Exécution de Lamy père
Versailles , 2 août 4 838.
Nos lecteurs se rappellent l’horrible assassinat commis . au mois de mars 4837, sur la personne de Levariter, dans le canton de Che-
vrease. Levacfaer, vieillard de soixante-qninze ans, avait été assailli la mût, dans sa maison qu’il habitait seul , par quatre individus. Il avait été brûlé é dilTérentes parties du corps , pois tué au moyen d’une enclume de biicheur, introduite à coups de marteau, d’abord dans les reins, puis dans la poitrine, sans que ces tortures successi* ves aient amené de sa part l’indication qu’exigeaient ses bourreaux du lieu où il avait placé l’argent qu’ils loi supposaient.
Une vigilante instruction avait obtenu do nommé Meunier, arrêté le premier sur de simples soupçons , l’aveu de sa complicité et la révélation que Lamy père et ses deux fils étaient les auteurs priO' cipaux.
Après de longs débats , la Cour d’assises de Versailles avait condamné Lamy père à la peine capitale, et les trois antres à celle des travaux forcés à parpétuité. Lamy et ses fils s’étaient pourvus en cassation. Meunier s’était tenu pour bien jugé. La Cour de cassation avait rejeté , le 10 du mois dernier , les trois pourvois , et la vie de Lamy père ne tenait plus qu’à un pourvoi de grâce.
Au milieu des forCiits qui se succèdent depuis quelque temps , celui de Lamy avait glacé d’effroi tout le pays, et cependant il espérait que la clémence royale descendrait jusqu’à loi. Mais ce matin Lamy père a été averti qu’il fallait se préparer à la mort , et que son dernier jour était arrivé.
Cet homme avait suivi, en riant à chaque instant, les lanaentables détails de son procès ; il avait entendu son arrêt de mort avec une espèce d’indifférence et même de galté. La veille encore , il parlait de sa sortie de prison comme chose probable , et s’inquiétait auprès du concierge des moyens de se faire remettre promptement ses outils de faucheur, déposés au greffe; mais, à la nouvelle de l'exécution, il a été frappé de stupeur. Le vénérable pasteur qui bieotût est venu l’assister n’exbortait plus qu’un être sans intelligence et presque sans vie.
A l’heure fatale on a dû porter le condamné dans la voiture qui l’attendait. L’échafoud avait été dressé hors la grille de l’octroi , à l’entrée du boulevard Saint-Antoine. Malgré le mystère qui avait présidé aux ordres et aux préparatifo, une foule considérable s’était portée sur le lieu nouveau choisi pour l’exécution. Lamy père, privé de sentiment, a été tiré delà voiture et porté sur l’échafaud par les aides de l’ex^uleur des hautes œuvres de la Seine , qui avait été
mandé pour remplir son ofDce à Vemilles. Il a tilla attacher Lamy qui ne se soutenait pas , et il a semblé que le fer ne happait plus qu’un cadavre.
Les deux fils Lamy seront exposés demain. On leur a laissé igno* rer le supplice de leur père; ils supposent qu’il a été transféré dans une autre prison.
üne heure après l’exécution , le roi entrait A Yersailles. S. MF. ignorait qu’un supplieedût avoir lien ce jour même, et la nouvelle qui lui en a été donnée a paru l’émouvoir profondément.
{Gaz. des Trib.,Aaaût 1858).