DE L’OSTÉOTOMIE DANS LE GE NU VARUM
Les détails dans lesquels nous sommes entrés à propos du genu valgum nous permettront de passer très rapidement sur le genu varum et de nous borner à quelques considérations d’ordre secondaire.
Nous n’avons, en effet, rien à dire de la pathogénie de cette déformation; tous les auteurs tombent d’accord pour l’expliquer par des causes de môme ordre que celles qu’ils font intervenir dans la production du genu valgum, et il serait, sinon oiseux, tout au moins inutile, de reprendre et les descriptions que nous avons données et l’exposé des diverses théories.
Quant à l’intervention opératoire, et en parlant ainsi nous avons exclusivement en vue la section de l’os, elle ne nous attardera pas davantage. Il est évident que ce sont des procédés analogues, pour ne pas dire identiques, à ceux que nous avons décrits dans le chapitre précédent, qui ont été préconisés et employés, et qu’ici encore on peut classer, si l’on vise moins le nom des auteurs que les méthodes qu’ils mettent en usage, les ostéotomies en trois grandes catégories : ostéotomies linéaires, ostéotomies cunéiformes, ostéo-arlhrotomies.
1. Nos remerciements à notre collègue Dumoret, interne du service, qui a bien voulu recueillir pour nous les détails de cette observation,
Tout ce que nous avons dit., à propos du genu valgum, sur la valeur des procédés, sur le choix de l’un d’eux, suivant le cas particulier, sur le siège enfin où il conviendrait de l’appliquer une fois que le chirurgien se serait déterminé en faveur de l’un ou de l'autre, tout cela pourrait être répété à cette place et exactement dans les mêmes termes. 11 est un seul point qui mérite une mention particulière, à savoir le côté par lequel il convient d’aborder l’os lorsqu’on opère sur le fémur. Nous avons vu déjà que plusieurs chirurgiens, Warden, Taylor, Reeves, ont conseillé la face externe du membre comme champ opératoire pour le genu valgum. Si, dans l’espèce, ce précepte nous a paru discutable, ici, au contraire, il nous semble des mieux indiqués. En opérant de dehors en dedans, en effet, on fait porter I’ostéotome et le coin osseux qu’il creuse (car c’est spécialement le procédé de Macewen que nous avons en vue) sur le côté même dont il importe de corriger la déformation. Cette remarque ne s’applique, cela va de soi, qu’à l’ostéotomie du fémur, et il est à peine besoin de faire observer que chaque fois que pour un genu varum on s’adressera au tibia, par la méthode de Billroth, par exemple, c’est uniquement par la face interne que l’opération devra être pratiquée.
De la lecture de notre tableau, il semblerait résulter chez les auteurs une préférence marquée en faveur du procédé de Billroth. Nombre de fois, cependant, les méthodes fémorales ont été employées, et avec succès. Mais, dans la statistique, les auteurs anglais ne font pas de chapitre spécial à cette affection ; tantôt, comme Reeves, ils l’englobent dans celui du genu valgum; tantôt, comme Macewen, ils le rejettent aux ostéotomies en général. C’est dire que nous manquons d’éléments véritables de comparaison. Nous ne conclurons donc pas en faveur, soit de la jambe, soit du fémur, et nous répé-
terons seulement qu’ici comme toujours c’est à l’examen attentif du malade à décider de l’os déformé, c’est-à-dire de l’os sur lequel on doit faire la section.
Nous n’ajouterons plus qu’un mot. Comme pour le genu valgum et pour les memes raisons, nous préférerons, toutes les fois qu’elle est possible, la méthode linéaire à l’excision cunéiforme. Sans doute un opéré de Margary n’a guéri qu’au prix d’une ankylosé ; mais à ce fait malheureux nous pouvons opposer les dix-neuf succès complets, consignés dans nos observations.
Nous sommes heureux de pouvoir terminer ces considérations sur l’ostéotomie dans le genu varum,par l’exposé d’une observation qui prouve tout à la fois et la puissance de l’ostéotomie même en face des cas les plus graves, et son innocuité dans des cas multiples.
Nous devons cette observation à la bienveillance de M. le docteur Démons (de Bordeaux).
Il s’agit d’une jeune fille de 20 ans, absolument infirme depuis plusieurs années, qui présentait un degré assez accentué de genu varum double, compliqué d’une courbure rachitique des deux tibias. Ces os, fortement courbés en dehors, rendaient la marche impossible.
M. Démons fit, dans une même séance, huit ostéotomies : deux sur chaque extrémité des péronés, et deux autres parallèlement sur chaque extrémité des deux tibias.
L’opération pratiquée suivant les règles prescrites par Macexven (de Glascow) et soumise aux rigueurs de la méthode antiseptique (Lister), fut suivie des plus heureux résultats.
Le premier pansement fut seulement fait le quatorzième jour; un deuxième pansement acheva la guérison et jamais il
n’y eut la moindre complication inflammatoire du côté des genoux. La température ne dépassa pas 37°, fl.
Il y a deux mois que l’opération a été faite. La malade doit être considérée comme guérie, mais M. Démons ne veut pas lui permettre encore de marcher sans béquilles. Elle jouit en effet d’un embonpoint exagéré qui rend cette précaution indispensable pour assurer définitivement le résultat esthétique actuellement parfait.
Il y a deux ans, en décembre 1881, M. Démons, dans un cas accentué de genu valgum, chez un jeune garçon de 1 8 ans, obtint également un résultat très complet.
La courbure existait seulement sur le membre droit, mais rendait le travail impossible.
Opéré par le procédé de Macewen, ce malade était guéri après le troisième pansement. Il n’y eut point de suppuration.
Ce résultat obtenu rapidement, s’est depuis confirmé et le malade est actuellement guéri : il a pu reprendre ses occupations de conducteur de tramways.
262 OSTÉOTOMIE'
NOMBRE
des ostéotomies
SEXE
et âge des opérés
NATURE DE LA DÉFORMATIO
Bradford, Boston med. and sarg. Journal, vol. CV, page 444, 1881.
4 ans 1 /2.
Genu varum.
Gesualdo Clementy, Lo speritneniale. Octobre 1881, page 422.
13 ans.
Genu varum avec incurvatû 1 fémorale très prononcée.
CzERNY.
13 ans.
Genu varum.
Grendelburg, Berlin. Klin.
Wochens., 2 août 1875, n* 31, page 433.
17 ans.
Genu varum.
Gussenbauer, Ârch.f. Klin, chirurg ., vol. XVIII, fasc. 1 et 2, 1875.
18 ans.
Genu varum à 14 2°.
Margary.
Genu varum gauche.
Margary.
39 ans.
Genu varum droit.
Margary.
15 ans.
Genu varum gauche très p r| noncé.
Marcary.
17 ans.
Genu varum gauche.
16 ans.
Double genu varum très p ^ noncé.