ALIMENTATION PRÉCOCE
En faveur de l'alimentation précoce, on peut invoquer les mêmes raisons que pour Palimentation pendant la maladie même, sans qu’il soit possible d’opposer les objections aussi sérieuses que celles contre-indiquant l’alimentaüon solide pendant les phases de pleine évolution des lésions ulcéreuses de l'intestin grêle.
De plus, à la période de convalescence, de nouvelles raisons surviennent, qui sont la dénutrition profonde et la sensation de faim parallèle à l'amaigrissement.
À. — La faim chez le typhique convalescent. — La faim estun des bons symptômes de la convalescence du typhique ; elle apparaît plus ou moins tôt ; chez la plupart des malades, elle se montre dans les derniers jours du stade des oscillatons descendantes, avant que la température ait encore atteint 37°. Elle augmente progressivement les jours suivants et dans la majorité des cas, elle finit par devenir un besoin impérieux, exaspérant, une véritable voracité.
Il est souvent bien difficile de résister aux demandes exigeantes des malades qui réclament à grands cris de la nourriture ; et à l'hôpital, il faut redoubler de surveillance ; leur insistance obtient souvent, de la complaisance d’un voisin, les aliments que les médecins leur refusent. Cette sensation de faim est bien plus précoce chez les malades baignés que chez les autres.
L'absence de cette faim ardente du typhique peut avoir une valeur pronostique et faire dans quelques cas prévoir une complication, une rechute par exemple, surtout si elle coïncide avec l’absence de la triade de convalescence de Hanot dont nous parlerons plus loin : hypothermie, polyurie,
ralentissement du pouls.
B. — L'amaigrissement et l’inanition chez le typhique. — Cette sensation de faim vorace est la traduction de la dénutrition profonde du typhique. Pendant la longue période de fièvre, le malade a fait les frais de ses températures élevées
aux dépens deses tissus. Robin a publié un travail important sur la nutrition chez le typhique. Il a montré qu’un typhique qui ne mange pas élimine une quantité de matériaux solides plus considérable que celle rendue par un adulte bien nourri. Il en résulteun amaigrissement s’élevant en moyenne à 240 grammes par jour. Le malade arrive donc lentement amaigri à la période de convalescence. De plus, Pamaigrissement, qui a été surtout marqué au 3° septénaire, subit encore une exagération au début de la convalescence ; cela coïncide avec la polyurie et l'augmentation de l’excrétion de l’urée qui marquent l’entrée du typhique dans la période de convalescence. En revanche, dès que le malade se remet à manger, il augmente assez vite et progressivement de poids.
L’inanition, conséquence de ces phénomènes de dénutrition marquée, ne va pas toujours sans quelques inconvémients, et dans les fièvres typhoïdes longues, diverses complications en découlent.
Cest ainsi qu’on peut voir apparaître du délire, délire d’inanition, des vomissements, de la diarrhée.
Le délire d’inanition est un délire calme, sans excita- Lion ; 1l paraît entretenu par des hallucinations mcessantes, qui n’inspirent ni effroi, ni terreur au malade. « Le malade, dit Becquet, marmotte des mots dont on ne saisit pas le sens ; les yeux fixés sur quelque objet imaginaire, il étend la main dans le vide comme pour saisir ce qu’il croit voir ; au début, ce n’est que par intervalles qu'il ne reconnaît plus les personnes qui entourent ; plus tard, il ne reconnaît plus même les personnes les plus chères ; on peut cependant encore retenir son attention en lui parlant ; il cherche
Rte à répondre, le fait intelligemment, et reprend presque aussitôt son délire dès qu’on l’abandonne à lui-même.
À une époque plus avancée, il semble ne plus entendre, et continue à parler plongé dans un état comateux. »
Nous avons décrit ce délire, parceque, sion sait le reconnaître et poser l’indication thérapeutique, il guérit bien par l'alimentation.
Le vomissement peut se montrer en même temps que le délire et compliquer singulièrement le diagnostic, faisant croire, par exemple, à une méningite. Il est moins fréquent que le délire. La diarrhée est encore plus rare, mais est un signe d’inanition ultime qui contribue à exagérer les pertes de l’organisme.
Tous ces symptômes appellent un remède : l’alimentation.
Trousseau s'exprime ainsi à ce sujet: « La convalescence de la fièvre typhoïde est quelquefois entravée par des troubles gastriques, qui, si Pon n’y fait pas une grande attention, peuvent tromper les médecins, parce qu’ils paraissent indiquer une intervention thérapeutique tout opposée à celle qui est réellement utile. Ce sont les vomissements et la diarrhée qui se manifestent surtout chez les individus épuisés par l’abstinence. La plus petite dose des aliments liquides, lestisanes, sont aussitôt rejetées par la bouche, et le nombre des évacuations alvines augmente considérablement. La température du corps s’abaisse notablement. Dans la pensée que les forces de l’estomac sont insuffisantes, on donne au malade du lait coupé, des bouillons de poulet, ete. et les troubles augmentent. Le meilleur moyen de combattre ces accidents est au con-