COMPLICATIONS ET COÏNCIDENCES PATHOLOGIQUES
Dans la description ' symptomatique qui précède, nous avons suivi la marche régulière de la maladie ; nous n’avions en vue que le génie arthropathique, le processus déformant progressif. Mais la polyarthrite n’est, en somme, qu’une des nombreuses manifestations congestives, au milieu desquelles •elle évolue avec les caractères classiques, que nous avons décrits.
Lès malades qui sont tôt ou tard des rhumatisants, avec ou sans déformations, ont à compter avec ces poussées congestives depuis leur plus tendre enfance, pendant l’évolution arthropathique et jusqu’à la mort.
Cette tendance congestive est héréditaire ; nous l’avons démontré.
Elle peut déjà së manifester pendant la vie intra-utérine par la localisation de la phlegmasie sur l’endocarde.
Friedreich, Rauebfuss(de Saint-Pétersbourg), Ferbèr (de Homburg), Réné Blaehe(deParis),etc.,ontrelaté desautopsies nombreuses concernant l’existence fréquente d’endocardites, congénitales.
valvulaire très nette (confirmée par M. Archambault). Mais le cas le plus remarquable de complication cardiaque dans le rhumatisme noueux, appartient à M. F. Raymond, qui en fit l’objet d’une leçon clinique à l’Hôtel-Dieu en 1882 (Progrès médical, n" 8, page 141). Voici l’observation résumée :
Observation XXIII (D'Raymond).
Homme, 20 ans, imprimeur, présente des déformations carac-
Il fl ÏI311
Mais ces palpitations, ne tenant à aucune modification organique du cœur, ne sontpas les seules manifestations nerveuses de nos malades à la période d'état.
La dyspnée, des sueurs profuses, des tremblements généralisés ou partiels, tout comme dans la cliorée, des chaleurs montant à la figure, enfin une excitabilité nerveuse spéciale et des cauchemars fréquents, témoignent de cet éréthisme nerveux ou vasculaire^
lislique et de chirurgie de FaUô, 2' année, n° 16, 26 juin
Parmi les autres complications viscérales du rhumatisme noueux, nous avons déjà vu dans les observations précédentes les diverses phlêgmasies et troubles congestifs survenus dü côté de la plèvre, dés poumons, du foie et du rein.
M. Corail cite les cystiies, les atrophies de la substance corticale du rein avec distension des calieés et du bassinet et surtout des albuminuries d’ordres divers. Nous manquons complètement de détails, à eé dernier point de Vue, relativement à nos petits malades.
West insisté spécialement sur l’importance des dépôts d’acide urique dans l’urine des enfants rhumatisants ; et la constatation de ce sédiment serait d*une grande Utilité pra-
« On entretient souvent dans ees cas une crainte non « fondée de voir éclater Une affection tuberculeuse; mais « si vous examinez les urines, vous découvrez tout dé suite « lé nuage qui vous aidera à vous faire une idée nette de la « situation. Vous trouverez l’urine acide, d’Utte densité con- « sidérable, 1,025 OU plus, déposant par le refroidissement « d’abondants cristaux rouges d’aèide Urique êt donnant ïâ « preuve, par la cristallisation rapide qui se produit quand « l’on ajoute de l’acide nitrique, de la présence d’un excès
« Un interrogatoire minutieux vous apprendra probable- « ment que, quelques mois avant, l’enfant avait une attaque « de rhumatisme non pas nécessairement très intense ; et que
« depuis cette époque, sâ santé n’aVait jamais été aussi
u bonne qu’âuparâvant ; dans les cas contraires, vous ap- « prendrez presque certainement que le rhumatisme est une « maladie dont, sous une de ses nombreuses formes, quelques « membres de la famille Ont été atteints.
« C’est à dès cas de cette espèce que le terme de diathèse « urique est applicable » (1).
51. le D 1 Lafargue(2) a rapporté dans la Revue médicale de Toulouse (n° 11, novembre 1877), une observation très intéressante de paraplégie rhumatismale chez Une enfant de 13 ans!
Cette enfant, qui avait des douleurs rhumatismales depuis lage de quatre ans et qui, du reste, était dé Souche rhumatismale (elle était le 3' membre de la branche maternelle, attemt de rhumatisme affectant la moelle épinière), fut prise, à la suite d’une promenade, de douleurs le long des membres inférieurs suivies au bout de vingt-quatre heures d’une paraplégie complète avec douleurs persistantes à la région lombaire et sur les flancs en forme de ceinture. Au-dessous de ce point, perte complète de la motilité et dè la sensibilité ; il y avait paralysie vésicale et rectale. De plus, l’enfant avait la fièvre. Üü mois après,
(i) West, Charles,. Leçons sur les maladies des enfants tion.par le D r Ârchambeault, 1875, p. 859.
■ (2J Gazette hebdomadaire de Médecine et Chirurgie, 1: juillet, p. 48i.
s. Trad. 6° édi-
céphalalgie i
Au moment ou M. le D r La largue publia celte observation, la guérison n’était pas encore complète, mais l’amélioration très
Cette observation montre d’une façon très nette comment le rhumatisme peut , après avoir siégé pendant des années dans les articulations, venir se manifester sur les centres mêmes.
Il est à regretter qu’on ne trouve pas dans la relation de ce fait des indications plus précises sur l’état des articulations de la petite malade, car il est probable qu’il s’agissait là d’un rhumatisme chronique déformant ou non, à marche lente et progressive, indiquant finalement par sa localisation médullaire, l’extension régulière du processus congestif suivant les voies des cordons nerveux.
Nous aurions donc là encore un cas à ajouter à notre liste d’observations de rhumatisme chronique chez les enfants ; et en plus, l’âge de 13 ans auquel cette localisation rhumatismale dans la moelle est venue se produire, nous conduit à la supposition que l’imminence de l’établissement des règles' n’était point étrangère à cette nouvelle et si grave éclosion congestive.
Quant à là fréquence de cette localisation rhumatismale, elle est encore assez importante car on trouve dans la littérature, d’autres faits sembiales(l) (Vallin, Rendu).
Il nous reste encore à signaler comme coïncidences pathologiques très importantes, l’idiotie, l’hystérie et l’épilepsie.
L 'idiotie est signalée dans les antécédents héréditaires d’une de nos malades ; et le eas de Saint-Waast, que nous avons rapporté plus haut, a trait justement à un jeune garçon atteint d’imbécillité.
(1) Voir discussion à la Société médicale des hôpitaux, séance du 25 janvier 1878. (Gaz. hebdomadaire 1878, n° 6, p. 91.)
l’intelligence, sa mémoire est intacte, ses idées précises, il ne se dément jamais dans ses réponses.
Le malade est soumis à la médication ioduréé, vu son état de
En parlant des troubles trophiques observés dans le rhumatisme noueux de l’enfance, notre discussion ne portait, en somme, que sur les atrophies (musculaires, osseuses, etc.). Nous avons même été amenés à signaler spécialement l’atrophie du maxillaire inférieur, que nous avons remarquée à plusieurs reprises, nos planches photographiques en donnent un témoignage visible.
semble avoir une même origine discrasique et constitutionnelle.
Nous voulons parler du processus hypertrophique des différents tissus, et surtout de l’élément osseux.
Nous avons vu que la phlegmasie articulaire est caractérisée à son début, et c’est chose tout à fait commune, par une hyperplasie de tous les éléments articulaires et épiphysaires ; les épiphyses restent même définitivement grosses ; il y a hypertrophie épiphysaire.
De plus, ce processus hypertrophique, prend souvent au niveau des droigts une forme spéciale et donne naissance aux nodosités d’Heberden.
Le long de là diaphyse il y a, au contraire, atrophie osseuse, musculaire, conjonctive ou graisseuse et même cutanée.
Ce sont là les troubles trophiques atrophiques , que nous avons déjà étudiés.
Mais il n’en est pas toujours ainsi et M. Charcot parle de l’infiltration œdémateuse qu’on trouve quelquefois chez les vieillards. B oppose ainsi à la {orme atrophique (de Vidal) une forme hypertrophique,
M, Moneorvo insiste sur cette infiltration œdémateuse,
qu’il aurait observée chez sa petite malade au début de l’affection.
Nous avons eu l’occasion de remarquer la même particularité chez une jeune fille de d9 ans, qui a fait plusieurs séjours à l’hôpital de Rothschild, pour dès manifestations hystériformes comme : aphonie, vomissements, céphalalgies, vertiges et crises syncopales, etc.
Cette malade a souvent des douleurs articulaires avec exacerbations subaiguês et présente un certain degré d’ankylose celluleuse avec flexion exagérée des deux articulations du petit doigt gauche. Les jointures de tous les autres doigts des deux mains présentent des craquements très nets et dans quelques-unes on constate même la présence d’un petit épanchement.
Mais ce qui frappe surtout au premier coup d’œil, e’est l’infiltration oedémateuse avec boursouflement du revêtement cutané, qu’on observe sur presque toute l’étendue des deux mains et qui donne aux doigts un aspect effilé tout spécial. ■
La pression des doigts sur les téguments ne laisse pas de dépression derrière elle (c’est une preuve de la présence de mucine dans l’infiltration).
La peau elle-même, d’une, coloration cireuse, est sèche, et couverte de squames; lé long de quelques doigts on constate la présence de taches arrondies ou ponctiformes de purpura hémorrhagique.
Le toucher révèle au niveau de ces extrémités ainsi tuméfiées, une sensation désagréable de froid excessif. Du reste, la malade même accuse cette sensation de froid, qui est quelquefois généralisée.
Chez cette malade le rhumatisme noueux ne date pas de
longtemps et nous assistons, par conséquent, à la première
étape du processus noueux.
L’avenir seul pourra nous apprendre si cette forme hyper¬
trophique peut persister et s’étendre aussi au tissu musculaire et osseux.
Mais il existe des états morbides, où ces hypertrophies occupent lè premier rang symptomatique et qu’il convient de citer ici pour le besoin de la comparaison.
Le myxœdème ou cachexie pachydermique de Charcot nous
Sexe de prédilection-, femme.
. Age le plus fréquent : adulte (début éloigné dans l’enfance).
Cames occasioniielles : refroidissement, émotion psychique, phénomènes se rattachant à la vie sexuelle (menstruation, grossesse, accouchement, lactation, etc.).
Prédispositions morbides : tares nerveuses et névropathies.
Symptômes essentiels: Cœdème, la cachexie et les désordres nerveux.
A part la localisation spéciale sur le visage et la généralisation, ce gonflement œdémateux ressemble complètement au point de vue des caractères objectifs à l’infiltration étudiée précédemment. Pas de trace de dépression, coloration jaune cireuse, peau sèehe, ridée, couverte de squames etde taches hémorrhagiques. Il est vrai qu’il y à, en plus, trouble et disparition complète de lintelligence , •albuminurie et cachexie avec troubles trophiques multiples. A ce tableau se mêlent quelquefois les désordres atrophiques précédés ou non, d’hypertrophie de la glande thyroïde.
Or, l’esprit, ne peut se défendre de rapprochertous ces phénomènes du processus morbide, que nous avons longuement analysés dans l’histoire du rhumatisme noueux chez les enfants.
Le professeur Hénoch, de Berlin, en discutant dans ses cliniques la nature et la fréquence du rhumatisme chronique chez les enfants, après en voir cité deux cas, que nous reproduisons à la fin de ce travail, donne plusieurs observations à
phalanges rappelant!
nodosités d’Heberden, de même qu’une rétraction de l’aponévrose palmaire.
Deux des malades avaient des complications cardiaques, et, chose essentielle, le salyeilate de soude paraît avoir amené non seulement la disparition des douleurs articulaires, .mais encore une diminution notable des exostoses épi— physaires.
En France, on a publié plusieurs faits de ce genre, et tout, dernièrement, notre ancien maître, M. Legroux, a présenté à la Société médicale des Hôpitaux (4 juillet 1890) une petite fille couverte de plus de 50 exostoses réparties symétriquement sur les os longs et sur quelques os plats. Ces exostoses inégales, formées de pointes plus ou moins mousses et
trouve dans certains cas, soit l’atrophie, soit l’hypertrophie, soit d’une façon successive les deux états du corps thyroïde dont nous rencontrons des modifications morbides dans le rhumatisme noueux, dans le myxœdème, etc.
Pousser plus loin les comparaisons serait, en effet, vouloir trop forcer l’explication théorique, qui se dégage néanmoins de tous ces faits si nombreux et si intéressants.
Mais, comme nous le disions plus haut, on ne peut pas empêcher l’esprit de chercher dans cet ensemble d’affinités morbides, la solution si ardente de la nature même du rhumatisme.