On mande Rochefort, tt juillet
Hier lundi, à 5 heures du matin, un mouvement de troupes s’est faitentendre ;quelques instants après le canon de l’Amiral a résonné ; dans la cour du bagne , en présence de 900 condamnés agenouillés et la tète découverte, en présence d'un fort détachement de chaque arme et de deux pièces d’artillerie disposées au premier signal à repousser la force par la force , la tête du forçat Gavioli tombait en expiation de six on huit assassinats! Les précautions d'usage avaient été prises dans les divers établissements militaires du port et de la ville , chacun était à son poste d’alerte et un seul mot pouvait , en quelques minutes, mettre en mouvement une force imposante.
Jusqu’au dernier moment le féroce Gavioli a conservé son caractère. L’aumônier do bagne, qui avait passé la nuit entière auprès de lui, se flattait, par ses sages exhortations, d’avoir ramené lecriminel à des sentiments d’un salutaire repentir ; mais ce n’était pas sans
iiitemion que ce condamné afüectait un retour sur lui-même. Il avait su obtenir ainsi la permission d’adresser à ses camarades , du haut de l’échafond, quelques paroles d’exhortation et de paix. Le commencement de son discours parut en effet tendre vers ce but. Mais tout à coup, changeant de ton, ce forcené n’a pas craint de terminer son allocution par les vociférations d'une rage impuissante et de faire un appel à la vengeance de ses camarades. Que chacun de vous s’arme d'un poignard, s’est-il écrié avec onportement, et vos droits ne seront pas méconnus^ lardes , lardes sans crainte. Le couteau de la guillotine ne fait aucun mai. (Journal der Débats du 19 juillet I8OT).