Exécution d'un porricids
Depuis un mois que l’on avait appris le rejet du pourvoi formé par Jean-Nicolas Pernet contre l’arrêt qui l’avait condamné à mort pour parricide, la foule s’était portée chaque samedi , jour présumé de l’exécution, sur la place du Collège, qui, pour la deuxième fois, devait servir de théAlre à une exécution capitale.
Les gens de la campagne surtout affluaient ces jours-là dans nos marchés, qui, depuis quelques semaines, étaient plus considérables qu’ils ne le sont d’ordinaire à Cette époque de l’année. L’attente si souvent trompée devait enfin être remplie, et l’on apprit que l’exécution était fixée pour le mardi 51 juillet , A onze heures et demie.
Dès le matin, la place du Collège et ses abords avaient été envahis par une foule immense, qui , A l’approche de l’heure fatale, encombrait la rue où devait passer l’escorte depuis la prison jusqu’au lieu de l’exécution.
C’est mardi , A dix heures , que M. Caillet , vicaire de la paroisse Saint-Michel, vint annoncer A Pernet que sa demande en grâce étah rejetée et qu’il n’avait plus qu’une Iteure à vivre. A ces mots, Pernet est resté slupéfait et n’a proféré que ces seules paroles : « Ah I mon Dieu, mes pauvres enfants! ayez pitié d’eux, »
Quelques minutes après onze heures , le condamné se mit en marche, nu-pieds, vêtu d’une simple chemise et la tète couverte d’un voile noir. Po'net donnait le bras gauche au pasteur, et de le main droite tenait le bras de l’exécuteur; ta démarche était peu
assnrée , et tout son air cependant annonçait le courage et la résignation. Lorsque quelques minutes plus tard il se trouva au pied de l’échafeud , sa figure offrait des traces visibles d’émotion. Il monta les degrés , et pendant qu’il était exposé aux regards du public. l’bnissier désigné par le sort pour lire au public assemblé l’arrêt de mort , remplit avec une vive émotion cette tâche pénible. Cette lecture faite, Pernet, qu'on attaehait à la planche btale, leva la tête en s’écriant : M»s pauvres enfants! Bientôt après , un cri s’est fait entendre dans la foule : la tête du coupable était tombée!...
La femme de Pemet assistait à l’exécution de son mari avec ses deux filles ; elles l’ont conduit jusqu’au cimetière , et ne voulaient pas s’arracher de la fosse où gisait le cadavre sanglant et mntilé !
(Gas. des Trib., 7 et 8 août 4858).