‹ Du RhinoscléromeChapitre 17 sur 24 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

En France, où le rhinosclérome ne se développe pas, et où on ne l’observe que rarement chez des sujets étrangers, le diagnostic n’est pas sans difficulté.

C’est au début du rhinosclérome que les médecins sont embarrassés et gènés dans leur diagnostic.

Cependant la forme aplatie ou tubéreuse des lésions, l’extrême dureté des téguments et des tumeurs quel que soit leur siège, les caractères des ulcérations quand elles existent, l’indolence, la coïncidence des lésions du palais, de la gorge et du nez, l’absence de généralisation ganglionnaire, la chronicité en même temps que l'impuissance du traitement anti-syphilitique et enfin la repullulation rapide sans croûtes après les interventions chirurgicales, sont autant

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de caractères cliniques qui imposent le diagnostic de rhinosclérome. Dans les cas douteux, le microscope intervient et Juge la question d’une façon claire et définitive.

Syphilis. — On ne confondra pas le rhinosclérome avec les lésions syphilitiques. La teinte rouge, cuivrée, des lésions, pourrait induire en erreur ; mais dans la syphilis il y a de l’inflammation autour des lésions et de la turgescence veloutée de la muqueuse au niveau des parties atteintes ; ces caractères manquent dans l'affection qui nous occupe.

La différence est encore plus sensible à la période régressive du rhinosclérome. Les infiltrats syphilitiques s’ulcèrent dans leurs parties les plus anciennes, c’est-à-dire centrales et il se produit consécutivement des ulcères profonds, recouverts d’un dépôt lardacé, à bords nettement limités et entourés par des parties enflammées. De plus dans la syphilis, il se produit d’une manière rapide de grosses pertes de substance qui demandent un temps plus ou moins long pour se réparer. :

Les infiltrations du rhinosclérome, au contraire, après avoir tuméfié les muqueuses, et donné lieu à des érosions superficielles, sans contour neltement limité, recouvertes d’une faible couche de pus, ne produisent jamais d’ulcérations profondes, sauf dans le cas de Zeissi, mais c’est l’exception. De plus ces lésions tendent toujours à se réparer et cela avec formation de cicatrices fortement rétractiles qui ont pour résultat final une grande déformation des parties molles avec rétrécissement des orifices naturels.

Les cicatrices syphilitiques sont ordinairement accompagnées de pertes de substance profondes, pouvant s’accompagner d’affaissement du nez, de la perte des os pro-

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pres du nez, de perforation de la voûte palatine ou du voile du palais. Rien de semblable dans le rhinosclérome. L’engorgement ganglionnaire est constant dans la syphilis, il est exceptionnel dans le rhinosclérome.

IL y a cependant un caractère commun à ces deux affections, c’est l’adhérence du voile du palais à la paroi postérieure du pharynx ; dans ce cas on est mis sur la voie du diagnostic par les antécédents du malade. Enfin dans les cas douteux, le traitement spécifique lèvera les doutes.

Lupus. — Le lupus n’en diffère pas moins, bien qu'il puisse avoir le même siège que le rhinosclérome. Un caractère très important, c’est la mollesse caractéristique et le plus petit volume des nodules du lupus qu’on peut opposer à la dureté éburnée, toujours constante qu'on trouve dans le cas de rhinosclérome.

Les lésions du lupus sont en général superficielles, celles du rhinosclérome sont profondes, infiltrant la peau et les parties sous-jacentes dans toute leur épaisseur.

Les ulcérations lupiques produisent des pertes de substance caractéristiques et ne peuvent être attribuées au rhinosclérome. Je ne parle pas des recherches bactériologiques qui ici trancheront également la question.

Carcinome. — La durée d’un carcinome pourrait aussi amener une confusion avec le rhinoselérome. Mais la tendance du premier à l’ulcération, la participation des ganghons, l'extension au périoste, l'absence de cicatrisation, la cachexie rapide offrent des points de repère suffisants pour le diagnostic.

Il en est de même pour l’épithélioma. Dans la syphilis, la tuberculose, le catarrhe aigu, on trouve des bourrelets

SA ES au niveau du larynx rappelant ceux du rhinosclérome. Les bourrelets du rhinosclérome se distinguent des précédents par leur teinte grise et leur dureté caractéristique.

On pourra être très embarrassé dans le cas de rhinosclérome primitif de la trachée, le diagnostic sera très difficile à faire, sinon impossible. C’est cette difficulté qui a conduit Ganghofer à regarder toutes les formes de sténose du larynx comme une même maladie qu’il désigne sous le nom de sclérose du larynx et de la trachée. Cependant les scléroses du larynx et de la trachée sont remarquables par leur teinte grise et leur résistance à l’ulcération.

Enfin nous ne faisons que mentionner les chéloïdes, le rhinophyma, l’épithélioma nodulaire infiltré qui se différencient trop facilement du rhinosclérome pour que nous y insistions davantage. La morve pourra être diagnostiquée facilement avec les recherches bactériologiques et les inoculations sur les animaux.

Anatomie pathologique.

Quand on veut enlever quelques fragments des Lissus rhinoscléromateux sur le vivant, on est étonné, en présence de la dureté cartilagineuse perçue par le palper, de ne rencontrer aucune résistance à la section par le bistouri, même lorsque la couche cornée de l’épiderme a été envahie.

Dans les biopsies, si la douleur est variable, les hémorrhagies ne font jamais défaut, mais sont faciles à arrêter.

Les fragments de tumeur excisés sont de consistance molle, à surface de taille blanc-grisâtre, lisse, humide, comme lardacée.

Si on passe la lame du bistouri sur la surface de section, on obtient un suc jaunâtre, non laiteux, légèrement visqueux et transparent.

Si on examine ce liquide mélangé à des débris de la tumeur dissociés, on voit, au milieu des fibres ténues du tissu conjonctif, des cellules rondes, semblables aux cellules lymphoïdes, à protoplasma granuleux, avec un noyau fortement réfringent et facilement coloré par le carmin. Outre ces cellules rondes, on en trouve d’autres, plus volumineuses, se colorant moins facilement, à protoplasma moins granuleux avec un et quelquefois deux noyaux clairs. Enfin on aperçoit d’autres cellules ou ovoïides, ou fusiformes et quelques-unes de formes variables et tout à fait irrégulières.

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