‹ Du Régime cellulaire préventif, répressif et pénitentiaire, à substituer au système pénal actuel en général, et à la peine de mort en particulierChapitre 29 sur 42 · Exécution d'OHisehlager · texte numérisé non relu

Exécution d'OHisehlager

Ângonléme,34 octobre.

Ollischlager , condamné à la peine de mort pour crime d’assassinat, a subi sa peine aujourd’hui.

Il n’a point démenti la fermeté qu’il avait montrée au moment de sa condamnation. Après avoir entendu son arrêt , il s’était levé et avait dit : « J’aime mieux mourir que de faire connaître ma famille.» Plusieurs personnes pensèrent alors qu’il appartenait à quelque ^amille distinguée d’Allemagne. Son ton, ses manières, la pureté de son langage , l’obscurité profonde qui cachait sa vie passée , ponvaient en effet faire douter qu’il fût boucher on maçon , comme le portait son passeport. Des larmes avaient coulé de ses yeux au moment où son défenseur s’était écrié ; « Si vous avez un blason , ca-

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chez-le bien , et que votre famille ignore toujours la tache sanglante dont vous l’avez couvert. » Pendant tout le reste des débats et au moment de sa condamnation , aucune émotion n'avait paru sur sa ligure impassible.

On savait si peu son nom , qu’il fut condamné sous le nom de Vondonthendal , parce qu’il loi plut dans les débats de le prendre et de laisser celui d’OUisclilager, que portait son passeport. Dans le trajet de la cour d’assises à la prison , il dit aux gendarmes : « Je mourrai sans qu’on sache mon nom. »

Dans la prison on le surveilla très-exactement : il s’était déjà évadé de la prison de Ruffec en limant ses fers et en perçant iin mur épais. On ne négligea rien pour éviter tonte tentative d’évasion, et les guichetiers le visitèrent souvent dans son cachot ; ils le trouvaient constamment à écrire. Une nuit , le geôlier ayant entendu quelque bruit, se rendit an cachot do condamné et examina ses fers plus attentivement qu’il ne l’avait fait jusque là. Il s’aperçut qu’ils étaient presque entièrement limés. Une recherche minutieuse fit découvrir une corde de soixante pieds , faite avec de la paille et les débris d’une couverture.

Quelques jours après, Ollischlager lima de nouveau ses fers et fit une nouvelle corde avec quelques-uns de ses vètemens. On découvrit alors un ressort de montre dans une de ses bretelles. 11 parait qu’il ne fut point découragé par ces deux tentatives infructueuses et qu’il continua à chercher des moyens d’évasion , soit en creusant son cachot, soit en sciant les barreaux de sa fenêtre.

On rapporte que tous les efforts de l’aumônier des prisons ont été inutiles près de lui , et que sans al)andonner le ton de respect à l'égard du vénérable ecclésiastique , le condamné a constamment refusé les secours d’une religion qui n’est peut-être pas la sienne.

Ce matin , il a appris , par deux condamnés qui venaient d’être exposés, que son dernier jour était arrivé. Aussi , lorsque le geôlier est entré à midi dans son cachot pour lui dire de descendre , il a répondu avec son calme habituel : « Je sais ce qu’on me veut. J’ai demandé jusqu’à demain pour metirc ordre à mes affaires, et puisqu’on ne veut pas m’accorder ce délai , je ne descendrai pas. » M. le procureur du roi , ayant eu connaissance de ce refus , a ordonné qu’on employât la force. Lorsqbe Ollischlager a entendu venir les gendarmes, il a poussé sa porte et l’a tenue si bien fermée.

qu'il a l^llu une barre de fer pour la lever des gonds. Dès qu’elle a en cédé, il n’a fait ancnne résistance et a dit seulement à l’exécuteur qui lui mettait les menottes : « Tu trembles ! je crois que tu as plus peur que moi. n

Bientdt après, il est sorti de la prison, et a considéré d’un regard calme et assuré la foule qui couvrait la place et la route qu’il devait suivre. Il s’est avancé d’un pas ferme, en s’entretenant avec l'aumô* nier qui l’accompagnait. Durant le long trajet qu’il a eu à parcourir, son courage ne s’est pas démenti un seul instant, son visage n’a pas trahi la plus légère émotion. Arrivé vis-à-vis de la caserne , il s’est arrêté et a demandé qu'on lui montrât la prison; puis il a continué sa marche. Arrivé an pied de l’échafaud , il y est monté avec assurance. Il a demandé à boire ; on lui a présenté un flacon d’eaii-de-vie. Après avoir bu , il s’est avancé sur l’échafaud. S’adressant à la foule , il a dit : « Mes amis , je suis étranger, je suis né loin de la France. Je suis accusé d’assassinat. J'ai voulu me tuer , je n’ai pu réussir. Je meurs content, puisqu’on ne sait pas mon nom ; ma famille ne sera pas déshonorée. »

Le malheureux avait à peine terminé que l’exécuteur posa la main sur lui : O Ne me touchez pas , dit le patient en frissonnant, faitesmoi voir ce qu’il faut foire. » Il plaça alors sa tète sous le couteau, et, comme il tardait à tomber, il s’écria : a Dépêchez-vous donc. »

Quelques secondes après, tout était fini, et le crime était expié.

Ollischlager avait vingt-cinq ans.

{Gaz. des Trih., du 7 novembre 1838).

16. Extrait du compte-rendu de la justice pendant Vannée 1836.

Noos remarquons avec plaisir que les peines infamantes et surtout la peine de mort ont été chaque année dans une proportion décroissante. Aussi , en 1826, il y a eu 136 condamnés à mort ; en 1827, 100; en 1829, 80; enfin, en 1832, 74 ; en 1833, 42; enl834, 23; en 1833 , 54 ; en 1836 , 30. En admettant que les crimes punis par cette peine ont été plus rares , on doit reconnaître aussi que la répugnance des jurés à l’appliqueraétépourquelquechose dans cette décroissance , et que c’est un acheminement vers l’abolition de la peine de mort , progrès que nous aimons à constater dans l’Intérét

de la morale et de l’hamanité. Ce qui nous confirme dans notre opinion, c’est que les circonstances atténuantes ont été déclarées par le jury en faveur de 2472 condamnés , et il est dit dans le compterendu , que si les peines prononcées par la loi contre les individus déclarés coupables par le jury , eussent été appliquées sans tenir compte des circonstances atténuantes , 472 auraient été condamnés i mort, au lieu de 30; 245 aux travaux forcés à perpétuité, au lieu de 148, et 4507 aux travaux forcés, an lieu de 751, etc.

(Natioual, du 25 décembre 4838).

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