‹ Du régime alimentaire dans la fièvre typhoïdeChapitre 4 sur 19 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Alimentation pendant la période fébrile.

Dans cette première partie, nous nous proposons d’étudier le régime alimentaire du typhoïdique depuis le moment où le médecin est chargé de le traiter jusqu’au jour où la température redevient normale.

Nous passerons en revue successivement les indications et les contre-indications qui se présentent à ce moment au point de vue du régime alimentaire, puis nous examinerons les différents régimes en pratique à l’heure actuelle.

$ 1. — Indications à remplir.

Dans les maladies fébriles, linanition est une source de dangers bien connue depuis les travaux de Chossat, de Bouchardat, de Marrotte. « L’inanition, dit Chossat, est la cause de mort quimarche de front et en silence avec toute maladie dans laquelle alimentation n’est pas à l’état normal. Elle arrive à son terme quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard que la maladie qu’elle accompagne, et peut ainsi devenir une maladie principale, là où elle ‘n’avait d’abord été qu’épiphénomène. »

L’inanition détermine un ordre de symptômes souvent

masqués par la maladie dominante sur laquelle ils se greffent.

Chez l’homme sain, indice habituel du besoin de prendre des aliments est la faim ; mais nombre de malades ne la ressentent pas.

Cependant l’inanition se manifeste par des signes qu'il importe de connaître.

« Elle diminue les sécrétions, la salive, le suc gastrique, rend la peau sèche; cette sécheresse de la peau et des muqueuses est un signe lorsqu'elle survient à une période avancée et qu’elle coïncide avec une diminution de l’éréthisme fébrile. De plus, linanition imprime aux sécrétions un caractère de putridité qui, dans les fièvres continues, peut en imposer pour une forme adynamique de la maladie. L’haleine devient souvent acide, comme chez les femmes qui meurent de vomissements incoercibles. À ces phénomènes vient souvent se Joindre le vomissement : la cause occasionnelle en est souvent l’usage prolongé et excessif des boissons émollientes et l’absence prolongée des aliments, double cause qui développe un éréthisme de l'estomac par atonie. Des troubles intestinaux, dont le principal est une diarrhée colliquative, puis le délire, suhdelirium avec rêvasseries, souvent final, précédé ou compliqué d’adynamie, viennent clore la scène. » (Hirtz et Bernheim).

On a même décrit une fièvre d’inanition, véritable fièvre paralyüque qui serait due à une modalité particulière des centres nerveux présidant à la régularisation de la température, et que la nourriture seule guérirait.

Quoi qu'il en soit, il importe de remédier à cette inanition

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dans la mesure du possible, et une alimentation bien comprise permettra d'éviter l’apparition de ces symptômes.

Une autre indication à remplir sera d'augmenter la quantité des sécrétions et de favoriser ainsi l'élimination des toxines.

Tout le monde sait que dans la fièvre typhoïde les sécrétions sont diminuées. On en a une manifestation facilement appréciable dans la sécheresse de la bouche et de la langue comme aussi dans la petite quantité des urines. Les sécrétions au niveau du tube digestif sont de même amoindries: Cependant, il y a augmentation de la production des produits de désintégration organique, en particuher de l’urée et des produits moins oxydés qui s’éliminent par l’urine. On admet également en général que l’acide carbonique est produit en excès.

A ces produits de désintégration s’ajoutent les substances toxiques extrinsèques sécrétées par les microbes.

Les bains réussissent d'ordinaire à provoquer la diurèse et à rendre la langue plus humide. Mais une alimentation liquide suffisamment abondante pourra être un bon adjuvant de l’action thérapeutique. Le lait, en particulier, a des propriétés diurétiques bien connues.

$ 2. — Contre-indications.

Parmi les contre-indications que l’on pourra réncontrer, les unes sont d'ordre général et peuvent être appliquées à toutes les maladies fébriles ; les autres, au contraire, sont spéciales à la fièvre typhoïde.

1° COoNTRE-INDICATIONS D'ORDRE GÉNÉRAL

Au nombre des premières, nous noterons surtout celles qui résultent de l’état du tube digestif dans les maladies fébriles, au point de vue de la facilité de la digestion et de l'absorption.

A. — Diminution du suc gastrique. — La fièvre diminue en de notables proportions la quantité du suc gastrique et sa qualité. La sécrétion de l'acide chlorhydrique est abolie ou considérablement amoindrie, ainsi que l’ont moritré Manassein, Schelhoos, Uffelman, Gluzinski, etc.

La sécrétion des sucs intestinaux est encore plus défectueuse. On observe la diminution ou même l’abolitüion du suc pancréatique et parfois de la bile.

Et, quant à l’absorption, la capacité des organes digesüfs a également fort diminué. Les villosités intestinales se prêtent d'autant moins à l’absorption que lélaboration digestive est plus imparfaite. D'autre part, tout le réseau des lymphatiques est altéré dans la fièvre typhoïde; les ganglions mésentériques sont enflammés ; l'absorption par les chylifères est troublée dans la plus grande partie du tube intestinal ; les boissons pénètrent dans le réseau de la veine porte (Dujardin-Beaumetz).

Il faudra donc se garder de donner au malade des aliments qu'il ne pourrait digérer dans l’état actuel de son tube digestif.

Ces aliments joueraient, en effet, le rôle de corps étrangers vis-à-vis des voies digestives dont ils provoqueraient l’irritation se manifestant par des vomissements ou une aug-

mentation de la diarrhée. Cette élaboration difficile des substances ingérées peut être marquée par une élévation de température qui atteint son maximum au moment de la digestion.

On évitera ces inconvénients par un choix éclairé et par une administration modérée des aliments.

B. — Introduction de substances toxiques. — Il faut également savoir que certains aliments, et en particulier les viandes, sont susceptibles d'introduire dans l’organisme des substances toxiques qui rendront plus laborieuse encore la dépuration de cet organisme. On devra donc s’en abstenir ou, tout au moins, en faire usage en quantité modérée.

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