‹ Du rhumatisme viscéralChapitre 10 sur 49 · LÉSIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

LÉSIONS ANATOMIQUES

L'anatomie pathologique de la pneumonie rhumatismale est encore à peine ébauchée. Dans plusieurs cas observés par M. Ormerod*, les lésions étaient celles de

' Sur 46 cas de rhumatisme articulaire sans affection du cœur, Lalham a trouvé 3 cas d'alfectiou ituliiionaire (1 sur 9) ; sur 90 cas où le coeur était alleint, il existait dix-neuf fois une affection pulmonaire (1 sur o). — Sur 11 cas de péricardite rlunnalismale, Taylor {Medico-chirur. irons. ^ vol. XXVllI, p. 514) a noté 5 pleinésics, -4 pleuro-pneumonii's, 1 pneumonie. Enlin, sur 61 cas de rhumatisme articulaire aiyu, avec péricardite ou endopéricardite, Ormerod [iMedicuchirur, trans., vol. XXX MI, p. W) a rencontré 24 cas d'affection pulmonaire, ;\ savoir : il pneun)onies (4 cas mortels), 4 pleurésies (2 cas mortels), 3 pleuro-pneuiuouies.

' British médical Jutirruil, p. I02r»; W déc. 1858.

la splénisation ou du coUapsus pulmonaire. Des traces d'inflammation existaient alors sur la membrane muqueuse des petites bronches. Un fait recueilli par M. le docteur Bourdon *, paraît devoir rentrer dans cette catégorie. C'est, vraisemblablement, la splénisation ou le collapsus qui existent dans les cas de pneumonie rhumatismale à résolution rapide. Toutefois, dans une observation de M. Charcot, que nous allons bientôt rapporter, les signes fournis par l'auscultation et la percussion semblaient plutôt indiquer une hépatisation. D'ailleurs, dans bon nombre de nécroscopies rapportées par Fuller^, l'hépatisation rouge ou grise se trouve expressément indiquée.

Il semblerait, d'après cela, qu'il existe au moins deux formes anatomiques de pneumonie rhumatismale : l'une d'elles correspond à la splénisation du poumon, l'autre à la pneumonie granuleuse ou intra-vésiculaire.

La pleurésie liée au rhumatisme ne présente aucun caractère nécroscopique particulier. Quelquefois sèche, elle détermine assez souvent des épanchements séreux qui peuvent devenir très-abondants, surtout chez les sujets affaiblis. Dans quelques cas très-exceptionnels, le liquide est purulent ^

SYMPTOMATOLOGIE DES AFFECTIONS PULMONAIRES LIÉES AU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU.

Semblables aux affections du cœur, les manifestations pulmonaires du rhumatisme ne présentent aucun signe

* Union médicale, |>. 409; 1860, n" 69, '^ Loc. cit., p. 203 et suiv.; obs. 1, 2, 9, 15. ■* Fuller, loc. cit.

caraclcristique qui permette de les distinguer des autres plilegmasies de l'appareil respiratoire ; et c'est surtout par l'ensemble de leur physionomie, de leur marche et de leurs transformations, qu'elles acquièrent un certain cachet d'individualité.

Latentes à leur début, ces affections se développent et s'aggravent en général d'une façon sourde et insidieuse; elles ne produisent guère de troubles fonctionnels alarmants qu'après avoir acquis une assez grande extension ; aussi échappent-elles le plus souvent à un examen superficiel : de là ce précepte éminemment pratique de Chomel*, qu'il faut de temps en temps explorer par l'auscultation et la percussion les régions thoraciques qui correspondent au poumon, tout aussi bien que celles qui correspondent au cœur.

Au moment où les affections pulmonaires font invasion, on voit quelquefois les symptômes arthritiques s'amender ou même disparaître, soit passagèrement, soit pour toujours, a Les anciens disaient alors qu'il y avait métastase^ ou transport de la cause rhumatismale des jointures sur les poumons. Quelques faits recueillis par les médecins modernes viennent confirmer cette manière de voir*. »

M. le professeur Grisolle, que nous venons de citer textuellement, a rassemblé quelques cas de ce genre, empruntés, les uns à sa propre pratique, les autres à MM. Andra!, Louis et Dalmas.

On a rapporté aussi des exemples de pneumonies et de pleurésies développées, comme manifestations du

' (Ihomel et lloqiiin, /oc. cit., |i. 201). - Grisolle, loc. cit., p. 175.

ihumatisme, plusieurs jours avant l'apparition des affections articulaires S ce qui permet d'établir un rapprochement à cet égard entre les organes respiratoires et le cœur.

Pour être liées au rhumatisme, la pleurésie et la bronchite n'en ont pas moins une marche continue, et à cet égard elles se comportent à peu près comme si elles étaient primitives et indépendantes. 11 en est généralement de même de la pneumonie. Cette affection présente cependant, dans certains cas, un caractère d'instabilité fort remarquable; c'est alors qu'on peut parfois, ainsi que cela eut lieu chez quelques malades dont M. Grisolle a rapporté l'histoire, constater une alternance très -régulière de la pneumonie et de l'intlammation des jointures. Icil'affection du poumon et les arthropathies semblent se suppléer tour à tour dans l'évolution du processus morbide; d'autres fois, la pneumonie fait place à une affection plus redoutable encore, et peut être remplacée par des accidents cérébraux. M. Charcot a bien voulu nous communiquer une observation de ce genre, que nous rapportons ici sous une forme trèsabrégée.

Page 1