EN LA PERSONNE DE M. LE MARUUIS
DE LA BOCHEFOUCAULD- LIANCOURT, {Irraibcnt br rtUt dontte.
GC ùi ^ILémovce de mo\i ^ète .
INTRODUCTIOi^.
Depuis l’abolition de la torture (Ij , depuis que la peine de mort est réduite à la seule privation de la vie (2), plus d’un demi-siècle s’est écoulé. — L’esprit de la société n’est point demeuré stationnaire , le nier, ce serait, en présence d’une personne qui marche , méconnaître le mouvement.
Nos institutions se sont améliorées , nos mœurs se sont adoucies, et le 19‘ siècle révélera son existence , par l’état de sa civilisation.
La législation pénale d’un peuple est toujours en rapport avec le caractère de ses habitants. La France gouvernée long-temps par des lois de sang, subissant le joug de l’absolutisme et l’humiliation des principes des gouvernants de cette époque , pensa un jour à devenir libre ; elle le devint. . . parce qu’elle le voulut. Son émancipation amena l’abolition des supplices barbares qui faisaient sa
(t) Louis Xyi l’abolit à son avènement au trône en 1774.
(2) La loi romaine disait : Ultiraum sopplicium esse roortem solam interpretamnr.
honte , et les lois e'pure'es du limon qui les souillait commencèrent li être dignes d’un grand peuple.
De nos jours la socie'té comprend l’objet des peines bien différemment d’autrefois. La punition ne tend plus à exciter la douleur, elle ne s’attache pas uniquement au corps ; la société actuelle veut par la punition moraliser l’homme , elle ne l’obtiendrait pas en le condamnant à de vaines souffrances. Si, pour assurer sa sécurité, il lui hiut frapper le coupable, elle entend que ce ne soit pas à toujours, car la répression, ce sont des hommes qui l’exercent, et les hommes sont sujets à l’erreur !... Aussi , voyez le progrès des idées... la flétrissure n’existe plus dans nos codes (1); les malheureux que la loi confine dans les bagnes , jusqu’ici jouets dangereux de la curiosité publique, n’auront plus à subir cette honteuse exposition ; leur cynisme, poussé chez quelques uns jusqu’au délit , ne sera plus pour la multitude un objet de scandale et d’effroi ! (2) La société marche donc ; l’impulsion donnée , l’humanité proclame que la
(1) Loi da ^ avrU 1852.
(2) Ordon. roy. insérée dans la Gaz. des Trib. du 12 décembre 1836, Bull, des lois 475, 471.
« Ce Uiste convoi (des forçats) offre sans aucun doute un mauvais
\hi
peine de mort n'est ni légitime ni nécessaire , que l'eùt-elie été , elle ne l’est plus. Elle dit que dans l’état actuel de la civilisation , l’inefficacité incontestable de la peine de mort est à peu près incontestée. Aussi les adversaires de l’abolition immédiate de la peine de mort, se font gloire de sympathiser par le fond des idées avec les partisans de la réforme. S’ils refusent à partager avec eux une responsabilité qui les effraie, c’est la crainte de laisser la société désarmée en présence du crime I... Cette appréhension les arrête , ce fantôme suspend leur vote !... la peur!... Pour des hommes de sens il n’est pas de peur plus honteuse que la peur d’être accusé de peur. ( Lord Brougham à la chambre des lords, 1831. )
Il appartenait à la Société de la Morale chrétienne , elle qui par la propagation et la puissance de ses doctrines est parvenue à populariser cette idée : l'horreur qu'inspire des exécutions d mort commande impérieusement V abrogation de la peine de mort; il lui appartenait, disons-nous, pour
spectacle aux populations dont il traverse le territoire , et l’on peut soutenir que cette exposition prolongée ne peut qu’endurcir des hommes , que tout , dès le moment de leur condamnation , doit tendre i réformer.... » Rapport au Roi, du ministre de l’intérieur.
achever sa noble et philantropique entreprise , de rassurer l’opinion publique sur les conséquences de cette abrogation et de combattre ces derniers préjugés que la connaissance des faits repousse , et qui ne subsistent que parce que toutes les intelligences n’ont pas la patience de les interroger. Telle est la dernière lutte engagée non plus, comme la première , entre le cœur et la raison (1 ), mais entre l’ignorance et la vérité (2), lutte sérieuse dans laquelle, dédaignant des accusations puériles (3), nous ne nous attacherons à répondre qu’à des adversaires graves et consciencieux. Puissions-nous dans la nouvelle tâche que nous nous efforcerons d’accomplir , prouver aux hommes de tous les rangs, de toutes les opinions, que notre parole nous appartient, que nous ne sommes d’aucun parti, et que le bien de l’humanité est le seul but de nos travaux.
(1) C’esl bien plus au cœur qu’il faut s’adresser aujourd’hui , qu’à la raison, pour triompher des derniers obstacles. — M. Carnot, Rapport général sur les travaux de la Soc. de la IMor. chrét. en I8Ô6.
(2) Nous les invitons ( les concurrenis) à baser leurs théories sur l’étude de l’homme et l’expérience des faits; c’est surtout «ii travail d'application qui leur est demandé. — .M. Carnot , ut suprà.
(5) La peine de mort n’est attaquée que par des liommes qui ont plus de pusillanimité qne d’/iumanité ... — De i’ilomanilé dans les lois criminelles , par M. de Molènes , page 583.