‹ Du Rêve Morphinique et de la MorphinomaneChapitre 11 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

On a beaucoup parlé sur la prophylaxie de la morphinomanie. On a dit, entre autres choses, que les lois devraient être sévères, farouches même, sur de pareils sujets. Mais, ce que l’on n’a pas dit, et qui aurait eu son importance, c’est qu'il est avantageux parfois de s’adresser à la conscience des hommes.

Nous croyons qu’il est utile de leur rappeler souvent leurs devoirs. Quoi qu’on en dise (nous ne pensons pas être suspect de partialité), les sermons ont du bon. Le médecin qui ordonne la morphine pour se débarrasser d’un malade ennuyeux, le pharmacien qui la délivre sans autorisation, sont de dangereux malfaiteurs.

Souvent, ils ne s’en doutent pas.

Quand on a l’insigne honneur d’exercer une profession de laquelle dépend la vie des autres hommes, on assume une tâche lourde, une responsabilité parfois embarrassante. On doit savoir mesurer ses actions, sinon toujours à une grande compétence, du moins à une conscience scrupuleuse. |

Cela n’empêche pas qu’on doive user, larga manu, de la

morphine, quand elle devient le seul remède. Nous avons le devoir de soulager l’incurable qui souffre. Que nous importe, après tout, d’intoxiquer plus ou moins un cancéreux cachectique, si nous pouvons, par ce moyen, lui éviter les souffrances et l’angoisse d’une longue agonie. Malgré ses dangers, nous ne eraignons pas de dire avec Sydenham que si l’opium n'existait pas, nous ne voudrions pas être médecin.

Lie médecin devrait toujours avoir présente à la mémoire cette belle maxime de Prosper Mérimée

« Souviens-toi de te méfier. »

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