INTRODUCTION
Le traitement des maladies comporte plusieurs points, d'importance variable, suivant lespèce morbide que l’on considère. Mais d’une manière générale, la question de l'hygiène du malade et en particulier de l'hygiène alimentaire prime ou égale tout au moins la thérapeutique proprement dite. Les aliments, en effet, pour amener le plus souvent des changements moins brusques et moins facilement saisissables que les médicaments, ont généralement une portée d'action plus longue. En tous cas, ils peuvent contrarier ou seconder l’action de ces derniers. C’est dans cet esprit qu'Huxham a pu dire au siècle précédent : « Ce que nous prenons par onces et par livres doit nous affecter pour le moins autant que ce que nous prenons par grains et par scrupules. » Il ne faut évidemment pas accepter cette réflexion au pied de la lettre, car, dans Pespèce, la notion de qualité a pour le moins autant d'importance que la notion de quantité. On doit simplement en retenir la. place qui revient en thérapeutique à hygiène alimentaire. « Cette question est belle, dit Hippocrate, et touche à la plupart des points de l’art médical et aux plus importants. »
Dans les maladies fébriles, la question de l’alimentation a été l’objet de nombreuses controverses.
Pendant de longs siècles on suivit exactement Îles
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préceptes qu'Hippocrate avait établis au sujet du régime des maladies aiguës.
Dansson livre sur le «Régime dans les maladiesaiguës », le médecin de Cos s’exprime en ces termes: « Sans doute, dit-il, en un cas où la faiblesse est le résultat de la douleur et de l’acuité de la maladie, c’est un grand mal de faire prendre en quantité de la boisson, de la tisane ou des aliments, dans la pensée que la débilité provient de la vacuité des vaisseaux; mais il est honteux aussi de ne pas reconnaître qu’un malade est faible par imanition, et d’empirer son état par la diète. » Et il ajoute avec non moins de bon sens: « Si un autre médecin, ou même un homme étranger à la médecine, venant auprès du malade et apprenant ce qui s’est passé, recommande de bien boire et de bien manger, ce que le médecin ordinaire avait défendu, il paraîtra avoir procuré un soulagement manifeste. Ce sont surtout ces cas qui, dans le publie, font honte au praticien, car 1} semble que le premier venu, médecin ou étranger à la médecine, a pour ainsi dire ressuscité un mort, »
Les préceptes hippocratiques furent suivis par Galien, Celse, Aétius, Paul d'Egine. Ces médecins appliquaient une diète très sévère quand la maladie était dans la phase . la plus aiguë. Ils permettaient seulement aux malades des tisanes et en particulier l’infusion d'orge mondé (rricavrn). à
Dès ce moment cependant il y avait des dissidences et Pétron donnait de la viande à ses fébricitants.
Vers la fin du dix-huitième siècle, en 1780, apparut l'ouvrage de Brown, les (Elementa medicinæ », et une réac-
tion commença en Angleterre. Brown conseillait une médication tonique et stimulante et faisait jouer un rôle important au régime alimentaire dans le traitement des maladies fébriles.
Longtemps après Brown, Graves reprit le combat pour l'alimentation dans les maladies fébriles et il y attachait telle importance qu’il voulait sur sa tombe une inscription rappelant qu’il nourrissait les fièvres.
En France, il fallut du temps pour que ces idées se généralisassent. Broussais, le chef de la doctrine physiologique, soumettait à la diète absolue les fébricitants. Pour lui, en effet, toutes les maladies fébriles dépendaient d’une irritation gastro-intestinale et le repos du tube digestif semblait la première indication à remplir.
Enfin, les doctrines de l’école de Broussais furent vigoureusement attaquées par de remarquables adversaires tels que Trousseau, Hérard, Monneret, etc. Ils montrèrent l’innocuité d’une alimentation sagement mesurée et les dangers d’une inanition prolongée. Ils attribuèrent en particulier à cette abstinence à outrance la fréquence des escarres chez les typhoïdiques. La victoire leur fut bientôt difinitivement acquise et en 1857, à la Société médicale des hôpitaux, tous les médecins furent d'accord pour reconnaître la nécessité d’alimenter les malades atteints d’affections fébriles.
Actuellement, on ne discute plus sur ce point, la quantité et la nature des aliments sont seules sujet à controverse.
Dans la fièvre typhoïde, un nouveau facteur intervient. C’est la localisation intestinale de la maladie. Il importe donc de ménager plus que dans tout autre cas le tube
digestif en état d’infériorité manifeste. La maladie doit être considérée à la fois comme maladie générale et comme maladie du tube digestif, et les indications sont complexes.
Plusieurs pratiques se trouvent en présence et, si l’on est d'accord sur les principes et les grandes lignes, on rencontre de nombreuses divergences dans le détail.
Dans cette étude, notre but à été d'exposer et de classer les différentes méthodes en les comparant les unes aux autres. Nous n’en proposons pas de nouvelle. Notre travail est un simple essai de mise au point des diverses pratiques que nous avons vues en usage dans les services hospitaliers ou que nous avons rencontrées dans nos recherches bibliographiques.
Notre étude comportera deux grandes divisions. Dans une première parte nous prendrons l’alimentation du typhoïdique pendant la période fébrile ; dans une deuxième, nous examinerons le régime alimentaire de la convalescence.