DE L’OSTÉOTOMIE DANS LES ANKYLOSES DU MEMBRE SUPÉRIEUR
Nos recherches ne nous ont permis de réunir que cinq cas d’ostéotomie pratiquées pour des ankylosés du membre supérieur.
Un seul a trait à l’épaule.
Il appartient à Mears, de Philadelphie, qui le communiquait le 1er décembre 1876 à M. Adams (1).
Le sujet était un homme de 38 ans, porteur d'une ancienne luxation sous-coracoïdienne non réduite. L’ostéotomie fut laite dans le but de combattre la douleur et l’immobilité.
(l) lirit. Med. Journal, 2 janvier 1 877, t. I, p. ÎOO,
Après avoir fait l’incision des parties molles avec un ténotome à long manche , on sectionna l'os avec la scie d'Adams, juste au-dessous des tubérosités, vers le milieu environ du col chirurgical. A peine s'écoula-l-il quelques gouttes de sang. La plaie cutanée se cicatrisait en trois jours. — Six mois après, le patient qui, avant l’opération, ne pouvait en aucune façon se servir de son membre, pouvait facilement porter son bras le long de sa poitrine. Unenéarthrose est en voie de formation et les mouvements y deviennent chaque jour plus marqués.
Pour le coude nous ne comptons que trois cas d’ostéotomie proprement dite et deux d’ostéotomie partielle. Nous croyons savoir cependant que d’autres tentatives ont été faites dans cette voie, et en particulier par M. Ollier, mais nous n’en avons trouvé mention nulle part.
Des trois ostéotomies totales, une appartient à Bennett (1881) et deux à Haynes Wallon. Une quatrième aurait été pratiquée en 1841 par Wattmann, d’après Ceccherclli, mais nous n’avons aucun autre détail sur elle.
L’opérée de Bennett est une fillelte de 11 ans, atteinte d’ankylose à angle droit de l’avant-bras sur le bras, consécutive à une fracture. L’ostéotomie linéaire (le siège n'est pas indiqué) fut pratiquée sans le moindre avantage. On ne put obtenir la pseudarthrose cherchée. L’ankylose reparut telle ’ que par le passé.
Dans les deux cas où Walton (1) opéra, il eut spécialement en vue de ramener à l’angle droit une ankylosé rectiligne, et dans les deux cas, il réussit à obtenir une ankylosé dans la position cherchée.
Sa première opérée est une jeune femme de 18 ans, dont le bras s'était ankylosé après une immobilité absolue de plus
(l) Lancet , 1880, t. I., p. £>2Cî.
d’une année nécessilée par une vasle brûlure de la région.
L’opération fut pratiquée le 1er février 1880 de la façon suivante : à deux pouces au-dessus du condyle externe, on fait une incison verticale très courte, allant jusqu’à l’os. On insinue la scie d’Adams entre l’os et le périoste et l’on divise l’os dans toute son épaisseur en évitant autant que possible de léser les parties molles voisines. 11 y eut cependant une légère hémorrhagie veineuse. — La flexion du membre ne fut faite que petit à petit, par étapes successives, et ne fut portée à angle droit qu’à la fin de la 3e semaine. — Au bout d’un mois, l’os commençait à être solide, au bout de 7 semaines, on enlève tout appareil de contention. — Dans la suite, la malade, revue à diverses reprises, déclare que le bras opéré lui est aussi utile que l’autre.
Dans la seconde observation, il s’agit d’une jeune fille de 17 ans atteinte d’ankylose à 160°, à la suite d’une arthrite d’origine scarlatineuse. Le poignet était fixé en pronation extrême. — Walton procéda comme dans le cas précédent, mais se contenta d’une ostéotomie incomplète qui fut complétée par ostéoclasie. Il y eut une hémorrhagie légère. Le bras fut de suite fléchi à 90° et maintenu dans cette position. Le 17e jour, à la suite d’une attaque d’épilepsie, il y eut une nouvelle petite hémorrhagie, suivie d'une suppuration abondante. Malgré cela le cal était solide vers la 5e semaine et à la fin du 2e mois on pouvait supprimer l’attelle. « Le bras était très utile. »
M. le professeur Denucé, dans l’article « Coude » du Dictionnaire des Sciences médicales, nous rapporte la seule observation d’ostéotomie incomplète que nous connaissions : elle fut pratiquée par Buck, sur un homme de 28 ans atteint d’ankylose osseuse consécutive à une chute. Le membre est
dans une position intermédiaire entre la flexion et l’extension. Une production osseuse anormale surmonte l’olécrane. — Par une incision appropriée l’olécrane est mis à nu, puis sectionné à sa base et finalement réséqué après décollement du tendon du triceps. — On détruit par rupture les adhérences qui fixent l’humérus aux os de l’avant-hras. — La guérison fut complète et le malade retrouva un membre absolument utile, puisqu’il pouvait porter la main à la bouche.
Tels sont les seuls faits que nous ayons pu réunir. Nous avons tenu à citer celui de Mears, surtout à litre de rareté scientifique, car il est tout à fait exceptionnel, comme on sait, de voir l’ankylose de l’épaule entraîner une impotence fonctionnelle aussi prononcée que chez son malade. Grâce à la mobilité extrême de l’omoplate, il s’établit une sorte de tolérance et, si le membre est moins utile qu’à l’état normal, du moins n’est-il ni déformé, ni absolument impotent.
Les observations de Bennett, de Wallon, de Buck nous intéressent au contraire directement. Elles nous montrent l’ostéotomie sous ses trois grandes formes : linéaire incomplète, linéaire complète, avec excision.
Que l’on ne nous objecte pas que chercher à fléchir un bras ankylosé dans la rectitude ce n’est plus faire du redressement. Ce. serait engager une querelle de mots. Ce qui constitue le redressement d’un membre c’est d’abord et avant tout de lui rendre un rôle utile qu’il avait perdu en vertu d’une position vicieuse.
C’est à ce titre que nous croyons avoir le droit de parler des opérations et manœuvres faites pour fléchir le coude. Malheureusement, nous le répétons, nous manquons absolument de matériaux suffisants, soit qu’ils nous aient échappé, soit, ce que nous croyons plus volontiers, qu’ils n’existent pas»
Depuisle jour, en effet, où, avec Hey, Crampton, Syme, etc., la résection du coude, que Wainman avait faite pour la première fois vers 1758, entre franchement dans la pratique, on a en sa possession un moyen précis et efficace d’agir sur l 'ankylosé huméro-cubitale toutes les fois qu’il sera nécessaire. Plus les années s’écoulent, plus les travaux se multiplient sur ce point de pratique chirurgicale et plus aussi les progrès acquis détournent le chirurgien de chercher dans une autre voie. Aussi ne faut-il pas s’étonner si Velpeau, qui nous a décrit demain de maître l’ostéotomie dans son application possible à l’ankylose du coude, n’en parle toutefois que comme d’une possibilité, d’une tentative à essayer. Citons d’ailleurs ce passage qui résume nettement le mode opératoire à suivre si, oubliant les brillants succès de la résection sous-périostée, on tentait un jour ou l’autre de suivre l’exemple de Wallon.
« L’opération, dit Velpeau, devrait être pratiquée de préférence immédiatement au-dessus delà jointure. On ferait une incision longue de 2 à 3 pouces sur le bord externe de l’humérus; puis, après avoir séparé par une dissection convenable le muscle brachial antérieur et le triceps, on passerait autour de l’os la scie à chaîne qui, bien protégée et bien conduite, en opérerait facilement la section. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que cette opération ne serait ni très difficile ni très dangereuse, et qu’elle offre de véritables chances de succès (1). »
(1) Richet, 1850. Des opérations applicables aux ankylosés