Les récompenses consistent
1 Dans le passage de la classe d’exception on de punition à la classe d’épreuve , et de la classe d’épreuve à la classe de récompense avec les avantages qui y sont attachés ;
2. ° Dans les bonnes notes et l’inscription an tableau de bonne conduite, affiché dans les ateliers et au parloir;
3. ° Dans les livres et autres sortes de témoignages qui seront accordé.s en prix aux jeunes détenus qui se seront distingués par leur bonne conduite, leur retour sincère à la vertu, ou du moins leurs efforts éprouvés pour y revenir , leurs progrès à l’école et à l’atelier.
Ces distributions se feront annuellement et solennellement en assemblée générale du comité , et en présence de quelques personnes notables qui pourront y être invitées par le directeur.
129. Indépendamment des dispositions du présent chapitre, les' peines et récompenses en usage dans les écoles ordinaires , recevront leur pleine et entière exécution.
130. Toutes les punitions et toutes les récompenses, quelque peu remarquables , seront enregistrées avec soin , et pour ainsi parler , au compte ouvert à chaque détenu dans le livre des bonnes et mauvaises actions dont il sera parlé à la fin du présent réglement.
Des récréations.
iZi. Les r<!créaiions auront lieu , pour cha(|i)c classe, dans les cours ou cliaufToirs qui leur sont assignés; les détenus s’y rendront toujours , soit du réfectoire, soit des ateliers , en rang et en silence , conduits par le surveillant de service , et ne pourront rompre ics rangs et le silence qu’au signal donné.
Il est défendu de se colleter, de se Itattre , de se quereller , de se livrer à aucun jeu de mains indécent, ni à aucun jeu bruyant. Tous les jeux de liasard sont prohibés.
Il est expressément défendu de jouer son ouvrage on de l’argent , à quelque jeu que ce soit.
152. Il y aura, dans chaque cbaufluir ou préau, si le nombre des détenus rend cette mesure nécessaire, indépendamment du surveillant, un ou deux sous- surveillants chargés du maintien de l’ordre.
155. Le surveillant principal visitera souvent les détenus dans leurs cours ou cliauffoirs , pour y surveiller leurs jeux , y recueillir leurs plaintes on réclamations , et enfin , adresser ses remontrances ou encouragements.
De la caisse d’épargne et de la caisse des masses de réserve.
154. Il y aura une caisse d’épargne dans la maison , instituée pour recevoir les dépôts des détenus , et une caisse des masses de réserve pour recevoir et garder ces masses à chacun d’entre eux pour le moment critique de leur libération.
155. Nul d’entre eux ne pourra , sous aucun prétexte , avoir d’argent en sa possession.
156. Les dons en argent des parents, amis ou antres visiteurs autorisés , seront versés en conséquences à la caisse d’épargne , qui servira à cet égard de caisse de dépôts.
15T. L’argent versé par les détenus ou en leur nom à la caisse d’épargne , ainsi que la part qui leur reviendra chaque semaine de leurs gains et salaires , pour le travail dont ils auront pu être chargés, forment le montant de leur quotité disponible, qui sera inscrit sur le livret de chacun d’eux.
138. Cette quotité disponible pourra par eux être employée, soit en envoi de secours à leur famille, soit à l’achat des objets à leur usage personnel , tels que livres , papiers , crayons , peigne , mouchoirs et autres choses de ce genre , utiles et agréables , autorisées par le directeur.
139. Cependant, sur l’argent versé à la caisse d’épargne, au compte des détenus de la classe de punition , ils ne pourront disposer que du sixième provenant du produit de leur travail , et encore avec une autorisation expresse du surveillant principal.
Le surplus sera mis en réserve pour l’époque de leur sortie.
110. La caisse d’épargne et la cais.se des masses de réserve seront tenues par le surveillant principal , sous l’inspection du comité , qui se réserve de combiner au besoin tout autre mode de caisse d’épargne et de masses de réserves, qui soit , si possible , productive d’intérêt pour le déposant , la dernière surtout.
De la comptabilité morale de la maison des jeunes détenus.
141 . Chaque samedi , le surveillant de chaque classe remettra au surveillant principal la note de la conduite de chaque détenu pendant la semaine , à la chapelle , soit pendant les instructions , soit pendant les offices , à l’atelier , à la récréation , au repas , an couclier , au lever , etc.
Le surveillant principal ajoutera sur une colonne réservée en blanc, ses observations personnelles , soit comme surveillant en chef, soit comme instituteur. S’il ne l’est pas lui-mème , il remettra ces feuilles à l’instituteur , qui les complétera par les notes relatives à la conduite , à la tenue des enfants à l’école.
142. Le surveillant principal , d’après l’ensemble et l’appréciation des renseignements divers contenus aux feuilles de conduite de chaque détenu , qualifiera et transcrira la qualification qu’il croira devoir lui donner en conscience , sur un registre ad hoc, présentant lin compte ouvert à chacun, sous les trois dénominations de conduite passable, bonne, mauvaise.
143. A chaque fin de mois , le surveillant principal fera le relevé de la conduite mensuelle du détenu , et le transcrira dans le livre appelé des Bonnes et des mauvaises actions , ou de la Comptabilité morale , dont il va être parlé dans l’article suivant , par la simple
inscription d’une des leltres P. B. R. M. C. à l’une des cinq colonnes intitulées : conduite passable, bonne, régulièrement bonne, mauraise, constamment mauvaise.
Le livre de comptabilité morale contiendra donc à l’avoir de chaque détenu, le relevé mensuel du répertoire hebdomadaire, inscrit ainsi que le prescrit l’article précédent , à l’une des trois premières colonnes intitulées; Conduite passable, bonne, régulièrement bonne;
A la quatrième colonne , le relevé ouvert d chaque détenu , par l’art. 425, pour les lectures volontaires;
A la cinquième colonne , les récompenses obtenues et les actes remarquables d’une conduite vraiment méritoire;
A la sixième colonne , les décisions du comité qui auraient fait passer le détenu d’une classe dans une autre à titre de récompense;
Dans la septième colonne , les numéros de renvoi au registre de la caisse d’épargne , au registre de la caisse des masses de réserve, enfin, au registre matricule, etc.
Il contiendra , au débit de chaque détenu , le relevé mensuel du répertoire hebdomadaire inscrit suivant la forme précitée à l’une des deux premières colonnes intitulées : Conduite mauvaise , constamment mauvaise ;
A la troisième colonne , les punitions et les principaux actes d’une conduite blâmable ;
A la quatrième colonne , enfin , les décisions du comité , portant renvoi d’une classification dans une autre, à titre du punition.
445. A l’époque de la sortie de chaque détenu , par l’expiration de sa peine , de la durée de la sentence judiciaire , le surveillant principal soumettra à la commission , d’après la balance du compte du détenu , la qualification de sa conduite dans la maison , et sur l’approliation du comité ou du directeur , transcrira an registre de comptabilité morale cette qualification , qui sera parapliée par deux membres au moins du comité.
446. Avant le moment de la sortie , c’est-à-dire un mois environ avant le temps d’expiration de sa peine , un patron sera donné à chaque futur libéré, suivant les règles et usages de la société de patronage.
I.e présent réglement , arrêté par le comité d’administration , sur
la prop<»ition et rédaction ainsi faite par M. l’abbé Dupuch , directeur de la maison pénitentiaire des jeunes détenus de la cour royale de Bordeaux , le 9 novembre 4856, sera soumis à l’approbation de M. le Préfet , pour avoir son exécution.
7”. Foie de* ConteiU-gènèraux dan» la *e*sion d’août
Voici en abrégé le résultat du vote des conseils-généraux quant à l’isolement :
Par rapport aux prévenus : 58 ont été d’avis de l’isolement absolu, 44 se sont prononcés contre.
Par rapport aux condamnés : 55 se sont prononcés pour l’isolement absolu, 4 5 se sont prononcés contre.
Quatorze se sont abstenus de voter sur la question.
Un s’est prononcé pour le maintien de l’état actuel des choses (la Lozère).
8“. De V Isolement absolu sous le rapport hygiénique. L’Académie royale de médecine vient de se prononcer sur la grave question de la mortalité et de la folie dans le régime de la réclusion absolue appliquée comme peine. Une commission composée des docteurs Esquirol, Marc, ViUermé, Parisef et Louis, avait été nommée pour examiner le mémoire que lui avait présenté sur cette question M. Moreau Christophe , inspecteur général des prisons du royaume. Les conclusions de la commission , favorables en tons points au système de la réclusion solitaire, telle qu’elle est pratiquée maintenant dans le pénitencier de Philadelphieanx Etats-Unis, ont été adoptées à la presque unanimité, après discussion en séance générale. Des remerclments ont , en conséquence , été votés à M. Moreau Christophe pour son travail , lequel sera imprimé avec celui de M. £s(juirof,rapporteur, dans le prochain volume des mémoires de l'académie. Ce sera un document précieux à consulter pour les chambres lors de la discussion du projet de loi sur la réforme des prisons.
9°. De l’ Isolement absolu applique aux enfants dans la prison de la Roquette , à Pari*.
11 y a un an environ , l’administration crut devoir introduire un
important changement dans le régime de la prison de ta Roquette , qui est destinée tout à la fois aux enfants détenus , soit par suite de jugements, soit par voie de correction paternelle. Quoique jusqu’alors ces deux classes de détenus n’eussent pas été confondues , leur régime était à peu près le même , et l’isolement n’était maintenu que pendant la nuit. Déjà on avait pu apprécier tout ce qu’il y avait de fâcheux dans une communauté de repas , de travaux et d’oisiveté. Le nombre toujours croissant des récidives démontrant l’inutilité, le danger même de cette vie rendue commune entre les enfants dont le moins corrompu prenait bientôt les vices des autres ; et les parents , effrayés eux-mêmes de cette contagion , hésitaient à user du droit de correction que la lui civile donne aux pères , mères et tuteurs, jusqu’à la majorité des enfants ou pupilles
M. le préfet de police , que ces dangers préoccupaient vivement, pensa que le seul moyen de soustraire les enfants à la contagion de l’exemple et de leur rendre vraiment profitable la leçon qui leur était infligée, était de les soumettre à l’isolement absolu de jour et de nuit. Un quartier de la prison fut donc affecté à ce qu’on appelle la correction paternelle, et le système cellulaire y Iht appliqué dans toute sa rigueur.
Nous l’avouons, lorsque, pour la première fois, on nous apprit la réforme qu’avait résolue l’administration , nous ne pûmes partager ni ses idées ni ses espérances , et quoiqu’en principe noos fussions partisans bien arrêtés do système de Pensylvanie , nous eûmes peine à croire qu’il ne fût pas dangereux de l’appliquer à des enfants et là où le but principal est de moraliser plutôt que de punir. Non pas, sans doute , qu’à nos yeux l’isolement absolu ne puisse devenir un agent de moralisation ; mais ce qui caractérise surtout ce système et ce qui fait que, dans l’ordre pénal, il nous semide le seul admissible , c’est qu’il renferme toutes les conditions d'une intimidation énergique et vraie. Or , nous l’avons déjà dit bien souvent , l’intimidation est la fin essentielle et constitutive du châtiment, et s’d fallait que. dans le conflit de l’intimidation et de l’amendement, l’un ou l’autre s’affaiblit, il vaudrait mieux encore , sous le point de vue social, que l’intimidation conservât tout sa force, et que l’amendement , chose déjà si douteuse , ppjdit quelques-unes de ses éventualités. Intimider à tout prix , amender si l’on peut.
Mais si cela est vrai à l’égard des individus que la loi a frappés
pour leun méfaîu et qu'elle montre en exemple à ceux qui seraient tentés de les imiter , il nous semblait que la raison inverse devait dominer à l’égard de cenx que la détention a pour but , non de punir , mais de corriger. Or , sans admettre dans leur entier les objections laites an système de Philadelphie par les quelques dissidens dont le nombre s’en va diminuant chaque jour, nous hésitons à penser que l’isolement pût être considéré en lui-méme et sons le point de vue unique de l’amendement, comme un agent topique et inbiliiblement efllcace. Cela nous semblait douteux , surtout en le voyant appliqué à de jeunes enbnts.
L’adulte , en effet , dont l’éducation , quant à lui et quant à ses rapports extérieurs, est en quelque sorte un fait accompli , l’adulte, disons*nous , peut impunément être livré à lui-mème , il n’a pas à apprendre les devoirs sociaux et moraux ; il les a sus, les a connus ; il n’a fait que les oublier , ou ne les a pas sufSsaroment compris. L’éducation, pour lui, n’est plus en quelque sorte qu’une affaire de mémoire et de réflexion ; et ce sont là les deux facultés qui s’éveillent avec le plus d’énergie et de vertu dans le calme de l’isolement. Mais en devait-il être de même de l’enfant, de l’adolescent si l’on veut, qui, à peine entré dans la vie commune, ne peut former son intelligence et son âme qu’au contact incessant des choses extérieures 7 Que seraient ses réflexions solitaires , ses méditations du jour et de la nuit, à lui qui , avant de réfléchir et de méditer, aurait besoin , ce semble , d'avoir appris et de savoir P Puis , n’y avait-il pas , à l’égard de cette classe de détenus , des raisons d’hygiène incompatibles avec un régime que des adultes peuvent impunément supporter ?
Tels étaient nos réflexions et nos doutes , lorsque nous eûmes connaissance du nouveau projet de l’administration. Toutefois, nous ne crûmes pas devoir les émettre publiquement avant que l’expérience de la pratique et des faits leur eût donné plus de force et de certitude , car nous ne comptions pas snr le succès. Mais depuis près d’une année , la pratique a continué , les résultats sont appréciables, et lorsqu’il y a peu de jours nous avons pu être admis à les vérifier par nous-mêmes, nous l’avouerons franchement, tontes nos appréliensions avaient été démenties, la logique des faits avait parlé plus haut que les inductions physiologiques; et les résultats obtenus, constatés , dépassaient les espérances de ceux-là mêmes qui avaient
conçu le plan de réforme ; il ne 'nous [était pins permis de douter.
Hâtons-nous d’exposer ces faits et ces résultats.
Le quartier de la correction paternelle est séparé du quartier des jeunes détenus. Un corridor règne entre deux rangées de cellules dans lesquelles sont enfermés les détenus. A la porte de chaque cellule est pratiqué une espèce de guichet oblique qui ne permet pas au détenu de voir ce qui se passe au-dehors , et qui le met , dans quelque endroit de la cellule qu’il se place, sons les yeux des gardiens qui , à tour de rôle , se promènent dans le couloir. Les cellules sont d’une dimension suffisante, aérées en été, chauffées en hiver, éclairées toute la nuit. L’enfant en y entrant perd son nom, qui est connu du directeur seul , et, afin de ne laisser aucune trace de son passage dans la maison , il n’est plus désigné que par le numéro de sa cellule. Aux heures fixées, le détenu reçoit son repas dans sa chambre, l’instituteur de la maison vient lui donner une leçon de lecture, d’écriture, de calcul ; il a des livres à sa disposition , et peut , s’il le veut , se livrer à quelques menus travaux de son choix, l.’aumônier , le directeur , le médecin , lui font de fréquentes visites. Pendant une heure, il se promène dans les chemins de ronde , mais seul et sous la sous la surveillance d'un gardien.
Tel est , en résumé , le régime de la maison. Hâtons-nous d’en constater les résultats.
Avant cette réforme et lorsque les enfants étaient abandonnés à tons les dangers de la vie commune, les récidives étaient au nombre de onze sur quatorze. Depuis un an que le système cellulaire de jour et de nuit est adopté , il n’y a eu que deux récidives sur cent cinquante enfants , et encore , la première détention de ces jeunes récidivistes avait-elle été abrégée par les parents, ce qui avait pu en peralyser les effets.
A l’appui de ces chiffres nous pourrions citer un grand nombre de faits qui seraient de nature à témoigner encore en foveur du système.
Un enfant de quatorze ans du quartier des jeunes détenus avait refusé toute espèce de travail : les exhortations , les menaces , les punitions, tout avait été inutile ; il alla même jusqu’à déclarer que si on lui parlait encore de travail, il se mutilerait pour s’y soustraire. Il tint parole , et un jour que les reproches avaient été contre lui plus vifs encore qu’à l’ordinaire, il saisit une petite hachette et s’abattit d’un seul coup le doigt indicateur de la main droite.
II fut immédiatement transféré au quartier de la correction paternelle, mis en cellule , et on l’abandonna entièrement à cette oisiveté pour laquelle il avait pu s’imposer un supplice si douloureux. Pendant les premiers jours son irritation ne fit que s’accroître : l’ennui vint bientôt. Il demanda des livres , ou quelque occupation qui pôt le distraire. On refusa; pendant un mois on résista à toutes ses instances : le travail , lui disait-on , était une récompense qu’il ne méritait pas. Enfin , après deux mois de l’oisiveté la plus poignante, on finit par céder aux prières, aux larmes de ce malheureux enfant, qui implorait le travail avec toute l’énergie qn’il avait mise naguère à le repousser.... Cet enfant est aujourd’hui le meilleur ouvrier des ateliers , et depuis la leçon qu’il a reçue il n’a pas eu à encourir une seule punition (I).
L’histoire de cet enfant est à peu de chose près celle de tous ceux qui entrent au quartier de la correction paternelle. Dans les premiers jours l’irritation est assez vive , puis bientôt le calme , l’ennui , la tristesse , l’abattement , enfin le besoin du travail , la résignation et le repentir.
IVous parlions tout-à-l’heure do petit nombre des récidives : ce résultat , pour ainsi dire négatif, n’est pas le seul qu’il iallle mentionner ; le traitement moral dont nous parlons n’a pas eu pour unique effet d’empècher les rechutes , il a , dans presque tous les cas, produit une guérison radicale et sans danger pour l’avenir. Les faits viennent ici encore démentir les théories, et de la bouche même de quelques-uns de ceux qui ont subi l’épreuve on a pu recueillir les résultats de l’expérience. Plusieurs jeunes gens de dix-sept à dix huit ans, et quelques-uns de bonnes familles, que les sévérités paternelles avaient ainsi arrachés aux excès les plus condamnables, manquent rarement, depuis leur sortie, à venir témoigner leur reconnaissance au directeur- lui-méme.
Noos citerons même , à cet égard , un fait assez remarquable et qui , en même temps qu’il confirme ce que nous avançons , est une
(i) liC travail d’un enfant dans sa cellule est double de celui qui se fait dans les ateliers communs. Ce fait qui a été constaté à la prison de la Roquette, vient à l’appui des observations consignées par SL Guillot dans une de ses publications.
réponse péremptoire à ceux qui repoussent comme exorbitantes et cruelles les exigences de l’isolement absolu.
ün jeune homme de 47 ans était abandonné depuis plusieurs années à tous les désordres d’une vie oisive et dissipée. U fut placé au quartier de la correction. Après quelques jours d’irritation, il ne tarda pas à se livrer au travail avec une ardeur qui tenait de la passion. Lorsque les six mois de détention furent expirés , il fut rendu à la liberté. Un mois après, il revint; il exposa au directeur que sa famille, dans laquelle un second mariage avait suscité contre lui une aversion assez prononcée, ne lui donnait pas les secours et l’appui nécessaires pour résister à de mauvaises tentations : il avait encore besoin , disait-il , de rester dans la prison d’où il était sorti , d’ètre encore placé quelque temps loin des mauvais exemples et sans oisiveté possible. Libre qu’il était , il venait spontanément se livrer à l’isolement de sa cellule ; il réclamait comme un bien&it cette peine que l’imagination se fait si terrible , lui qui pourtant l’avait déjà subie pendant six mois. 11 fut donc réintégré dans sa cellule , et maintenant , grâce aux soins d’un des membres de la commission de surveillance , il a pu trouver dans l’agriculture une profession laborieuse et utile.
Ce sont là , nous le répétons , des foits dont il est impossible de méconnaître la valeur. Quant aux questions d’bygiène , elles ont reçu une solution également satisfaisante.
Quand nous avons visité la prison de la Roquette, le quartier des jeunes détenus comptait soixante malades sur quatre cent quatrevingts enfants ; le quartier de la correction paternelle n’en avait pas un seul, et l’opinion de tons les médecins est que l’isolement, qui pour la correction paternelle est de six mois au plus , ne peut avoir sur la santé des enfants aucune influence Ëcheuse ; ils signalent même dans leurs observations les penchants dépravés qui naissent chez les enfants dans la vie commune , et que l’isolement amortit presqqe toujours. Ce résultat physiologique, que nous avions craint d’abord de voir posé en sens contraire , nous a été attesté par ceux qui en ont fait une étude spéciale. Cela est vrai à ce point que des enfants dont la santé s'épuisait par ces désordres, une fois arrachés à la vie commune et rois dans l’isolement , n’ont pas tardé à perdre leurs funestes liabitudes. Indépendamment de la surveillance active et continue à laquelle ils sont soumis, il parait résulter
des observations Elites à cet égard , que ce vice est un de ceux qui sont d’imitation et d’exemple plutôt que d’instinct naturel et spontané.
Tels sont les résultats que l’expérience a constatés , et il nous parait impossible de révoquer ai doute l’eflicacité du système que la sage prévoyance de M. le préfet de police actuel a introduit dans la prison de la Roquette. Désormais les familles pounxmt s'armer sans scmpules des droits de correction que leur accorde la loi civile : elles n’auront plus à craindre que cette correction soit elle- même un aliment nouveau à l’inconduite et i la correction. Il faut regretter seulement que les localités ne permettent pas de donner un développement plus large aux améliorationsconçues par M. Delessert. Les cellules mises à la disposition de la correction paternelle ne peuvent pas être éh nombre sufTisant : et bien que ce quartier suit séparé de celui des jeunes détenus , bien que le directeur de la Roquette , M. Boulon , apporte dans la double direction qui lui est conflée une surveillance et un discernement dignes d’éloges , il est fâcheux que l’nn et l'antre de ces quartiers soient confondus dans le même établissement, fassent partie de la même prison. Cette réunion , cette appellation commune ne sont pas sans influence sur les hésitations des familles , qui peuvent craindre qu’il ne reste toujours quelque flétrissure de ce passage sous un guichet commun. Une maison qui serait spéciale , au contraire, à la correction patenielie, présenterait plus de garanties pour les familles et moins de danger pour l’avenir des enfants eux-mêmes.
Il faut remarquer en outre que le système d’isolement absolu n’est encore appliqué qu’â Paris, et que, dans les départements , les enfants détenus par la voie de correction paternelle sont toujours confondus avec les prévenus et les condamnés.
Un de ceux qui se sont le plus activement occupés de la question, M. Demetz , conseiller à la Cour royale de Paris , a compris ces inconvénients , et a pensé que les avantages du système cellulaire pouvaient recevoir de plus larges développements. Un comité formé par ses soins , et dans lequel doivent figurer quelques-uns des chefade notre magistrature, a résolu d’organiser, dans un département centrai , une maison spécialonent destinée à la correction paternelle , et dans laquelle des diverses parties de la France les familles pourraient envoyer les enfants pour lesquels une pareille répression serait jugée nécessaire.
C’est à Tonrs que cette maison sera établie , et déjà le comité s’est assuré qu’aucun concours ne lui manquerait dans celte ville pour faciliter aux enfants détenus , soit la continuation de leur apprentissage pour les classes ouvrières, soit pour les classes aisées, la continuation des éludes classiques.
Nous reviendrons plus au long sur les détails de cette institution qui ne peut manquer d’étre vivement secondée par l’opinion publique et par l’administration. Les heureux résultats déjà obtenus à Paris répondent de ceux que peut produire un établissement conçu dans le même principe , mais dans de plus vastes proportions.
Nous voulions nous occuper également aujourd’hui du quartier de la prison de la Roquette qui est affecté aux jeunes détenus; mais l’étendue de cet article ne nous le permet pas. Bornons-nous à signaler le zèle éclairé qui a présidé à tontes les améliorations que l’administration a introduites dans le régime intérieur, autant toutefois que le lui a permis le vicieux système de construction adopté par l’arcbitecle.
Cette prison , qui est destinée à cinq cents enfants , a coûté près de 5 millions, 10 mille francs par détenu. Au premier coup-d’œii l’architecture présente quelque chose d’ingénieux et de savant; mais quand on examine les détails on ne peut que déplorer l’incurie qui y a présidé. Cette prison , dite panoptique, devait être disposée de feçon que la surveillance piit partir du centre et rayonner dans tous les sens sur chacune des ailes qui y viennent aboutir. Or , la tour d’observation est occupée par les cuisines , le parloir et la chapelle. Le logement du directeur , dont la place était là toute marquée , a été relégué sur l’un des côtés , et le directeur , de chez lui , ne peut rien voir à l’intérieur.
La prison, avons -nous dit, est construite pour cinq cents enfants ; or , le réfectoire et la classe n’en peuvent contenir que deux cent cinquante : il faut donc successivement deux repas et deux enseignements. Enfin les enfants n’ont aucun abri sous lequel ils puissent se réfugier, dans la mauvaise saison, aux heures des récréations. Il est impossible de les retenir dans les ateliers , qui sont encombrés de machines et d’instruments de travail ; quelque temps qu’il fasse, ils restent dans les cours , à ciel ouvert , sous le soleil ou la pluie, exposés à toutes les variations atmosphériques ; et comme on ne peut élever dans ces cours des auvents qui empêcheraient le jour
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d’arriver aux ateliers , on en est réduit, dit-on, au projet de couvrir une partie des cours en toile imperméable.
En vérité, nous sommes encore à comprendre comment un pareil plan a pu être conçu et adopté (<). On a fait du pittoresque, de l’élégant ; mais on a perdu de vue le nécessaire et l’utile. On a négligé toutes les proportions qu'exigeait le chiffre prévu de la population , de la prison, pour ne pas nuire à ce qu’on appelle l’effet architectural , et si les détenus y restent sans abri , abandonnés à toutes les rigueurs de la température , le visiteur peut y admirer sept ou huit ponts aériens qui seraient d’un effet charmant dans la décoration d’un paysage chinois. ( Cas. des Trib. tt janvier 1839. )
10° Vœux d’un condamne aux travaux force's à perpétuité.
Le nommé Robinet, condamné le 16 décembre 1833 par la cour d’assises d’Eure et Loir, à perpétuité pour crimes d’incendie , de parricide et de fratricide, fut envoyé an bagne de Brest pour subir sa peine. Je l’avais défendu. Yoici ce qu’il m’écrirait à la date du 9 juin 1838.
« La bonté et la charité qui anime votre noble caractère , m’en- » hardit à prendre la liberté à venir vous supplier de daigner vous » intéresser encore à mes malheurs , spécialement au moment on » des philanlrnphes font changer le genre des peines ; veuillej: donc » par votre puissant intermédiaire , faire changer ma terrible peine » en celle de cellulaire , là au moins je serai rapproché de ceux qui » m’aiment , j’y serai connu , et ma résignation et ma bonne con-
(i) Ces réflexions pourraient s’appliquer aux constructions faites dans les autres prisons de Paris, ce qui tient au défaut d’études spéciales de la part des .architectes et aux hésitations d’un premier essai. L’administration a compris cet inconvénient, et M. Blouet, architecte, qui par suite de sa mission aux Etats-Unis , a pu réunir toutes les notions iiéces.saires à cet égard , vient d’étre nommé inspecteur- général des prisons et membre du conseil des batiments civils. L’influence pratique de M. Blouet ne peut manquer de donner aux travaux à faire une utile direction , en même temps qu’elle leur imprimera un caractère d’ensemble et d’unité qui leur a manqué jusqu’ici.
» duite récompensées; je n’y serai plus confondu avec des èlres » corrompus sans aucune envie de revenir au bien. Daignez donc » avoir la bonté de me faire connaître si je pois espérer que vous » voudrez bien vous intéresser encore à moi , un mot de votre part » me rendra un nouveau courage et une nouvelle existence.
» En attendant vos bienfaits ,
» Je suis avec le plus profond respect ,
» Monsieur,
» Votre humble serviteur ,
» Robinet, n° 20291 , salle 4* s do bagne de Brest. »
11”. Des Pénitenciers des EtaU-Vnis.
Quatre années s’étaient écoulées depuis le retour des Etats- Unis de MM. de Beaumont et de Tocqueville, lorsqu’on 1837, MM. Demeli et B/ouet furent cliargés par M. de Gosjxtriu, ministre de l’intérieur, d’aller en Amérique; le premier pour y recueillir les notions propres à faciliter parmi nous l'introduction des pénitenciers; le second, pour y étudier les constructions que Von pourrait emprunter avec le plus d'avantage aux Américains.
Notre travail était achevé quand les rapports de MM. Demetz et Blouet ont été imprimés (1). Les documents qu’ils ont rapportés seront sa justification : ce que nous allons rapporter est extrait de ces rapports , à moins d’une indication contraire (2).
Il y a aux Etats-Unis trois sortes de prisons : 4° les prisons des villes dans lesquelles sont enfermés les prévenus, et les condamnés à un an d’emprisonnement et au-dessus ; 2° les prisons des comtés , destinées aux mêmes classes de prisonniers dans une plus grande division de territoire; 5° les prisons centrales (stales prisons), communément appelées pénitenciers , qui reçoivent les détenus à plus de deux ans. Weihersfield est le seul pénitencier où l’on reçoive les condamnés à moins d’un an.
(i) Moa mémoire avait été présenté an concoure de 1837 , lequel a été ajourné à l’année suivante. J’en ai profité pour l’appuyer de nouvelles preuves.
[3) Nous avons analysé ou plutôt résumé ces rapports.
DiQüittsj by Càoogl(
— Etat des pénitenciers.
Auburn , 770 cellules.
Total de la dépense, 300,000 dollars (2,630,000 fr.)
Pour chaque cellule, 5, 441 fr. 53 C.
Sing-Sing ou Mouiit-Pleasani , 4,000 cellules.
Total de la dépense , 200,403 doll. ou 4 ,060,336 fr. 30 c.
Pour cliaque cellule, 4,060 fr. 36 c.
IVeihersfield , 248 cellules.
Total de la dépense , 42,281 doll. 81 c. (224,090 fr. 79 c.)
Pour chaque cellule , 903 fr. 39 c.
Nota. Les travaux restant à faire porteront chaque cellule à 974 fr. 56 c.
Charles-Tou-n , 304 cellules.
Total de la dépense, 86,252 doll. 35 c. (437,437 fr. 45 c.)
Pour chaque cellule , 4 ,503 fr. 74 c.
Washington, 430 cellules pour les hommes et 64 pour les femmes.
Total de la dépense , 73,581 doll. 86 c. (389,983 fr. 86 c.)
Pour chaque cellule , 4 ,822 fr. 33 c.
Baltimore (Maryland), 518 cellules.
Total de la dépense, 484,770 doll. 04 c. (979,284 fr. 24 c.)
Pour chaque cellule, 3,079 fr. 30 c.
IticAmond (Firgliito), 469 cellules.
Nota. L’état de la dépense n’est pas connu.
Blak-Well-Island (Üew-York), maison de prévention et de correction à....
496 cellules.
Total de la dépense, 444,500 doll. (606,850 fr.)
Pour chaque cellule , 4,223 fr. 40 c.
Kingston (Huut-Canoda), 220 cellules.
Dépense inconnue.
Cherry-Bill {PensylvanU), 582 cellules. (Il n'y en a que 464 d’occupées.)
Total de la dépense , 058,000 doll. (3,381 ,400 fr.)
Pour chaque cellule , 7,287 fr. 50 c.
Lamberton près de Trenton (New-Jersey), 192 cellules.
Total de la dépense , 200,000 doll. (1 ,060,000 fr.)
Pour chaque cellule , 5,520 fr. 83 c.
Philadelphie (prison de comté à) (Pensylvanie).
Nev-County ou lHoyamensing , 408 cellules.
Total de la dépense , 210,000 doll. (1 ,1 13,000 fr.)
Pour chaque cellule , 2,727 fr. 94 c.
Hartford (Connecticut), maison de prévention, 32 cellules.
Total de la dépense , 44,300 doll. (75,790 fr.)
Pour chaque cellule , 2,368 fr. 44 c.
Boston (projet d’une maison de prévention à), 60 cellules.
Total de la dépense, 40,000 doll. (212,000 fr.)
Pour chaque cellule , 3,563 fr.
New-York.
Le nombre des cellules et la dépense inconnus (1).
— Disposition des cellules.
Sur la construction des murs de séparation entre les cellules , voici ce que dit le rapport de MM. Crairford et IF. Russel.
« Chacun des murs est divisé en deux parties de chacune 5 ponces d’épais.seur, séparées par un espace de 12 pouces.
» En ce qui concerne la construction des cellules, noos sommes arrivés à cette importante conclusion : que tous les murs dont nous
(i) En Angleterre on compte i* la prison de comté , à Gloucester; 1° lVestminster-Neu>-Bridtwel Londres, où il y a 288 cellules; 5 ° Milbank , ù Londres.
La moyenne pour les Etats-Unis ( du prix de la cellule en France ) est de 65 o fr. environ. Je crois que ce dernier chiffre pourra encore itre réduit. Aylies. p. 182.
nous sommes occupés , rendent les communications si difOciles , qu’en se servant de l’un ou de l’autre , on est sdr d’obtenir une entière séparation , et qu’ils rendraient lesefTurtsà faire pour être entendu assez pénibles, pour qu’un prisonnier qui s’obstinerait à vouloir parler , y trouvât un châtiment nouveau plutôt qu’un plaisir. D’un autre côté , on doit penser que tandis que le son passe avec tant de peine d’une cellule â l’autre , il est très-distinctement entendu dans le corridor où se trouve le gardien ; en sorte que l’efTort du prisonnier pour se faire entendre de son voisin , le fait découvrir par le gardien , puisque pour avertir celui-ci de ses besoins , le prisonnier n’a qu’à frapper sur la porte de sa cellule. Nous avons donc obtenu (ce qui est très-important dans une prison) la facilité de communication entre le prisonnier et son gardien , et une extrême difficulté, si ce n’cst l’impossibililé de communication de prisonnier à prisonnier. La certitude d’être promptement découvert , doit décourager complètement l'homme qui désire une communication clandestine; enfin, ce qui distingue le système de confinement séparé , c’est qu’avec peu de gardiens on obtient une parfaite inspection, »
Dans une antre partie du même rapport, MM. Crairford et Russe! proposent un système de construction pour les cellules des prisons d’Angleterre. Ils entrent dans des détails qui diffèrent de ceux mis en pratique aux Etats-Unis. Suivant eux , cliaque cellule aura 3 mètres C6 de longueur , 2 tu. 44 de largeur , et 5 m. 05 de hauteur. Le mur extérieur aura deux briques et demie d’épaisseur. Le mur du corridor , deux briques d'épaisseur. Les murs de séparation des celiules seront en deux épaisseurs de 0 m. 23 chacune, séparées par un espace de 0 m. 15 , rempli de sable. Les voûtes se composeront de 3 arcs en brique d’une demi-brique d'épaisseur cbacun. Les planchers seront pavés en pierre d’^ori polie. Les tuyaux de ventilation seront pratiqués dans les murs ; ils auront 0 m. 23 sur 0 m. 15. Les entourages des fenêtres seront en pierre; elles seront garnies de fonte , les châssis seront en fer , les verres seront dépolis. Chaque cellule aura deux portes, la porte intérieure sera en deux épaisseurs , séparées par de fortes lames de fer. Il y aura des trous pratiques pour l’inspection.
La plate-forme pour le lit sera en chêne , fixée dans le mur et sur un appui en brique.
L’eaa arrivera dans les celloles au moyen des tuyaux partant d’un réservoir placé dans le comble ; il y aura une cuvette de pierre de Portiand , fixée dans la muraille ; un siège d’aisances en fonte et des tuyaux de descente communiquant à un canal au-dessous du sol.
La ventilaUon se fera au moyen d’un tuyau passant longitudinalement sous le corridor de chaque aile ; l’air entrera au bout du corridor par des ouvertures élevées au-dessus de la snrËice , et couvertes de grilles de fer. L’air se communiquera aux cellules par de petits tuyaux partant do conduit général et passant sous les cellules pour monter dans le mur extérieur et aller s’ouvrir intérieurement au-dessous de la voûte. L’air des celloles s’échappera par des grillages fixés dans le mur do corridor près du plancher ; des tuyaux le conduiront sous le corridor dans un conduit général , qui correspondra à une clieminée placée au centre de la prison ; cette cheminée sera constamment chauffée (soit par un fourneau , soit par la cuisine de la prison), afin d’entretenir un courant d’air qui enlèverait l'air corrompu des cellules par la cheminée , qui doit s’élever de beaucoup au-dessus des toits.
Il y a au grand pénitencier de Philadelphie , des petites cours tenant aux cellules du rez-de-chaussée. D’après l’avis des directeurs et des médecins , il n’y aurait que peu d’inconvénients à les supprimer. En effet , les prisons de Trenlon et de Moia-Meiisiiuj, qui sont faites dans les mêmes données , ne sont point pourvues de cours que rien ne fiait regretter. Ou trouve , an contraire , dans cette suppression , d’abord une grande économie , et ensuite une garantie de plus contre les évasions, puisqu’il y a moins grand nombre de portes.
L’étendue des cellules n’est pas uniforme.
A Hartford (Connecticut), chaque cellule a t m. 52 de largeur sur 3 m. 47 de profondeur , et 2 m. t3 de liant.
A Boston , les cellules auront 3 m. 047 de long , t m. 83 de large , et 2 in. 43 de haut.
A New-York , les celloles au rez de-chaussée ont 3 ra. 33 sur I m. 75; celles du premier étage, 2m. 93 suri ro. 75; celles du 2', 37 suri m. 73; celles du 3% 2 m. 18 suri m. 73.
— Ameublement des cellules.
A Charles-Town , les prisonniers ont dans leurs cellules nn tabouret de bois , nn vase pour la nnit , un pot à eau , un coutean et unefourdiette de fonte, une cuiller d’étain , un pot i calé, une écuelle en fer-blanc et une bouteille pour le vinaigre , une boite à sel et à poivre , un fond de lit sanglé , une paillasse, une paire de draps, un oreiller, deux couvertures en été, trois en hiver, trois chemises, un col de rechange , une bible et quelques livres de religion.
A Westminster New-Bridewel (à Londres), les lits sont en fonte ainsi que les tables et les bancs des salles de réunion commune. Les aisances sont disposées de manière que chaque siège soit masqué par une espèce de porte en 1er , dont le centre roule sur on pivot. Cette porte, qui se ferme toujours d’elle-méme lorsqu’on la fait tourner pour sortir , fait lever la bande du siège , et ouvre en même temps un robinet d’où il sort de l’eau qui lave la cuvette.
A Milbank, les prisonniers dorment sur des hamacs ou des lits de fer ; è côté des portes des cellules , il y a dans l’épaisseur do mur des boites en fonte évasées à l’intérieur ; elles ont une petite ouverture sur le corridor , et c’est par là que s’exerce l'inspection (I).
11 importe de remarquer ici qu’en Amérique il existe, par rapport au système pénitentiaire, deux systèmes, celui d’/lu6urn et celui de Peiisylvaiiie, Le premier admet l’emprisonnement solitaire dans les cellules pendant la nuit, et le travail en commun pendant le jour. Le silence ne s’obtient qu’avec le fouet. Le se-
(i) Les cellules doivent être situées dans le même corridor, pourvues chacune d’une double porte, dont l’une en fer , à claire voie , soit seule fermée le jour ; les gardiens se relevant de deux heures en deux heures, se promènent constamment dans le corridor pour le maintien du silence, la non-interruption du travail , et pour répondre aux prisonniers dans les besoins qui s’y rapportent, {Aubanel, Mémoire sur le système pénitentiaire, etc., pag. 4a.)
cond obtient le silence en isolant les condamnés jour et nuit (1).
Le système de la séparation absolue et continue des prisonniers entre eux , fait qu’iis ne peuvent se corrompre davantage. L’isoiement amène le repentir; le chagrin, l’ennui leur font désirer le travail, elle travail les dispose à entendre des conseils salutaires. L’emprisonnement solitaire dispose au développement de l’instruction morale et religieuse. Par nécessité , le condamné en travaillant se crée un état.
D’après la loi d’organisation du pénitencier de Cherry-HiU , toute personne condamnée à souffrir l’emprisonnement séparé ou solitaire avec un travail dans un des pénitenciers de l’état , sera tenue seule et séparée dans des cellules ou cours de travail de la prison ; elle recevra des aliments sains et grossiers , suffisants pour le soutien de la santé du corps , des vêtements appropriés à sa situation , à la discrétion des inspecteurs ; durant son confinement, le prisonnier ne pourra voir aucune personne , excepté les inspecteurs , les employés de l’institution , les visiteurs officiels ci-après désignés , et telles autres personnes qui, pour raison d’une hante importance, seront admises sur la permission du comité des inspecteurs.
Le système de Cherry-Uill est risolemeni absolu ; le prisonnier une fois dans sa cellule , n’en sort plus qu’à l’expiration de sa peine. Il faut donc qu’il y trouve toutes les commodités nécessaires pour ses besoins physiques, en même temps qu’il est forcé d'utiliser son temps par un travail assidu. Pour mettre en pratique ce système bien autrement compliqué que celui d’^uèurn, sous le rapport des constructions , il a fallu une multitude de dispositions particulières, dans le détail desquelles nous allons entrer.
Derrière chaque cellule do rez-de-chaussée , il y a pour les prisonniers de cet étage , une petite cour ; quelques unes d’entr’elles sont couvertes et servent d'ateliers de menuiserie. Ceux du premier étage, pour remplacer les petites cours, ont une double cellule. Il semblerait d’abord que les détenus du bas sont mieux partagés. Il n’en est pas ainsi. La plupart préfèrent l’étage supérieur et les
(i) L’isolement absolu nous parait devoir être réservé pour remplacer la peine de mort, si jamais cette peine est abolie... (àf. Woloivski, directeur de la Revue de légis. et de jurisp., t, 8, p. ai8.)
doubles cellules aux cours qui sont froides et humides , et où ne tombe jamais un rayon de soleil , enveloppées qu’elles sont de hautes murailles. Cependant les plus forts d’entre les convicls aiment les cours parce qu’ils ont plus de facilité pour prendre de l’exercice , aucun d’ailleurs n’est forcé de sortir de sa cellule.
Les fenêtres sont placées sur le toit... Comme la chaleur est extrême en été , la plus grande punition est d’avoir sa fenêtre fermée.. . Dans le porte qui s’ouvre dans l’épaisseur du mur , il y a un petit guichet mobile où le gardien vient déposer ce dont le détenu a besoin. De plus , sur la surface extérieure du mur , il est une autre porte en bois s’ouvrant sur le corridor ; celle-ci est percée d’un trèspetit trou taillé en cône , pour examiner le prisonnier.
Il y a dans chaque cellule un robinet qui donne de l’eau à discrétion.
Les cellules sont cliauffées à l’aide de calorifères.
Comme le prisonnier ne sort jamais de sa cellule , il a fallu des dispositions particulières pour qu’il puisse , sans inconvénient pour sa santé et sans être incommodé par la mauvaise odeur , satisfaire à ses besoins naturels. On y a pourvu d’une manière assez ingénieuse. Les lieux d’aisances sont un cône en fonte , placé dans le coin de la cellule et communiquant directement à un gros tuyau toujours rempli d’eau , et montant dans le cône jusqu’à la hauteur de quelques pouces , disposition qui tend à empêcher toute communication entre les détenus. Lorsqu’on vide ce canal , l’eau conserve toujours son niveau au moyen d’une soupape qui permet à l’eau du réservoir d’entrer aussitôt qu’il y a diminution de l’autre côté ; les immondices s’échappent au moment où l’on ôte le tampon qui bouche l’extrémité du tuyau; l’eau coule ensuite .assez abondamment pour que l’odeur soit entièrement détruite. Pendant cette opération, les convicls sont soumis à une surveillance particulière , il leur est défendu de s’approcher du cône sous quelque prétexte que ce soit.
La plus grande propreté est exigée dans les cellules; un réglement spécial vent que tous les ans le prisonnier blanchisse deux fois sa cellule à la cliaux. Chacun d’eux a une lampe en fer-blanc verni ; à 8 h. i/2, un coup de cloche met fin aux travaux; ils ont une demi-heure pour préparer leurs lits et prendre quelque repos ; à neuf heures tontes les lampes doivent être éteintes.
Les prisonniers n’ont qu’une heure de promenade par jour. Pour
prévenir les communications à voix basse , on a jngë nécessaire que les cours fassent libres de deux en deux.
Le plus grand silence doit régner partent. Tonte action est soumise à cette règle. Les roues des voitures de service , au lieu d’être ferrées, sont garnies de cuir pour faire moins de bruit possible. Les gardiens eux-mêmes, autant pour la surveillance que pour se conformer an réglement général , portent des chaussons de laine et marchent ainsi sans être entendus.
Le dimanche, un prêtre vient faire dans chaque bloc une instruction qui, bien qu’adressée i tous les détenus, ne leur parvient cependant que particulièrement. Le prédicateur se tient à l’extrémité du corridor , près du pavillon central dont on ferme la porte , pour qu’aucun son ne s’échappe. Sa voix se fait assez bien entendre d’un bout à l’autre. Le corridor n’est peut-être que trop sonore.
— Arrivée du condamné au pénitencier (1).
A son arrivée, le détenu est visité par le médecin qui constate l’état de sa santé ; on le fait ensuite laver dans un bain tiède et on le revêt de t’uniforme de la prison. Les effets qu’il a apportés avec lui sont serrés dans un magasin , pour être soignés et lui être remis à sa sortie; cela terminé, on lui couvre les yeux avec un bandeau ou un capuchon , et il est conduit dans cet état par deux gardiens dans l’intérieur de la prison ; parvenu dans le vestibule central , il est reçu par le directeur qui lui adresse quelques mots d’exhortation pour lui faire sentir la nécessité de se conformer au réglement de la maison, après quoi on le conduit dans la cellule qu’il doit occuper; le numéro placé sur la porte devient désormais sa seule désignation.
Lorsqu’il est entré dans la cellule , on lui découvre les yeux et on le laisse seul ; là il reste sans ouvrage et sans livres , abandonné à ses réflexions. Le prisonnier, ordinairement, ne tarde pas à demander du travail et des livres ; peu d’entre eux ont laissé passer deux jours sans en réclamer. Le temps qu’ils restent sans occupation varie de quatre à finit jours, et s’étend bien rarement au-delà ; la fixation en est abandonnée au directeur qui se détermine à satisfaire
(i) A Cherry-Hill.
au vœu du prisonnier d’après le caraclère et les antécédents de celui-ci, la nature de son crime et son degré de docilité. Les détenus s’accordent à dire que les premiers moments de leur détention sont les plus pénibles^ ainsi , l’ouvrage et les livres (principalement la Bible) leur sont donnés comme une faveur et leur sont retirés par voie de ehdtiment. Si le prisounier fait un des états exercés dans l’établissement, on lui permet de le pratiquer; s’il n’en a pas, on lui en désigne un qui lui est enseigné par l’un des gardiens. Ils doivent être suffisamment instruits dans les états qu’ils surveillent et qu’ils enseignent. En général , la solitude développe tellement l’intelligence et l’activité des détenus , qu’à un petit nombre d’exceptions près U a été jugé inutile de leur fixer une tâche et que très-peu de temps est nécessaire pour les rendre capables de travailler.
— Interdiction de communications.
 Cherry-Hill , les condamnés ne peuvent avoir aucune communication avec leur famille et leurs amis, ni même en recevoir des lettres , si ce n’est dans des cas très-rares. A Wetherspeld , on se relâche un peu de la règle. On demandait au directeur de ce pénitencier;
« Les détenus obtiennent-ils permission de communiquer avec leurs parents ou amis ? «Voici sa réponse : « On leur permet quelquefois, s’ils se conduisent bien, de leur écrire, de les voir et de causer avec eux, en la présence du directeur ou du sous-directeur. Je n’ai jamais éprouvé d’inconvénients de cette tolérance; je crois, au contraire , que dans notre pays cette indulgence peut avoir de bons effets ; la population , surtout les femmes , ont généralement de la moralité ; leurs reproches et leurs conseils produisent un bon effet sur les prisonniers. »
— Objections.
Quelques publicistes ont conçu des craintes que le système particulier de Philadelphie, l'isolement absolu avec travail, ne vint à altérer la santé des détenus? Ces craintes sont-elles justifiées ? D’abord l’isolement dont nous demandons l’application , n’est ni aussi terrible ni aussi absolu qu’on se le figure généralement en
France. Entièrement séparé de ses compagnons de crime et de tout ce qai pourrait l'exciter au mal ou paralyser ses bonnes dispositions , le détenu se trouve plus ou moins souvent en rapport avec des hommes vertueux dont les entretiens , Vexemple et les conseils ne peuvent que le ramener à des sentimens honnêtes ; ces visites font époque dans sa vie solitaire et en adoucissent la monotonie et Tamertume.
Aussi, le docteur Franklin, médecin du pénitencier de Philadelphie, soutient que la solitude n’a pas d’effet dangereux sur le moral des prisonniers. L’emprisonnement solitaire séparé, dit-il, tel qu’il est réglé dans le pénitencier de l’est, n’est pas sain, abstractivement parlant. L’état contre nature de retraite et de contrainte ne peut être &vorableà la santé; ceci est une vérité triviale qui s’applique ft toutes les prisons dans lesquelles il est admis que l’emprisonnement est nn châtiment; car le châtiment implique souffrance, impression terrible, soit de l’esprit, soit du corps ; mais quoique le confinement ne soit pas sain abstractivement parlant , cependant il peut l’étre relativement , en substituant moins de causes de maladie qu’il n’en existe chez les individus qui peuplent nos pénitenciers. Prenant par exemple, la santé moyenne de la classe des prisonniers qui viennent peupler le pénitencier de Fest , et prenant en considération les nombreuses causes de maladies auxquelles ils sont sujets étant en liberté , je n’ai pas de doute que leur santé ne soit meilleure et la mortalité moindre, pour un nombre donné, dans le pénitencier que dehors.
On s'est encore demandé si ce qui est praticable chez les Américains le serait également chez les Français? On n’aperçoit pas d’où viendrait celte différence. On disait au docteur Franklin ; Les prisonniers de Cherry-HUl appartiennent par naissance â diverses nations et climats ; avez-vous remarqué que le système de la réclusion solitaire ait une influence plus fâcheuse sur les sujets d’une nation ou d’un climat quelconque et particuliérement sur les Français?
Il répond « Je n’ai rien observé qui pût me foire croire que le confinement séparé eût un effet different sur les sujets d’une nation on d’un climat quelconque et particulièrement sur les Français(l).»
(i) Avec l’isolement absolu des condamnés, le maintien de la disci-
— De l'aumônier.
Les devoirs du directeur religieux sont définis en ces ternies par le nouveau réglement de Wethersfield ;
Le chapelain est requis par la loi de dévouer tont son temps à l’instruction religiense et à l'amélioration morale des prisonniers ; il célébrera matin et soir le service devant les détenus assemblés et tous les dimanches dans la chapelle ; il sera, concurremment avec le sur-intendant , le directeur de l’école du dimanche. Il fera donner à chaque détenu une Bible, il aura le privilège de les visiter à chaque
pline est iacUc, et toute association corruptrice est impossible. Le système est dur, dit-on , surtout pour des Français. D’abord , les Français
sont aussi capables de le supporter que les Américains Les Français
qui ont subi dans les prisons d’Amérique la discipline de Pensylvanie, n’ont pas mis plus de temps à s’y soumettre que les condamnés des autres
pays, et cette discipline n’a eu pour eux que de bons cfièts Ensuite
cette dureté dont on se plaint n’existe pas : le condamné n’est pas entièrement seul ; il voit dans sa cellule l’inspecteur de la prison , le gardien , l’aumônier , l’entrepreneur , le maître qui lui apprend un métier ; ces visites se répètent plusieurs fois dans une semaine , quelques-unes mêmes ont lieu tous les jours ; de sorte qu’à vraiment parler , on peut dire que le détenu n’est réellement séparé que de ce qui est dangereux pour lui , et qu’il reste en communication directe et perpétuelle avec tout ce qui peut lui être utile.
[La Charte de i83o, numéro du uGseptemb. iSSy.)
Nous lisons dans la Revue des Deux Mondes ( i" liv. janv. i838, p. laS et laC) :
a. Tels sont les dangers du sytème d’ Auburn. Celui de Philadel-
phie présente des garanties plus sûres. La séquestration absolue prévient toute espèce de contagion et de corruption entre les condamnés , pour le présent et pour l’avenir j elle rend la surveillance plus facile et surtout plus humaine; elle exclut les châtiments corporels qui nuisent à la réforme morale du condamne en le dégradant. Elle a surtout pour effet de provoquer le retour du condamné sur lui-méme , de donner à scs réflexions une pente sérieuse , d’exalter en lui le sentiment du remords , et de lui offrir , dans le travail et dans la religion , des soulagements nécessaires qu’il s’empresse d’accepter pour guérir son âme. La présence d’un
instant du jour quand ils seront dans leurs cellules ou à l'hôpital. Il leur donnera les instructions qu’il jugera le mieux calculées à les rendre soumis et leur fera comprendre la justice de leur cliâtiment et la nécessité de se corriger et d’obéir strictement aux règles de la prison. Il ne devra leur fournir aucune information étrangère à ses devoirs sans In permission du sous-intendant , et dans tous les cas il se conformera aux règles de la prison.
Le réglement de Cherry-Hill dit aussi , en parlant du directeur religieux : « Il sera de son devoir de veiller à l’instruction morale et religieuse des condamnés, dans le but de rendre autant qne possible leur emprisonnement utile à la réforme, aPm qne rendus à la liberté, ils puissent devenir des membres de la société actifs et vtiles. «
Nous ne pouvons passer sous silence les réflexions bien pures qu’a faites sur ce sujet l’bonorable M. Aubanel de Genève (I).
« Ce serait une grande erreur et un grand mal de n’envisager que comme accessoire dans une prison pénitentiaire celte (vuvre religieuse et morale , de regretter le temps qui y serait consacré et de le réduire toutes les fois qu’on pourrait pouvoir le faire sans blesser trop ostensiblement les convenances. Une telle conduite montrerait qu’on regarde comme buts essentiels de ce système le régime disciplinaire auquel on soumet les prisonniers, le travail régulier auquel on les oblige, le silence qu’on leur prescrit et l’isolement dans lequel on les tient la nuit. Toutes ces choses ne sont au contraire et ne peuvent être que des moyens pour arriver à la moralisation de l’individu , soit à cette probité légale qui satis&it à la loi , soit à ta régénération intérieure, foncière et radicale, à laquelle il faut rendre toujours en ne l’espérant que rarement. » (Pag. 46).
prêtre , d’un inspecteur , d’un gardien , de toute autre personne dans la cellule solitaire de Philadelphie , est un bien que le condamné demande avec prière; c'est une consolation qu’on lui donne. On a soin de la répéter assez souvent pour prévenir le désespoir qui pourrait naitre d’une solitude trop longue ; et c’est, dans ces entretiens si ardemment désirés , obtenus par l'accomplissement du devoir, que s’opèrent de véritables conversions , où la raison du condamné s’éclaire , où son coeur est profondément ému , et où la persévérance dans le bien le garantit par l’isolement même qui le préserve de tout contact dangereux. »
(i) Mémoire sur le système pénitentiaire , etc.
« Qnant aux aunidniers qui y seront attachés et qui devront toujours résider dans la prison et s’associer en quelque hiçon à toute l’existence de ceux qui leur sont confiés , si , à une piété vive et éclairée et à une charité sans bornes pour ces âmes malades , ils ne joignent pas une instruction supérieure et une grande connaissance du cœur humain , ils seront à chaque instant arrêtés dans leurs instructions et dans leurs exhortations par la taquinerie, par l'inuré duiité systématique et par les fausses lumières dont seront souvent saturés les hommes dont ils auront à refaire l’éducation morale et religieuse... Ce ne seront donc pas de jeunes novices, des débutants dans la carrière évangélique qu’il faudra attirer dans les prisons malgré le zèle dont ils pourraient être animés ; mais des hommes ayant de l’âge, de l’expérience, et un jugement solide ; en un mot, de véritables apdtres d’un cluristianisme large et élevé, sachant se faire tout à tous, afin d’amener les uns à la vertu , d’effrayer salutairement les autres sur les dangers de leur vie , et distribuant à tous des instructions propres à gagner leur confiance, à ouvrir leur cœur à l’amour du bien et à déterminer en eux le changement moral qui pourra en &ire à l’avenir dans la société des hommes honnêtes et laborievx. (Pag.48).
« Aucun lieu ne peut être pins favorable pour recevoir les conseils bienveillants d’un ministre de l’Evangile que la cellule solitaire; sa voix y est entendue avec plaisir, rien n’y détourne l'attention; le souvenir de ses préceptes doit être durable ; je crois que beaucoup de bien a été produit par les essais tentés , et ceux des détenus qui ont paru amendés, se sont postérieurement conduits d’une manière satis&isante.... J’aimerais à voir une personne zélée consacrer tout son temps à cette œuvre , donner aux prisonniers des leçons de lecture et d’écriture , et en même temps les avis qu’elle jugerait convenables. Mon expérience me porte à croire très-difficile la réforme d’un criminel de profession ; elle ne peut être opérée que par l’aide de Dieu et l’espoir en celui-là qui , seul , doit être notre soutien. J’en ai connu quelques-uns , convaincus du danger de persister dans le vol , mener en apparence une vie honnête , sans avoir adopté de meilleurs principes. Le système d’association a pour tendance d’amener tous les prisonniers au même niveau , et celui qui est comparativement innocent sera bientôt initié an crime , en communiquant avec les vieux condamnés endurcis. Je prétends donc que le seul
moyen de prévenir ce mal est de séparer cliaque prisonnier. On sait que leur corruption n’a pas été accrue , et que le séjour dans le pénitencier peut faire espérer de les voir revenir avec de meilleures dispositions et un caractère plus honnête que lorsqu’ils y étaient entrés. Très-peu de ceux que nous savions être des scélérats endurcis et accomplis, ont montré des dispositions à rentrer ici de nouveau. Ils ont généralement disparu après leur libération. Nous en connaissons quelques-uns qui avaient été envoyés plusieurs fois dans d’autres prisons , et qui depuis qu’ils sont sortis du pénitencier , se conduisent en apparence en hommes actifs et honnêtes. Bien quejene doute pas que quelqu'effet salutaire ne puisse parfois être produit par i'emprisonnemeiit solitaire sur quelques-uns des criminels les plus corrompus , cependant je fonde principalement mes espérances sur i'amélioration de ceux qui jeunes encore dans le crime , n’ont point été confondus dans une société de voleurs. Je crois qu’en leur inculquant des principes corrects, en leur donnant des habitudes d’activité et de tempérance , on empêchera la plupart d’entr'enx de violer de nouveau la loi ; que beaucoup deviendront des membres utiles de la société , qui auraient été la terreur des honnêtes gens et terminé leurs jours en prison. Je crois aussi avec conflance que ceux qui, dans leur jeune ige, ont reçu des leçons de probité, doivent dans le cours de leur vie en recueillir le fruit ; dussent quelques-uns d’entr’eux être renfermés dans une cellule solitaire , les impressions de leur jeunesse seront facilement réveillées ; l’expérience que j’ai acquise m’a convaincu de cette vérité ; mais dans le grand nombre de prisonniers que j’ai rencontrés , peu , très-peu ont eu l’avantage d’une bonne éducation ; ils appartiennent presque sans exception à une classe d’êtres abandonnés ; ne devrions-nous pas les regarder avec un œil de pitié , les traiter avec douceur , avec bienveillance et leur faire comprendre que notre désir est , no» pas de les punir, mais bien de les amender ; qu’ils sont dans un hôpital moral , où nous sommes impatients de leur apprendre à faire le bien , où noos ne souffrirons pas qu’ils fassent le mal ? Comme dans une telle règle de conduite , quoique fermes et décidés , il n’y a de notre part rien de rude, rien de vindicatif, nous n'excitons ni la colère, ni la haine, ni la vengeance, et les mauvais sentiments des détenus doivent s’éteindre graduellement. Soyez toujours juste avec le prisonnier avant et après sa condamnation , et rarement vous exciterez
ses mauTaises passions. Je suis convaincu qu’une des conséquences du système de l’ensylvanie est d’inspirer de la confiance envers ceux qui y ont été soumis ; beaucoup croient à son influence réformatrice ((), tous savent que l'emprisonnement , s’il ne rend pas meilleur, n’augmente pas la corruplio«. (Samuel K. Kood, directeur du pénitencier de Philadelphie.)
— Le système de Philadelphie est préférable à celui d' Auburn.
Le système de Pensylvanie a aujourd’hui pour lui la sanction du temps et de l’expérience ; du reste , il est à remarquer que ce mode d’emprisonnement , depuis sa création à Cherry-llill jusqu’à présent , a reçu chaque jour de nouveaux suffrages et converti beaucoup de ses adversaires , et que toutes les personnes qui depuis sept ans ont visité les pénitenciers d’Amérique , lui ont donné la préférence.
En 1831 , MM. de Beaumont et de Tocqueville proclament que le système de Pensylvanie est le meilleur. « Seul, il prévient tout rapport entre les détenus , non seulement dans le pénitencier , mais encore après la libération ; la santé des condamnés n’en souffre pas ; la séparation les dispose merveilleusement à recevoir les bonnes impressions, dit M. Cran-ford.»
En 1833, le docteur Julius , parti pour les Etats-Unis , fait connaître à son retour dans une lettre adressée à M. Crau ford , sa préférence décidée pour ce système.
Arrivée à ce point , la solution n’offrait plus de difflcultés , et l’on
(i) A Wethersjleld, chaque lois que les condamnés pour infraction à passer quelques journées dans l’isolement sans travail, subissent cette nouvelle peine , ces journées ne comptent pas pour le temps de leur peine : elles sont ajoutées à sa durée. Ainsi , si un prisonnier condamné à a ans , a, durant ce temps , été quinze jours dans l’isolement , il fera 3 ans et quinze Jours de détention. C’est l’application la plus large du principe généralement adopté aux Etats-Unis, que le prisonnier est f esclave de la peine , que son travail appartient à l’état ; aussi , ajoutet-on , à la détention , le temps qu’il a p.assé dans l’oisiveté par sa faute.
comprendra facilement qae nons noos soyons décidés en bveiir du système de Pensyhanit. Le même progrès a eu lieu dans l’opinion aux Etats-Unis. Noos y avons vu , à très-peu d’exceptions près , lotis les hommes graves se ranger à cet avis ; et c’est parmi ceux qui étaient chargés d’appliquer le système d’if tiburn , que nous avons rencontré les partisans les plus cliauds de Chemj-HUl. Sur sept directeurs , cinq nous ont fortement exprimé leurs convictions et leur préférence à cet égard.
Depuis le retour de M. Crairford en .Angleterre, on a essayé d’appliquer le système d’ifubuni sans les cliâtiments corporels ; cet essai a totalement échoué... Ces faits résultent du rapport fait par MM. Cratrfbrd et Bussel, inspecteurs généraux des prisons d’Angleterre. Ce document d’un grand intérêt , contient l’apologie la plus complète du système de Pensylvanie, et fait ressortir les inconvénients de celui d’ Auburn.
On demande au directeur de Wethersfield:
Quel est de ces deux systèmes (d'Auburn et de Philadelphie) le plus propre , dans votre opinion , à accomplir la réforme des condamnés , et à produire les meilleurs effets possibles sur leur moral avant comme après leur libération ?
Il répond ; « Je n’hésite pas à dire que, dans mon opinion, le système de Pensylvanie est le mieux calculé pour obtenir le résultat qu'on doit se proposer dans l’emprisonnement ; je crois que les détenus ne devraient jamais être remis ensemble pour le travail ni pour quelqu’autre raison que ce soit ; que , dans leurs cellules solitaires , ils doivent être plus disposés à réfléchir sur leur conduite passée et i fermer de bonnes résolutions qu’en les prêchant lorsqu’ils sont réunis en corps. Sans m’expliquer plus longuement sur les avantages et sur les inconvénients communs des deux systèmes, j’ajouterai que je considère le plan de Pensylvanie , sous tous les rapports, à l’exception de celui du produit, comme aussi supérieur à notre plan, ou au plan d’ Auburn, que le nôtre est supérieur à l’ancien système , alors que les détenus étaient entassés les uns près des autres durant les nuits, et qu’il leur était permis de communiquer librement durant le jour.j»
On a pu voir que le système de Cherry-Uitl est l’isolement absolu avec travail ; les diverses améliorations faites à ce pénitencier
et qui sont le fruit de l’expérience de plusieurs années , enfin la liaute capacité de son directeur , font de cette maison l’expression la plus complète du système dit de Pensijlvanie. La discipline y est parfaitement entretenue; les punitions y sont légères; en un mot, si la réforme morale du prisonnier est possible, ce que nous ne craignons pas d’aflirmer, soutenus par l’opinion de plusieurs hommes éclairés et en particulier par celle du respectable M. Wood , c’est à Cherry-HUl qu’elle doit s’opérer.
M. Biouet conclut dans le même sens que M. Demels.
« Le système de construction d’vtulmrn , dit-il , offre donc une grande économie sur celui de Pensyhanie , tout en n’offrant pas moins de garantie contre les évasions. Si la disposition du premier système est plus compliquée dans son ensemble , celle du second l’est plus dans ses détails; toutefois, le dernier mode est plus simple et offre plus de facilités sous le rapport de la surveillance et de la discipline ; et si le silence doit être la base du système pénitentiaire , celui-ci l’assure par la force même de sa construction , tandis que dans l’autre on ne l’obtient que par une surveillance rigoureuse, continuelle, et malgré tout souvent enfreinte. Quant aux autres considérations morales qui nous paraissent toutes en faveur du système de Pensyhanie , M. Demetz les a développées dans son rapport , et si les études qu’il a faites dans ce sens l’ont amené i conclure en faveur de ce système , nous devons dire que nos convictions sur ce point sont les mêmes que les siennes , et nous sommes d’autant plus confirmé dans notre opinion , que nous la savons partagée par MM. Cravford (I), liussel , Julius, etc.»
(i) En i833 , M. Crawford quitte l’Angleterre , et après avoir visite les pénitenciers d’Amérique, il conclut en i834 en ces termes : «En jugeant le mérite respectif des deux systèmes , il en résulte que la discipline d’Auiurn a un caractère tout pA^sijue, et que la discipline de Philadelphie eal toute morale. Le fouet inflige une peine immédiate, mais la solitude inflige une terreur permanente. Le premier dégrade celui qu’il humilie, l’autre subjugue sans avilir. Auburn excite les pensées de vengeance , Philadelphie conduit à une soumission habituelle. Le prisonnier A’ Auburn libéré , convaincu qu’il est connu de ses anciens compagnons de prison et que le public a les yeux fixés sur lui ,
12“ Lettre d’un pritonnier en faveur du ryttème cellulaire.
Nous croyons devoir communiquer à nos lecteurs la lettre suivante qui nous est adressée par un prisonnier, dont nous regrettons de ne proint connaître le nom ; c’est un témoignage nouveau et un témoignage compétent en foveur des opinions pour lesquelles nous avons opté. Les sentiments qu’exprime cette lettre , et les termes dans lesquels elle est conçue, sont faits d’ailleurs pour appeler l’intérêt sur un homme qui , après sept ans passés au milieu des êtres les plus corrompus , est resté capable de sentir et de parler de la sorte ;
Monsieur ,
Les articles que vous publiez dans le Journal des Débats sur la réforme du système pénitentiaire en France m’intéressent vivement, le dernier surtout , qui touche la partie la plus douloureuse de la plaie. Des milliers de malheureux qui vous liront sans doute , se consoleront sur leur avenir : je veux parler des libérés.
Avant d’entrer dans des détails qui vous seront peut-être de quelque utilité comme publiciste , je dois vous prévenir que je suis prisonnier, et prisonnier depuis bientôt sept ans. Condamné à l’âge de vingt-deux ans , pour une faute que mon âge et l’exemple que j’avais sous les yeux rendaient presque excusable , j’ai du me résigner et subir tout ce qu’une condamnation offre de tourments pendant une si longue période de temps. En vous écrivant, monsieur, mon unique but est de vous faire part de mes impressions, et je vous assure d’avance qu’en les inscrivant je serai d’autant plus impartial qu’après un si long temps de captivité je n’ai plus qu’une idée con ■ fuse de cette société qui m’a si sévèrement rejeté de son sein , et qu’ici j’ai pu étudier , tout en me tenant un peu à l’écart , cette
voit un accusateur dans chaque homme qu’il rencontre ; le prisonnier de Philadelphie quitte sa cellule , plein de sécurité contre toute reconnaissance, et est réhabilité aux yeux de la société. » ( Report of AViliam , Crawford , esquire , on the penitentiaries of the United-States , p. ig.)
V. aussi Lettre de Livingston à Roberts- Vaux ; — M. Ducpétiaux , Rev. étrang. de législ., tome 4, p. 64i ; — M. Moreau-Christophe, De la Réforme des prisons en France , pag. 384. ,
masse d’hommes qni forme la population des prisons , véritable corrosif pour tout nouveau condamné.
Placé depuis les premiers jours de ma condamnation à la tête d’un important atelier composé d’individos condamnés aux peines les plus graves, je peux mieux que personne juger le fort et le faible des opinions des hommes honorables qni se sont occupés des différents systèmes pour la réforme des prisons.
Deux systèmes sont en présence , le travail en commun le jour , l’isolement la nuit , et l’isolement absolu de jour et de nuit. Je vous préviens d'abord que ce dernier mérite sous tous les rapports la préférence, et si je ne considérais pas cette question comme secondaire quand je la compare à une autre bien plus importante , et en cela je sois entièrement de votre avis, je discuterais à fond le mérite du système pensylvanien. Cependant il &ut que je vous toe part, avant de vous entretenir des libérés, de ce que m’a appris une (risfe expérience sur le système du travail en commun. Mon atelier se renouvelle au moins une fois par an, et tous les jours je vois arriver des récidivistes et des condamnés pour une première faute. Le récidiviste , habitué an régime de la prison , est on ne peut plus souple parce qu’il connaît mieux que personne les conséquences d’une infraction aux réglements. £n arrivant dans l’atelier , il se place comme quelqu’un qui est dans sa sphère , il a ses coudées franches , et dès le premier jour de son arrivée, il est en prison ce que le vieux soldat est dans un régiment. Le condamné pour la première fois , au contraire , n’est pas libre de ses mouvements , il est timide et honteux de se trouver avec tant d’hommes frappés par la loi j il conserve encore cette répugnance de se trouver côte à côte avec un condamne. Et pourquoi , je vous le demande , ne pas lui conserver cette pudeur qui serait en quelque sorte pour lui une espèce de sauve-garde à sa sortie de prison? Malheureusement il n’en est pas ainsi, le contact de ce nouveau condamné si timide , si embarrassé avec la masse de cette population réprouvée le change d’une manière effrayante. Et d’abord il n’a fait qu’un bond de la timidité à l'effronterie , du langage qu’il parlait au dehors à l’argot le plus raffiné ; de plus il fait choix d’un camarade , et presque toujours dans les récidivistes , qui sont les malins de la prison. Moins prudent que ces derniers, il est presque toujours puni, et poussé par eux, dont il est l’instrument, il devient le prisonnier le plus indocile.
Voilà, monsieur, le déplorable résultat du travail en commun, et malgré le silence qu’on obtient, on n’a jamais pu empêcher qu’ils ne s’entretinssent entre eux de vols faits ou à Élire. Vous voyez que ce contact entre prisonniers est une des principales causes des récidives (24 sur 50). Sans entrer dans des considérations qui viendraient encore appuyer ce que j’ai dit plus haut , je soutiens que V isolement pour les prévenus et pour les condamnés doit être absolu de jour et de nuit.
Je passe maintenant à la question qui touche une classe autrement malheureuse , les libérés , et que vous avez osé aborder , mais pas encore assez franchement. Oui , monsieur , c’est une bien cruelle dérision de croire que lorsqu’on condamné a subi sa peine il a payé sa dette à la société. Cela devrait être, et cela n’est pas; pourquoi? Vous le savez, et vous ne l’avez que trop bien écrit.
Donc, la constitution d’une société de patronage est indispensable, si l’on veut considérablement diminuer le nombre des récidivistes. Cette société , qu’on pourrait instituer dès à présent , serait composée d'hommes qui , par leur position sociale , sauveraient les malheureux libérés, parce qu’ils trouveraient à leur sortie de prison un appui sûr tant que leur conduite serait bonne. Quelle différence alors avec ceux qui aujourd’hui sont traqués comme des bêtes fauves ; comme ils se sentiraient du courage ceux qui voudraient rester dans la bonne voie ! qu’ils remercieraient cette grande famille de lui tendre ses bras dans la personne de leurs patrons! Oh ! alors plus de prétextes mensongers , plus d'excuses possibles de besoin , de misère ; le libéré se retremperait par le fait parmi les différentes classes de la société , et le retour au mal devrait être puni des peines les plus sévères , et seules applicables aux récidivistes.
Je termine ma lettre par une simple question que tous les écrivains éludent avec ou sans intention, et à laquelle je vous supplie de répondre avec franchise. Croyez-vous que la société avec ses préjugés tendra les bras au libéré , même tout-à-fait amendé , tant qu’elle verra le gouvernement qui devrait lui montrer un exemple éclatant, le repousser, en appelant sur lui le mépris de tous , et en l’excluant du plus petit emploi ?
Un prisonnier.
' (Extrait du Journal des Débats du 6 avril 1839).