‹ Du redressement des membres par l'ostéotomieChapitre 31 sur 68 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

Total des

complications

Tout d’abord on est frappé de l’innocuité, on pourrait dire absolue, de l’ostéotomie. C’est ainsi que sur un total de

215 opérations, on ne compte que deux morts, rapportées par Murait (1) et Pearce Gould (2).

Dans le fait de Murait, il s'agit d’une petite fille, chétive, scrofuleuse qui fut prise de diarrhée après l’opération et mourut au bout de quelques jours. L’autopsie ne révéla rien qui pût expliquer la mort : il n’y avait ni hémorrhagie, ni ostéomyélite.

Quant à l’opéré de Pearce Gould, il aurait, au dire du chirurgien anglais succombé en 48 heures à l’empoisonnement par l’acide phénique.

Rappelons enfin que Billroth perdit une petite fille de pyohémie, c’est vrai, mais à la suite d’une variole contractée plus d’un mois après guérison parfaite de l’ostéotomie.

Ces morts ne sont donc nullement imputables à l’ostéotomie elle-même et n’enlèvent rien à l’éloquence des chiffres cités plus haut.

Quant au résultat môme de l’opération, au point de vue du redressement des membres, il faut noter 142 guérisons parfaites, 15 imparfaites. Dans 58 cas, malheureusement, le résultat n’est pas indiqué, et malgré cette lacune, on arrive néanmoins à une guérison parfaite dans les 2/3 des cas. C’est, on en conviendra, une fort belle statistique.

Des complications ne se sont produites que chez 81 opérés, se réparlissant de la façon suivante : 4 cas d’hémorrhagie pendant l’opération môme, 21 fois de la fièvre les jours suivants, 41 cas de suppuration, 15 fois l’élimination de séquestres.

Ajoutons que la réunion immédiate est notée 27 fois.

Si, nous plaçant maintenant à un autre point de vue, nous comparons les méthodes ensemble, nous trouverons, pour

(1) Bœckel, 1880, obs. 107 de la statist. générale*

(2) Obs. 7, de nos tableaux.

l’ostéotomie linéaire, sur 62 opérés, 25 complications et 54 résultats parfaits ; pour l’ostéotomie cunéiforme sur 43 opérés, 17 complications et 32 résultats parfaits.

Traduisons ces chiffres et nous avons les proportions suivantes :

Ostéotomie linéaire :

40 % de complications et 87 % de résultats parfaits.

Ostéotomie cunéiforme:

39,5% de complications et 74% de résultats parfaits.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : on voit que ces deux procédés se valent absolument en tant que pronostic opératoire. Quant à la différence au point de vue du résultat final, elle ne peut être invoquée sérieusement contre l’ostéotomie cunéiforme : les deux procédés, en effet, ne s’appliquent pas au même ordre de faits, la méthode cunéiforme est toujours et fatalement réservée aux cas graves, aux grandes déformations.

C’est donc en réalité, sans parti pris aucun et en obéissant seulement au degré de cambrure du tibia qu’on se contentera de le diviser, ou qu’on lui fera subir une perte de substance.

Mais quelle conduite faut-il tenir à l’égard du péroné ? L’examen des procédés, les suites des observations nous le montrent' Tantôt respecté, tantôt rompu par l’ostéoclasie, tantôt enfin sectionné. C’est qu’en effet, il ne saurait y avoir de règle générale et que tout découle du cas donné en présence duquel on se trouve. C’est sa résistance, c’est le degré de courbure qui décideront en dernier ressort.

On essayera son redressement, on tentera sa fracture et l’on n’arrivera à sa section qu’après ces essais préalables.

Bien qu’elle ait été faite sans inconvénient avec les cisailles

et la pince coupante, nous n’hésitons pas à préférer ici, comme toujours, la scie, ou mieux encore le ciseau.

On peut à peu près indifféremment faire l’ostéotomie des deux os au même niveau ou à des hauteurs différentes, mais on ne saurait dans aucun cas chercher à les atteindre par la même plaie cutanée; c’est une manœuvre pénible et par suite dangereuse.

C’est également au cours même de l’opération et guidé par la résistance de l’os qu’on devra, selon nous, se décider en faveur de l’ostéotomie complète ou incomplète. Préférable en principe toutes les fois qu’on peut espérer qu’il y aura plutôt flexion finale que fracture véritable, la division incomplète doit, au contraire, être proscrite en face d’un os éburné. L’expérience montre en effet que le redressement final expose alors à des éclatements, à des esquilles, à des déchirures étendues du périoste, voire même des parties ambiantes.

Signalons en terminant que dans les courbures latérales très accentuées, on pourrait avec avantage d'après Barwell (1), donnera l’ostéotomie linéaire une direction fortement oblique, revenir en un mot à l’un des procédés primitifs de Meyer. Les deux fragments glissant dès lors facilement l’un sur l’autre le redressement serait plus aisé, la surface de contact plus étendue, et finalement la consolidation plus rapide et plus parfaite.

(l ) Briiisli, Med. Journ., 1878., t.I, p. 705 et 747.

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