito-palpébral, part d’une extrémité de l’incision rectiligne pour aboutir à l’autre extrémité. Le segment ainsi obtenu mesure, de son point le plus élevé à sa base, une hauteur de o millimètres, correspondant au degré de ptosis. La plaque d’ébonile apparaît entre les lèvres de la plaie tarsale.

3 points de catgut 00 faits à une distance les uns des autres de 5 à 6 millimètres, intéressent seulement les lèvres de la plaie tarsale, et les réunissent par juxtaposition ; mais avant de procéder à la ligature des fds, la pince de Snellen est retirée.

On fait un lavage antiseptique, et la plaie cutanée rapproche ses lèvres l’une de l’autre, d’elle-même.

Aussitôt après l’opération, la paupière se relève parfaitement. La mensuration donne \ millimètre de différence entre les deux paupières supérieures, la droite étant plus élevée que la gauche. Les lèvres delà plaie sont parfaitement en contact, et la peau forme un léger bourrelet.

Applications de compresses trempées dans le sublimé.

Le lendemain la jeune malade ne revient pas à la clinique malgré les recommandations qui lui avaient été faites.

Le surlendemain elle ne revient pas davantage.

Nous prenons donc le parti de nous rendre chez elle, et, après deux courses fort longues (elle habitait dans le quartier du Lac St.-Farjeau), nous ne fûmes pas plus heureux, car elle était absente de son domicile.

Cependant sept ou huit jours après l’opération elle se décida à se rendre au dispensaire de notre maître. On put constater alors que l’œdème avait disparu, et que le voile palpébral se soulevait admirablement. L’hypercorrection signalée était devenue insignifiante,

la cicatrisation cutanée s’était faite et il ne restait qu’une cicatrice fort légère. La jeune fille, transformée et toute contente, partit pour ne plus revenir.

Observation IV (due à l’obligeance de M. le DrDarier).

Mme P... 39 ans (St-Denis). — Depuis 18 mois cette dame était atteinte de plosis de la paupière supérieure gauche, lorsque le 1er décembre elle se présenta à la clinique de M. le DrDarierà Saint-Denis.

La malade ne présentait aucun antécédent spécifique, ni rhumatismal.

Elle avait été soumise aux frictions mercurielles et à Piodure de potassium. Cette médication resta sans résultat.

Pendant de longs mois elle avait été traitée par l’électricité, mais ce traitement n’eut pas d’effet plus satisfaisant.

M. Darier constata effectivementuneblépharoptosesupérieuregauche, qui, dans le regard horizontal, couvrait la moitié de la cornée, et apprécia la différence de hauteur des deux paupières à 3 ou 4 millimètres. La malade se disait très gênée par cet état.

On proposa l’opération qui fut aussitôt acceptée.

On injecta donc immédiatement dix gouttes d’une solution de cocaïne à 10 0/0, entre la peau de la paupière et le cartilage tarse, et dix minutes après on appliqua la pince fenêtrée hémostatique de Snellen, ce qui parut être le moment le plus douloureux de l’opération. En voici du reste les détails.

Une incision est pratiquée parallèlement au bord ciliaire, à 4 millimètres au-dessus de ce dernier. Cette incision intéresse toute la longueur de la paupière. On dissèque et on soulève les deux lèvres de celle plaie, et la partie du muscle orbieulaire qui se présente dans cet espace est réséquée d’un coup de ciseaux. Le tarse mis ainsi à nu, on en résèque la partie supérieure sur toute sa longueur et sur une hauteur de 2 à 3 millimètres.

Au moyen de 3 fils de soie passés à l’alcool rectifié, puis dans une solution de sublimé à 1 pour 300, on pratique l’avancement en

niasse du releveur de la paupière et du tissu conjonctif dans lequel il est enclavé, pour venir le faire souder au tissu cellulaire qui estaudevant de ce qui reste du cartilage tarse. Les 3 fils sont appliqués à G millimètres l’un de l’autre.

On laisse les chefs assez longs pour que les fils puissent ressortir de la plaie cutanée que l’on referme sans aucune suture, en faisant coapter ses bords aussi bien que possible à l’aide d’un pansement légèrement compressif.

Après quoi l’opérée s’en retourne à pied chez elle.

Deux jours après elle revient et l’on constate que la plaie cutanée s’est réunie par première intention.

La paupière est relevée un peu en excès, l’œil opéré étant plus ouvert que son congénère. On enlève alors les fds dont les chefs sortent de la plaie cicatrisée en tirant un peu sur le fil et en introduisant des ciseaux pointus très fins jusqu’au-dessous du nœud du fil que l’on ne voit pas, mais que l’on sent très bien sous la pointe des ciseaux. Deux de ces fils sont retirés sans difficulté et sans détacher les adhérences de la plaie. Le troisième fut plus difficile à retirer : sa section provoqua une légère hémorrhagie.

Pansement jusqu'au lendemain ; puis, plus rien.

Huit jours après, on constate que la malade a l’œil gauche un peu plus ouvert que le droit et l’on ne remar que aucune cicatrice. Si l’on fait fermer l’œil à l’opérée, on voit qu’au fond du pli de la paupière se trouve une cicatrice linéaire très peu apparente. Il est encore nécessaire d’un effort pour que l’occlusion parfaite se fasse.

Quinze jours après l’opération, la différence entre les deux ouvertures palpébrales est moins visible ; elle est devenue presque insensible. C’est à peine en effet si l’on peut constater de l’hypercorrection. La malade est on ne peut plus satisfaite de son état.

L’œdème post opératoire qui a été mentionné dans les autres opétions a fait ici complètement défaut.

Tel est le résultat de l’opération pratiquée par M. le D1 Darier. Dans ce compte-rendu que M. Darier nous a

si gracieusement communiqué, nous remarquerons trois choses :

1° La portion du cartilage enlevée est inférieure à la différence de hauteur entre les deux paupières, en d’autres termes, inférieure au degré du ptosis. Le résultat est cependant excellent. C’est que l’habile opérateur, au lieu de juxtaposer par leur bord le cartilage tarse et le tendon du releveur, les a au contraire superposés, en sorte que le releveur et son tissu conjonctif ont été soudés au tissu cellulaire qui est au-devant de ce qui restait du cartilage tarse.

2° Les fils de catgut ont été remplacés par des fils de soie.

3° 11 n’y a pas eu d’œdème.

Dans lavrelation que nous avons reproduite ici, on a pu voir que M. Darier avait éprouvé quelques difficultés pour retirer un des fils qui suturaient les parties sectionnées. Pour obvier à cet inconvénient, M. Darier a conçu un nouveau mode de ligature qu’il a l’intention d’employer dorénavant. Il a bien voulu nous confier ses projets et nous permettre de les mentionner dans notre travail.

Voici en quoi consiste cette ligature.

La section des tissus forme deux plans bien distincts : un plan cutané et un plan tarsal. Dans le procédé pratiqué jusqu’ici, les sutures doivent intéresser exclusivement le dernier plan. Or M. Darier a pensé qu’en suturant la portion cutanée et la portion tarsale, il éviterait les tâtonne^ments qui résultent de la recherche* sous la peau, des fils de soie.

À cet etfet, il arme un fil de soie au moyen d’une aiguille, et fait : 1° une première piqûre, de dehors en dedans, à la lèvre supérieure de la plaie cutanée.

2° Une seconde piqûre, de dehors en dedans, à la lèvre inférieure de la plaie tarsale.

3° Un troisième point, de dedans en dehors, à la lèvre supérieure de la plaie tarsale.

4° Un quatrième et dernier point, de dedans en dehors à la lèvre inférieure de la plaie cutanée.

Il aurait ainsi une ligature en huit déchiffré, intéressant les deux plans. Ainsi, en coupant le nœud, près du plan cutané, le fil n’aurait qu’à obéir à la traction qu’on lui ferait subir, sans qu’il soit nécessaire d’entr’ouvrir la plaie cutanée.

Notre maître, M. Gillet de Grandmont, a pratiqué la suture au fd de soie. Pour enlever les fils, il s’est contenté de renverser la paupière, et de couper les anses qui se présentaient à la partie bulbaire, après quoi, en tirant en avant, du côté cutané, les fds qui n’étaient plus retenus par leurs anses ont obéi facilement à la traction.

Un mot pour en finir avec cette observation : M. Darier qui était un chaud partisan du procédé de Dransart a été tellement satisfait des résultats obtenus parle mode opératoire de Gillet de Grandmont, qu’il n’hésite plus aujourd’hui à recourir à la nouvelle méthode.

Observation V (que M. Gillet de Grandmont a bien voulu nous transmettre).

Mlle F a 16 ans. Elle présente un ptosis congénital gauche qui

couvre la presque totalité de la pupille. L’œil droit est au contraire, largement ouvert, mais il a été blessé d’un coup de ciseaux. La cornée présente une cicatrice verticale ; le cristallin est opaque et l’iris

est atteinte de synéchies antérieures et postérieures. De ce côté droit la vision est presque nulle : la malade ne percevant que des sensations lumineuses.

Ainsi l’œil droit ne jouit pas de la vision utile, même à l’aide de verres et l’œil gauche, frappé de ptosis, ne peut permettre à la jeune fille de regarder en haut et même horizontalement qu’a la condition que la tête soit rejetée en arrière, en même temps que le globe oculaire se porie en bas.

Une intervention chirurgicale s’imposait donc et l’opération du ptosis fut décidée.

Le 25 mars 1891, le ptosis est évalué par la méthode de la vision horizontale, et la malade est soumise au sommeil chloroformique.

Nous ne rentrerons pas dans les détails de l’opération qui n’offrent rien de particulier: nous dirons seulement que les sutures fanent faites au catgut 00, el qu'il n’y eut pas d’œdème.

La guérison fut rapide et la jeune fille fut présentée le 4 mai 1891, à l’une des séances du Congrès d’ophihalmologie. Les personnes qui ont assisté à celte séance purent se convaincre des merveilleux résultats de l’opération. En effet, ainsi qu’on l’a pu remarquer, la fente palpébrale présentait une très jolie forme : selon l’expression courante, l’œil était taillé en amande

Observation VI (que nous avons recueillie

auprès de M. Gillet de Grandmont).

Mademoiselle Maria V... concierge, est âgée de 17 ans. Elle se présente le 12 juin 1891, au dispensaire de M. Gillet de Grandmont pour un ptosis de la paupière supérieure gauche, d’origine congénitale. On peut évaluer la ptose à 12 millimètres en faisant porter le regard horizontalement! Les efforts pour ouvrir la paupière se traduisent sur le côté sain par un plissement du front, une disparition presque complète de la paupière supérieure sous l’arcade orbitaire et par le globe porté dans une élévation extrême. Même dans ces conditions, la chute de la paupière gauche est toujours la

BRUN n

môme. Mais si on l’évaluait dahs ces conditions, elle pourrait être de plus de 2 centimètres ! La mesure du ptosis ne peut se faire régulièrement que lorsque le regard de l’œil sain se porte vers l’horizon. On constate alors que la distance du sommet du sourcil au bord ciliaire de la paupière supérieure est égale à 2!) millimètres du côté malade tandis qu’elle est représentée par le chiffre de 17 millimètres du côté sain : d’où différence de 12 millimètres.

Cette jeune fille présente en outre une paralysie du droit interne, du droit inférieur et du droit supérieur du côté gauche Quand les yeux sont fermés, les traits de sa figure sont réguliers mais elle devient vraiment laide lorsque l’œil droit est ouvert, par suite de son ptosis qui est d’autant plus apparent que les cils euxmêmes sont inclinés de haut en bas. De telle sorte qu’ils viennent même masquer la paupière inférieure, tandis que du côté droit ils sont gracieusement relevés en l’air.

L’opération est proposée, acceptée, et enfin pratiquée le 20 juin

Un lambeau de cartilage tarse et de muscle orbito-palpébral de 12 millimètres de haut dans la partie moyenne est excisé.

La réunion de la plaie (cartilage et muscle) est faite au moyen de trois points de suture avec le catgut 00. Comme toujours la peau est laissée libre. Elle se rabat d’elle-même et vient couvrir les plaies excisées.

Le pansement est fait au moyen de compresses et de tampons d’ouate imbibés dans une solution de liqueur de van Swielen additionnée de moitié eau.

Aussitôt après l’opération, l’œil parait trop ouvert. Le lendemain et les jours suivants, l’œdème abaisse au contraire la paupière.

Quinze jours après, sans que l’on ait eu besoin de retirer les catguts, la cicatrisation est absolue. L’ouverture palpébrale est parfaite et l’hypercorrection a disparu ainsi que le montre la photographie qui a été faite à celte époque ; et, particularité qui montre l'importance de cette opération : la jeune fille semble devenue jolie.

Observation VH.

M. P... 23 ans, commis des postes, se présente à la clinique de M. Gillet de Grandmonl, le 19 mars 1891, pour se faire opérer d’un ptosis de 6 millimètres. Ce ptosis frappe l’œil droit.

Les antécédents ne révèlent rien, mais l'affection est congénitale.

L’aspect est le suivant: le sourcil du côté malade est très élevé , et la paupière supérieure, dans les efforts que lait le sujet, ne peut découvrir que fort incomplètement la pupille, tandis que la paupière supérieure gauche se relève parfaitement. La peau palpébrale du côté malade est dépourvue de ses plis, ce qui ajoute encore à la physionomie quelque chose de singulier.

L’opération est pratiquée aussitôt. On n’a recours à aucun moyen d’anesthésie. Le patient supporte du reste très bien les moments les plus douloureux. Les sutures sont faites au catgut 00.

Pansement, comme toujours, au moyen de compresses trempées dans la liqueur de Van Swieten coupée de moitié.

Le lendemain et les jours suivants, un peu d’œdème qui disparaît au bout de dix ou douze jours.

Le 4 mai, nous avons eu l’occasion d’examiner l’opéré au Congrès d’oplnhalmologie : il nous a fallu faire un examen attentif des deux yeux pour savoir quelle paupière avait été frappée de ptose. L’élévation du sourcil avait disparu, l’ouverture palpébrale était de même grandeur des deux côtés. Les plis qui faisaient défaut à la paupière malade avant l’opération étaient revenus, enfin, c’est après un examen très attentif que nous avons pu constater, au fond de l’un deux, une fine cicatrice horizontale, dernier vestige du passage de la chirurgie.

Observation VIII (résumée).

M. le I)r Parent, très occupé en ce moment-ci. n’a pu nous comîruiniquer une observation fort intéressante qu’il nous eût fait parvenir si nous- même, nous n’avions pas été un peu pressé dans la rédaction de ces derniers documents. Toutefois, nous pouvons dire que le procédé de M. Gillet de Grandmonl a été suivi des résultats les plus heureux, chez un enfant que M. le Dr Parent a opéré depuis peu.

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