‹ Du Régime cellulaire préventif, répressif et pénitentiaire, à substituer au système pénal actuel en général, et à la peine de mort en particulierChapitre 23 sur 42 · KxécuUon de ilagnvs · texte numérisé non relu

KxécuUon de ilagnvs

Strasbourg, 26 mai.

Depuis un mois que l’on avait appris le rejet du pourvoi formé par Magnus contre l’arrêt qui l’a condamné à mort pour assassinat suivi de vol , la foule se portait chaque vendredi , jour présumé de l’exécution, sur la place de la Halle aux blés, qui, pour la première fois, devait servir de théâtre d'une exécution capitale. Les gens de la campagne surtout affiuaient ces jours-là dans nos marchés, qui, depuis quelques semaines, étaient plus considérables qu’ils ne le sont d’ordinaire à celte époque de l’année. L’attente si souvent trompée devait enfin être remplie. L’on avait appris, en effet, que l’exécution était fixée pour hier à deux heures de l’après-midi.

Dès le malin , la place de la Halle et ses abords avaient été envahis par une foule immense qui , à l’approche de l’heure filiale , encombrait les quais et les rues où devait passer l’escorte , depuis la prison jusqu’au lieu de l’exécution.

C’est hier malin, à onze heures, que M. le pasteur Diemer, aumônier protestantdes prisons, vint annoncer à Magnus qu’il n’avait plus que trois heures à vivre. A cette nonvelle, qu’il reçut avec un grand sang-froid , il répondit au pasteur ; « Je m’y attendais ; celte nuit j’ai rêvé que je voyais dans le ciel ma graud’mère qui me tendait les bras et m’appelait à elle. En m’éveillant ce matin, sous l’impression de ce songe, ma première pensée a été que ce serait aujourd'hui mon dernier jour. » Depuis trois semaines , on avait mis au condamné la camisole de force, par suite d’un propos qu’il avait tenu et qui avait fait craindre qu’il n’attentât â ses jours. Son sang-froid ne l’avait cependant pas abandonné , et lorsque. Niedecker fut amené dernièrement dans la prison, par suite de l’assassinat qu’il a commis sur son beau-frère, il dit au pasteur d'un ton plaisant ; « En voilà encore un qui va vous donner de la besogne quand vous aurez fini avec moi. »

Quand le greffier de la Cour d’assises vint , à onze heures et quart, lui lire l’arrêt de rejet de son pourvoi, Magnus, qui entendit

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cettti ieclurc sans inaiiifeüter aucune émution , protesta de nouveau de son innocence.

A une heure cependant , le condamné demanda à faire des révélations. M.de Kintzenger, président du Tribunal, accompagné du greffier, se rendit à la prison, et recueillit de la bouche de Magnns l’aven du crime pour lequel il avait été condamné et les circonstances avec lesquelles il l’avait commis. D’après ces aveux, l’assassinat aurait été commis dans la cour et non dans l’écurie de Magnns, et c'est une houe qui aurait servi d’instrument du crime. Il ne voulut toutefois pas avouer avoir pris l’argent de sa victime. « C’est par vengeance, dit-il , que j’ai tué l’israélite , et non par cupidité. » Et lorsque M. le président insista pour savoir ce qu’étaient devenus les 1,444 fr. dont ce malheureux était porteur, Magnus réiwndil avec un ton d’impatience : «Vous allez me fâcher, je n'ai plus rien à vous apprendre. » L’exécuteur vint ensuite procéder à sa toilette , à laquelle il se prêta avec le même sang-froid , disant qu’il était content de mourir, et qu’il voyait arriver avec plaisir l’heure où il comparaîtrait devant Dieu.

La mère , la femme et les enfants du condamné , qui ne l'avaient pas vu depuis sa condamnation , s’étaient rendus hier à la prison pour lui faire leurs derniers adieux ; mais il voulut se dérober aux émotions terribles de cette entrevue , et se refusa à leurs sollicitations. M. le pasteur Diemer fut toutefois chargé par lui de recommander à ses parents et à sa femme de donner une bonne éducation à ses enfants, et de leur rappeler souvent l’exemple de leur père.

A deux heures, le condamné et son escorte se mirent en marche. Magnus précédait à pied la charrette , donnant le bras gauche au pasteur , et tenant de la main droite son bonnet ; sa démarche était assurée, et tout annonçait en lui le courage et la résignation.

Mais une scène déchirante devait accabler encore le patient à quelques pas de l’échafaud.

A U détour de la rue de la IV uée-Bleue , près du pont du faubourg de Pierre , la mère de Magnus l’attendait avec le plus jeune enfant de ce malheureux; à son arrivée, elle se fraie un passage à travers la liaie de soldats et de gendarmes qui l’entouraient , et lui jette son enfant dans les bras en poussant des cris de dé$es|)oir; celui-ci se cramponne au cou de son père , qui le serre convulsivement dans ses bras , et ne le lâche que lorsque rinterventiou des gendarmes

parvient , après beaucoup d’efibrls , à le lui arracher des mains. Nous ne cliercherons pas à décrire l’émotion qu’a excitée chez les assistants la vue de ces adieux déchirants; l’accusé seul reprit bientôt son sang-froid , et lorsque , quelques minutes plus tard , il se trouva au pied de l’échafaud , sa figure offrait à peine une trace d’émotion. Il monta avec assurance les degrés, et, pendant qu’on l’attachait à la planche fatale , il leva la tête pour voir le couteau. Bientôt après , un cri d’horreur se fit entendre dans la foule : la tête du coupable était tombée I

(Cas. des Trib. des 28 et 29 mai 4858.)

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