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DE L’OSTÉOTOMIE DANS LES CALS ANGULEUX

« Les difformités du cal, qui peuvent réclamer les secours de l’art, sont de trois sortes, dit Malgaigne (1) : 1° les frag-

(1) Traité des fractures et luxations, t. I, p. 327.

ments sont joints à angle ou avec un chevauchement excessif, et de là un raccourcissement et une difformité considérables; 2° il y a réunion de deux os comme à l’avant-bras; 3° la pointe d'un fragment trop aigu plongeant dans les chairs, y entretient une irritation continuelle. »

Si nous avions à passer en revue toutes les indications de l’ostéotomie appliquée aux cals vicieux, nous reprocherions à cette division de Malgaigne de laisser hors cadre ces faits où un cal plus ou moins exubérant soulève et englobe un nerf important, provoquant ainsi des phénomènes graves, tels que des troubles de mobilité et de sensibilité. Nous avons pu constater par nous-méme, pendant notre clinicat dans le service de M. le professeur Trélat, combien en pareille occurrence l’intervention chirurgicale est efficace (1). Mais n’insistons pas sur des faits qui sont absolument en dehors de notre sujet. Pour qu’on puisse prononcer le mot de redressement, il faut de toute évidence qu'il y ait flexion, torsion ou courbure. C’est dire que, dans les pages qui vont suivre, nous aurons uniquement en vue les cas compris dans le premier groupe de Malgaigne.

Nous avons une autre réserve à faire, et celle-là à un autre point de vue. Devons-nous faire rentrer ou non dans notre sujet ces cas complexes où le chirurgien, en face des suites mauvaises d’une fracture périarticulaire ou même articulaire, a cru devoir pratiquer la résection des surfaces articulaires en partie ou en totalité? et, pour bien préciser les faits, devons-nous, par exemple, rattacher à l’ostéotomie pour cals angulaires les opérations pratiquées avec succès par M. le professeur Verneuil (et dont Nepveu entretenait récemment la Société de chirurgie), sur l’articulation tibio-tarsienne, pour

(l) Bull. soc. de chirurg., 1882.

des cas de fractures sus-malléolaires ou bimalléolaires vicieusement consolidées? Nous n’hésitons pas à répondre par la négative : nous nous sommes expliqué déjà sur la valeur qu’il faut attribuer au mot ostéotomie sous peine de confusions absolues, mais nous ne craignons pas d’y revenir et d’affirmer une fois de plus que le mot ostéotomie ne peut et ne doit être appliqué qu’à une opération portant sur la continuité d'un seul et même segment de membre. Toutes les fois, au contraire, qu’il s’agit de supprimer le point de jonction de ces segments, de s’adresser à l’articulation en un mot, il faut dire résection.

Même ainsi limitée, aux cals anguleux d’une part, aux opérations ne supprimant pas une articulation de l’autre, la question que nous abordons n’en présente pas moins un intérêt considérable, et nous n’en voulons pour preuve que la fréquence relative des observations, puisque nous avons pu en réunir 89 publiées depuis 1815. Est-ce à dire que ce chiffre puisse être considéré comme représentant toutes les opérations pratiquées? En aucune façon ; car nous devons, ici comme toujours, compter avec la négligence ou la modestie de certains opérateurs, et aussi avec la crainte de publier les insuccès. Toutefois, tel qu’il est, ce chiffre nous paraît offrir des éléments importants pour le choix du procédé, pour le pronostic à porter, pronostic de l’opération surtout, car trop souvent le malade, une fois inscrit comme guéri, est perdu de vue et le résultat fonctionnel définitif reste ignoré.

Ces remarques, nous pourrions les répéter pour chacune de nos statistiques, pour chacun de nos tableaux ; qu’il nous suffise de les avoir faites ici une fois pour toutes.

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