HISTORIQUE
Il est de convention (et chacun des auteurs qui ont écrit sur l’ostéotomie ont fidèlement copié leurs prédécesseurs) de ranger M. J. Guérin au nombre des promoteurs de l'ostéotomie appliquée au rachitisme (1843). D’une façon générale le fait est vrai, nous l’accordons; mais si nous nous
reportons au texte exact de sa communication à l’Académie de médecine, il nous est facile de reconnaître qu’il n’a eu en vue que les cals vicieux chez les rachitiques. C’est pour eux qu'il propose et qu’il exécute la section sous-cutanée d'un « tissu fibreux, spongoïde, résistant, élastique, remplissant l'angle de la fracture, trop peu extensible pour céder aux efforts de redressement. » Il proteste énergiquement contre ses imitateurs qui appliquent l’ostéotomie surtout à la période d’éburnation, « période à laquelle il ne l'a jamais faite (I ). »
Aussi est-il juste, avec Malgaigne (2), de rapporter à Meyer (de Wiirlzbourg) l’honneur de la première ostéotomie pour courbure rachitique. En 1851, le chirurgien allemand pratiqua, sur le même sujet, cinq ostéotomies successives et obtint un résultat parfait (3). — Trois ans plus tard, dans le courant de juin 1854, Langenbeck (4) fit avec succès deux opérations semblables.
Ces trois cas ne constituaient pas une statistique suffisante pour juger la valeur de la nouvelle opération : aussi, lors de la discussion dont elle fut l’objet, à la Société de chirurgie, en 1855 (5), fut-elle à peu près unanimement condamnée.
A partir de ce moment, un silence profond se fait sur la question et il faut arriver en 1873, pour voir paraître un travail de Wahl, de Pétersliourg (G), ayant trait à huit opé-
(1) Bulletin de l'ncndémie de médecine , avril 187 G.
(2) Malgaigne et Le Fort. Manuel de médecine opératoire, t. I, p. 378.
(3) Meyer. — Die ostéotomie. . . in lllust. Med. Zip, 2, 1852.
(4) Langenbeck. Die subculanc ostéotomie . . . in Deutsche Klinik, 1851, n° 30.
(5) Butler. Soc. chirurgie, t. VI, p. 187.
(C) Wall). Zur Casuistik der ostéotomie, in Deutsche Zeitsch , fùr chirurj ., II. III, 1 87 3.
râlions d’ostéolomies pratiquées avec succès sur 4 sujets rachitiques,
Depuis celte époque, les documents abondent : c’est d’abord le mémoire de Howard Marsh, en 1874 (1), sur le traitement des incurvations rachitiques desjamhes par l'ostéotomie ; on y trouve relatées huit opérations pratiquées sur quatre sujets.
L’année suivante, 187o, Jules Bœckel adresse à la Société de chirurgie un mémoire sur l’ostéotomie dans les déviations rachitiques (2). L’auteur y rapporte 10 observations personnelles ayant trait à 5 malades, tous les 5 guéris, et 33 cas heureux publiés à l’étranger.
Le rapport qu’en fit M. Tillaux devint le point de départ d’une discussion des plus intéressantes, où MM. Tillaux, Labbé, Panas, se montrèrent partisans déclarés de l’opération préconisée par Bœckel, Billroth, Nüssbaum.
Cette même année, Gussenbauer (3), publie 12 opérations heureuses d’ostéotomie pratiquées par Billroth sur 6 sujets, tandis que Volkmann (4), lit, au cinquième congrès de la Société allemande de chirurgie, une série de faits personnels, tous suivis de guérison.
Rappelons encore la thèse inaugurale du docteur L. Reuss en 1878 (5), faite sous l'inspiration de J. Bœckel, la thèse d’agrégation du docteur Chalot 1878 (6), où l’auteur compare
(t) H. Marsh. On the treaimcnt of racliitic deformitics of the legs by operation, in mcdico-Cliirurg. Transact., v. LVIII., 1874.
(2) Bœckel. — De l'ostéotomie dans les déviations rachitiques. — Ballet. Soc. chirurgie , t. II, p. 167.
(3) Gussenbauer. Die méthode d. Künstlichen Knochen trennung; in arcliiv. f. Klin. Chirurg. 1875.
(4) Volkmann. Beitrttge znr chirurgie. Leipzig, 1875.
^5) Reuss. I)e L'ostéotomie dans les courbures rachitiques des os, Paris, 1878. (6) Chalot. Comparer entre eux les divers moyens de diérèse. Thèse agrégat. 18 78.
entre eux les divers moyens de diérèse osseuse (ostéotomie et ostéoclasie) ; enfin, le nouveau mémoire de J. Bœckel (1) paru en 1880. — C’est certainement le travail le plus complet sur la question. — On y trouve une statistique très riche, où figurent 181 cas d’ostéotomies tous suivis de guérison, empruntés àMeyer, Langenbeck, Billrolh, Yolkmann, Gütcibock, Schede en Allemagne; Albert en Autriche; Murait en Suisse; Wahl en Russie; Mars, Messenger Bradley, Joncs, Barwell,Poore,Gowell, David Colley en Angleterre; Ehrmann, Lannelongue, Eugène Bœckel, Jules Bœckel en France.
A ces faits, si nombreux déjà, nous sommes assez heureux, pour en ajouter 33 nouveaux qui avaient échappé à Bœckel, ou qui se sont produits depuis son mémoire. Ce sont les seuls que nous rapportions dans notre tableau, car nous croyons absolument inulile de rééditer la statistique de Bœckel.
C’est donc sur 213 cas d’ostéotomie, dont 33 non encore réunis avant nous, que nous allons appuyer notre description.