HISTORIQUE GÉNÉRAL
Il faut remonter, pour ainsi dire, à l’origine de la médecine pour trouver la première mention de l’ostéotomie.
Hippocrate paraît, en effet, en avoir conseillé l’emploi dans le traitement des cals vicieux.
Mais on doit arriver à Paul d'Egine pour la voir réellement mise en pratique.
Plus tard, Albucasis (1) se prononce en faveur de la section osseuse à l'aide de la scie et rejette, au contraire, la fracture du cal. Il aurait même, d’après Ceccherelli, conseillé l’ostéotomie dans le cas d’ankylose consécutive à des fractures juxta-articulaires.
Plusieurs siècles s’écoulent sans laisser aucune trace de la question qui nous occupe.
En 1570, Daléchamps préconise nettement la section osseuse dans les cals vicieux; il indique de se servir des ciseaux : « après, on redresse et racoustre la fracture » (2).
(1) Laugier, thèse de Concours, 1741, p. 81,
(2) Chirurgie Française, chap. CIX, p. 558.
Il faut arriver jusqu’à 1813 pour voir l’ostéotomie soumise à des règles précises. A cette date, un chirurgien français, Lemerciér, résèque les deux, fragments du tibia pour un cal vicieux. L’année suivante , Wasserführ pratique la même opération sur le fémur. En 1826, c’est Riecke qui la répète.
Dans cette même année, 1826, l’ostéotomie élargit son champ d’action: Rhea Barton (1), de Philadelphie, sectionne le fémur entre les deux trochanters dans un cas d’ankylose de la hanche.
Cette opération marque une date importante dans le traitement des ankylosés. La pratique de Rhea Barton est bientôt suivie par Kearny Rodgers.
Arrivons à la date de 1834, et nous allons voir se dérouler une période d’une quinzaine d’années, féconde pour l’ostéotomie.
C’est Clémot (2), de Rochefort, qui inaugure cette période en créant son procédé de l’excision cunéiforme ducal. L’opération de Clémot ouvre une ère nouvelle à l’ostéotomie, et son retentissement est le prélude d’opérations qui vonl rapidement se succéder, surtout dans la pratique des chirurgiens étrangers. Qu’il nous suffise de signaler, en ce qui concerne les cals vicieux, les noms de Portai, de Ixey et Astley Cooper, de Warren, de Watlmann, de Guersant et de Malgaigne.
Dans celte même période, l’ostéotomie est appliquée à l’ankylose du genou.
En 1833, Rhea Barton (3) pratique sur l’extrémité inférieure du fémur une excision cunéiforme, et son opération est bientôt imitée, dans son pays, par Gibson et par Gurdon-
(1) North American. Med. and sitrq. Journ. 1827.
(2) Gazelle Médicale de Paris , 1834, p. 347.
(3) Pliitad. med. examin ., 1842. N»s 2, 3, 6, 7.
Buek, qui apporte à celte opération une importante modification.
C’est à celte même époque que l’ostéotomie fut indiquée et pratiquée pour la première fois dans le but d’obtenir le redressement des os rachitiques, et nous insistons d’autant plus volontiers sur ce fait que presque tous les auteurs l’ont passé sous silence. En effet, c'est Jobert de Lamballe (I) qui, vers 1840, a fait la première ostéotomie pour redresser une courbure rachitique.
Enfin, à la limite de cette période, nous voyons Maisonneuve, en 1847, pratiquer la première opération d’ostéotomie qui ait été faite en France pour l’ankylose de la hanche.
Avec l’année 1854, nous entrons dans une phase nouvelle de l’ostéotomie : la méthode sous-cutanée est introduite dans cette opération.
Mais ici, nous devons faire une rectification historique. On a Fhabitude d'indiquer Meyer et Langenbeck comme les promoteurs de l’ostéotomie sous-cutanée ; nous croyons ne faire qu’œuvre de justice en réclamant pour notre pays l’idée première de cette méthode opératoire. En lisant l’admirable traité de Malgaigne sur les fractures et les luxations, ouvrage qui date de 1847, on peut voir dans un passage que nous citerons tout au long dans la partie de notre travail qui a trait aux cals vicieux, on peut voir, disons-nous, que Malgaigne a signalé, en termes non équivoques, et, l’idée, et le manuel opératoire de l'ostéotomie sous-cutanée.
Quoi qu’il en soit, ce sont deux chirurgiens allemands, Meyer et Langenbeck, qui, les premiers, ont pratiqué cette opération et l’ont vulgarisée.
(1) La mention de ce fait a été indiqué par M. A. Guérin en 1870 à la Société de chirurgie, loi s de la discussion qui suivit le rapport de M. Tillaux sur le travail do M. .1. Boeckel. M. A. Guérin, qui a été témoin du lait de Jobert, a eu l’extrême obligeance de nous en donner la date précise.
Ces chirurgiens ont appliqué l’ostéotomie ainsi modifiée, non seulement dans les cas de cals vicieux, mais ils l’ont dirigée aussi contre les courbures rachitiques.
Grâce à cette méthode, l’ostéotomie se répandit rapidement dans la pratique chirurgicale ; mais cependant, en France, elle ne trouvait que de très rares partisans, ainsi qu’on peut s'en convaincre en lisant la discussion qui eut lieu à la Société de chirurgie en 1855. La résistance que les chirurgiens de notre pays montraient pour celte opération, était jusqu’à un certain point justifiée par les cas de morts qui avaient été signalés.
Cette méthode constituait, à la vérité, une amélioration véritable, mais il était difficile de partager à son égard les illusions de Langenbeck et de regarder celte opération comme absolument sous-cutanée. On établirait assez bien la valeur qu’il faut attribuer à celte expression en disant que c’est une ostéotomie à incision étroite : néanmoins, pour nous conformer à l’usage, nous conserverons ce terme d'ostéotomie souscutanée mais nous tenions à préciser le sens véritable qu’il faut attacher à ce mot.
Dans une période de sept à huit ans, à partir de 1 860, nous ne trouvons rien de bien important à signaler dans l’histoire de l’ostéotomie. Mentionnons cependant, en 1862, l'opération de Sayre qui fait date dans le traitement des ankylosés de la hanche.
Avec les années 1869-1870 commence une ère tout à fait nouvelle de l'ostéotomie, et il est pour ainsi dire impossible de ne pas voir que la fécondité de cette période est due à l’introduction de la méthode antiseptique dans la pratique chirurgicale. Dès lors, en effet, l’ostéotomie est largement étendue aux cals vicieux, aux ankylosés, aux courbures rachitiques des membres, enfin elle est appliqué au genu valgum.
Pour les cals vicieux citons seulement les noms de Lister, de Bardeleben, de Richet, de Le Fort.
En ce qui concerne l’ankylose de la hanche nous constatons l’apparition de nouveaux procédés qui portent les noms d’Adams, de Gant, de Volkmann.
L'ostéotomie pour courbures rachitiques est surtout pratiquée par Wahl, de Pétersbourg ; par Howard Marsh, par Bœckel, par Lannclongue.
Mais c’est surtout le genu valgum qui semble avoir été le point de mire des chirurgiens. Signalons, parmi ceux qui ont surtout vulgarisé cette opération, Max Scheede, Volkmann, Billrolh, Messenger Bradley, Riedinger, et, avant tous, Macewen, dont nous ne saurions séparer le nom de Démons qui nous l’a fait connaître en France et dont les heureux succès ont été le sujet de mémoires intéressants à la Société de chirurgie.
Enfin, si nous cherchons à apprécier les tendances actuelles des chirurgiens à l’égard de l’ostéotomie, nous voyons que cette opération, extrêmement commune à l’étranger, tend à s’introduire en France. Citons seulement, pour les cals vicieux, les observations récentes d’Ollier, de Poncet, de Verneuil ; et, pour le genu valgum, les faits de Beauregard du Havre, de Delens, à Paris, de Dubourg, de Dudon, à Bordeaux.
MANUEL OPÉRATOIRE
Au début de notre élude il nous a paru de toute nécessité de tracer dans un chapitre d’ensemble tout ce qui a trait à la technique proprement dite de l’ostéotomie. Nous éviterons
ainsi des redites inutiles et nous aurons mis le lecteur à même de comprendre les termes dont nous aurons à nous servir presque à chaque page.
Nous en profiterons pour poser nettement les principes qui doivent présider à toute ostéotomie, au double point de vue du manuel opératoire proprement dit et des soins consécutifs.
Nous indiquerons également, une fois pour toutes, les difficultés que le chirurgien peut rencontrer au cours de son opération et les complications qu’il peut avoir à redouter et à combattre.
Nous passerons donc en revue successivement ;
les instruments,
les manœuvres préliminaires,
l’opération dans ses divers temps,
les soins consécutifs,
et enfin les accidents et complications .