‹ Du redressement des membres par l'ostéotomieChapitre 12 sur 68 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Ce serait faire une énumération inutile que d’invoquer ici les noms de Gelse, de Paul d’Égine, de Guy de Ghauliac, d’Ambroise Paré, de Daléchamps, et les opinions diverses qu’ils ont émises ou soutenues. Laissons donc de côté l’histoire des noms pour aborder l’histoire des faits.

Avant tout, qu’il nous soit permis de réclamer franchement pour la France la part prépondérante dans l’évolution de l’ostéotomie appliquée au traitement des cals vicieux.

En 1816, Wasserführ, de Stetlin (1) sectionne incomplètement à la scie un cal vicieux du fémur et termine le redressement par ostéoclasie.

Mais un an avant, en 1815, Lemercier (2), chirurgien français, avait pratiqué sur un enfant de 2 mois la résection d’un cal vicieux consécutif à une fracture de jambe. C’est à lui qu’appartient sans conteste la première observation de cal vicieux traité par l’ostéotomie.

C’est encore un chirurgien français, Clémot, de Rochefort (3), qui, en 1834, décrit et pratique l'excision cunéiforme du cal.

C’est à Malgaigne enlin, que revient l’idée première de l’ostéotomie sous-cutanée. Nous citerons plus loin les lignes explicites qui nous montrent dès 1847 (3 ans avant Meyer, 7 ans avant Langenbeck), le principe et le Manuel opératoire nettement formulés par l’illustre chirurgien pour le traitement des cals vicieux.

(1) Rust's Handwort der chir., vol. XVII, p. 54a.

(2) Lemercier. Gaz. de santé, 1815.

(3) Gaz. méd , de Paris , 1836, p. 34 7.

Ce que Malgaigne conseille, deux chirurgiens allemands vont l’exécuter : Meyer, de Wurtzbourg, vers 1850 et Langenbeck, en 1 854 (1).

La résection du cal, son excision cunéifoime, sa section sous-cutanée (en tant que principe) ont beau être nés en France, la Société de chirurgie ne s’en montre pas moins, en 1855, fortement hostile à l’opération sanglante. La plupart de ses membres, impressionnés peut-être par le fait malheureux et encore tout récent de Malgaigne, viennent, à tour de rôle, affirmer qu’il faut recourir au redressement et aux appareils orthopédiques et qu’appliquer l’ostéotomie, opération qui met en cause la vie du malade, à une difformité qui n’expose nullement les jours, est le fait d’une chirurgie trop audacieuse.

En 1 862, dans son Traité des fractures, Gurlt relate 38 cas d’ostéotomie pour cals vicieux. C’est le premier travail d’ensemble qui paraisse sur ce sujet, et nous ne faisons que lui rendre justice en disant qu’il sert de base à tout ce qui a été fait depuis. Il a été, de la part de Nepveu, l’objet d’une analyse assez détaillée dans les Archives de médecine de 1876.

L’année suivante (1863), Heyfelder, publiait son traité des résections, dont Bœckel donnait de suite la traduction. Heyfelder paraît avoir ignoré le travail de Gurlt, car, dans sa statistique, qui ne comprend que 26 cas, il omet nombre de faits signalés par son devancier, bien qu’il en mentionne d’autres qui lui avaient échappé.

Tandis que les ostéotomies pour cals se multipliaient en Allemagne et y devenaient opérations presque courantes, les chirurgiens anglais ne l’admettaient qu’avec une certaine

(1) Deutsche Klinik, 1854.

réserve. Et pour ne citer qu’un exemple, nous voyons Holmes, en 1870, en parler comme d’une opération grave qui ne peut se justifier que dans des cas de difformité considérable.

Il cite cependant, les faits de Wasserführ, de Key, de Cooper, de Lister.

L’ostéotomie pour cal, abandonnée en France presque aussitôt qu’elle y avait eupris naissance, semble aujourd'hui, grâce à la méthode antiseptique, rentrer quelque peu en faveur. Nous la trouvons pratiquée deux fois par le professeur Richet (1874) (1), une fois par Bœckel (187b) (2), une fois par le professeur Le Fort (1878) (3). Elle devient en même temps le sujet de recherches intéressantes, et même de travaux importants:

Chalof (4), ajoute 7 cas à la statistique de Heyfelder qu’il prend pour guide et se montre favorable à l’ostéotomie. — Nepveu (5), résume (durit et nous montre les choses sous un jour plus sombre. — Pradignac (6), n’ajoute presque rien à la question ; mais Gangolphe, en 1882, publie un travail consciencieux (7), ne comportant pas moins de 67 observations. Il reproduit les 38 cas de Gurlt, mentionne un certain nombre de faits qui avaient échappé à ses devanciers et nous rapporte, avec détails, les sept précieuses observations dues à la pratique d'Ollier et de Poncet. Nous sommes étonné cependant de ne pas y voir figurer un certain nombre de cas signalés par Heyfelder et publiés dans la thèse de Chalot. Quoi qu’il en soit, le travail de Gangolphe consliluc

(1) Union méd., vol. XX, 1875.

(2) Loc. cit., p. 50.

(3) Bull. de la soc. de chirury.,l 80.

(4) Des divers moyens de diérèse, thèse d’agrégat,, 1878.

(5) Archives de méd., 1870.

(G) De l’ostéotomie, thèse de Paris, 1880.

(7) De l'ostéotomie dans le traitement des cals vicieux, thèse, Paris, 1882.

la monographie la plus complète qui existe sur la question.

Enfin, au moment même où nous écrivons ces lignes, paraît l’article « Ostéotomie » dû à Hénocque (1), dans le Dictionnaire encyclopédique. Nous y voyons un relevé de 48 cas d’ostéotomie pour cals vicieux.

Bien d'autres noms, sans doute, pourraient être cités, mais nous pensons qu’ils trouveront mieux leur place à propos des procédés ou dans l’exposé des observations.

PROCÉDÉS OPÉRATOIRES

Nous trouvons ici toutes les variétés que nous avons signalées dans notre chapitre général. Nous pouvons donc les grouper de suite sans autre explication, dans le tableau suivant qui indique le plan que nous allons suivre pour les passer successivement en revue :

I,. , . 1 complète. . . Kev.

linéaire < . ... J ....

I incomplète. . Wasserfuhr

cunéiforme incomplète Clémot.

avec résection des fragments . . . Lemercier.

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